Punchlines du 25/08/19

Le site /

  • Pas de punchlines la semaine dernière, mais tout de même un été studieux sur 130 livres, avec l’interview de Mattias Köping pour son éprouvant roman noir Le Manufaturier, et la chronique d’Un endroit où aller, de l’inestimable Robert Penn Warren.
  • La page Instagram @130_livres a dépassé les 600 abonnés. Je remercie bien sûr les personnes en question, même si elles m’inquiètent un peu, mais je me remercie surtout moi-même pour la colossale quantité de spam qui m’a permis d’y arriver.

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Les auteurs /

  • Je laisse à mes nombreux homologues de la blogosphère le soin de commenter dans le détail les centaines de trésors indispensables de la rentrée littéraire. Ici, je me bornerai à deux chroniques : celle de L’imprudence, dont je redis que c’est un premier roman qui fera parler, et celle – à venir – d’un titre des éditions Piranha…
  • Côté auteurs, c’est tout pour aujourd’hui.

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Les puncheurs /

  • Surprise (ou pas, si vous me suivez sur Facebook) ! La chance venant parfois vous frapper jusqu’à votre tansat, j’ai fait avant-hier une sacrée rencontre sur une plage de Méditerranée, dont voici le récit…

Vendredi 23 août. Peut-être le plus bel ensoleillement de la semaine, en dépit des prévisions maussades. Pour ton dernier jour de plage, tu t’es autorisé un peu plus de rosé qu’à l’accoutumée. Cet après-midi là, tu voudrais l’étirer aussi longtemps que possible. Tes yeux errent, de l’inévitable bouquin aux bateaux qui mouillent au loin, s’arrêtant sur tes homologues vacanciers. Plus en forme que vous tous, un type accroche ton regard. Il joue, rigolard, avec ses jeunes enfants dans les vaguelettes de ce bord de Méditerranée. Crâne chauve, épaules larges, taille étroite, dorsaux hyper dessinés. Lorsque tu l’as vu démonter des gars, il était affûté au-delà du raisonnable, et son regard n’avait rien de celui d’un papa aimant. Mais c’est bien Michel Soro.

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Crédit : LP/Icon Sport/Baptiste Fernandez

Y aller, ou pas ? Tu mets longtemps à te décider. Il est tranquille, en famille, sans doute aussi peu disposé que toi à supporter des casse-pieds. Seulement voilà : on est en France, en 2019. Là où un boxeur, fût-il de niveau mondial, peut passer une après-midi à la mer dans un autre anonymat que Kylian MBappé. Même si oui, bien que les vicissitudes de la vie de candidat à un titre de la World Boxing Association l’aient privé de la ceinture qu’il mérite, Michel Soro est l’un des tout meilleurs boxeurs de la planète parmi les super-welters. Les fans les plus pointus – souvent des Américains – connaissent son nom. Le grand public français, c’est autre chose.

Tu hésites, donc. Et puis tu te rappelles la fois d’avant. C’était il y a quelques vies de cela, en 1996, à Cergy. Tu étais étudiant, et la boxe passait encore sur TF1. La soirée à laquelle tu participais avait lieu dans une boîte de nuit nichée sous le parvis de la préfecture. Dans la foule de tes condisciples avinés, sans que personne ne le remarque, un type observait l’assistance. Pas un fêtard, mais le patron des lieux. Il s’appelait Khalid Rahilou.

Un très bon boxeur de chez nous, programmé pour affronter un cador quelques semaines plus tard : Frankie Randall, champion super-léger, rien de moins que le tombeur de Julio Cesar Chavez. Sans doute enhardi par tes quelques premiers verres, comme tu l’es aujourd’hui par le rosé de Provence, tu allas saluer, respectueusement, Monsieur Rahilou. Et tu lui souhaitas bonne chance : sacré morceau, Randall, quand même. La confiance de Rahilou t’impressionna. « C’est fini, Randall ». Il y allait fort. N’empêche qu’en janvier suivant, à Nashville, il le stoppait après 11 rounds. La presse française mesura mal la portée de l’exploit.

Au moins ne lui as-tu pas porté la poisse. L’argument vaut ce qu’il vaut, mais il te suffira pour aujourd’hui. Tu n’es plus le post-ado malingre d’il y a 23 ans : il s’est épaissi, ce môme-là, et gagnerait parfois à surveiller son poids. Tu pèses plus que Michel Soro. En pleine forme, tu serais un mi-lourd. Mais la puissance qui irradie du bonhomme lorsque tu l’abordes, profitant d’un moment où il est seul, t’impressionne pour de bon. Sûr que vous portez différemment le short de bain, lui et toi. Les yeux qu’il lève de son téléphone ne donnent guère envie de le contrarier. Tu te présentes, aussi courtoisement que tu le peux. Après tout, même trente secondes t’iraient bien, hein. Tu bredouilles que tu aimes beaucoup ce qu’il fait, ou un truc approchant. Son visage s’éclaire. Ouf.

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Crédit : Canal +

Il y a chez les boxeurs pas mal de fanfarons. Ou bien des garçons qui peinent à aligner deux phrases à l’équilibre précaire. Bref, les stéréotypes se vérifient parfois. Pas chez Michel Soro. Il est amical, et se montre attentif à son interlocuteur. Sa voix est posée. Et il n’éprouve aucun besoin d’en rajouter. Une courte discussion s’engage. Oui, la boxe de France, pour redémarrer, a besoin d’affiches entre ses meilleurs champions, et un prochain combat contre le picard Cédric Vitu constituerait une belle opportunité. La montée de celui-ci sur le ring pour le défier, après sa dernière victoire de juillet, et les propos virils échangés les yeux dans les yeux ? Du business. « Il faut bien faire monter la sauce », dit-il dans un sourire.

Mais l’actualité, plus que Vitu, c’est le Cubano-américain Erislandy Lara, qui boxera à la fin du mois Ramon Alvarez, frère de Saul « Canelo », pour la ceinture mondiale WBA convoitée par Michel Soro. Possible que ce dernier fasse l’aller-retour à Minneapolis pour y assister… et défier le vainqueur comme il se doit. Ce sera probablement Lara. Là encore, aucun mépris dans la voix du Français, bien au contraire. « C’est un très bon, Lara. Une belle technique. La grande classe. » Vous tombez d’accord sur le fait que sa défaite aux points face à Canelo fut tout sauf évidente. « Ce n’est pas le seul critère, mais Lara a plus touché… ».

Soro enchaîne : « C’est un très bon. Après, il a 36 ans… ». Tu comprends bien ce qu’il veut dire. Contre Jarett Hurd ou Bryan Castaño, il t’a semblé évident que Lara n’avait plus ses jambes d’antan pour danser et les garder au bout de son jab interminable. Ils ont pu casser la distance, et imposer l’épreuve de force. Comme tu t’en ouvres à lui, le boxeur prend l’air mi-amusé, mi surpris. « Mais vous connaissez vraiment, en fait ! ». Venant de lui, la remarque te flatte, et pas qu’un peu, reconnaissance inespérée de tes états de service de sportif en fauteuil. Elle dit surtout beaucoup des connaissances de l’ordinaire des fans français qui viennent serrer la pogne imposante de Michel Soro. Vivement que ça redémarre…

Quoi qu’il en soit, cette discussion ne semble pas lui avoir déplu. La petite famille revient à ses côtés : pour ne pas déranger, tu remballes toutes les questions sur Lara, Vitu, Castaño, mais aussi Williams ou Charlo qui te viennent à l’esprit. Les super-welters ne sont pas la moins dense des catégories de poids du moment. Reste à souhaiter bonne chance à Michel Soro pour ses échéances à venir. Il te remercie, lui aussi. Classieux. Si tes voeux fonctionnent aussi bien qu’il y a 23 ans, il aura peu de raisons de s’en plaindre. Et toi, tu as rencontré un vrai bonhomme, et tu as un sujet de papier. Pas mal, pour un dernier jour de plage.

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Crédit : DR

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