Six jours, Ryan Gattis

Si vous avez aimé NWA, The Wire et GTA San Andreas, vous aimerez ce roman choral ancré dans le Los Angeles ghettoisé des émeutes de 1992. Ryan Gattis ne retient pas ses coups quand il évoque le déchaînement de violence inouï qui suivit l’acquittement des 4 policiers blancs auteurs du tabassage méthodique de l’automobiliste noir Rodney King.

Il n’invite pas non plus à se leurrer sur la véritable nature de cette guerre civile des six jours, dont l’indignation et la colère des afro-américains ne furent que les catalyseurs. Loin d’un vaste mouvement spontané et contestataire de nature politique, il s’agit dans les faits des conséquences immédiates du délitement accéléré de l’ordre public : un cycle infernal de vengeances et d’agressions réfléchies ou non, entre guerre des gangs, rivalités grandissantes entre minorités, comportement erratique de milliers de camés et de marginaux en errance, ou répression enfin affranchie du minimum de précautions réglementaires d’usage.

L’auteur questionne en creux les origines d’une telle poudrière – le titre original All involved donne une piste sur ses intentions de romancier – sans jamais verser dans le roman à thèse. Il s’exprime pour cela à la première personne, donnant le point de vue de 17 victimes, perpétrateurs ou témoins de cette avalanche de crimes et de délits. En résultent à la fois la fascination du lecteur devant la succession haletante de tableaux visuels et percutants, et sa compréhension de l’histoire personnelle, des ressorts et des valeurs des protagonistes d’une telle hystérie collective.

Nul besoin d’excuser ou de juger des individus : l’effroi vient de la logique implacable avec laquelle des agissements si chaotiques en apparence se sont succédé dans la deuxième métropole d’une démocratie aussi ancienne et prospère que les Etats-Unis d’Amérique.

Un livre important à l’heure où l’on souhaiterait que les questions des inégalités économiques et sociales, de l’identité culturelle, du prix de l’ordre public et des relations entre les communautés soient un peu moins d’actualité, aux Etats-Unis ou ailleurs. HBO et le showrunner Alan Ball en ont acheté les droits d’adaptation.

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