Punchlines du 16 février 2020

Le site /

  • Deuxième semaine de rang sans nouvel article. Les inquiétudes sont légitimes. Il s’avère que je lis un bouquin marquant, à digestion lente, dont je recule le moment de parler. Gloups.
  • Les utilisateurs d’Instagram parmi vous ont peut-être suivi la première édition des #Bookcontenders, affrontement thématique sans en 3 rounds entre les communautés de deux éminentes bookstagrameuses dont j’eus l’honneur d’être l’arbitre, avec concours à la clé – l’un des 3 bouquins mis à l’honneur est à gagner. Les résultats en seront diffusés ce dimanche. Stay tuned.

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Les auteurs /

  • La trilogie des chroniques de la famille Calloway par Jay McInerney fut évoquée ici-même dans des billets évoquant ses premier et dernier épisodes Trente ans et des poussières et Les jours enfuis ; il est donc temps de jeter un oeil plus attentif au second, intitulé La belle vie. Comme dans les deux autres volets, McInerney y traite d’un couple en crise, à l’unisson de la ville tout entière, mais ce n’est pas un krash boursier que subit New York cette fois-ci : le roman s’ouvre la veille du 11 septembre 2001. La quarantaine a sonné. Corinne et Russel sont enfin devenus parents de ravissantes jumelles, par la grâce d’une mère porteuse qui n’est autre que la soeur fantasque de Corinne. Lui poursuit sa carrière d’éditeur, tandis qu’elle a abandonné son job chez un courtier pour se consacrer à ses enfants et l’écriture d’un scénario. Installés dans l’ancien quartier industriel gentrifié de Tribeca, au sud de Manhattan, ils sont aux premières loges lorsque l’impensable survient. Le matin de l’attaque, Corinne voit surgir d’un mur de poussière un homme titubant, ne devant sa survie qu’à son retard à un petit déjeuner prévu au sommet du World Trade Center. Luke McGavock a fait fortune dans la finance, entretient une « épouse trophée » ressemblant beaucoup à Ivana Trump, s’ennuie dans des dîners philanthropiques et a mis sa propre carrière en pause pour s’occuper de sa fille adolescente. Tous deux se recroisent maintes fois parmi les volontaires au service des défricheurs de Ground Zero, et – moralement affranchis par les frasques de leurs conjoints respectifs – deviennent amants. Que deviendra le couple adultère une fois New York remise sur pieds ?

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  • La belle vie est à mon sens le moins bien fichu des tomes du triptyque newyorkais, mais demeure attachant en diable. Jay McInerney se rêve depuis toujours en successeur de F. Scott Fitzgerald, et il excelle dans la chronique douce-amère des us et coutumes des élites de la Grosse Pomme. Ici, il décrit avec force détails du quotidien et son ironie brevetée la manière dont intellectuels et financiers affrontent un drame sans précédent. S’il y a de la tendresse dans les descriptions de leurs gauches mais sincères élans de sollicitude, une lucidité amusée prend le dessus à mesure chacun recouvre son snobisme coutumier. Ainsi, il est sans doute bon signe que deux mères de famille comparent désormais les mérites respectifs de deux masques à gaz comme elles le feraient de deux modèles de doudounes ou de cartables de prix pour leurs chérubins : la bourgeoise locale guérit de tout. Le ton change sensiblement lorsque McInerney verse dans un genre nouveau pour lui, celui du mélodrame : l’aventure vécue par les idéalistes contrariés Corinne et Luke ne saurait être plus fleur bleue. Tous deux remettent en cause l’oppressante artificialité de leurs existences urbaines – l’occasion de renvoyer dos-à-dos les mondes des lettres et de Wall Street, vrais-faux adversaires présentant des travers bien similaires. Un peu plus de mordant de ce côté-là aurait épicé l’affaire, et le constaste entre tableaux mondains et intimité des amants rend le livre un rien bancal. Reste que les ultimes pages de La belle vie, où convergent les deux angles de vue, relèvent du talent de narrateur le plus pur. Le moins bon des trois ? Le plus émouvant, surtout.

Les puncheurs /

  • Ryan Garcia aime exposer son frais minois de minet post-adolescent sur Instagram, au point de susciter quelque scepticisme quant à ses réeles qualités de boxeur. Le protégé d’Oscar De la Hoya vient cependant d’apporter une réponse cinglante à ses détracteurs, vaporisant hier soir un adversaire expérimenté en à peine plus d’une minute. L’intéressé, Francisco Fonseca, n’a certes rien d’un poids léger d’élite, mais il n’avait au préalable concédé que deux défaites en carrière, causant de réelles difficultés à – un peu inspiré – Gervonta Davis et concédant une décision unanime face à Tevin Farmer. De surcroît, Garcia le battit littéralement d’une seule main, jaugeant la distance d’un jab autoritaire avant de marquer deux contres fulgurants en crochet gauche à chaque démarrage adverse, dont le second fut fatal. Son coup d’oeil et sa vitesse de bras impressionnent, tandis que son allonge devrait lui procurer un fameux avantage face à ses principaux rivaux de la catégorie, Vasyl Lomachenko, Gervonta Davis, Teofimo Lopez ou Devin Haney. Aucun d’eux ne semble vraiment armé pour lui imposer une pression d’enfer de près, là où subsistent les interrogations, ni pouvoir le surpasser en vitesse. De là à dire qu’on tient peut-être le futur cador d’une catégorie très prometteuse, il n’y a qu’un pas. Honorable, pour un minet d’Instagram…

Garcia Fonseca

  • Il fallait garder un oeil sur la performance de Caleb Plant, qui défendait cette nuit sa ceinture IBF des super-moyens à Nashville contre le peu réputé Vincent Feigenbutz : il tiendrait la corde pour devenir le prochain adversaire de Canelo Alvarez le 2 mai prochain, suite à l’échec des négociations de ce dernier avec le poids moyen Japonais Ryota Murata. En stricts termes de marketing, Caleb Plant présente la particularité d’être l’unique champion du monde américain et caucasien du moment – nouvelle illustration du glissement sociologique de la boxe étasunienne – et d’avoir l’une de ces histoires personnelles difficiles dont le Noble art est friand, puisque sa fille mourut à 19 mois d’une maladie inconnue, et que sa mère fut abattue après une bagarre avec un policier. Rendons justice à Caleb Plant : s’il demeure peu expérimenté au plus haut niveau (19 victoires en autant de combats professionnels), l’homme est avant tout un vrai technicien du ring, dont la justesse du déplacement, la boxe en combinaisons et la vitesse suprirent en son temps le redouté puncheur vénézuélien José Uzcategui. Vaincre un Feigenbutz dominé en tout fut une formalité ; qu’elle dure jusqu’au 10eme round est dû, pour l’essentiel, au punch moyen de Caleb Plant. Il ne partirait certes pas favori contre l’ogre Canelo, mais gageons que le grand public serait sensible à son  profil d’outsider meurtri par l’existence.

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  • À retenir de la sous-carte de Plant vs Feigenbutz, un KO à l’ultime seconde du dernier round prévu entre les welters Abel Ramos et Bryan Perella, ce dernier finissant arrêté par l’arbitre alors qu’il menait largement aux points. Un final à la Chavez vs Taylor I, qui rappelle combien la boxe est unique.
  • Rarement boxeur porta mieux son patronyme que le poids lourd néozélandais James Thunder, décédé cette semaine à 54 ans après avoir subi une opération de neurochirurgie. Techniquement frustre, l’homme misait avant tout sur un punch certain. Il fut titulaire de titres mineurs (IBO et WBF), poussa certains adversaires de valeur des années 90 dans leurs retranchements (Johnny Nelson, Henry Akinwande, John Ruiz), et put se targuer de succès sur quelques vieilles gloires (Tim Witherspoon, Tony Tubbs, Trevor Berbick). Ses images les plus emblématiques sont celles de son succès express sur un étrange clone d’Ivan Drago, Crawford Grimsley, qui venait tout de même de tenir jusqu’à la décision contre George Foreman. Si vous avez 13 secondes à perdre…
  • Souvenirs, souvenirs : on commémorait cette semaine le 30eme anniversaire de la plus grandes surprise de l’Histoire de la boxe : le succès, à 42 contre 1, de James « Buster » Douglas sur Mike Tyson. Voici ce qu’on en disait il y a déjà 5 ans.

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