Oh my Dio

 

Il fut un temps où le titre de champion du monde de boxe valait respect et admiration. Entraient invariablement dans la légende ceux qui étaient sacrés dans trois catégories de poids. Ronnie James Dio n’était pas un boxeur – le cas échéant, sans doute eût-il combattu en poids coqs -, mais il fit plus formidable encore : devenir le chanteur de trois groupes mythiques de l’Histoire du heavy metal.

Le natif du New Hampshire dut cette distinction rarissime à un organe stupéfiant, qu’il affirmait n’avoir jamais travaillé autrement qu’en apprenant la trompette. Là où ses homologues émettaient hurlements ou borborygmes pour exister dans l’enfer instrumental du rock velu, Ronnie James Dio chantait. Tout juste le lutin se contentait-il de moduler à l’envi le volume sonore d’une voix pure, claire et puissante entre toutes. Sans effort apparent, il y adjoignait l’effet voulu, jusqu’à parvenir à varier sans cesse son registre d’une piste enregistrée à l’autre, et sonner de façon encore différente sur scène.

L’héritage de l’étrange petit bonhomme dépasse de loin le cercle des purs amateurs de gros son qui tabasse. Il fut le grand vulgarisateur du geste dit « des cornes du diable », emprunté à sa grand-mère italienne et voué à éloigner le mauvais oeil, puis devenu signe de ralliement des hardos du monde entier. Tôt dans sa carrière, Dio fut aussi l’interprète du monument de pop psychédélique Love is all, dont le clip baroque, associé à tort aux dessins animés pour gamins des années 70 à 80, se savoure bien mieux drogué.

Si l’on se concentre sur son grand oeuvre de frontman légendaire, Dio fut de l’aventure Rainbow, groupe fondé par Ritchie Blackmore après son départ de Deep Purple. Pour goûter ses envolées opératiques dans l’ambiance empreinte de fantasy et de rock progressif de Rainbow, essayez donc le classique Stargazer, issu de l’album Rainbow rising. Il faut aimer les claviers, mais boudiou, quelle tessiture.

En 1983, il fonda son propre groupe, modestement nommé Dio, entouré de sacrés talents – dont le moindre n’était pas le minot Vivian Campbell à la guitare, sacrifié depuis en tant que luxueux faire-valoir chez Def Leppard, snif. Moins prog que celui de Rainbow, le style de Dio reste sacrément travaillé, et diabolique d’efficacité. Holy Diver, la première galette du groupe, fut un putain de strike historique, ribambelle de tubes superbement produits dont je retiendrai ici les montagnes russes de Don’t talk to strangers.

Peut-être RJD atteignit-il son apogée artistique entre les épisodes Rainbow et Dio : on parle ici de l’intermède où il reprit le costume sacrément large aux épaules d’Ozzy Osbourne, couineur titulaire de Black Sabbath, parti en triple vrille pour mieux renaître en solo. À ces maîtres du riff écrasant et des ambiances de films d’épouvante, Dio apporta sa subtilité à l’écriture et au chant. Les quarante minutes de l’album Heaven and Hell sont un moment de grâce, qui contribua à faire de 1980 une année gigantesque pour le heavy metal. Le titre éponyme reste aujourd’hui un monument du genre, en particulier dans son ultime mouvement.

They say that life’s a carousel
Spinning fast, you’ve got to ride it well
The world is full of kings and queens
Who blind your eyes and steal your dreams
It’s heaven and hell, oh well

And they’ll tell you black is really white
The moon is just the sun at night
And when you walk in golden halls
You get to keep the gold that falls
It’s heaven and hell, oh no

La version qui suit rend justice à cette incroyable bête de scène haute comme trois couilles à genoux, qui possède la foule comme Rafa Nadal tient Roland Garros dans ses bras de forgeron.

Ronnie James Dio est mort il y a neuf ans, d’un cancer de l’estomac. Dans son genre, il n’y a guère qu’un Rob Halford ou un Bruce Dickinson qui soutiennent la comparaison. Et dans le rock tout court, ils sont une poignée d’autres.

Pour résumer ce qu’il fut, un éminent spécialiste du heavy metal de mes amis a cette phrase définitive, confondante de justesse : « Dio, c’est Dieu ». Voilà.

2 commentaires sur “Oh my Dio

  1. je partage votre admiration pour Dio. Pour moi son apogée sera Heaven & Hell, Rising, et ses deux premiers albums de son groupe éponyme. La suite sera bonne mais pas excelllente.

    Ensuite pour des voix équivalentes je regarderai du côté de Jorn, Doro, … Rob Halford et Dickinson n’ont pas la même profondeur ni la même puissance.

    Un égal de Dio sera pour moi Coverdale mais un style complètement différent…
    Comparons les sur Mistreated : Dio est puissant, Coverdale a le feeling….

    ensuite l essentiel c est que nous prenions plaisir à les écouter

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  2. J’assume la subjectivité du propos ! Coverdale est un magnifique interprète, c’était d’ailleurs toujours le cas au Hellfest 2019, ce qui mérite un coup de chapeau. Je mets Dio au dessus pour la voix elle-même, mais on pinaille, là. Halford et Dickinson forcent clairement plus. Je les place à ce niveau pour l’effet produit : ils sont formidablement engageants. Bon, le débat pourrait durait durer longtemps. Bienvenue, en tout cas !

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