Sound of Metal, Darius Marder

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Point n’est besoin d’aimer la grande musique pour apprécier ce Sound of metal : de heavy metal, justement, il sera très peu question. Le goût du rock bruyant unit Lou et Ruben, amoureux écorchés vifs qui fuient des passés compliqués. Elle chante et joue de la guitare, lui l’accompagne à la batterie. Ils habitent une caravane aux allures de cocon seventies, cachetonnent dans de petites salles aux quatre coins du Midwest et rêvent de leur disque à venir. On envie franchement leur bonheur bohème.

Jusqu’au drame, brutal : Ruben devient sourd. La première force du film, récompensé par l’Oscar du meilleur son, consiste à faire vivre son expérience auditive au spectateur. Un travail bel et bien saisissant, qui ne doit certes pas faire oublier une mise en scène extrêmement habile dans sa manière de suggérer le terrible isolement vécu par Ruben, qu’il tente de vivre avec son mal comme si de rien n’était ou de rejoindre un programme thérapeutique destiné aux anciens junkies atteints de surdité.

Au fil des progrès accomplis, le réalisateur Darius Marder montre avec sensibilité et intelligence comment le protagoniste intègre une communauté bien particulière dont les valides ne sauraient tout à fait comprendre les usages. Ruben demeure toutefois taraudé par un hypothétique retour au quotidien qu’il chérissait, Lou, le gros son qui tâche et la vie sur la route. L’enjeu de Sound of metal réside dans l’acceptation de sa nouvelle condition, ou plutôt des changements irréversibles qu’elle suscite dans son monde. Mais aussi bien maniée qu’elle soit, la caméra ne saurait autant nous intéresser au destin de Ruben si elle ne se fixait pas plus de deux heures durant sur l’interprète épatant qu’est Riz Ahmed.

Toute la très bonne série The night of reposait sur le visage impénétrable du Britannique, ni celui d’un coupable, ni celui d’un innocent. Ici, avec le même brio, Ahmed campe l’exact inverse : ses yeux sont deux flaques d’un goudron luisant qui reflète au-delà des mots toute la violence et la richesse des émotions traversées par Ruben dans l’apprentissage de ce qu’il est devenu. Une première nomination aux Oscars qui en appelle d’autres.

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