Le Sang noir, Louis Guilloux

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La saison s’y prête bien : abordons aujourd’hui un grand lésé de l’histoire du prix Goncourt, ce dont un aréopage d’auteurs fameux – Gide, Malraux, Dorgelès, Aragon… – fit un scandale et son éditeur Gallimard un argument commercial : Le Sang noir de Louis Guilloux. Épais de 631 pages dans sa version Folio, le roman parut en 1935, soit un temps où l’Europe s’apprêtait à illustrer avec panache le peu de leçons qu’elle aura tirées de la Grande Guerre, contexte de la présente intrigue. L’atypie fondamentale du Sang noir, ainsi que son caractère profondément subversif, consiste à ne jamais visiter les tranchées ou affronter la mitraille allemande : c’est loin derrière la ligne de front que se pose le regard du romancier, dans une ville moyenne de Bretagne qui ne sera jamais nommée – à titre indicatif, Guilloux était natif de Saint-Brieuc. On y trouve un camp de prisonniers allemands, une jeunesse changée à jamais par la boucherie héroïque ou sur le point d’y partir, toutes sortes d’immigrés de pays alliés ravagés par les combats, des femmes plus que jamais contraintes de faire tourner la boutique sans trop le faire remarquer, et un impressionnant bestiaire de bourgeois feignant le patriotisme à tout crin pour mieux s’intéresser à leurs nombrils alors que le monde entier s’effondre autour d’eux.

Tel un Monsieur Manatane de 1917…

Au centre du récit choral s’étalant sur vingt-quatre heures, un personnage vit une étrange réclusion dans l’humble masure de sa compagne, méprisé par les uns, révéré par les autres sans jamais être vraiment considéré comme un membre à part entière de la communauté : François Merlin dit « Cripure ». Celui qui enseigne la philosophie au lycée de la ville doit son sobriquet à la Critique de la raison pure de Kant. Bel esprit dans une ville qui s’en montre largement dépourvue, Cripure est frappé d’une monstrueuse déformation des pieds. Lui qui vécut une existence de barreau de chaise puis perdit son unique amour au profit d’un bellâtre officier d’infanterie partage désormais les vies de la rustaude Maïa, prostituée sur le retour, du fils « d’une souillon d’hôtel » qu’il reconnut peut-être par erreur et d’un quatuor de clébards envahissants. Ses échecs et son inadaptation fondamentale à l’hypocrisie de la vie bourgeoise ont rendu Cripure anarchiste et misanthrope ; il peine à achever son chef d’oeuvre, la Chrestomathie du désespoir, comme à mettre fin à ses jours. Lorsqu’un ancien élève en partance pour le front vient lui demander conseil, par amertume ou par jeu, il démonte méthodiquement l’objet de sa propre thèse antédiluvienne, le philosophe Turnier.

Ils en étaient arrivés à un point mort de la scène, non le point culminant, mais le temps de repos et de recueillement qui suit les premières escarmouches, où chacun des personnages engagés dans le conflit croit encore pouvoir le diriger. Mais il était déjà trop tard. L’occasion d’où était née la querelle était oubliée. Personne ne songeait plus à l’uniforme étalé sur le lit, comme une pièce à conviction mais pour un autre procès. La résolution de Lucien fortement exprimée il n’y avait plus rien à dire. Il ne restait plus qu’à chercher ailleurs des aliments au feu qui flambait et ces aliments étaient là tout prêts pour chacun, ils en avaient les uns et les autres d’abondantes réserves, accumulées depuis des années. De quoi allumer tout un brasier. Le malheur, c’est que le phénix renaissait toujours de ses cendres. Ces feux de joie des familles bourgeoises n’étaient nullement des feux purificateurs. Lucien le savait par une longue expérience. Quand on s’était tout dit, rien n’était vidé. Les arguments qui avaient une fois servi à blesser d’une manière souvent si subtile ne perdaient jamais leur venin. Ils pouvaient resservir indéfiniment, blesser aussi sûrement la centième fois que la première et enfin, comme il en avait vu autour de lui tant d’exemples, ils pouvaient finir par tuer comme on tue avec le poison. Et c’était cela qu’ils appelaient la vie de famille, la douceur du foyer et autres ordures ! Quand on comprenait sur quelle somme d’hypocrisie et de méchanceté reposait ce qu’ils appelaient un monde… Car bien entendu, une scène de ce genre, aussi triviale, c’était au nom des choses nobles qu’ils prétendaient la justifier, au nom de l’amour, comme la guerre au nom du Droit. Dans moins d’une minute, Lucien en était certain, sa mère allait tâcher de l’escroquer au sentiment, exiger de lui qu’il cédât au nom de l’amour filial, et si Lucien ne cédait pas, elle déclarerait tout simplement qu’il était un mauvais fils. La soeur, une fois de plus, prétendrait qu’il n’était pas concevable qu’un frère qu’elle avait toujours aimé et pour qui elle avait tant fait (il se demandait quoi ?) agît envers elle d’une manière aussi « indigne ». Quant au père, il s’efforcerait de parler de son autorité de chef de famille mais heureusement sans rien tenter pour la rendre efficace, sauf peut-être qu’il traiterait encore une fois Lucien de galopin, comme il avait fait récemment. Mais là-dessus on passerait. Il fallait espérer qu’ils s’en tiendraient à invoquer des arguments nobles, devant quoi Lucien pourrait faire la sourde oreille. Mais s’ils parlaient de l’intérêt familial, comme il était possible, Lucien sentait qu’il pourrait tout à fait perdre patience.

Le si excentrique et mal fagoté Cripure s’emploie ainsi à dérouter ceux qui le tiennent en haute estime. Le reste de la ville cherche franchement à lui nuire – tels les inconnus qui s’emploient à saboter son vélo – se moque de lui ou le jalouse en secret ; à la tête de ses détracteurs, l’onctueux et immodeste Nabucet, conscient de la supériorité académique de son rival mais devenu pilier de la vie culturelle locale à force de ronds de jambe et manigances mesquines. Il accueille ce jour-là son ami d’enfance le capitaine Plaire, qui souhaite s’établir en jeune retraité dans la région et compte sur le proche refuge de l’Assistance Publique pour y trouver la jeune servante de ses rêves… Au lycée, les répétiteurs débattent de Lénine, l’idéaliste Moka et le cynique Glâtre. La femme du proviseur, bonne âme, veille le fils du concierge Noël amputé des deux jambes. Nabucet, tel le pontifiant Monsieur Manatane de Benoît Poelvoorde, se couvre de ridicule en leur rendant visite. Il sermonne aussi Montfort, un surveillant et ancien élève, « pacifiste » et lecteur du « subversif » Romain Rolland. Puis le professeur se hâte : il doit prononcer un discours à la remise de médaille de Mme Faurel, l’épouse du député, prodigue de ses soins aux mutilés de guerre. Pour que tout soit prêt et à son goût dans cette cérémonie qu’il organise au lycée, Nabucet martyrise le pauvre Noël.

Une formidable gifle

Le fils du censeur Bourcier, Lucien, lui-même blessé au front, refuse de participer à la célébration. Il part pour l’Angleterre sans finir ses études, malgré les suppliques de sa famille. Lucien prend une chambre à la pension de la revêche Mme de Villaplane en attendant son départ du lendemain. L’unique pensionnaire précédent, Kaminsky, vient de partir : amoureuse de lui, sa logeuse jalouse qui l’espionnait par un trou du plafond lui faisait quantité de scènes pour sa vie dissolue. Le député Faurel débarque en ville pour la décoration de sa femme. Il croise Cripure, qu’il respecte toujours profondément. Membre de l’état-major, il sait que des unités entières se sont mutinées et que ces révoltes furent réprimées dans le sang. Faurel partage le fatalisme de Cripure mais ne peut guère le montrer. Kaminsky fréquente Simone, la fille du notaire. Il compte l’enlever pour l’emmener vivre à Paris à ses côtés, mais c’est elle qui projette de se servir de lui en le quittant une fois faite à la vie parisienne. Elle vole son père et passe avec ses parents un dernier déjeuner extraordinaire, savourant dans le détail le monde sclérosé qu’elle va quitter. À midi, après les cours, Cripure va s’enivrer en ressassant ses faillites. La pire, son mariage avec Toinette. Le reste, tout ce pourquoi on le prend de haut. Il accompagne ensuite son fils Amédée à son départ pour le front. Maïa en profite pour recevoir son amant, avide de récupérer le supposé magot du vieux boiteux.

Puisque, en fin de compte, c’était toujours le même battement de coeur angoissé qu’on retrouvait en chacun, la même épouvante devant la mort non seulement de soi, mais de l’amour – être séparés ! – qu’y avait-il d’autre à faire qu’à tendre les bras sinon vers un Dieu auquel il ne croyait plus ou croyait ne plus croire, au moins vers un frère aussi malheureux que soi ? Il l’avait parfois tenté, découvrant avec ivresse que son malheur propre s’allégeait au moins du fait qu’il ne serait plus seul à souffrir, et qu’il pourrait le partager avec d’autres. Mais ils n’avaient rien voulu savoir ! Nouveau mystère, c’était qu’ayant conscience de cela aussi, peu ou beaucoup, là n’était pas la question, ils continuassent d’agir comme ils le faisaient, comme si ce secret leur eût été étranger. En raison même de ce que pensait Cripure sur le mystère de ces langages et sur leur infaillible précision, sa « conviction intime » était que personne, du plus idiot au plus génial, n’y était entièrement sourd. Ce battement angoissé du coeur, il était sûr que chaque homme au monde en percevait la présence, en devinait le sens. Mais alors, comment du sein de cette angoisse pouvait naître tant de haine et non seulement de haine mais de sottise, comment non seulement la guerre mais la platitude de ces messieurs (…) ? Puisqu’ils savaient à n’en pas douter et qu’ils portaient tous à leur cou comme une médaille ce secret de Polichinelle, comment, comment faisaient-ils, non pas pour vivre mais pour vivre ainsi ? Avec ce noyau de plomb au fond du coeur, comment pouvaient-ils être aussi durs et secs, jeter leurs fils au charnier, leurs filles au bordel, renier leurs pères, engueuler leurs femmes qui pourtant les menaient – bataille sans fin – rogner ses gages à la bonne qui sortait trop, était trop « prétentieuse » , tout cela en pensant au cours de la rente et au prochain film comique qu’on irait voir au Palace, si on avait des billets de faveur ? Et puis encore beaucoup d’autres choses, car ce n’était là que le décor immédiatement saisissable, et par-dessous cette angoisse, que Cripure voulait commune à tous, ils avaient des idées, ils voulaient des choses. C’était à désespérer. Les aimer ? Ah, vraiment non !

Dans la rue, Cripure tombe sur Babinot, champion incontesté de la pose patriote qui distribue des poèmes pompiers de son cru aux soldats. Lorsqu’il tente d’en tendre un à deux permissionnaires, ils le déchirent, puis frappent son auteur… La décoration de Mme Faurel s’avère le sommet de fausseté théâtrale escompté, mais tous les notables présents sont fort heureux de s’y retrouver. L’oeil ceint d’un bandeau, Babinot prétend avoir été agressé par des espions allemands et régurgite ses habituelles anecdotes cocardières… alors que personne n’ose encore lui dire que son fils est mort au front. Moka entraine Cripure dans un réduit du lycée pour boire du champagne loin de la fête. Son ancien maître s’en trouve inspiré. Près de la gare, dans un mouvement de foule, il se trouve nez-à-nez avec Nabucet et lui assène la formidable gifle qu’il rêva si longtemps de lui administrer. La perspective d’un anachronique duel à mort, dès lors, semble autant satisfaire l’infirme que son ennemi de toujours.

Hystériser la morale à peu de frais

On l’aura compris : respectant sur ses 631 pages les unités de temps et de lieu, la fresque de Louis Guilloux couvre une extraordinaire quantité de personnages et situations, du tragique au grotesque ; son regard glisse d’un tableau à l’autre avec une admirable fluidité. Le simple jeu de massacre eût été bien facile ; l’auteur, loin de honnir tous ses personnages, y préfère la démonstration du caractère profondément factice de la prétendue unité nationale. « Vue d’ici, la guerre n’est qu’un conte. Un conte sanglant, mais un conte » et chacun se le narre fort différemment. Les conscrits encore frais plastronnent – sauf ceux qui rêvent de la révolution russe –, ceux qui n’iront pas se battre en rêveraient ou du moins le prétendent, ceux qui sont vraiment allés à la guerre en reviennent estropiés ou désabusés. La Der des ders offre l’occasion d’hystériser la morale à peu de frais, notamment du côté d’une bourgeoisie matérialiste à l’âme étriquée. Ainsi, la manière dont on culpabilise les élèves du collège : « il serait lâche de votre part de mettre mal à profit la liberté que vous laisse l’absence de vos pères ». On leur donne du « bon » ou du « mauvais » français selon leurs résultats scolaires. Les bonnes gens s’inquiètent des « défaitistes » réputés acquis aux thèses bolchéviques. Pour ceux-là comme pour les suspects d’intelligence avec l’ennemi, la délation va bon train, comme une répétition générale de l’apogée des années 40.

Il lui semblait comprendre que tout ce qu’il y avait encore de raison chez Babinot, de pure tendresse, avait déserté son visage, incapable désormais d’exprimer autre chose que les passions inhumaines du patriotisme et de la guerre, et s’était réfugié dans cette nuque naïve, et surtout plus bas, dans les bourrelets du cou, très rouges, tandis que Babinot pérorait, ce qui, à tout autre moment, n’eût excité que que son dégoût et peut-être son hilarité. Mais qu’il était loin de penser à rire ! Rien de ce que disait, de ce qu’était Babinot ne prêtait plus à rire, dès qu’on le regardait ainsi non plus dans un visage qui n’était qu’un masque en carton, mais dans sa vraie chair tendre qui commençait à se défaire, à se décoller et à pendre sous les maxillaires, à se gonfler comme se gonfle la chair des cadavres. Bientôt d’ailleurs… Mais pourquoi bientôt ? Ça pouvait durer ainsi longtemps encore, des années, éternellement peut-être. « Oui, je dis bien : éternellement. Affreux ! » Le plus singulier, c’était que Babinot croyait être son masque, qu’il voulait ignorer ce personnage caché comme une devinette dans les bourrelets de sa nuque. Le faux Babinot seul voulait compter. Il y avait un Babinot qui tonnait contre les Boches, le Babinot héroïque et imbécile et un autre, le vrai, qui pleurait des larmes silencieuses sur la mort prochaine de son fils et sur son propre destin. Peut-être était-il nécessaire qu’il y eût un Babinot tonnant afin que l’autre pût pleurer toutes ses larmes. « O Dieu ! Dieu ! Et ce visage blanc de chaux avec ses yeux plats et noirs de morte qui me regarde avec reproche » Dans un coin, discrèrement écartée, hasard ou choix – choix sans doute – Mme Babinot était assise, aussi immobile qu’une stèle, toute en noir, déjà froide et comme entourée d’un suaire. En avance sur son destin ! A peine si à quelques tressaillements persque imperceptibles de ce visage en papier on devinait qu’elle était encore vivante. Si jamais ici il y avait eu un masque, ce masque était depuis longtemps tombé. Elle ne craignait plus de se monter telle qu’elle était, dans sa vérité, comme ceux qui sont entrés vivants dans la mort. Quand son fils serait tué, Babinot changerait peut-être, elle, non.

De même la micro-société du Sang noir demeure indécrottablement misogyne alors que les femmes la portent à bout de bras. Celles que la guerre a privées de leurs époux ou de leurs fils sont désormais des ombres ; du côté des vieilles filles, les rêves se sont dissous. Quand leurs hommes sont toujours présents mais accablés par la dureté de l’époque, elles les couvrent des mêmes soins qu’à l’accoutumée, ravalant leur propre chagrin. D’aucunes se donnent plus facilement qu’en temps de paix, d’aucuns s’en frottent les mains. Authentique premier rôle féminin du roman, Maïa éblouit par le rêche bon sens dont elle use pour rudoyer son Cripure. Ses trouvailles langagières n’appartiennent qu’à elle ; ainsi, « T’as une tête de chou chié ! ». La fracassante répartie paysanne de Maïa offre ici l’occasion de saluer, d’une manière plus générale, le grand soin apporté par Louis Guilloux à la diversité – voire la singularité – des registres dans lesquels s’expriment ses si nombreux personnages, reflètant autant de caractères et de conditions sociales. L’auteur s’avère un formidable dialoguiste en plus d’un observateur avisé des bassesses petites et grandes. Et, aussitôt qu’il lâche ses coups, sa méchanceté est un régal : quel mal lui a donc fait la ville d’Angers pour finir qualifiée de « ville sans mystère sous le plus niais des ciels » où l’on rencontre « le plus de pardessus à fourrure », et nulle part l’on aurait croisé « de bourgeois plus infatués, de bourgeoises plus rigidement mornes » ?

Dans le sang noir, ceux des victimes et des bourreaux mêlés…

Mais si le récit entier baigne dans l’humour et la noirceur, c’est aussi pour renforcer par contraste la puissance de ses rares moments de grâce, telle l’étrange pantomime d’un couple de marginaux noctambules observé par Cripure à la lueur d’un réverbère, ou l’échange pudique et sincère entre une femme plaidant pour la survie de son fils et celui qui osera lui dire que tout espoir serait vain. Les êtres capables d’amour ou de compassion se reconnaissent entre eux tandis que le destin les frappe sans distinction, au même titre que les inconscients, pusillanimes, délateurs, opportunistes et jouisseurs. Dans le sang noir que la France de Louis Guilloux laisse échapper à gros bouillons se mêlent ceux des victimes et des bourreaux. Comme le suggère un final absurde et grandiose à la fois, au-delà du deuil de ses enfants les moins nobles comme des plus dignes, elle porte celui de tout espoir de trouver un sens à l’hécatombe et d’empêcher son perpétuel recommencement.

2 commentaires sur “Le Sang noir, Louis Guilloux

  1. Merci pour cette mise en lumière de ce roman magnifique. Je crois que c’est, après 20 années passées à écumer la littérature mondiale (encore bien des lacunes à combler évidemment), mon livre préféré. Autant d’humanité, sublime et détestable, condensée en si peu de pages, si peu de temps, c’est prodigieux.

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