Le cavalier de la nuit, Robert Penn Warren

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Riche idée que celle de rééditer un livre majeur sur les vertiges du populisme en pleine campagne électorale : on la doit ici aux Éditions Séguier, sixième maison française en autant de livres de Robert Penn Warren que j’eus le grand plaisir de lire jusqu’à présent. Le cavalier de la nuit fut le premier roman de ce rare triple vainqueur d’un prix Pulitzer, je le rappelle à chaque billet, deux fois en poésie et une en fiction pour Tous les hommes du roi (abordé sur 130livres.com dans ses versions traduite et originale). Sept ans séparent la publication de ces deux oeuvres éminemment politiques et les correspondances entre elles, on le verra, sont légion. À découvrir un roman traitant de thèmes voisins après avoir lu le chef d’oeuvre de son auteur, le risque est réel sinon d’une déception, au moins de se sentir un tantinet blasé. Il n’en fut rien : si ce Cavalier de la nuit n’a pas tout à fait la densité extraordinaire de son prestigieux successeur, on y trouve déjà le mélange de maîtrise, de lyrisme et d’intelligence pure qui subjuguent à la lecture de Tous les hommes du roi.

Titanic au pays des planteurs

Que l’action se déroule au début du XXe siècle dans le vieux Sud américain n’étonnera pas ceux qui connaissent Robert Penn Warren. On est ici aux confins montagneux du Kentucky et du Tennessee, une région dont l’économie dépend largement de la culture du tabac. Percival Munn est un jeune avocat talentueux, marié de fraîche date à la délicate May. Il se rend à Bardsville un jour de grande effervescence populaire. Un dénommé Bill Christian l’introduit parmi les leaders de l’Association, un groupement de planteurs locaux qui comptent peser face aux trusts industriels du secteur et vendre ainsi leur production au meilleur prix. Il assiste dans la foulée au grand meeting donné par l’Association ; ses nouveaux amis le sollicitent pour un discours improvisé au succès inattendu. C’est le début de son ascension au sein de l’organisation.

Les choses dont on se souvient subsistent aux lieux où l’on a été. Mais, chaque fois qu’on s’en souvient, on est un autre. Pendant longtemps, on ne s’aperçoit pas du changement, comme on ne constate aucun changement, au printemps, lorsque, dans les nuits tièdes, jour après jour, le feuillage se fait plus touffu sur les branches, ou en automne quand les arbres se dépouillent lentement – jusqu’à ce que le temps arrive où, tout d’un coup, le changement est là. Dans la pièce, chaque objet familier proclamait que quelque chose avait changé. Ici, dans le coin, le fusil ; les livres lus, les papiers poussiéreux couverts d’écriture. Il avait écrit sur ces pages dans un but précis ; le but avait disparu, mais l’écriture était toujours là, jaunissante et disparaissant à son tour, mais elle survivait à la raison qui avait guidé la plume sur le papier. Devant le point de mire de son fusil, il avait vu la dernière caille monter, les ailes bruissantes, dans le ciel couleur de citron, et son doigt avait pressé la détente, et l’oiseau avait paru tébucher en l’air, et il était tombé en plongeant, comme une pierre. Le fusil était toujours là, comme avant, mais l’impulsion mystérieuse qui l’avait fait ce jour-là, mettre en joue et presser la gâchette avait disparu, évanouie au moment même où elle se réalisait. Les actes demeuraient, irrévocables dans leurs conséquences, et rien ne pouvait les annuler, mais l’impulsion, le désir, le dessein qui les avaient provoqué n’existaient plus. Il était parfois difficile de deviner ce qu’ils avaient été.

En parallèle, Munn défend un dénommé Trevelyan, accusé de meurtre, dont il obtient l’acquittement avec l’aide de la police lorsqu’une perquisition illégale chez un Noir lui permet de retrouver l’arme du crime. Trevelyan s’engage à ses côtés au sein de l’Association. Le sénateur Tolliver accueille Percy chez lui avec le bureau de l’Association ; ses membres décident de se désolidariser d’une lettre anonyme lourde de menaces envoyée à l’un de leurs adversaires. Tolliver se méfie des dérives possibles de leur mouvement que lui inspire cette lettre. Il confie également à Munn qu’il croit en son avenir. Ce week-end porte en lui les germes de catastrophes à venir, sans qu’il eût été possible de le comprendre sur le moment. L’essentiel de la suite consistera en une succession d’actes mal avisés face à des événements semblables à « ces icebergs que l’on voit flotter sur l’horizon calme et bleu, lambeaux de nuages blancs pas plus grands qu’une main d’homme, dont la masse énorme aux trois quarts immergée, et aussi dure que l’acier, s’avance comme un bélier vers une imprévisible et fatale rencontre ».

Grisé par la force de l’élan collectif

Alors que les violences incontrôlées se multiplient, le bureau refuse tout compromis avec les firmes. Coup de théâtre : le sénateur démissionne et attaque en justice l’Association aux côtés de l’une des compagnies honnies… C’est que Tolliver a des dettes, et que l’on dit sa fortune mal acquise. Pour les planteurs de l’Association, une victoire juridique paraît compromise. Bill Christian, accompagné de nouveaux amis, convainc Munn de se joindre à une « Union fraternelle des fermiers libres pour la protection et le contrôle », mouvement radical clandestin qui détruit les plants des fermiers ralliés aux firmes. On les appelle les Cavaliers de la nuit. Munn suggère d’y enrôler Trevelyan, puis tous deux prêtent serment pour intégrer l’organisation. En marge des opérations secrètes, sans le sou, Trevelyan tente alors de faire chanter l’un des vendus. Munn se sent d’autant plus responsable que l’interessé pourrait bien être coupable du crime pour lequel on a fait pendre un autre homme…

« Ils sont ivres », pensa-t-il. Ils étaient venus ici pour une affaire grave, pour assurer leur avenir, et ils étaient là à rôder, ivres, dans la rue, à minuit. Il se sentait écoeuré, non seulement écoeuré à cause d’eux, mais aussi écoeuré à cause de lui-même, pour ce qu’il avait dit cet après-midi, pour l’assurance et l’exaltation qu’il avait ressenties, tandis que les mots lui venaient à la bouche. Il avait été ivre lui-même, ivre d’une autre façon, mais ivre. Il se sentit trompé, trahi.

Un long moment, possédé par ce sentiment, il contempla leurs allées et venues dérisoires. Comme ils paraissaient petits et insignifiants, vus de ce troisième étage ! Maintenant, les chanteurs s’éloignaient, et quelques-uns de ceux qui étaient restés commençaient à s’en aller d’un pas plus ferme, comme s’ils avaient un dessein et un but. Il lui vint alors à l’esprit qu’un homme ressemble beaucoup à un autre homme. Il se souvint que, cet après-midi, il avait dit quelque chose à propos de ce que chaque homme doit aux autres. Un homme ressemblait beaucoup à un autre homme. Lui, il était comme eux. L’un d’entre eux. Et, tandis qu’il regardait les toits blancs et glacés par le clair de lune, il sentit revenir cette exaltation chaude et enivrante, plus parfaite que sous le soleil éclatant. Involontairement, il leva le bras comme pour s’adresser à une grande foule et lui crier ce qu’il savait être la vérité.

Avant même de s’intéresser à la spécificité historique et culturelle des ex-états confédérés, Robert Penn Warren est fasciné par la politique comme dynamique nourrie des passions humaines. On fait corps, on s’approuve, s’enflamme, se flatte, se séduit, se domine puis s’assujéttit, le talent de quelques-uns leur vaut toujours d’exacerber et contrôler, fût-ce de manière temporaire, le coeur du plus grand nombre – deux scènes de discours diamétralement opposés, au début du roman et vers sa fin, montrent comment une assemblée se gagne ou se perd. Percy Munn n’aime ni la foule ni la promiscuité, mais il est grisé par cet élan collectif naissant au service d’une idée qu’il estime juste, et par la conviction de pouvoir y contribuer. Ses talents d’avocat, dont la faculté à appréhender la singularité et les ressorts de chacun pour y ajuster son discours, le permettent. Il se sent partie prenante d’un grand dessein à la moindre réunion qu’il anime dans un coin perdu, si modestes en soient les résultats. L’exaltation qu’il éprouve sans la comprendre vraiement dépasse ce qu’il connaissait jusque-là de lui-même.

Des choses insaisissables sur la condition humaine

Son heureux mariage lui semblait une fin en soi, c’est désormais le camp de base d’où il s’élance à la poursuite d’un idéal qu’il juge plus élevé. Avec une une justesse folle, l’auteur dissèque la dissolution implacable du couple que forment May et Percy, bien que celle-ci ne soit pas le sujet principal du Cavalier de la nuit. On éprouve avec eux les désirs asynchrones, la distance séparant des intérêts disjoints, la déception réciproque qui s’accroît puis la montée d’un antagonisme, le poids des secrets qui éloignent toujours plus, le poison du soupçon, la vanité des efforts pour y remédier et jusqu’à la commission de l’irréparable. Cette seule dimension du roman vaut sa lecture. Elle est servie par l’écriture déjà riche du primo romancier trentenaire qu’est alors Robert Penn Warren, d’une force jamais démentie dans les descriptions des postures, sentiments et sensations, très précise sans être seulement didactique, effleurant parfois des choses insaisissables sur la condition humaine.

Pendant plusieurs années, de plus en plus rarement à mesure que les années passaient, chaque fois qu’il était frappé de cette beauté fugitive, il éprouvait de nouveau ce sentiment de gratitude et de dévouement, et parfois il lui arrivait de poser la tête sur son sein. Mais, plus tard, cela le frappait comme un poignard. De remords, d’abord, et de pitié pour elle, puis de pitié pour lui-même, et il connaissait un indéfinissable sentiment de trahison et de défaite. Le souvenir lancinant de cette soirée où il lui avait demandé de l’épouser, et où elle lui avait fait baisser la tête, le parfum même du tissu de sa robe et de sa chair s’emparaient de lui. Sous l’étoffe de la robe, la poitrine de Joan était si menue, si peu féminine, si évocatrice de fragilité et d’innocence qu’il lui avait semblé découvrir une vérité parfaite et définitive, et que la vie s’était arrêtée en lui. Quand il faisait halte devant la porte de sa chambre, il se rappelait des choses, il se martelait la paume de son poing fermé et recommençait ce geste avec la régularité mécanique et lente d’une pendule. Son angoisse était comparable à celle d’un damné à qui il aurait été accordé de jouir un instant de la fraîche et lumineuse vision du paradis, ou bien à celle d’un homme en train de se noyer, et qui voit la lumière du soleil carresser amoureusement tous les objets aimés, sur le rivage où il s’est promené autrefois.

La nature comme métaphore nullement pesante des états d’âme des personnages, tout aussi caractéristique de l’auteur, est déjà bien présente à ce stade de son oeuvre – en particulier dans le récit du mariage qui périclite. Comme l’est d’ailleurs son goût pour la dialectique, opposant ici ceux qui lient leur destin à une communauté d’intérêts à ceux qui vont simplement leur chemin, chacun prenant des risques particuliers, une dualité éminemment américaine illustrée par les expériences opposées de Percy Munn et Willie Proudfit. Au plan philosophique, Robert Penn Warren insiste aussi sur le poids du hasard et des circonstances dans la trajectoire maudite de son héros. En embrassant la cause de l’Association puis celle des Cavaliers de la nuit, il accepte quantité de choix et leurs conséquences malgré ses instincts, avec le sentiment de l’inévitable et d’une accélération du temps. La force du grand dessein commun auquel il adhère le poussera à juger les individus comme quantités négligeables. Et sa transformation inclura la montée de la haine, accueillie avec une quasi sérénité et qui prendra les visages les plus effrayants. Rarement une mise en garde contre la démagogie populiste aura été plus éloquente qu’ici.

Gentilhommes du Sud contre Yankees capitalistes

Mais Le cavalier de la nuit ne consiste pas en une réflexion politique désincarnée : de nombreux passages marquent par leur sens de la mise en scène, comme le véritable plan séquence d’ouverture, de la descente du train au discours sur l’estrade, ou bien un serment de nuit dans un moulin abandonné, une sordide exécution au fond d’un bois, voire la prise d’une ville endormie pour y brûler des entrepôts remplis de tabac et la course-poursuite qui s’ensuivra. Une scène de procès, enfin, montrera toute la difficulté que doit surmonter quiconque cherche à établir la vérité historique d’un phénomène aussi complexe qu’un soulèvement populaire, prétexte à d’innombrables débordements individuels pour autant de motivations distinctes. Or ainsi que le précise Robert Penn Warren dans la préface, les événements relatés dans Le cavalier de la nuit sont directement inspirés de faits réels.

– Oh ! Même pas cette forme d’extrêmisme. Ce n’est pas ce que je veux dire. Bien que dans tout mouvement populaire se cache une tendance à l’extrêmisme. Une tendance qui ne demande qu’un meneur. On dit qu’un vaisseau peut brûler sans grand dommage, pendant des jours, jusqu’au moment où quelqu’un ouvre l’écoutille et que l’air s’engouffre. Un meneur, c’est celui qui ouvre l’écoutille. Nous devons nous garder contre le développement de cette sorte de sentiments. Nous devons tenir fermées les écoutilles, pour ainsi dire. Prenez Bill, par exemple. Je n’ai jamais rencontré un plus brave homme que Bill Christian. Tout franchise et beaucoup de caractère. Mais il se laisse parfois aller à des propos violents, à une espèce de noble rage, pourrait-on dire. Mais, maintenant, ce n’est plus en son nom personnel qu’il parle ; il représente quelque chose de plus grand que n’importe quel individu, quelque chose de plus grand que lui ou que vous, ou que moi. Et on ne peut imaginer ce qu’un sentiment exagéré, lancé au hasard, pourrait déclencher, quel enchaînement d’idées pourrait à la fin se traduire en actes que tout le monde regretterait. Et lui, peut-être plus que quiconque.

Quarante ans à peine après la fin de la Guerre de Sécession, la colère des planteurs se nourrit d’un besoin de revanche vis-à-vis du Nord : la victoire des Yankees fut aussi celle de leurs conglomérats tentaculaires, qui imposent désormais leurs propres règles du jeu sur le terrain économique. Derrière la soi-disant loi du marché, des ententes illicites étouffent l’agriculture du Sud en connaissance de cause. Les gentilhommes méridionaux aux belles manières – mais qui qui crachent beaucoup, une bizarrerie assumée – rêvent de refaire le match joué de 1861 à 1865. Au réalisme avaricieux des Fédérés s’oppose la candeur sudiste, empreinte de religiosité et du complexe d’infériorité des vaincus. Robert Penn Warren n’idéalise certes pas le tableau : affranchis, les Noirs restent à la marge de cette société conservatrice. Leurs maîtres devenus patrons les évoquent en termes peu flatteurs, certains groupes de Cavaliers de la nuit prennent des allures d’antennes du Klan, le système judiciaire traite les citoyens selon leur couleur de peau… Munn demeure toutefois assez idéaliste pour corriger un type qui le félicite d’avoir fait condamner sciemment un faux coupable noir à la place de son client blanc.

L’appel de l’Ouest, l’attraction du Sud

L’accent noir tel que retranscrit dans les dialogues du Cavalier de la nuit pourra sembler anachronique vu de 2022 ; le fond du propos, lui, ne cherche en aucun cas à justifier cette ségrégation de fait ni à la rendre supportable. Si la question raciale sera traitée en profondeur dans L’esclave libre, l’auteur l’aura maintenue en arrière-plan de Tous les hommes du roi. Mais son narrateur Jack Burden est un homonyme de l’un des membres du bureau de l’Association, comme l’auront ici relevé les aficionados. La prégnance de la culture confédérée, le terreau favorable au populisme et la tentation des arrangements avec la morale au service d’une noble cause sont d’autres similitudes évidentes entre Le cavalier de la nuit et Tous les hommes du roi, bien que ce dernier se déroule en Louisiane. Le discours initial de Percy Munn aura sans doute inspiré celui du futur gouverneur Willie Stark, un lendemain de cuite de tous les diables, lorsqu’il décide d’ouvrir son coeur et séduit une assemblée hostile a priori. Enfin, l’appel de l’Ouest vécu par Jack Burden rappellera, en accéléré, celui auquel répondit le jeune Willie Proudfit : les deux hommes sont mûs par leur instinct et désireux de laisser derrière eux toute la pesanteur du Sud et de ses déterminismes… pour mieux y retourner, comme aimantés par leur terre natale et la femme de leur vie.

L’après-midi, de grands vols de grives réunissaient parfois leurs troupes automnales et tournoyaient au-dessus des champs. Lorsqu’elles volaient assez bas, leur plumage brillait à la lumière comme un vernis noir, et l’air était plein du bruit vertigineux de leurs coups d’aile. Si elles s’abattaient sur un arbre, au bord d’un sentier ou dans un boqueteau proche d’une maison, leurs cris ne s’arrêtaient plus.

Depuis son enfance, Mr. Munn avait observé les grands vols de grives qui traversaient le ciel bleu d’un horizon à l’autre, certains jours lumineux de l’automne, ou bien, si quelque chose les avait dérangées, s’élevaient en jet d’eau au-dessus d’un arbre, d’un bosquet, ou encore, se déployant en désordre au-dessus des labours, pareilles à des grains noirs jetés par la main généreuse d’un semeur ; et, s’il n’était pas trop absobé par sa tâche, il aimait souvent suivre des yeux leur essor. Il s’arrêtait pour contempler dans le ciel le passage de la troupe, les circonvolutions capricieuses mais sûres de cette masse largement déployée, semblable à la ruée de la houle qui trouve sa force dans son ample déroulement, ou encore aux ondulations d’un champ de blé sous le vent. Ce spectacle évoquait toujours chez lui une idée de fatalité, de certitude, d’achèvement, hors d’atteinte, d’incompréhensible. Cette perfection, cette victorieuse indifférence l’accablaient d’un sentiment de solitude qui s’associait insidieusement à la petite contraction de ses muscles, au battement renouvelé de son sang, comme un commencement d’espoir, provoqué par cette vision.

Aimanté, quiconque aura lu et aimé Robert Penn Warren le sera à ce Cavalier de la nuit sans même avoir parcouru trois lignes de ce fichu billet. Et il aura raison. Les autres : foncez.

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