Punchlines du 25 janvier 2020

Le site /

  • La boxe et la littérature abordées dans un même papier : telle fut la publication de la semaine, une chronique d’Invaincu, de Mike Stanton, biographie considérable du champion des années 50 Rocky Marciano. Mes (rares) réserves portent sur sa traduction.
  • C’est fait : 130 livres a soufflé sa première bougie. Qu’en dire ? Pas grand-chose, en fait. Merci au public aimé, à cette équipe technique à laquelle on pense peu mais sans qui rien n’aurait été possible, et à moi, pour l’essentiel, parce que ça fait tout de même un peu de boulot. Non mais.
  • D’ici la fin du mois, c’est à dire dans peu de temps, sortira l’édition de février d’un magazine comprenant deux (brèves) chroniques de votre serviteur sur des romans de cette rentrée d’hiver. N’essayez même pas d’imaginer mon actuel état d’excitation.

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Les auteurs /

  •  Affaire Matzneff, suite : le peu qui subsiste encore de mon intégrité m’oblige à avouer que le scandale agitant depuis deux mois le landerneau germanopratin m’aura rapporté pas mal de clics, puisque le compte-rendu d’une soirée donnée en l’honneur du désormais auteur pédophile le plus célèbre de l’Hexagone est le papier le plus lu de la brève histoire – un an, donc – du présent blog.  « Au fait, que foutais-tu dans un raout pareil ? » m’a-t-on demandé, à raison. Le sujet mérite peut-être d’être un peu creusé ici.
  • Il y a trente ans, le boutonneux que j’étais regarda en direct le mythique numéro d’Apostrophes où Denise Bombardier vola dans les plumes de l’intéressé. Je me rappelle m’être surtout demandé ce que des filles de mon âge – dont j’expérimentais une à une les ingénieuses façons d’envoyer paître un soupirant – pouvaient bien trouver à ce chauve-là, tout bien mis qu’il était. On évoqua peut-être les Philippines, mais ce ne fut pas ce que j’en retins. Il me faut admettre que, pour mon ego pubescent, ce type-là suscitait bien plus de jalousie que d’indignation, preuve supplémentaire que le câblage d’un cerveau adolescent reste un produit semi-fini.

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  • Avance rapide. Une dizaine d’années plus tard, j’entendis de nouveau parler du bonhomme, cette fois par plusieurs amateurs de sa prose. En librairie, j’attrapai De la rupture, essai au titre très descriptif, dépourvu de scènes de sexe, où l’auteur s’adresse à un jeune interlocuteur pour lui faire connaître ses recettes éprouvées en la matière – c’est dans ce bouquin qu’il publia, parmi d’autres, la lettre de séparation reçue de Vanessa Springora une fois anonymisée. Que ses maîtresses fussent de très jeunes filles ne m’échappait pas ; que la majorité sexuelle fût fixée à quinze ans, non plus. Figure dans le livre un conseil qui explique beaucoup de l’actuelle posture de l’écrivain : peu importe la quantité preuves accumulées contre soi – en l’espèce, celles d’infidélités -, il faut nier, jusqu’au bout, et à tout prix. Après coup, j’avoue cette fois ma mansuétude de jeune adulte, nourrie d’opinions franchement libertaires sur les sujets dits sociétaux, rehaussée d’un certain goût pour la provoc’ quand je discutais de mes lectures. De la rupture est bien écrit. Il avait un goût de revenez-y.
  • Un collègue me passa Maîtres et complices, où Matzneff énumère ses propres auteurs fétiches, des antiques aux contemporains, explique les liens tissés avec eux, et fait montre de ce qu’il convient d’appeler ici une sacrée putain d’érudition, dans un style toujours délicieux. Pour avoir été fasciné en tant que lecteur adulte, j’imagine sans peine les effets du discours matznévien sur une adolescente issue d’un milieu goûtant ce genre-là. Je passai donc, dès que l’occasion se présenta, à l’oeuvre romanesque : en l’occurrence, Ivre du vin perdu, trouvé chez un bouquiniste. Un monsieur qui ressemble beaucoup à Gabriel Matzneff y séduit des adolescentes. Celle qui éveille en lui une profonde mélancolie, Francesca, avait quinze ans. Soit. C’est notamment pour l’oublier qu’il passe ses vacances à Manille, où il se tape quantité d’enfants. Ah. Toujours écrit comme il faut, mais moralement pentu. Et après ? C’est du roman, et j’avais lu Les 120 journées de Sodome. Bon, il était tout de même furieusement proche de Matzneff, ce Nil Kolytcheff.
  • Restait à piocher dans un pan entier de son oeuvre, histoire – entre autres – d’en avoir le coeur net : le journal, publié au fil de l’eau. À la FNAC, je trouvai Mes amours décomposés, qui correspond à 1983 et 84 – et s’arrache aujourd’hui autour de 300 balles d’occasion, publicité récente oblige. Accordons à GM de savoir choisir ses titres. Alerte divulgâchage : il s’agit de la copie conforme d’Ivre du du vin perdu, des Philippines au Quartier latin, dans un style un poil moins élaboré, et avec plus de personnages. Salement dégueulasse, certes, mais le droit français de l’époque ne punissait pas les touristes sexuels ; voilà en gros la façon dont je justifiai cette lecture auprès d’autrui. À mes propres yeux, la question devenait plus épineuse. Il avait beau bien écrire – on le saura -, le type était un salopard revendiqué.

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  • Pire, d’un strict point de vue littéraire, un salopard qui tournait en rond, car incapable de causer d’autre chose que de lui-même ; et ce, sans grande imagination. Là où un Emmanuel Carrère part de son nombril pour raconter le monde, tout, chez Matzneff, est centrifuge et nous ramène au sien. J’achevai le tour de la question, en tant que lecteur, lorsque je tentai La diététique de Lord Byron, biographie d’un dandy érigé en modèle par l’auteur, a priori dépourvue d’immondices tropicales. Style irréprochable – étonnant, non ? – mais hors-sujet flagrant, puisque de la première page à la dernière le bouquin ne parle guère que de Gabriel Matzneff. J’avais mon compte, et il y aurait peu de chances que l’intéressé, déjà vieillissant et largement oublié, surfe encore longtemps sur la vague d’appétits voués à une tolérance toujours moindre.
  • Octobre dernier : une publicité traîne sur mon fil Facebook, celle d’une soirée dédiée à GM dans un bar à absinthe du Ve arrondissement. En 2019, les gars. EN DEUX MILLE DIX-NEUF. À quoi diable peut bien ressembler pareille sauterie ? J’y suis allé, donc, par curiosité. Et je n’ai pas été déçu.
  • Voilà. J’ai fait le plus court possible pour tenter d’expliquer non seulement pourquoi j’ai assisté à une soirée aussi absurde – le dernier paragraphe aurait suffi – mais aussi comment ce monsieur a pu se constituer un lectorat qui ne partage pas nécessairement ses penchants. Hein ? Pourquoi un algorithme m’a-t-il rattrapé ? Mais je n’en sais rien, enfin. Fichez-moi la paix.

Les puncheurs /

  • Riche atualité chez les lourds, où le panorama du premier semestre s’éclarcit. Dans la foulée d’un Deontay WilderTyson Fury II qui promet beaucoup, Anthony Joshua devrait faire sa première sortie de champion deux fois sacré face au Bulgare Kubrat Pulev. Ce dernier est invaincu depuis 2014 et sa défaite par KO contre Wladimir Klitschko, mais il avance en âge et propose peu d’atouts pour contrarier « AJ », dont il sera passionnant d’observer s’il conserve sa tactique aperçue face à Ruiz, ou s’il reprend une posture de bagarreur. Après une première sortie en lourds pauvre en enseignements contre le préretraité Chazz Witherspoon, l’Ukrainien Olexandr Usyk devrait affronter l’expériementé Dereck Chisora. L’Anglais aime se battre, boxe en avançant et donne beaucoup de coups. Mieux, il croit encore en ses chances de conquérir un titre mondial, et ne se présentera pas en victime expiatoire. La boxe et la science du déplacement d’Usyk devraient lui garantir d’enporter une large majorité de rounds, mais il reste un défenseur moyen, touché régulièrement par ses meilleurs adversaires chez les lourds-légers. Dans la catégorie reine, où la moindre ouverture s’avère souvent lourde de conséquences, il sera intéressant de voir comment tient son menton, et notre Carlos Takam peut témoigner du poids de la droite de Chisora… Plus anecdotique, le Suédois Otto Wallin, auteur d’une performance supérieure aux attentes contre Tyson Fury, fera son retour contre un Lucas Browne vieillissant auquel il devrait faire passer un quart d’heure pénible.
  • Le suspense sur le prochain adversaire de Saul « Canelo » Alvarez devrait bientôt se dissiper : il s’agirait de Ryota Murata, connu en France pour ses deux confrontations face à Hassan N’Dam soldées par une décision (difficilement expliquable) en faveur du Français et une victoire de Murata sur abandon. Fait remarquable, le combat aurait lieu au Japon, ce qui montre l’intérêt du diffuseur DAZN pour ce marché, et nous changerait de l’ordinaire des sorties du rouquin mexicain à Las Vegas. Le Japonais n’a jamais été mis KO et possède un certain punch à 160 livres, mais ses lacunes techniques devraient beaucoup peser contre un adversaire du standing de Canelo. On imagine ce dernier s’imposer largement aux points, voire par KO tardif, et ainsi bien se recaler en poids moyens avant un nouveau superfight dans la catégorie. Peut-être une belle face à Gennady Golovkin

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  • Après leur pugilat féroce sacré combat de l’année 2019, Naoya Inoue et Nonito Donaire négocient leurs prochaines sorties, et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne s’accordent aucun répit. Ainsi, « The Monster » Inoue vise une unification de ses titres IBF et WBA Super des coqs avec l’actuel titulaire de la ceinture WBO, le Philippin John Riel Casimero. Ce dernier avait surpris Zolani Tete sur un KO devastateur en novembre dernier, et son style de guerrier promet un combat spectaculaire. Inoue avait peiné contre un Donaire usant d’une taille et d’une allonge supérieure, mais devrait se retrouver dans son élément contre Casimero. Je ne parierais pas que cet affrontement-là ira au but des 12 rounds, et mettrais bien une pièce sur Inoue – à supposer que son plancher orbital ait bien récupéré. De son côté, Nonito « Flash » Donaire devrait être le prochain challenger du champion WBC Nordine Oubaali. Réjouissons-nous que le meilleur boxeur Français en activité affronte une authentique star des « petites » catégories ; s’il n’est pas trop diminué par le duel épique livré à Inoue, Donaire sera l’adversaire le plus redoutable jamais affronté par Oubaali. Imaginez le prestige d’un combat d’unification des 4 titres majeurs si Inoue et Oubaali venaient à triompher…
  • Cette nuit, au Barclays Center de Brooklyn, le welter Danny Garcia combattra pour la première fois depuis avril dernier, et un succès autoritaire sur Adrian Granados. Son adversaire est l’Ukrainien Ivan Redkach, pour ce que le camp Garcia considère sans doute comme une remise en condition avant une nouvelle chance mondiale. Attention toutefois à la tendance du boxeur de Philadalphie à caler sa performance sur le niveau supposé de son adversaire : on l’a vu fort contre des forts (Amir Khan, Lucas Matthysse, Zab Judah, voire Shawn Porter et Keith Thurman malgré des décisions défavorables) et médiocre contre des hommes supposés à sa main (un Erik Morales anédiluvien, Mauricio Herrera, voire Robert Guerrero). Redkach est un puncheur agressif qui travaille au corps et à la face, et vient d’infliger au toujours pénible Devon Alexander sa première défaite après la limite. Je verrais bien Garcia assèner un contre fatal de son crochet gauche breveté pour clore un combat spectaculaire et plus équilibré que prévu.

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