Par le trou de la serrure, Harry Crews

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Passer à peu près inaperçu à la rentrée littéraire est un défi accessible, comme le destin de plus de cinq cent bouquins l’attesta une fois de plus cette année. Par le trou de la serrure fut de ceux-là, un constat d’autant plus attristant qu’il justifiait que l’édition française poussât un fameux cocorico. Il s’agit d’un recueil de textes de Harry Crews constitué par l’auteur décédé en 2012 et jamais sorti jusque-là. Coup de chapeau à Finitude, donc, pour avoir obtenu l’accord de son héritier en vue de le publier dans la langue d’Alexandre Jardin à la suite du merveilleux Péquenots. Ce dernier consistait en une sélection d’articles parus dans trois grands magazines américains au milieu des années 70 ; en comparaison, Par le trou de la serrure forme un ensemble plus hétérogène de 27 billets écrits sur trois décennies. On s’aperçoit cependant à sa lecture que l’histoire ainsi racontée est d’une formidable cohérence : c’est celle d’un journaliste et romancier formé à l’art de la narration dans un coin où l’on écrivait pas, bouseux du sud revendiqué alors qu’il côtoya des sommités de l’intelligensia yankee, courageux pourfendeur de ses démons via l’écriture et théoricien d’une appréciable philosophie d’homme blanc à l’ancienne fort respectueux du monde qui l’entoure.

Pop stars et télévangélistes

En reprenant un long papier sur Charles Bronson, Péquenots laissait entrevoir le talent de portraitiste de Harry Crews, rare assemblage d’observation, d’empathie et de goût du mot juste. Il est plus largement exploité dans le présent recueil, où l’on découvre un auteur croquant avec le même bonheur les pop stars des années 80 dont la profondeur échappait largement à un grand public toujours plus avide de leurs clichés volés, ou d’autres célébrités franchement inquiétantes dont il s’agissait de comprendre l’étrange engouement qu’ils suscitaient et ce qu’il disait de l’époque. Dans la première catégorie, le couple infernal Madonna – Sean Penn, tous deux assez fans de littérature en général et de Harry Crews en particulier pour inviter celui-ci à voir combattre Mike Tyson à Atlantic City, must absolu de l’année 1988 et soirée épique finalement passée à fuir une foule d’importuns en délire. L’épopée chaotique est le point de départ d’un article fouillé sur la Material Girl où il sera question de sa séduction animale, sa détermination sans faille à « forcer le monde à la voir telle qu’elle se voit » et son penchant mélancolique pour les grands destins brisés. Trois ans plus tard, c’est d’un Penn désormais en ménage avec Robin Wright que Crews est devenu l’ami. Il le suit sur un tournage dans le Nebraska alors que l’acteur tente de devenir réalisateur à plein temps pour qu’on lui foute enfin la paix en public.

Mais, elle, elle est toujours belle à voir et je me tourne vers elle, assise à côté de moi sur la banquette, contrainte de faire ce qui lui plait le moins : attendre, attendre que les limousines traversent l’air épais, bleui par l’odeur de combustion, empli des cris braillards des vendeurs de T-shirts et de programmes du combat de boxe. Sa peau est d’une finesse diaphane sur les os délicats de son visage et blanche comme seule peut l’être une peau n’ayant jamais vu le soleil. Ses yeux sous un front large et lisse sont directs, d’une couleur indéterminée et changeante, tour à tour mauve foncé avec des éclats de vert et d’or, et bleu intense avant de s’assombrir et virer à une couleur difficile à nommer. Ses cheveux ont dégusté après toutes ces années à être blonde mais elle est revenue à sa couleur naturelle, une chevelure épaisse et brune, d’un bel éclat sain lorsque la lumière s’y reflète comme il faut.

Mais elle n’est pas belle au sens conventionnel du terme. Lorsque j’ai fait sa connaissance quelques heures plus tôt dans son appartement, ma première pensée a été : si tu habitais juste à côté de chez moi, jamais je ne proposerais d’aller boire un verre, ma chérie. Mais ma seconde pensée a été : doux Jésus, le musc enivrant du sexe, cette allure, cette odeur vaguement salée, cette façon de se mouvoir, tout cela se dégage de toi comme la chaleur se dégage d’un four.

Voilà qui a suffi à me plonger dans un état d’extrême nervosité et à m’y maintenir.

La magie est dans les à-plats de son visage et dans la façon qu’elle a de bouger. Son ossature est telle que, quel que soit l’angle – légèrement de côté, orienté vers le haut ou le bas – son menton, la fine arrête de son nez, les hautes pommettes plates, tout contribue à une beauté inattendue et séduisante. C’est en fait la beauté dont sont faits les rêves sexuels, ceux des hommes comme ceux des femmes.

Et lorsqu’elle marche, on la dirait montée sur roulements à billes.

David Duke, lui, aspire plutôt à la célébrité : à peine trentenaire au début des années 80, ce blond poli et charismatique a relancé le Ku Klux Klan en oeuvrant à sa dédiabolisation. Crews constate, dans le sillage d’un grand sorcier aussi indéniablement sympathique que cinglé, la latence du racisme dans l’Amérique profonde et la facilité avec laquelle l’homme de la rue peut adhérer aux pires slogans. Le révérend Jerry Falwell constitue une autre incarnation de la révolution conservatrice des années Reagan. Sous des dehors ennuyeux et inoffensifs, le lobbying de ce télévangéliste baptiste de Virginie pèse lourd à Washington. Dans le cas de Garner Ted Armstrong, il s’agit moins de peser sur le devenir des États-Unis que de conserver son emprise sur la très lucrative église fondée par son père, à mi-chemin entre société familiale et secte aux manières mafieuses… À chaque portrait, fût-il peu flatteur, l’auteur retranscrit ses entretiens avec un art consommé de la mise en scène, insuffle au récit une vraie progression et laisse leur chance à ses personnages en cherchant à saisir leurs motivations. Autant de qualités de pur raconteur d’histoires, affûtées roman après roman, qui prirent naissance dans l’oralité.

Quand Harry Crews cite Robert Penn Warren

Crews explique ainsi le rituel immémorial auquel il assistait en tant que rejeton d’une famille de paysans de Géorgie, ces anecdotes ouvragées qu’on se disait à la veillée entre hommes ou entre femmes, alors que lui était accepté de part et d’autre en tant que gamin. Un théâtre au sol de terre battue qui devint la matrice de son art, à moins que ce ne fût plutôt la barque de son oncle unijambiste Cooter avec lequel il partait pêcher des heures sur les eaux noires et pures à la fois de la rivière Okefenokee. C’est après avoir longtemps vu et écouté que Harry Crews éprouva le besoin de dire, puis qu’il apprit comment. Il conserva d’une enfance gravée si profondément dans sa mémoire consciente un mépris souverain pour les réécritures ripolinées de la vie rurale si vendeuses auprès des citadins : pour montrer le peu que son enfance eut à voir avec La petite maison dans la prairie, il évoque le souvenir terrifiant d’une nuit passée à écouter un ouvrier agricole gémir avant qu’il arrachât sa dent fautive. Ce passé n’est pas plus refoulé qu’idéalisé dans son oeuvre : Crews l’accepte, simplement, au point d’en faire une source d’inspiration majeure en même temps qu’un refuge. Lorsque la page blanche le rend fou, contempler l’ordre implacable et harmonieux des paysages de sa jeunesse aide les rouages nés de son inspiration à s’agencer en une intrigue – tel Robert Penn Warren, qu’il cite, Crews ne connaît pas ses histoires lorsqu’il les entame. L’autre remède à ses tourments de romancier consiste à enseigner l’écriture le mieux possible ; au-moins peut-il se féliciter de l’une de ses occupations quand l’autre est dans l’impasse.

Êtes-vous la proie d’une angoisse dont vous ignorez l’origine ? Dieu et l’ordre de l’univers vous inquiètent ? Ou alors vous vous inquiétez de l’existence de Dieu et vous demandez si l’univers est ordonné ? Vous êtes malheureux sans raison apparente ? Vous êtes obsédé par l’avenir de vos enfants ?

Si la réponse à toutes les questions ci-dessus est oui, alors allez vous faire péter la gueule. C’est l’ultime moyen de se requinquer. Vous serez purifié, bienheureux à nouveau. Je vous donne ma parole que vous ne serez plus assailli ni par l’angoisse ni par Dieu, l’univers ou vos enfants. Le combat à un contre un c’est mieux qu’aller consulter chez un psychiatre, jamais aussi humiliant et loin d’être aussi onéreux.

Pour ce faire, il s’efforce de se comporter comme le « bon lecteur » que tout éditeur ou critique devrait être vis-à-vis des histoires soumises par ses étudiants. En la matière, l’exemple lui vint de sa mère, une femme d’une inébranlable lucidité sur la vie qui croyait dans les vertus combinées des efforts et des châtiments. La rudesse de l’existence lui avait enseigné que « la bonne fiction traitait toujours de la même chose : des hommes et des femmes faisant de leur mieux avec ce qu’ils ont ». Nulle mièvrerie dans l’hommage que lui rend Harry Crews, mais une admiration sincère pour ce « point fixe dans un monde incertain ». L’amour sévère mais juste de sa mère compte ainsi parmi les repères intangibles de l’auteur, au même titre que l’alligator des marais de Géorgie et de Floride dont il loue la résilience face à tous les efforts indirects de l’homo sapiens sapiens pour l’éradiquer ; qu’importe s’il lui arrive de manger des chiens imprudents. Aussi emblématique du passé rustique qui a façonné Harry Crews est le mulet, sobre et travailleur, dont quatre millions de spécimens peuplaient encore le Sud dans un passé pas si lointain et qui méritait son éloge. Devenu adulte, Crews visite un ancien maquignon aveugle, pensionnaire d’une maison de retraite, pour le plaisir simple de rediscuter des multiples façons de découvrir ou dissimuler l’âge réel d’un croisement d’âne et de cheval.

Incontinent, alcoolique et orphelin d’enfant…

Écrire pour se comprendre et s’accepter, sans honte ni dolorisme particuliers, suivra l’auteur longtemps après qu’il eut quitté le comté de Bacon ; on peut imaginer que cette démarche l’aura aidé à peupler ses romans de personnages singulièrement cabossés. Par le trou de la serrure s’ouvre sur l’incorporation de Harry Crews dans le corps des marines au temps de la guerre de Corée. On détermine alors qui finira ou non en section psychiatrique de façon arbitraire, en soumettant les recrues à un traitement qui rendrait dingue le commun des mortels… y compris le chef de section Crews, qui présente une tendance malencontreuse à faire sous lui lorsqu’il est rudoyé par sa hiérarchie. Plus tard, lui qui reconnaît volontiers un rapport problématique à la boisson se réveille dans une clinique après une biture causée par le désespoir amoureux. Il ne garde aucun souvenir d’avoir lui-même demandé son internement et subit une situation proprement kafkaïenne, paradoxale au pays de la liberté et agravée par le coût déjà exorbitant de son système de santé.

De manière très concrète, ce que je suis découle de ma naissance en tant que gars du Sud dans la mesure où je suis un cliché dans ma façon de respirer, de marcher, de parler. Je suis le cliché fermement ancré dans l’esprit des gens habitant n’importe où ailleurs aux États-Unis lorsqu’ils pensent à ce qu’est un gars du Sud, le cliché continuellement et fastidieusement exploité par les médias. Je suis le cliché que H.L. Mencken avait à l’évidence en tête lorqu’il parla, dans son essai sur le Sud, de « Sahara des Bozarts », où il explique que l’unique contribution des gens du Sud à la culture fut le Coca-Cola et que si toute l’étendue de terre au sud du Potomac se détachait du continent et partait à la dérive dans la mer, l’humanité ne s’en porterait pas plus mal.

Je suis ce cliché, voyez-vous, parce que je suis issu de fermiers pauvres des terres rouges. Quand j’étais petit, je ne connaissais personne ayant terminé le lycée, alors je ne vous parle pas de quelqu’un qui serait allé à l’université. Les hommes qui m’ont élevé étaient distants avec les inconnus, démesurément généreux, d’une courtoisie rare, violents au point de tuer pour un chien de chasse ou une clôture, absolument convaincus non seulement que les liens familiaux ne comptaient pas pour rien mais que la famille comptait plus que tout. Les femmes qui m’ont élevé s’occupaient des hommes, les nourrissaient, étaient la source de leur force.

Mais si le reste du pays se rassure en s’accrochant de manière inébranlable à ce cliché, je dis laissons faire.

Sa faille la plus profonde est abordée dans le texte intitulé Pères, fils, liens du sang : Harry Crews y aborde en une quinzaine de pages bouleversantes, sans un mot de trop ni aucune manière d’apitoiement, la perte de son fils aîné et la nature de son rapport avec le cadet survivant. Les blessures inguérissables de l’auteur expliquent peut-être son goût pour les retraites périodiques sur des îles à l’écart de tout. La folie l’y rattrape parfois, comme lorsqu’il prend un risque insane pour fuir un ouragan, mais la plupart du temps les bienfaits de l’expérience s’avèrent indéniables ; que Crews ait choisi de placer en fin de recueil quelques mots sur l’apaisement procuré par ses virées à Cross Creek, « une bien belle manière de passer quelques heures à oublier ce que le monde essaye de vous imposer comme étant important », ne saurait être anodin.

L’esprit humain s’appréhende des deux côtés de la ceinture

L’auteur de La foire aux serpents ne se pose ni en être brisé, ni en misanthrope résigné, mais en homme de son temps qui partage les bribes d’une sagesse chèrement acquise et veut les dire avec intégrité. Expériences personnelles de bourlingueur à l’appui, il analyse cette « violence qui vous trouve » si facilement aux États-Unis, soupape indispensable aux frustrations sociales, qu’elle ait une valeur thérapeutique, initiatique ou frappe aveuglément. Il dévoile également le contenu et la dynamique des discussions entre mâles américains, qui tournent vite à l’agression souriante et la surenchère déraisonnable. On y parle pour vendre ce qu’on croit devoir être et que l’on apprend à ses fils. Lui qui raffole des dessous affriolants se rappelle ceux d’une femme sublime aperçue dans un restaurant chic, qu’il imagina sur le champ… la morale de l’histoire fantasmée étant qu’elle les portait pour elle et personne d’autre.

Depuis que nous sommes sortis des grottes – et d’ailleurs probablement avant même que nous y entrions – les désirs et les besoins de l’entrejambe ont été tempérés et adoucis, si tant est que ce soit possible, par tous ces mots abstraits que l’on entend toujours : responsabilité, inquiétude, compassion, pitié, miséricorde et le nom ronflant que l’on attendait tous – amour.

Mais tous ces mots relèvent du langage de la tête et du coeur, pas de celui de l’entrejambe. L’entrejambe, lui, ne connaît que la pulsation et le coup de reins. L’entrejambe écoute et parle la langue du sang. L’entrejambe réclame du sang. Le sang en contact avec le sang, et par conséquent créant du sang. Ce sont la connaissance et la langue du sang qui ont maintenu l’espèce en vie. La plupart d’entre nous marchons sur cette terre non pas parce que des hommes et des femmes voulaient des enfants mais parce que des hommes et des femmes se désiraient.

L’amour arrive par la porte d’entrée une rose à la main, il porte un costume et sent l’artifice douceâtre du parfum en flacon. L’entrejambe – poussé par et pris dans sa nécessaire connaissance – entre par la fenêtre après avoir traversé la nuit incertaine. Et le parfum qu’il apporte ne vient pas d’un flacon mais de la mer, de son odeur salée, merveilleusement primitive chargée et aromatisée par la myriade de poissons qui y nagent.

Bien que capable de recul sur la virilité à l’ancienne, il dit aussi son agacement d’avoir été repris lorsqu’il dit « femme » au lieu de « personne » en… 1979. Il livre une analyse technique pertinente de l’inattendue première défaite de Mike Tyson, sur fond de profond désarroi que seul peut éprouver un vrai fan de boxe de longue date. Et lorsqu’Harry Crews lâche la bride à son propos, ses leçons de vie canailles se font franchement tordantes. Ainsi, la description apocalyptique des fast-foods étasuniens, en particulier ceux qui fleurissent sur les autoroutes où seuls les touristes inconscients osent commander à manger, ou bien un fameux morceau de littérature intitulé La sagesse de l’entrejambe. Il éclaire, à la faveur des aventures d’un éminent professeur de littérature piégé nu sur un toit alors qu’il rejoignait l’une de ses étudiantes en loucédé, l’impérieuse nécessité de ne jamais réduire l’esprit humain aux phénomènes constatables au-dessus de la ceinture.

Un sacré foutu personnage

On quitte ce voyage autour de Harry Crews épaté comme toujours par la force de ses descriptions, étayées par un rare sens du détail cru, et convaincu que l’homme dont le recueil dessine le portrait en creux était un sacré foutu personnage. Les pointes de Sud profond dans l’expression rendent son style éminemment reconaissable, qu’il s’agisse des métaphores canines (« On était tous les trois comme des chiens piqués par des abeilles » lorsque Madonna, Sean Penn et lui sont harcelés par des photographes) ou des allusions bibliques (« j’ignorais totalement que Harry Dean Stanton … chantait comme un des anges renégats de Dieu »). L’humour, le ton direct et l’absence d’inutiles affèteries ou digressions projettent sans peine le lecteur dans l’univers propre à chaque texte, une impression encore renforcée en 2021 par le caractère profondément actuel de bien des thèmes abordés, telle la violence qui couve dans le quotidien, la montée en puissance d’une pensée réactionnaire, l’âpreté au gain des assurances santé et des services de soins ou l’épineuse question d’une aménité appropriée entre les sexes. Autant de qualités qui font de Par le trou de la serrure un prototype de bouquin tout-terrain, recommandable à chaque profil de lecteur, compulsif ou picoreur, jeune ou ancien, porté sur l’essai ou la fiction. C’est aussi un bel objet, similaire en cela à Péquenots. À défaut d’avoir monopolisé le temps de cerveau disponible à la rentrée, il honorera n’importe quel pied d’épicéa mort à la fin du mois prochain.

3 commentaires sur “Par le trou de la serrure, Harry Crews

  1. « L’amour sévère mais juste de sa mère compte ainsi parmi les repères intangibles de l’auteur, au même titre que l’alligator des marais de Géorgie et de Floride dont il loue la résilience face à tous les efforts indirects de l’homo sapiens sapiens pour l’éradiquer. »
    Pour cette phrase, et pour avoir cité Crews, Penn Warren et Ingalls Wilder dans le même article, soyez ici remercié.

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