100 autres titres de bruit qui fait du bien – n°100 à 51

À chaque confinement ses 100 titres de rock velu, et nous voici au second. Sont-ce maintenant les morceaux numérotés de 101 à 200 ? Bah non. L’exercice s’avère un tantinet plus délicat.

J’avais bouclé la liste initiale comme n’importe qui achève un tel exercice, vain et grandiose à la fois : apaisé, un peu fier et pas mal sûr de mes choix. Las, il suffit de replonger dans ma propre discothèque et d’écouter plus mordu que moi égrener sa sélection pour que le doute s’insinuât. Toutes sortes d’oublis et découvertes rendirent le bazar entier caduc en à peine quelques semaines. Assez pour m’infliger des mises à jour périodiques de l’imposant ouvrage de départ ? Nenni. Le risque d’emmerder le monde eût alors été bien réel. Je préfère donc l’idée suivante : accepter les limites inhérentes à toute liste, soit reconnaître qu’elle correspond à un moment bien précis. Et en entamer une seconde, composée de titres différents, parfois à peine moins bonnes et souvent tout autant, toujours classées par ordre de préférence ; dignes d’être kiffées par autrui, quoi qu’il en soit. Une liste bis, en somme, m’autorisant les quelques audaces qu’une pure sélection de « 100 meilleurs » ne permet pas vraiment.

Alors, on joue ? Comme dit le poète, « If you want blood, you’ve got it ».

100 / Darkness descends, Darkness descends, Dark Angel

C’est l’opener éponyme d’un album de thrash culte sorti la même année que Rain in blood, dont l’objectif des concepteurs était grosso modo de faire plus Slayer que Slayer. Rigoureusement inaudible pour des oreilles saines en raison de la hideur de la production et la brutalité débridée de l’ensemble, le morceau reste une vitrine des talents de puncheur en cadence du batteur Glen Hoglan, affectueusement surnommé « L’horloge atomique » par ses inconditionnels.

99 / Kickstart my heart, Dr Feelgood, Mötley Crüe

Pour bien se figurer les apports décisifs au patrimoine du métal de ces champions du glam, on préfèrera le biopic nihiliste The Dirt, au mauvais goût quintessenciel, à l’intégrale de leur discographie. En 1989, le quatuor de LA prit toutefois la peine de composer Dr Feelgood, un album à la fois burné et écoutable, dont le single entraînant Kickstart my heart évoque un peu la griserie de la moto à vive allure, et beaucoup celle de la drogue ingérée en abondance lorsqu’on est une rock star digne de ce nom.

98 / Welcome to hell, Welcome to hell, Venom

Imaginez un clone anglais de Mötorhead qui en rajouterait des caisses dans le grand-guignol sataniste pour faire oublier une maîtrise technique approximative… à moins qu’il ne s’agisse justement de profiter desdites lacunes pour produire la mixture la plus outrancière possible. L’opener simpliste du premier album de Venom résume bien leur œuvre : insane vu de 1981, enthousiaste en diable, et d’une influence décisive sur ce que sera le métal extrême, en particulier celui des cultistes scandinaves qui hurlent la nuit dans les forêts profondes.

97 / Kings of metal, Kings of metal, Manowar

« Other bands play, Manowar kills » proclame cet hymne sauvage des Alain Delon du heavy metal traditionnel de la côte Est. Depuis qu’ils ont quitté le Hellfest 2019 sans jouer, on peut remplacer « kills » par « leave », et c’est désopilant. Coincée à un degré compris entre 0 et 1, on concèdera cependant une réelle efficacité à cette composition d’un classicisme achevé, qui s’écoutera entre copains avant d’aller mettre à sac un charmant village côtier.

96 / Halloween, Keeper of the Seven Keys part one, Helloween

Attention monument : voici treize minutes et vingt secondes de power metal germanique vibrionnant et inspiré, véritable étalon-or du sous genre. Voix limpide, son propre, souffle épique, rythme de charge de cavalerie, narration d’une vraie histoire où ça guerroie et jette des sorts… Roboratif en diable, cet Halloween-là suscite plus mon admiration que l’adhésion extatique d’un vrai fan, mais comme dirait un jury d’émission culinaire : « Y’a du travail ».

95 / L.O.V.E machine, W.A.S.P, W.A.S.P

Grand absent de la liste précédente, W.A.S.P n’est plus une béance de ma culture métal, et c’est tant mieux. On commence ici avec un morceau de choix de ces canaillous du heavy metal, à l’époque guère éloignés d’un Mötley Crüe tant au plan musical que géographique. D’un kitsch prodigieux, on pourrait qualifier le clip de cette ode à l’exultation des corps, vu de 2020, de « pas complètement #MeToo ».

94 / Satch’s boogie, Surfing with the alien, Joe Satriani

Au crépuscule du temps béni des métalleux que furent les années 80, les initiés écrivaient « ACDC » et « Scorpions » sur leur sac US, les experts savaient que deux chanteurs s’étaient succédé chez Iron Maiden, et les vrais, qu’ils aient ou non déjà touché à une guitare, mettaient fin à tout débat par « de toutes façons, le plus fort, c’est Joe Satriani ». Parmi les pépites de l’album instrumental Surfing with the alien, retenons Satch’s boogie. Du boogie, oui, mais du Satriani.

93 / Danke für nichts, Hier sind die Onkelz, Böhse Onkelz

Figurant en bonne place parmi mes découvertes du Hellfest 2019, les Böhse Onkelz consacrent une part significative de leur temps à se défendre d’un lointain passé skinhead, une autre à annoncer retraites et come-backs, et le reste à jouer un punk mâtiné de hard rock bien allemand comme il faut, c’est-à-dire carré et direct au possible. Leurs compatriotes adorent ces Méchants Tontons teutons, la vérité oblige à dire je n’y suis pas insensible non plus.

92 / The Heretic Anthem, Iowa, Slipknot

L’actualité nous le rappelle avec toujours plus d’acuité : nous ne sommes pas des Américains. Difficile, vu d’ici, d’imaginer un disque aussi rageux et bordélique qu’Iowa sur le podium du Billboard en 2001. Devenu un classique du nu metal, il continue à diviser ; de mon point de vue, les garnements se sont largement améliorés depuis. Reste que la virtuosité de l’ex-batteur Joey Jordison et les hurlements habités du frontman Corey Taylor sur l’emblématique The Heretic Anthem me sidèrent à chaque fois.

91 / We’re not gonna take it, Stay hungry, Twisted Sister

Un hymne de hard rock qui suinte plus les 80s qu’une veste à épaulettes de Brigitte Nielsen, interprété par un groupe de joyeux transformistes, doublé d’un clip abracadabrantesque digne d’un Ivan Reitman défoncé au crack : que demander de plus, exactement ?

90 / Machine gun, Wheels of steel, Saxon

En parlant d’incarnations des années 80, les Yorkshiremen de Saxon se posent là. Leur galette Wheels of steel, hommage aux motocyclistes de cuir et jean vêtus, ouvrit en fanfare cette période faste. Stylistiquement diverse, elle se clôt sur Machine gun, trésor de speed metal qui rappellerait un croisement entre le Motörhead des débuts et le Judas Priest d’Exciter. Le son des guitares s’y confond avec celui d’une grosse cylindrée devenue folle, jusqu’au final évoquant l’inévitable coup de foudre avec un platane.

89 / Lust for life, Heading for tomorrow, Gamma Ray

Spéculons : lorsque le guitariste d’Helloween Kai Hansen mit les voiles pour fonder sa propre formation, il devait être pas mal joyeux. Le titre qui ouvre le premier album de Gamma Ray, Lust for life, propose ainsi un power metal primesautier et profus qui exsude la joie de l’aventurier à la conquête d’un plein continent – l’usage abondant de la double grosse caisse n’y est pas étranger. Dans un tel état d’exaltation, mieux ne pas laisser de Panzer IV à portée de ce groupe-là.

88 / Roots bloody roots, Roots, Sepultura

Les Brésiliens de Sepultura avaient gagné le respect de l’exigeante thrashospère américaine, mais ils la déroutèrent franchement avec le virage tribal opéré au mitan des années 90. Les rythmes amazoniens s’étaient déjà insinués dans Chaos AD ; avec Roots, ils prennent carrément le dessus. Le titre le plus emblématique du LP a ceci de particulier qu’il donne autant envie d’onduler du croupion que de se laisser aller au headbanging ordinaire. Les moins agiles peuvent se blesser dans l’opération. Surtout sur le break mahousse.

87 / Slave to the grind, Slave to the grind, Skid Row

Son chanteur Sebastian Bach en tête, Skid Row disposait des belles gueules, du goût de l’outrance et des crinières impeccables qu’il fallait pour marcher dans les pas des rockeurs glam portés sur les power balads, genre dans lequel il excella dès son premier album. Mais les gars du New Jersey musclèrent franchement leur jeu pour leur deuxième opus, numéro 1 du Billboard dont le titre éponyme survolté tabasse avec concision. Quels cheveux, pourtant.

86 / Cum On Feel The Noize, Metal health, Quiet Riot

C’est l’histoire d’un groupe orphelin de son guitariste prodige Randy Rhoads, parti chez Ozzy Osbourne puis six pieds sous terre, qui enregistre l’album de la dernière chance, doit y ajouter une reprise de Slade tant le producteur juge pauvre le résultat… et casse tout au Billboard, ouvrant au heavy metal la voie du mainstream. La reprise s’intitule Cum On Feel The Noize, et donne une fameuse occasion de se prendre pour Ferris Bueller – cherchez pas, elle n’est pas dans la BO.

85 / When the sun burns red, Coma of souls, Kreator

La stridence de harpie du chanteur – et guitariste – Mille Petrozza a ceci de commun avec les choux de Bruxelles qu’elle a ses détracteurs, et ceux qui font avec. Il serait dommage de s’y arrêter, tant le fleuron de l’école allemande du thrash metal qu’est Kreator a du bon à offrir dans Coma of souls, l’album de la maturité. À l’immédiat People of the lie, on peut préférer le festival de riffs sauvages mais précis qu’est l’opener écolo When the sun burns red, après une intro acoustique classique du genre.

84 / Runnin’ Wild, Runnin’ Wild, Airbourne

Deux frangins australiens créent un groupe de bon gros hard rock bien binaire, allègre et salement vitaminé, qu’ils appellent A…irbourne. Joel et Ryan O’Keefe pourraient être les gamins de Malcolm et Angus Young ; musicalement, en tout cas, l’héritage s’avère aussi évident que revendiqué. Comme l’a dit Joel : « Bah, on nous compare au meilleur groupe de rock encore en activité… Que veux-tu qu’on fasse ? Qu’on pleure et qu’on demande à être comparés à Coldplay ? » C’est un autre papy mythique du rock velu qui honore de sa présence le clip de l’entêtant Runnin’ Wild, Son Immortelle Majesté Lemmy Kilmister Ier.

83 / Shyboy, Eat’Em and Smile, David Lee Roth

Il sied à une grande voix d’être leader de son groupe : ainsi vécut Ronnie James Dio après avoir fondé la formation portant son nom. Le constat vaut aussi pour les grandes bouches. Incomparable performer velu, le court et volubile David Lee Roth se lança dans une carrière solo suite à son départ de Van Halen. Il réunit autour de lui une dream team instrumentale, le six-cordiste Steve Vai en tête, pour mitonner un premier LP flamboyant et éclectique dont Shyboy constitue le pic de vitesse et de virtuosité pure.

82 / Bad Omen, Peace Sells… but Who’s Buying ?, Megadeth

Le deuxième album de Megadeth est l’un des joyaux thrash d’une année 1986 qui n’en manqua pas. Passé l’éblouissement des premières écoutes, on note toutefois un défaut de jeune romancier : vouloir absolument trop en dire, en mettre, en rajouter. Chaque titre s’avère truffé de moments de pure brillance, au point de parfois peiner à sonner, justement, comme une chanson. De fait, c’est le cas de Bad Omen, mais sa folle théâtralité – cette intro, boudiou ! – fait qu’on la suit comme un court métrage horrifique où il serait question d’une messe noire. Fermez les yeux, et tremblez.

81 / The Real Me, The Headless Children, W.A.S.P

Seconde reprise de la liste et seconde apparition de W.A.S.P, The Real Me est extrait d’un album majuscule qui marque la bascule créative du groupe. Le ton se fait plus sombre, les compositions gagnent en complexité, tandis que s’étoffe le registre du leader Blackie Lawless au chant. Pourquoi retenir The Real Me ? Parce que les mecs reprennent une chanson absolument parfaite de Quadrophenia des Who, et qu’ils font mieux. Voilà.

80 / Slaughter of the souls, Slaughter of the souls, At the gates

Une copine à moi, grande amatrice de toute musique qui ferait bouillir un bénitier, m’a dit à l’évocation de Slaughter of the souls : « Oui, je connais. C’est un peu commercial, mais c’est sympa. » « Un peu commercial », s’agissant de death metal, le commentaire eut le grand mérite de m’amuser beaucoup. Il semble cependant partagé par d’autres prosélytes du métal extrême. Je me contente, pour ma part, d’admirer comment riffs, solos, ponts et transitions s’intriquent parfaitement pendant que le chanteur me crache en pleine figure du concentré de haine pure.

79 / Stargazer, Rising, Rainbow

La quintessence du titre que je voudrais aimer encore plus. Pensez-donc : Richie Blackmore à la guitare et l’écriture, mon idole Ronnie James Dio au micro, un crescendo impitoyable porté par l’orchestre philarmonique de Munich… Il se confirme hélas que les gestes épiques gorgées des références de l’heroic fantasy peinent à trouver ma corde sensible. Je n’ai pourtant aucune réserve objective : Stargazer est magnifique de bout en bout. « C’est pas toi, c’est moi ».

78 / 1916, 1916, Motörhead

Parfait contrepied des attentes ordinaires de quiconque écoute Motörhead, 1916 est un hommage minimaliste et poignant aux jeunes combattants de la Grande Guerre. Vous dites ? C’est du Lemmy, mais ça n’a pas sa place dans une liste de standards du rock qui déménage ? Voilà un avis tout à fait intéressant. Et maintenant… [Finkielkraut] Taisez-vous. TAIIISEEEZ-VOUUUUS ! [/Finkielkraut] Merci.

77 / Breakdown, Use your Illusion II, Guns n’Roses

Breakdown consiste en un exercice périlleux sur le papier : suivre les élucubrations bavardes d’Axl Rose sur le sens de la vie, sans guère d’espoir d’y trouver une tête ou une queue. Oui, mais. Plusieurs salles, plusieurs pistes, plusieurs ambiances. Au fil d’une implacable montée en régime, un clavier hypnotique et une guitare qui s’électrise toujours plus jusqu’à accompagner en un solo majuscule les ultimes métaphores démentes du frontman. P’tain, c’est joli.

76 / Eruption / You really got me, Van Halen, Van Halen

Il aura fallu qu’il s’en aille pour qu’on s’aperçoive qu’il manquerait tant. Eddie Van Halen, c’était la figure du patrimoine musical des métalleux qu’on respectait immensément, ça oui, mais sans plus beaucoup l’écouter depuis les fêtes de nos vingt ans. Le guitar hero 101 du rock velu, quoi. Alors voilà. Il est parti, et on s’aperçoit qu’Eruption met toujours les poils, et que You really got me envoie toujours les Kinks dans l’hyperespace. C’est tout de même ballot.

75 / Desert plains, Point of entry, Judas Priest

Jambon d’un sandwich XXL structuré par les bombes British Steel et Screaming for vengence, Point of entry suscite souvent un inintérêt certain. Sa production sage, calibrée pour la radio américaine, n’y est pas étrangère. Dommage pour Desert plains, tube contemplatif et hypnotique que la couverture de l’album illustre à la perfection. On devine le paysage défilant à travers un hublot, alors qu’un Rob Halford tout en puissance retenue prend un ton presque mélancolique. C’était la séquence « Fais ton intéressant en défendant du dénigré ».

74 / Davidian, Burn my eyes, Machine Head

Supposez qu’on vous décrive le Machine Head de Davidian, opener de son premier album Burn my eyes, comme un Pantera seconde époque qui aurait laissé de côté sa subtilité toute relative. Oui, c’est assez exact, et ça fout les jetons. Il faudra faire preuve d’un minimum de goût pour les riffs assommants du groove metal des 90s si l’on veut se hasarder dans l’expérience Davidian. Une fois à moitié estourbi, on mesurera entre autres le grand talent du batteur de l’époque et la qualité du break final, même si l’on y aura laissé un peu de matière grise.

73 / Beneath the remains, Beneath the remains, Sepultura

Exercice : recomposez ce commentaire avec des morceaux de ceux de Roots bloody roots et When the sun burns red. Il siéra à ravir à un missile sol-sol bien plus classique que le premier nommé, et encore plus vicieux que le second.

72 / The Needle Lies, Operation : Mindcrime, Queensrÿche

Extraire un morceau particulier du magnum opus que constitue le concept album Operation : Mindcrime est forcément un crève-cœur. Oui mais ho, tu fais une liste de chansons, ou bien ? Puisque le majestueux titre final Eyes of a stranger avait honoré la première de sa présence, nous allons ici jouer le contraste en retenant le pêchu et ramassé The Needle lies, une rareté sur ce disque. Jamais chantage sinistre n’aura été narré avec plus d’énergie. La voix sublime de Geoff Tate offre un contrepoint désespéré à la sarabande survoltée et narquoise des instruments. Un régal oppressant.

71 / Engel, Sensucht, Rammstein

Il suffit d’ajouter un sifflement vaguement enfantin à un mid-tempo industriel pour le rendre aussi glaçant qu’il est entraînant. Un résultat bien plus interpellant que toute prothèse pénienne à réservoir dégainée par Lindemann pendant Bück Dich. Ces gens-là sont de grands pervers ; leur musique ne s’en avère que plus goûteuse.

70 / Ghosts of war, South of heaven, Slayer

Sous leurs allures sinistres, ces messieurs du Slayer de la grande époque étaient de grands facétieux. J’en veux pour preuve la structure de leurs chansons, certes jamais de longs délires aux relents progressifs – elles sont grosso modo toutes conçues comme autant de pains dans la gueule –, mais jouant astucieusement avec les conventions. Ainsi, Ghosts of war, fendue en son milieu d’un break mémorable, ralentit. Un truc qui ne se fait pas, mais fonctionne de ouf’ dans ce cas précis. Étonnant, non ?

69 / Dog eat dog, Let there be rock, ACDC

3 minutes 36 d’une grande compacité, au cours desquelles Bon Scott use de son proverbial sens de la formule pour résumer la loi de la jungle qui s’impose au monde. Notons aussi qu’on l’entend aboyer.

68 / Head over heels, Balls to the wall, Accept

Bien qu’on puisse qualifier de « viriliste » le folklore ordinaire des métalleux, les pionniers allemands d’Accept ont poussé loin la transgression sur un Balls to the wall au titre et à la couverture subtilement métaphoriques. D’abord en intitulant – sans rire – London leatherboys une chanson dédiée aux gangs de motards londoniens. Ensuite, en abordant très frontalement les étreintes nocturnes entre hommes dans les jardins publics, l’objet de Head over heels, hymne mid-tempo d’un classicisme achevé au refrain inoubliable – l’album en est truffé.

67 / Soldier of three armies, Heroes, Sabaton

Lauri Allan Törni aimait tellement les Communistes qu’il les combattit sous trois uniformes, finlandais, allemand et américain. Le chanteur féru d’Histoire Joakim Bröden choisit de l’honorer dans Heroes, album des champions suédois du power metal Sabaton dédié tout entier aux soldats restés fameux pour leurs actes de bravoure. Sabaton parle de guerre comme Steel Panther raconte le tagada tsoin tsoin : avec constance et passion. Si l’on aime son métal bien binaire et riche en claviers, Soldier of three armies accompagnera dignement tout envahissement d’un pays ennemi.

66 / Firepower, Firepower, Judas Priest

Pour un album marquant les presque 5 décennies de carrière des vétérans de Birmingham, le moins que l’on puisse dire est que Firepower déboîte bien comme il faut, dans une veine speed et heavy pas si éloignée du météore Painkiller, de 28 ans son aîné. Un guitariste est parti, l’autre soigne son Parkinson, et Rob Halford chante désormais sur scène courbé comme le vieux monsieur qu’il est. Difficile de ne pas osciller entre émotion et franche admiration à l’écoute de la grenade dégoupillée qu’ils balancent d’entrée avec le titre éponyme, bien servi par un Scott Travis bouillant derrière ses fûts.

65 / The Price, Stay Hungry, Twisted Sister

Caractérisons ensemble les années 80 : Commando est un archétype de leur cinéma d’action, le bandana un archétype de leurs accessoires de mode, The Price un archétype de leurs power balads.

64 / Circle of the tyrants, To Mega Therion, Celtic Frost

Précurseurs révérés du black metal, les Suisses de Celtic Frost n’avaient pas leur pareil pour instiller le malaise dans leurs compositions. Leur tube – l’expression vaut ce qu’elle vaut s’agissant de métal extrême – Circle of the tyrants, au-delà de la voix méchante, des paroles lugubres et du son rêche, enchaîne des changements de rythmes et de riffs assez déroutants pour ne jamais laisser l’auditeur headbanger en toute quiétude. Rare, cet inconfort-là est assez jouissif. Faut juste aimer qu’on vous malmène.

63 / Iron Tusk, Leviathan, Mastodon

62 / Blood and Thunder, Leviathan, Mastodon

Sans tenir absolument à faire son scrogneugneu, on peut avancer que les années 2000 n’ont pas apporté que du bon aux amateurs de grosses guitares et cris qui tuent. Trop de redites et errements de vieilles gloires, pas mal de plagiaires plus ou moins inspirés, trop d’atrocités commises au nom d’un nu metal rappelant toujours plus le New Coke, et l’étrange prolifération d’obscurs sous-genres en « -core ». Et puis il y eut l’émergence de ceux qui en valaient le coup, dont les sudistes de Mastodon. Il faut une ambition certaine – voire un spectaculaire melon – pour envoyer en fait de deuxième LP un concept album se voulant une relecture du Moby Dick d’Herman Melville. Rien que ça, les cocos. Mais le pire, c’est que le projet fonctionne. Leviathan vous attrape dès son furieux opener Blood and Thunder, sur lequel pige le chanteur de Clutch. Par la grâce de titres brefs et nerveux – à une exception près –, on ne se paume ni ne s’emmerde jamais dans ce prog-là, quelles que que soient les audaces qu’il s’autorise. Le fan de riffs solides y conserve des repères. Loin d’une vaine démonstration de virtuosités juxtaposées – mention à la batterie –, Leviathan garde jusqu’au bout l’ambiance épique comme grand dessein. Mention spéciale à Iron Tusk pour son break médian. En bref : une écoute captivante entre les joies plus rustuques d’un ACDC et un Pantera.

61 / Floods, The great southern trendkill, Pantera

Tiens, puisqu’on parle de Pantera. En dépit du succès, la bande de brutes épaisses de Vulgar display of power et Far beyond driven est allée en se délitant au fil de la décennie 90, la faute à des tensions internes largement nourries par la toxicomanie du chanteur Phil Anselmo. Très brutal, The great southern trendkill intègre une part croissante de névroses et de désespoir. Il s’achève sur Floods, titre mélancolique et faussement calme où Anselmo appelle le Déluge de ses vœux, dans un dialogue bouleversant avec la guitare de Dimebag Darrell rappelant Cemetary gates. Merde, ces cons-là arrivent même à émouvoir.

60 / Bullet in the head, Rage against the machine, Rage against the machine

En un album, RATM a tout changé. Au son de leur rap metal radicalement anti-système, les bougres auront réussi à faire lever un doigt rageur à toute la jeunesse bourgeoise occidentale en mal d’encanaillement. Leur succès ne fut pas qu’affaire de posture : sur Bullet in the head, l’hénaurme ligne de basse de Tom Commerford et le débit énervé de Zack de la Rocha susciteraient une génération spontanée de zadistes en plein Saint-Germain-en-Laye.

59 / Take no prisoners, Rust in Peace, Megadeth

Deux facteurs rendent Rust in Peace supérieur à Peace Sells…, l’autre LPs le plus fameux de Megadeth : les changements de lineup – pêché mignon de Dave Mustaine – avec les arrivées des monstres Nick Menza à la batterie et Marty Friedman à la guitare, et l’écriture elle-même, puisque les chansons sont désormais plus cohérentes de bout en bout. Take no prisoners porte bien son titre : sur l’album, elle est ce qui se rapproche le plus d’un thrasher classique à souhait, le brio technique en plus.

58 / Highway song, Steal this album !, System of a Down

Comme disait ma grand-mère, ce qui distingue le cuistot talentueux, c’est l’art d’accommoder les restes. En l’espèce, on parle des chutes de studio du home-run Toxicity, monument métalleux de 2001 à la gloire du bizarre. Un an plus tard Steal this album! en recycla les bas-morceaux avec un inégal bonheur. Parmi les succulents, Highway song, typique de la maison : court, à la fois lourd et acoustique, aussi rythmé que mélodique, au chant riche des imparables harmonies entre Serj Tankian et Daron Malakian. Slurp.

57 / Groove family cyco, Groove Family Cyco / Snapped Lika Mutha, Infectious Grooves

Déjà 17 ans que Robert Trujillo officie avec bonhommie et compétence au poste diversement gratifiant de bassiste chez Metallica. Seulement voilà : le virtuose a plus d’une – voire quatre – cordes à son arc, lui qui s’avère un guitariste de flamenco émérite, et qui excelle aussi et surtout dans le funk. Émanation de son ancienne formation Suicidal Tendencies, Infectious Grooves a produit une bordée de galettes incandescentes dont l’intérêt premier est d’y entendre Maître Trujillo pincer, caresser et fesser son instrument avec une suavité digne des plus grands pornos japonais. Ainsi, Groove family cyco.

56 / Transylvania, Iron Maiden, Iron Maiden

Autant le dire d’emblée : le premier album d’Iron Maiden est l’un des plus denses jamais produits. Parmi ses 8 titres aux styles très divers, l’Histoire aura surtout retenu l’hymne éponyme et la féérie progressive Phantom of the Opera, mais il ne compte rigoureusement aucun maillon faible. Autant dire qu’en retenir un seul titre est une gageure. De fait, l’instrumental Transylvania ne permet pas de profiter du timbre rauque du premier chanteur au style punkisant Paul Di’Anno, mais son rythme frénétique, sa succession de riffs mémorables et ses duels de guitare inspirés en font un must du genre. Et puis c’est vachement snob de choisir un instrumental.

55 / Coast to coast, Lovedrive, Scorpions

Et là, le mec enchaîne sur un second. Ambiance radicalement différente sur ce mid-tempo où domine une simplicité virtuose. Cette succession de reprises subtilement différentes d’un même motif rappelle le principe du Call of Ktulu de Metallica, de cinq ans son cadet. Et le solo de Michael Schenker qui s’insinue dans la phrase répétée est juste brillant. Pour faire plus cool, il faudrait apprendre la guitare au Fonzie de Happy days.

54 / A Skeleton in the Closet, Among the living, Anthrax

La liste précédente ne comptait rien de moins que trois titres d’Among the living d’Anthrax, témoignant de mon attachement à ce chef d’œuvre du thrash metal. En voici un autre, histoire de, inspiré de la riante nouvelle de Stephen King Un élève doué où il est question d’un vieux SS pédagogue. Plus lourde et heavy que les chansons emblématiques de l’album, elle garde le côté ludique caractéristique d’Anthrax avec ses chœurs et la descente de basse toute cheloue du milieu. En résumé : un buffet de riffs pesants et groovys à volonté, le valhalla du headbanging.

53 / Coma, Use your Illusion I, Guns n’Roses

Une overdose, c’est rock n’roll, mais tellement convenu. Encore faut-il savoir la sublimer. C’est bien ce que s’employa à faire Axl Rose dans le récit halluciné du grand saut qu’il manqua de faire à ses débuts. Un fatras de paroles hallucinées d’où il ressort qu’il demeura conscient tout du long, fut d’abord très heureux de prendre la porte, puis rétropédala, le tout en entendant le monde entier s’affairer autour de lui. Ce monologue dément finit greffé sur un morceau de plus de 10 minutes bichonné par Slash, associant à un riff principal dantesque quantité de breaks et solos aux petits oignons. Voilà qui vous anoblit une bête overdose de rock star.

52 / That was just your life, Death magnetic, Metallica

En 2008, les Four horsemen renouèrent avec une tradition, celle de l’opener majestueux. Alors oui, on tient ici l’œuvre de bonshommes de 45 ans, que la rage postadolescente des Fight fire with fire et Battery a quittés depuis un ou deux zéros sur leur livret A. Mais savourez la qualité du riff principal et de sa préparation. Les variations complexes des guitares autour de lui, jusqu’à l’étonnant passage à la Morricone sur la fin. La scansion ultrarapide d’un Hetfield aux accents de rappeur, dont on se demande comment il parviendra à chanter et tenir la rythmique sur un tel tempo. Le regain de forme de Lars, convaincant à la double pédale. La basse de Trujillo, bien en retrait – tradition maison – mais instillant son groove dans la construction. Le solo de Hammet, son premier du siècle, compact mais inspiré. C’en est.

NB : Sauf la production. Préférez les versions remixées par des fans avertis.

51 / Symptom of the universe, Sabotage, Black Sabbath

Sabotage, c’est le risible pantalon rouge et moulant de Bill Ward qui sagouine totalement la couverture de l’album. C’est aussi l’apogée d’une première époque en passe de partir en torche, ce moment précis où notre groupe de joyeux drogués atteint le faîte de sa confiance en ses moyens artistiques. De quoi oser un titre aussi ambitieux et délirant que Symptom of the universe, dont le premier mouvement rapide atteint le pire de l’angoisse jamais suscitée par ces spécialistes du genre, avant de faire place à un solo tout en exultation, puis un final acoustique nous ramenant en plein Flower power psychédélique. Le tout avec une sûreté dans le n’importe quoi qui n’est pas sans rappeler un autre quatuor anglais fameux, de Liverpool, celui-là.

À suivre…

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