Don’t breathe, Fede Alvarez

Trois jeunes vivant à Detroit rêvent de Californie, et se constituent un pécule pour mettre les voiles en cambriolant des particuliers. Au milieu d’un quartier résidentiel déserté par ses riverains, la maison d’un vétéran de la première guerre du Golfe a des allures d’aubaine : l’homme est aveugle, vit seul et a touché d’importants dommages et intérêts après la mort de sa fille dans un accident de voiture. Une démarche certes peu estimable, que le vétéran leur fera payer au centuple une fois piégés dans sa demeure tout au long d’une nuit de cauchemar.

On a fait plus original en termes d’intrigue, mais c’est par la qualité de sa réalisation que Don’t breathe fonctionne mieux que l’essentiel du cinéma d’épouvante contemporain. La caméra de Fede Alvarez parcourt avec une grande fluidité les coins et recoins de la maison maudite, le rythme est soutenu et les rebondissements abondent – une gageure avec aussi peu de personnages à l’écran. La psychologie de ces derniers est juste assez poussée pour permettre l’empathie – Rocky vit avec sa petite soeur dans la caravane de leur mère, son petit ami Money joue au gangster, et leur ami Alex, nerd amoureux de Rocky, profite des connaissances et du matériel obtenus auprès d’un père agent de sécurité.

Rien d’exceptionnel dans la présentation de ces protagonistes, sinon le soin avec lequel Alvarez filme le décor urbain sinistré dans lequel ils ont grandi. Dès l’ouverture, plusieurs plans larges d’une grande force, contrastant avec le huis clos qui suivra, aident à comprendre l’urgence de leur nouveau départ à défaut d’adhérer à leur projet. Le scénario joue intelligemment sur l’ambiguité morale de la situation : ce que commettent Rocky, Money et Alex est condamnable, et leur victime supposée – le méchant d’Avatar Stephen Lang – demeure malgré tout un homme profondément malheureux. C’est aussi, bien entendu, un prédateur impitoyable, qu’un rare mélange de cécité, acuité auditive, puissance physique et connaissance du terrain rend aussi imprévisible que dangereux.

Ajoutons que le chagrin a rendu l’intéressé passablement cinglé, ce dont on s’apercevra à la faveur du nécessaire moment dérangeant du film – brrrr. Alternant des masques de froideur et de souffrance, cet homme jamais nommé fait un monstre très réussi. La fin du film laisse ouverte la perspective d’une suite, qui a été confirmée par le producteur Sam Raimi. En dépit des déclarations enthousiastes de ce dernier, les chances qu’il s’agisse d’autre chose que d’un nanar approchent le niveau de la mer, et les amateurs de films de genre se contenteront de savourer Don’t breathe comme une réussite aussi franche qu’isolée dans son registre bien particulier. Souvent sans respirer.

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