Le Sang noir, Louis Guilloux

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La saison s'y prête bien : abordons aujourd'hui un grand lésé de l'histoire du prix Goncourt, ce dont tout un aréopage d'auteurs célèbres – Gide, Malraux, Dorgelès, Aragon... – fit un scandale et son éditeur Gallimard un argument commercial, Le Sang noir de Louis Guilloux. Épais de 631 pages dans sa version Folio, le roman parut en 1935, soit un temps où l'Europe s'apprétait à illustrer avec panache le peu de leçons qui furent tirées la Grande Guerre, contexte de la présente intrigue. L'atypie fondamentale du Sang noir, ainsi que son caractère profondément subversif, consiste à ne jamais visiter les tranchées ou affronter la mitraille allemande : c'est loin derrière la ligne de front que se pose le regard du romancier, dans une ville moyenne de Bretagne qui ne sera jamais nommée - à titre indicatif, Guilloux était natif de Saint-Brieuc.

L’âme de Napoléon, Léon Bloy

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Au moins le bicentenaire de la mort de Napoléon m’aura-t-il donné l’occasion de lire une première oeuvre de Léon Bloy, après l’avoir longtemps connu de réputation et redouté que la rencontre devienne de plus en plus risquée : avec l’âge me vient le goût d’une certaine modération, dont on ne saurait dire qu’elle caractérisât jamais le polémiste et romancier originaire de Périgueux. Face au risque bien réel de ne pas vibrer à l’unisson de l’éloge mystique qu’est L’âme de Napoléon, je me convainquis que la plume « bloyenne » – adjectif non valable au scrabble mais utilisé par ses connaisseurs -, flamboyante et acérée, pourrait à elle seule me convaincre de poursuivre ma découverte de l’auteur du Désespéré. À supposer, naturellement, d’éviter en chemin l’une de ces difficultés d’interprétation de son oeuvre qui donnent toujours matière à controverse au XXIe siècle. Je dois à ce titre saluer l’éclairage qu’apporte ici le dense avant-propos de François Angelier intitulé La Face de Dieu dans les ténèbres. Il resitue L’âme de Napoléon dans la très abondante littérature se rapportant à l’Empereur, remarquable par son universalité, du pamphlet à l’hagiographie. De toute évidence, Léon Bloy a beaucoup lu sur le sujet et son oeuvre en fut imprégnée depuis ses débuts.

Rock en vrac, Michel Embareck

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En ces temps détraqués où l'on annonce la résurrection de Best en "magazine lifestyle" (...), rien ne vaut un morceau d'Histoire encore fumant malgré les décennies, un témoignage allègre et vrombissant du genre à remettre illico le disquaire au milieu du village. Bref, pour savoir (ou se remémorer) ce qu'était VRAIMENT Best, rival trop tôt disparu de Rock & Folk, il faut lire Rock en vrac. Épuisé mais trouvable via l'entremise maléfique de Jeff Bezos (béni soit-il), cet opus inclassable de Michel Embareck revient sur ses dix ans de reportages dans le monde merveilleux de la musique du diable, et plus encore : puisque l'acte d'écrire intéressait le monsieur tout autant que les riffs de guitare sur des rythmes binaires - ses fictions en témoignent, comme le savent les 4 à 5 lecteurs réguliers du présent blog -, il élargit le spectre de ses rencontres à des pointures du roman noir d'outre-Atlantique et signa une poignée de nouvelles à teneur garantie en Mi-La-Ré. De quoi faire de Rock en vrac un objet littéraire sans guère d'équivalents dans un genre où le lyrisme canaille se leste vite de mauvaise graisse. Pas de ça ici : des textes, des vrais.

Le désir de guerre, Frédéric Roux

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À une jambe près, le grand-père de Frédéric Roux rentrait de la Grande Guerre égal à lui-même, Béarnais taiseux, maladroit et respectueux à l'extrême de l'autorité de sa femme comme de celle de l'État. Le souvenir lointain mais lancinant de ce héros ordinaire à l'humeur si peu altérée par son amputation conduisit l'auteur, à la fin du siècle dernier, à revisiter une mémoire "faite pour inventer le passé", donc trompeuse par essence. Surtout lorsqu'il s'agit de celle d'un pays entier.

SAS : La madone de Stockholm, Gérard de Villiers

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Audio : Téléchargez le podcast Il sera ici question d’une abomination patriarcale à l'ancienne ou d’un morceau d’Histoire, c’est selon. Après quoi il m’incombe d’étayer la seconde proposition : La madone de Stockholm est le premier tome de la série SAS – pour « Son Altesse Sérénissime » –, chapardé sur la table de nuit paternelle, dans lequel … Lire la suite SAS : La madone de Stockholm, Gérard de Villiers

La Marge d’erreur, Nicolas Rey

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Audio : Téléchargez le podcast J'avoue m'être inscrit à une rencontre en ligne* avec Nicolas Rey sans avoir jamais lu aucun de ses bouquins ni spécialement projeté d'acquérir le nouveau. Ce qui m'intéressait, c'était voir la bête, incarnation à la dépression télégénique d'un entre-soi culturellement hégémonique dont les canons édictés par l'esprit Canal des débuts … Lire la suite La Marge d’erreur, Nicolas Rey

Les mains propres, Jean-Louis Bailly

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Audio : Téléchargez le podcast Entomologiste français du XIXe siècle, Jean-Henri Fabre acquit une renommée mondiale depuis son village de Provence, en particulier pour ses articles de vulgarisation scientifique, bien qu'il fût largement autodidacte et longtemps ignoré par ses pairs. Il vécut assez vieux pour recueillir des hommages à profusion de son vivant, dont ceux … Lire la suite Les mains propres, Jean-Louis Bailly

Les héritages, Gabrielle Wittkop

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Audio : Téléchargez le podcast Nous sommes en 1895 et un proviseur, Célestin Mercier, s'endette copieusement pour qu'on lui construise une vaste demeure néoclassique avec vue sur la Marne. L'entrepreneur s'avère un margoulin, qui le plume avant de fuir pour le Brésil. Le couple Mercier dispose d'à peine le temps de baptiser la maison "Séléné" … Lire la suite Les héritages, Gabrielle Wittkop

Trois cartouches pour la Saint-Innocent, Michel Embareck

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Audio : Téléchargez le podcast La scène se passe à Roche-Les-Eaux, joyau thermal du désert français du milieu-mais-un-peu-à-gauche-sur-la-carte. Jeanne Moreau - rien à voir avec l'actrice - traverse le centre-ville pittoresque pour attraper le journal chez un marchand qu’on décrochera quelques minutes plus tard, au couteau à pain, du lustre auquel il s'est pendu. Désespérance … Lire la suite Trois cartouches pour la Saint-Innocent, Michel Embareck

Presqu’îles, Yan Lespoux

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Audio : Téléchargez le podcast Comme le rappelle Hervé Le Corre himself dans la préface de Presqu'îles, le Médoc de Yan Lespoux n'est pas celui des grands crus classés et des imposantes demeures bourgeoises pompeusement baptisées "châteaux" : il consiste en une pointe de terre coincée entre l'Atlantique et les vignobles des bords de Garonne, … Lire la suite Presqu’îles, Yan Lespoux