Missing : New York, Don Winslow

 

Don Winslow est complètement graphomane. Depuis bientôt vingt-cinq ans qu’il enchaîne les bestsellers, certains livres de celui qui concède son incapacité à ne pas écrire plus de cinq jours de rang  ne sont même pas publiés aux États-Unis. Sans doute son éditeur a-t-il choisi de ne pas disperser la marque qu’est devenue le nom de Don Winslow sur le marché américain. J’ai dit ici tout le bien que je pensais de La griffe du chien et sa suite Cartel, consacrés au trafic de stupéfiants le long du Rio Grande, et je compte les jours jusqu’à la parution de la traduction de l’épisode final, opportunément intitulé The border. Missing : New York est un polar moins ambitieux que ces trois-là, en même temps que le démarrage d’une nouvelle série attachée au personnage de Frank Decker.

Une longue errance dans les red states

Ceux qui connaissent le Art Keller de la trilogie évoquée plus haut retrouveront dans Frank Decker ses manières de chasseur solitaire obsédé par le mal. Tout juste Winslow ajoute-t-il à sa narration à la première personne une bonne pincée d’humour à froid lorsqu’il suit le flic de Lincoln, Nebraska. Une ville moyenne perdue dans les grandes plaines, raisonnablement prospère, que la solidarité de sa communauté n’immunise certes pas contre les drames.  Cheryl Hansen, mère blanche et célibataire, signale la disparition de sa fille métisse de 5 ans. Frank est bombardé coordonnateur de l’enquête, du fait de son expertise dans la recherche des personnes disparues. Cette ouverture est l’occasion, pour l’auteur, de montrer sa précision habituelle dans la description de la procédure policière. Chez Don Winslow, le lecteur apprend beaucoup.

Les premières investigations font chou blanc. Alors que les chances de retrouver la petite Hailey sont devenues quasi nulles, Frank ne peut se résoudre à abandonner : là où ses collègues cherchent un criminel et un cadavre, lui veut retrouver une petite fille. Il se sent coupable, pour Hailey comme une autre fillette, cette fois vite retrouvée morte, et ce n’est pas un mariage au stade terminal de son délitement ou les enfants qu’il n’a pas eus qui le retiendront à Lincoln. Il rend sa plaque, vide son compte épargne, et part à la recherche de Hailey au volant de la vieille Corvette de feu son père. L’errance de Frank le conduit à adopter une routine de commis voyageur, d’une fausse piste et d’un état à l’autre, entre deux piaules minables, deux lessives à la main et deux appels à sa future ex épouse. Il écume ainsi une Amérique rurale ou périurbaine au bord du déclassement, très rouge sur les cartes électorales récentes.

Un travail de Frank Decker

Jusqu’au vrai faux coup de bol que lui valent sa rigueur et son obstination : un témoignage qui provoque un nouveau changement de décor, justifiant le titre du bouquin. L’intrigue quitte alors son faux rythme, Frank multiplie les observations de plouc perdu dans la grande ville ou les Hamptons, et Missing : New York se pare des atours du  page-turner conventionnel, aux circonvolutions parfois un rien forcées ou prévisibles. L’absence de vrais chapitres, au profit de segments très courts, comme le style dépouillé de Winslow rendent la lecture de ce thriller extrêmement aisée, et l’on pardonne après coup à l’auteur certaines facilités en se remémorant la grande diversité de tempos, de situations et d’environnements couverts en 331 pages. Un travail de grand professionnel, qui donne envie d’attraper la suite intitulée Missing : Germany. Un travail de Frank Decker.

 

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