Anatomie de l’amant de ma femme, Raphaël Rupert

 

Un type entre deux âges plaque un boulot confortable pour écrire un roman. Il aime théoriser la littérature : puisqu’un procédé reconnu consiste à mettre en rapport deux sujets a priori disjoints, son oeuvre parlera d’un nazi pétomane. Et puisque, toujours selon lui, le processus créatif carbure à la libido, il se tripote gaillardement en attendant sa muse. Entre deux saillies aux sens propre et figuré, ses journées restent longues. Assez pour investiguer sous le lit conjugal, y trouver les carnets intimes de son épouse écrivaine, et s’en voir récompenser par la découverte d’un amant manifestement monté comme un baudet.

Ainsi commence Anatomie de l’amant de ma femme, de Raphaël Rupert, lauréat du prix de Flore 2018. Un premier roman bref, narré à la première personne, dont la réjouissante liberté de ton suggère que l’auteur se tamponne de pas mal de convenances et susceptibilités. Seule compte la quête du moi profond d’un bonhomme infoutu de dire pourquoi il entame l’écriture de son livre, et qui l’apprendra peu à peu. Pour ce faire, l’auteur joue avec une palanquée de conventions romanesques ou autofictionnelles, et invoque quantité d’auteurs croqués avec malice, laissant deviner un lecteur fervent à l’oeil aussi acéré qu’un couteau à sashimi – on se surprend soi-même à chercher deux ou trois clins d’oeil livrés sans mode d’emploi.

Et puis il parle de cul, souvent, abondamment, seul, à deux ou à une vingtaine, sans inhibitions et avec la candeur et la crudité du vrai sacripan. S’il n’émoustille guère, l’intention est clairement de glisser des vérités qui gratouillent entre les éclats de rire répétés. Il en va de même sur le rapport à l’écriture, avec l’élégance de ne jamais scinder dérision et lucidité. On trouve pas mal des deux, là-dedans. C’est foutraque, nombriliste mais universel, à la fois rigoureux et bordélique, extrêmement précis sur le plan du vocabulaire, limpide et imbitable, d’une nonchalance ciselée. Et ça mérite un lectorat plus large que les types entre deux âges qui plaquent des boulots confortables pour écrire des romans.

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