Punchlines du 10/11/19

Le site /

  • Un unique papier publié cette semaine, consacré à Ronce-Rose, d’Éric Chevillard, le journal intime d’une fillette dégourdie et éveillée à l’amour des mots, partie seule à la recherche de son père. Un bijou, loin de la niaiserie que tant d’adultes se complaisent à mettre dans la tête des enfants.
  • L’observateur attentif aura noté qu’il s’agit encore un livre paru avant cette année. Ce qui soulage, de fait : 130 livres se déclare très officiellement d’une neutralité parfaite dans toutes les discussions et polémiques entourant l’attribution des prix littéraires 2019. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, d’assortir leur annonce d’une remarque ou deux…

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Les auteurs /

  • Jean-Paul Dubois décroche donc la timbale en 2019, avec le Prix Goncourt pour Tout les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. On moque gentiment un choix conventionnel et sage de plus, au regard du tsunami dont le sacre d’une Amélie Nothomb aurait été le déclencheur. L’homme a le grand mérite de vivre éloigné du Landerneau germanopratin, de tenir un discours d’une rafraîchissante authenticité sur son art, et d’avoir gratifié le lectorat francophone d’une oeuvre romanesque en 22 opus  et peu de temps faibles. Ce dernier roman en est-il l’indiscutable clef de voûte ? Au risque de me répéter, je ne l’ai pas lu. Tout juste peut-on rappeler qu’un Michel Houellebecq obtint le graal des prix littéraires de l’Hexagone pour ce qui constitue peut-être son livre le plus faible, La carte et le territoire, sans que l’on y trouvât trop à redire. Dubois, avec Une vie française, lauréat du Prix Fémina, aurait déjà largement pu l’emporter en 2004. Et le crépusculaire La succession fut l’un des plus grands romans français publiés en 2016. Qu’il me soit permis de décerner ici un coeur avec les mains à Jean-Luc Coatalem et Olivier Rolin, dont personne ou presque ne jugea bon de relever la présence parmi les finalistes, puis la défaite. On pense à vous.
  • Le jury du Renaudot a confirmé sa réputation de fieffé farceur, en primant une fois de plus un absent de sa dernière liste : Sylvain Tesson, auteur de La panthère des neiges. Dans sa version essais, il récompensa le pamplet d’Éric Neuhoff (Très) cher cinéma français. Dans le peu de réactions que j’ai pu saisir sur la toile, d’aucuns déplorent que l’on ait ainsi récompensé deux auteurs « réacs ». Profitons-en donc pour rappeler l’unique critère de reconnaissance d’un bon livre : un bouquin qui valide ce que pense son lecteur, naturellement. On aurait un peu trop tendance à l’oublier.
  • Le Fémina et le Médicis, en récompensant Par les routes de Sylvain Prudhomme et La tentation de Luc Lang, achevèrent de frustrer quantité de blogueurs avisés ayant déclaré leur flamme à Santiago Amigorena pour Le ghetto intérieur et Alexis Ragougneau pour Opus 77. Les malheureux se contentèrent de vanter les mérites des livres qu’ils jugeaient lésés, là où traiter Prudhomme et Lang de réactionnaires aurait donné un tout autre poids à leurs récriminations. Les inconscients. J’en ris encore.

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  • Ils auront néanmoins une ultime occasion de promouvoir leurs textes de prédilection pour la nouvelle édition du Grand Prix des Blogueurs littéraires, dont les votes du premier tour viennent de s’ouvrir. En espérant qu’aucune police de la pensée ne vienne en perturber la remise (cf. le navrant épisode de la version polar), il sacrera un livre français à l’issue de deux tours de scrutin ouvert aux blogueurs et bookstagrameurs amis des belles lettres. Lors du premier, ils sont inviter à désigner deux chouchous, alors que le second départagera leurs dix choix les plus populaires. D’aucuns – dont je suis – s’amusent déjà à constituer ce que serait cette dernière liste. À récapituler les papiers des chroniqueurs les plus influents, 7 ou 8 noms semblent à peu près garantis… Il sera passionant de guetter les surprises. Pour ma part, je n’ai pas dérogé à ma règle de l’année : ne rien lire des bouquins qui auront fait le plus de buzz dans le microcosme. Mes deux choix sont de courts romans, l’un d’un homme d’expérience, l’autre d’une primo-romancière à suivre : il s’agit du ciselé Une flèche dans la tête, de Michel Embareck, et de l’envoûtant L’imprudence, de Loo-Hui Phang. Deux pépites, qui n’ont certes pas besoin d’une reconnaissance officielle pour scintiller, mais la méritent assurément.

Les puncheurs /

  • 2019 restera inscrite dans les mémoires des amateurs du noble art comme également marquée par les grands combats et les tragédies. À ce dernier chapitre, on peut hélas ajouter depuis cette semaine le décès à l’entraînement du boxeur australien Dwight Ritchie, à l’âge de 27 ans. Que c’est tôt, bon sang. Que c’est tôt.
  • Mais l’on put aussi assister, jeudi dernier, à une formidable soirée de boxe à la Super Arena de Saitama. En préambule à la grande affiche, le français Nordine  » Nino One » Oubaali a confirmé qu’il était bien le boxeur français dont la cote est aujourd’hui la plus élevée au niveau mondial. Pour la deuxième défense de son titre WBC des poids coqs, il s’imposa avec autorité par décision unanime contre l’invaincu Takuma Inoue, pourtant soutenu par le public local. Il se confirme qu’Oubaali dispose de l’expérience, la force physique et l’endurance pour imposer à tout adversaire 12 rounds de très haut niveau. Déjà âgé pour les 118 livres à 33 ans, bien qu’il ne compte que 17 combats professionnels (et autant de victoires), on lui souhaite désormais de pouvoir disputer un superfight lucratif contre la plus grande star de sa catégorie.

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  • Laquelle n’est autre que le frère de Takuma Inoue, Naoya, poétiquement surnommé « The monster » depuis le spectaculaire démantèlement de force challengers mondiaux, des mi-mouches aux poids coqs. En combat vedette de la soirée de Saitama, il affrontait le vétéran Philippin Nonito Donaire pour la finale du tournoi 2019 des World Series of Boxing. L’affrontement est indiscutablement un sérieux candidat au titre de combat de l’année, tant les deux hommes s’administrèrent un vigoureux traitement de faveur jusqu’à la décision unanime accordée au Japonais. Toujours invaincu, Naoya Inoue fut mis en difficulté pour la première fois de sa carrière par un Donaire en remarquable condition physique pour ses 36 printemps. Supérieur en allonge et en taille, il contra très tôt le favori de son terrible crochet du gauche, ramenant ainsi son punch monstrueux à une intensité plus humaine. On put même craindre pour Inoue, sévèrement coupé et fracturé du côté droit du visage, qu’il ne survive pas à la neuvième reprise. D’ordinaire vainqueur souverain et expéditif, peu soucieux des pralines adverses, il montra d’évidentes limites défensives, bougeant peu la tête et gardant sa main droite trop basse. Un boxeur doté d’un menton solide et d’un punch conséquent pourrait certainement en tirer profit, ce qui sera peut-être le cas du Mexicain Luis Nery. Il faut cependant saluer la résilience d’Inoue, là où tant de champions dominateurs s’éffondrèrent à la première vraie difficulté. Lui affichait un air étonné à chaque fin de round, l’air de dire « Mon dieu, ce type-là rend les coups, et le pire, c’est que je kiffe ! », et il sut trouver un second souffle pour boucler le combat en trombe, marquant même un knockdown au 11e round sur un fulgurant crochet au foie. L’avoir vu triompher d’une vrai adversité n’est pas forcément bon signe pour ses prochains adversaires. Inoue vient de signer avec le promoteur Top Rank, une écurie à laquelle n’appartient pas Oubaali. Croisons les doigts pour que le management du Français trouve une solution contractuelle lui permettant d’affronter ce « Monstre » dans la plénitude de ses moyens.
  • Les amateurs français du noble art auront retenu leur soirée du 15 novembre prochain, avec le retour de la boxe à Bercy, on gardera bien sûr un oeil sur les sorties du champion lourd-léger Arsen Goulamirian et du super-moyen Louis Toutain, mais c’est l’affrontement entre les super-welters tricolores Michel Soro et Cédric Vitu qui retiendra l’essentiel de l’attention. Vu les gracieusétés que ces deux-là s’échangent depuis des mois, les débats devraient être électiques… J’y serai. Faites signe, au cas où.

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