Titane, Julia Ducournau

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Mâtin, quel choc : la Palme pour Titane, divulgâchée d’entrée de cérémonie par un président sapé en Desigual qui pis est. Audace, iconoclasme, radicalité. J’ai couru le voir dans la foulée de l’annonce du palmarès sur une impulsion soudaine – enfin, je partageai celle de mon épouse -, mû par l’envie irrépressible d’avoir un avis sincère comme d’en prendre plein la figure un samedi soir. L’odeur rare du soufre chimiquement pur, en somme. À dire vrai, cependant, les pauvres biquets que l’affaire a traumatisés, ce dont on fit grand bruit, mériteraient une cure de Cronenberg (grande inspiration de ce film-là) et Takashi Miike, entre autre montreurs et remueurs de tripaille patentés. Bref. Au delà du prétendument sulfureux, que vis-je ?

Ouf, on rigole un peu

Titane propose une une approche aussi large que démonstrative – et contemporaine comme il faut – du corps qui assigne et trahit, envisagé tel la famille comme une prison à faire voler en éclats. Femme / homme, homo / hétéro, jeune / vieux, maternité / maladie, parents / amants, organique / mécanique… l’autodafé se prolonge jusqu’à la dernière étiquette disponible. « Foin de l’identité pourvu qu’on s’aime très fort » pourrait figurer au bas de la dernière copie double de cette dissertation de 108 minutes, un rien scolaire sous les audaces formelles promises.


Assumées, les nombreuses invraisemblances ont de franches allures de prétextes. Elles pourraient faire ricaner sans la sincérité et la conviction des deux interprètes principaux, Agathe Rousselle et Vincent Lindon, tous deux impeccables en quasi négatifs réciproques que rapproche leur mal-être. Le film suscite son lot de rires intentionnels, tantôt absurdes, tantôt macabres. Leur rôle n’est pas anodin : un Titane qui ne se prendrait qu’au sérieux basculerait franchement dans l’indigeste – et ce n’est donc pas une affaire de gore.

C’est bon, ça, Coco

Sévère, ce qui précède ? Allez, on parle tout de même d’un authentique morceau de cinéma, tantôt saignant (c’est parfois du cambouis qui coule), tantôt bien cuit (ça brûle beaucoup, et pas que des étiquettes). C’est parfois saisissant et souvent inventif, bien que bourré de références. Pinaillerait-on un chouia qu’on soulignerait la volonté farouche d’empiler les plans comme autant de performances plutôt qu’assurer la fluidité du récit ; c’est un choix auquel on souscrira plus ou moins facilement – si certains Lynch m’ont décramponné en une poignée de minutes, d’autres que moi s’en sont pâmés des heures durant.

Le côté École des fans si sensible dans le palmarès de ce festival 2021, riche d’ex aequo, évoque une sélection à la fois large et dense, baroud d’honneur du cinéma projeté en salles – il semble que l’important ait été d’apposer la validation cannoise sur un maximum de 4×3. Mais fallait-il porter Titane à son pinacle ? Ça fera jaser le public, débattre les cinéphiles et rager les réacs – c’est bon, ça, Coco. On n’attendait pas moins de Spike Lee qu’il sacre un film au contenu aussi politique, et ce sans forcément préférer la dentelle à la truelle. Qu’une seconde réalisatrice décroche la timbale en 74 éditions ne saurait déplaire tout à fait qu’aux pires des scrogneugneux – et puis Julia Ducournau est française, cocorico, quoi.

Sans contrefaçon, un film farmérien

Quant à Mylène Farmer, elle aura contribué à distinguer une oeuvre farmérienne en diable. Elle qui vit en 2021 depuis trois bonnes décennies doit jubiler de constater que les institutions culturelles ont enfin fini par la rattraper. Si l’on se résume : peut-on vraiment parler d’un choc lorsqu’une Palme d’or semble à ce point correspondre aux canons artistiques de son époque ? Vous avez quatre heures et trois copies doubles.

2 commentaires sur “Titane, Julia Ducournau

  1. Je suis assez d’accord sur l’idée que le film chante les gimmicks de son époque, ce qui ne remet pas en cause la sincérité de Ducournau… mais quand même que ça fait du bien d’avoir en France un réal (et son chef op) capable de composer des plans comme cette scène où Alexiane devenue adulte arrive dans ce salon de l’auto et du lapdance avec un plan séquence qui la suit de dos et va et vient entre les jolies carrosseries de toutes sortes présentes ! Oui, il y a un côté sale gosse qui veut choquer gratuitement par moment mais ça n’efface pas la maîtrise et surtout la perf’ de Lindon. Ça fait combien de temps qu’on ne l’a pas vu aussi fin que dans sa réponse « Non, j’suis vieux » au moment où Adrien lui demande s’il est malade quand il le chope une seringue dans le cul dans la salle de bain familiale ? Pour finir, si tu as (un peu) aimé celui-ci, regarde son premier, « Grave », dispo sur Netflix. Le scénario est bien supérieur, une partie des thèmes de Titane y sont déjà triturés jusqu’à l’os mais contrairement à celui-ci, tout est justifié.

    Aimé par 2 personnes

    1. Je ne discute certainement pas l’envie et les moyens de Julie Ducournau de faire du cinéma, du vrai nous sommes bien d’accord ! J’étais tenté par Grave à l’époque et je t’avoue que j’ai laissé trainer. Il est dans ma liste de films à voir.

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