Les jours enfuis, Jay McInerney

Un bien plaisant sas de décompression de retour de New York : le dernier opus de l’un de ses observateurs les plus affûtés, Jay McInerney. C’est la suite de 30 ans et des poussières et de La belle vie, qui relatent les turpitudes de Corrine et Russell Calloway, un couple tentant de maintenir un équilibre précaire entre fidélité à leurs idéaux littéraires (il est éditeur) et philanthropiques (elle dirige une association caritative), et appartenance revendiquée à une élite newyorkaise dont le train de vie effraierait 99% de la planète.

Alors qu’ils questionnent chacun à sa manière leurs aspirations de néo quinquas et la réponse qu’y apportent leur mariage et leurs jobs, les Etats-Unis de la période 2006 – 2008 s’apprêtent à sombrer dans la crise des subprimes et à confier leur destinée à un premier président afro-américain. Comme les deux épisodes précédents, Les jours enfuis est un roman sur la crise, qu’elle concerne le pays et la ville ou le couple aux différents âges de la vie.

En associant satire sociale et pointes de lyrisme toutes fitzgeraldiennes dans son récit de la lutte d’influence entre moguls de l’Upper East Side et microcosme artistique de Downtown pour la domination culturelle de la Grosse Pomme, descriptions hyperréalistes du NYC matérialiste des années 2000 et flashbacks dans les mythiques eighties où tout a commencé, succession continuelle de mondanités au rythme des saisons et scènes intimistes de la vie conjugale, McInerney est clairement dans sa zone de confort.

Car il fut une jeune star de la littérature US aux côtés de Bret Easton Ellis dans les années « à choucroutes et épaulettes » du reaganisme débridé, a connu quatre mariages, le dernier avec une richissime héritière de l’édition, et alterne romans, nouvelles et chroniques mondaines et oenologiques principalement centrés sur la ville de New York.

Il est peut-être un tantinet facile pour l’auteur de ressasser un matériau qu’il incarne et maîtrise à ce point, et sans doute profondément futile de construire une intrigue autour de ce qui consiste fondamentalement en des problèmes de blancs riches entre deux âges. Le tout en échappant de très peu à la collection Harlequin haut-de-gamme quand il s’agit d’évoquer le violent retour de flamme d’une passion extraconjugale narrée dans La belle vie.

Reste que le talent pour la mise en scène et l’humour du bonhomme sont toujours irrésistibles, et que l’on retrouve avec plaisir Corrine et Russell ainsi que leurs amis et connaissances, devenus leurs camarades de grisonnement ou d’indécramponnables fantômes du passé. Paris est possiblement la ville du monde où se comptent le plus d’écrivains-hédonistes-newyorkais contrariés et nombrilistes qui ne sauraient perdre une occasion de se vanter, l’air de rien, de lire de l’américain avant sa traduction. Ce livre a bien des choses pour leur plaire, et je pense avoir un avis qualifié sur la question.

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