Punchlines du 5 mai 2022

Le site /

  • Cette semaine un papier à l’hermétisme assumé : la chronique de Confess, autobiographie du chanteur de Judas Priest Rob Halford. Jetez-y tout de même un ou deux yeux. Point n’est besoin d’être un métalleux pour goûter l’humour et la profonde lucidité de ce personnage unique. Les amateurs de rock n’roll y trouveront leur compte. Les autres, de toute façon, ne viennent pas sur ce site.
  • En discutant avec d’autres blogueurs – blogueuses, en l’espèce – j’ai découvert qu’il n’était pas exclu que le tarif d’un hébergement de site via WordPress, pour pratique qu’il puisse sembler aux technophobes dont je suis, ait tout du vol à main armée. Je suis encore sous le choc. Ce qui me permet de procrastiner le moment où je tenterai de trouver une solution alternative (et moins ruineuse).
« Rangez ce flingue, de toute façon je ne saurais pas faire autrement. »

Les auteurs /

  • Outre le temps que chacune prend à écrire, l’autre raison pour laquelle je ne poste pas plus de chroniques de mes lectures sur ce site est qu’il m’arrive d’en publier ailleurs. Sans en copier-coller les textes préparés pour le journal en question, éthique oblige, voici trois bouquins concernés cette année qui auront suscité mon enthousiasme – et pas mal de rires, ce qui ne gâte rien :
    • Mona, Pola Oloixarac (Seuil) : une jeune autrice péruvienne qui prépare sa thèse à Stanford, bourrée de névroses et d’expédients divers, est invitée en Scandinavie au sein d’un aréopage d’écrivains du monde entier dont un seul se verra décerner le plus prestigieux des prix littéraires européens. L’Argentine de Barcelone Pola Oloixarac sulfate tout autant un milieu universitaire américain obsédé par la question identitaire que l’internationale des germanopratins distingués, et se paie le luxe de finir sur une note étonnamment sombre. Une autrice à suivre.
    • Les gens des collines, Chris Offutt (Gallmeister) : Si le roman commence par la découverte d’un cadavre dans les collines du Kentucky, il s’agit essentiellement d’un prétexte pour découvrir un coin d’Amérique où le citadin des côtes perdra vite ses repères. Mick Hardin vit en ermite alcoolisé depuis un différend matrimonial. Auprès du lecteur, il fera autant office d’enquêteur que de guide touristique pour découvrir les mœurs déroutantes en vigueur dans les contreforts des Appalaches où le soleil brille parfois peu.
    • Mes migraines, Raphaël Rupert (L’Arbre vengeur) : On connaissait Raphaël Rupert depuis son prix de Flore 2018 obtenu pour son Anatomie de l’amant de femme, à la fois érudit, iconoclaste et un rien désinvolte. Le bougre a mûri. Avec Mes migraines, il éclaire les efforts de son alter ego fictionnel pour combattre ses implacables céphalées à l’aide d’exemples d’illustres migraineux qui écrivaient pour vivre, tels Hugo, Balzac, Maupassant, Sand, Stendhal, Flaubert ou Gide. Édifiant, subversif et surtout fort bien écrit.
Une brochette très recommandable
  • Qu’il extraie de sa propre expérience des intrigues et personnages de roman, ou qu’il fasse de lui-même un inépuisable objet d’étude, l’écrivain dit transfuge de classe est une figure artistique révérée d’aujourd’hui. Hors littérature, nombre de ces transfuges-là se contentent de bien faire ce qui leur a valu leur émancipation et d’en concevoir une légitime fierté, tout en y faisant très peu référence. L’écrivain, lui, en parle. Beaucoup. Et pourquoi pas, à supposer que l’on sache éviter les écueils de la justification permanente (« en fait je n’ai pas trahi les miens, je suis agent secret »), du dolorisme ad nauseam (« si vous saviez combien je m’en veux de payer 5 euros mon expresso en terrasse ») ou de la sociologie sentencieuse (« ho les bourgeois qui achètent mes livres, moi je sais et pas vous »). Reconnaissons aussi que les journalistes entretiennent le phénomène : ce label-là est à la mode. On l’attribue à Annie Ernaux, Nicolas Mathieu ou Édouard Louis autant qu’ils le revendiquent. Ça fait sérieux, transfuge de classe, et puis on passera moins de temps à évoquer l’écriture elle-même. « Vivement la tendance d’après« , se disent ceux qu’elle épuise déjà. Arrive le jour où le chapô d’une dépêche du Point annonce à propos d’Aurélie Valognes, autrice remarquée de Mémé dans les orties : « La romancière aux 5 millions de livres vendus, qui caracole en tête des ventes, connaît les joies et les douleurs d’une transfuge de classe. » Rassurez-vous, donc : c’est bientôt la fin.
  • En cherchant bien, il reste en politique de quoi ne pas s’arracher les (ultimes) cheveux. Ainsi, la loi Darcos promulguée à la toute fin de l’année 2021. Elle adapte la loi Lang de 1981 pour en protéger l’esprit : les plateformes de vente en ligne seront désormais tenues d’appliquer des frais de port minimum, dans plus pouvoir facturer les livraisons à 1 centime. De quoi préserver la compétitivité de votre libraire – qui n’aura certes toujours obligation légale d’être aimable ou de donner l’impression qu’il vendrait aussi bien des boîtes de clous.

Les puncheurs /

  • À chaque week-end du Cinco de Mayo son Canelo fight : cette nuit, à la T-Mobile Arena de Las Vegas, le plus fameux des rouquins mexicains défiera l’invaincu Dmitry Bivol pour la ceinture WBA des mi-lourds que le Russe d’origine kirghize détient depuis 2017. Sur le papier, entre un champion qui vient d’enchaîner 6 victoires par décision et un challenger accusant un déficit de taille et d’allonge significatif, on devrait voir Saul Alvarez répéter un numéro qui lui réussit fort bien depuis sa victoire sur Gennady Golovkin : chasser à travers le ring un adversaire qui recule et tente de marquer des points à distance sans accepter la bagarre. La garde haute de Bivol devrait l’exposer aux missiles dont Saul « Canelo » Alvarez aime à bombarder les côtes flottantes d’autrui, le vouant à se déplacer toujours plus difficilement au fil des rounds comme Kovalev, Saunders ou Plant avant lui. Pire, le timing de sa boxe à base de jabs et de 1-2 ne devrait pas tarder à être décrypté par le contreur de talent qu’est Canelo. Reste que le Russe est aujourd’hui dans la force de l’âge, qu’il possède un vrai physique de 175 livres et que sa technique très « européenne », pour simple qu’elle soit, lui vaut de travailler avec une grande précision. Fait appréciable, Bivol garde son calme lorsqu’il est acculé et contraint à se battre. En bref : il devrait se montrer plus coriace que les dernières victimes du Mexicain de même profil. Si le combat se déroule selon le scénario prévu, l’agressivité de Canelo et l’impact supérieur de ses coups portés (sans même évoquer la bienveillance habituelle des juges) devraient lui assurer la victoire aux points après un combat disputé. Reste la possibilité que le Russe cherche à surprendre Alvarez, qui n’a pas affronté d’adversaire agressif depuis de longues années, en posant ses appuis et en enchaînant ses 1-2 sur la gauche au corps. Malgré le risque encouru, le bénéfice qu’il y aurait à sortir Alvarez de sa zone de confort pourrait être conséquent…
Deux bien beaux bestiaux
  • Le dernier week-end de boxe a bien tenu ses promesses. Dans un Madison Square Garden incandescent, comme il se doit pour une affiche Irlande vs Puerto Rico à New York, Kathie Taylor a conservé son titre incontesté des légers par décision partagée contre Amanda Serrano. C’est peu dire que la championne a souffert, dominée dans la première moitié et au bord de la rupture dans la 5e reprise. Mais sa précision a fini par primer sur l’agressivité de Serrano à mesure que cette dernière levait le pied de l’accélérateur. De quoi relancer les discussions sur le format des championnats féminins, tant une troisième minute au 5e round aurait pu changer la donne… Quoiqu’il en soit, ce combat fut la vitrine espérée pour une discipline en pleine émergence. Rien de mieux qu’une bonne guerre. Il n’en fut pas question sur le ring du MGM Grand pour l’unification des titres WBC et WBO messieurs à 130 livres : Shakur Stevenson a dominé un Oscar Valdez régulièrement mis sur la défensive alors que sa chance consistait à venir secouer le jeune Américain de près. On savait Stevenson très bon défenseur et technicien ; on l’a découvert autoritaire contre un adversaire de renom, invaincu jusque-là, lui infligeant même un knockdown à la mi-combat. Son sourire un tantinet arrogant et son attitude en fin de 12e round, où il tourna carrément le dos à Valdez pour saluer la foule, devrait avoir encore accentué l’inimitié que certains lui vouent. De quoi marcher dans les pas d’un autre boxeur américain virtuose dont beaucoup achetaient les PPV en espérant le voir perdre ? On se gardera de faire de Stevenson un nouveau Mayweather après 18 combats pros, mais il est indiscutablement l’un des stylistes les plus brillants de son époque.
  • Le titre européen des lourds est vacant, et l’EBU a annoncé qu’il serait disputé entre Tony Yoka et l’Allemand invaincu Agit Kabayel. On pourra ne guère raffoler de ce genre d’annonce une semaine avant le prochain combat du Français, programmé contre Martin Bakolé à l’Accor Arena de Bercy. La charrue, les bœufs, etc. Une telle confrontation ne manquerait pas d’intérêt malgré tout. Légèrement plus jeune que Yoka et issu du pied-poings, Kabayel boxe déjà depuis 2011, essentiellement en Allemagne, dont il sortit toutefois pour obtenir une décision serrée sur Dereck Chisora à Monaco en 2017. Bakolé puis Kabayel : quel qu’en soient soit les résultats, l’année 2022 sera le révélateur qu’on attendait pour le champion olympique français.
  • Et puis félicitations à Yvan Mendy, champion d’Europe des légers depuis son succès aux points sur l’Italien Gianluca Ceglia. Je n’ai rien de plus à en dire, et c’est un peu la teuhon.

2 commentaires sur “Punchlines du 5 mai 2022

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s