Punchlines du 24/11/19

Le site /

  • Amis des belles lettres et du noble art, veinards que vous êtes, vous eûtes droit cette semaine à un papier sur le football, après l’annonce du décès de l’ancien entraîneur du RC Lens Daniel Leclercq.
  • Toute nécrologie footballistique prise par ailleurs, il y a du neuf, néanmoins. Votre serviteur vient d’entamer une collaboration avec un journal qui parle de bouquins. Un journal, donc du papier, hein, comme on dit dans ma génération. Moins de temps pour les chroniques ici, mais une chouette expérience néanmoins… Et la découverte des affres du nombre de signes imposé. Vous en saurez plus très bientôt.

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Les auteurs /

  • Pays des 30 millions d’amis, la France affectionne plus que tout autre un canidé bien particulier : le « Dog » James Ellroy, accueilli en vedette américaine pour la promotion de La tempête qui vient, deuxième tome de son nouveau Quatuor de Los Angeles. Une semaine de rock star, donc, de librairies bondées en déferlante implacable sur les antennes de Radio France. On l’aime, le Dog, et il nous le rend bien. L’indécrottable cabot a fait le travail. Selon ses propres termes, hein : nulle question sur l’actuelle situation politique de l’Amérique, dont il aime tant fouiller les poubelles de l’Après-guerre, ne fut autorisée.  On dut se contenter de ses outrances de camé repenti et graphomane en total contrôle de lui-même, dont ses sorties mégalo en forme d’hommage piquant au disparu Philip Roth : non, lui ne s’abaissera pas, avec l’âge, à sortir des livres plus minces qu’avant. Et oui, vu que le génie du New Jersey n’aura jamais eu le Nobel, autant le lui donner à lui, Lee Earle dit « James » Ellroy.
  • Ceux qui n’ont pas encore découvert l’animal doivent être prévenus : sa spécialité consiste à pondre des romans noirs de plus de cinq cent pages, dont le plan seul tient en au moins quatre cent. Chez Ellroy, intrigues et fausses pistes foisonnent, servies dans un style cru et direct au possible, et le risque de décramponner son lecteur ne l’a jamais fait reculer. Depuis la relecture nevrotique et détaillée du meurtre de sa mère dans Le dahlia noir – par l’intermédiaire de l’affaire Betty Short – puis l’autobiographique Ma part d’ombre, Ellroy mêle avec gourmandise vérité historique et interprétations personnelles dans des oeuvres toujours plus complexes. Leur dénominateur commun est la lutte entre mafia et État américain, deux camps qu’il ne départage jamais d’un strict point de vue moral. Leur affrontement est arbitré par  J. Edgar Hoover, éternel et omnipotent patron du FBI, qui tint le pays entier sous sa férule en quarante-huit années d’exercice.
  • Pour débuter avec le Dog, je recommande Le dahlia noir, cité plus haut, premier tome de son fameux premier Quatuor de Los Angeles (qui compte aussi mon chouchou Le grand nulle part, LA Confidential – adapté au cinéma – et l’expérimental White jazz), ou bien l’un de ses romans indépendants, tel Un  tueur sur la route, sidérante confession du serial killer que serait peut-être denenu l’auteur s’il n’avait pas découvert l’écriture. Mon roman préféré de James Ellroy n’est pas le moins exigeant. Il s’agit d’American tabloid, premier volet de la trilogie Underworld USA consacrée aux intrications entre grand banditisme et politique américaine, de l’avènement de John Fitzgerald Kennedy à la mort de Hoover pendant les années Nixon. American tabloid se présente comme l’assemblage savant de circonvolutions démentes autour des grands mystères de l’ère JFK. Suivant les destins croisés de trois figures mémorables, le playboy du FBI Kemper Boyd, l’agent infiltré dans la mafia Ward Litell et Pete Bondurant, ex-flic devenu gorille à la solde du miliardaire Howard Hughes, le roman apporte les réponses du Dog à pléthore de mystères toujours en suspens. Entre autres : qui a tué le 35eme président des États-Unis, pourquoi et comment a disparu le syndicaliste Jimmy Hoffa, et Kennedy a-t-il bien eu pour maîtresse Marilyn Monroe ? Autant de questions essentielles, on en conviendra.

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Les puncheurs /

  • Quiconque aime la boxe avec passion peut se réveiller la nuit pour voir en direct un combat dont il a déjà vu le film : ainsi, la revanche entre le champion WBC des poids lourds Deontay Wilder et le Cubain gaucher Luis « King Kong » Ortiz. On savait Ortiz, qui poussa l’Américain dans ses derniers retranchements en mars 2018, vieillissant mais affûté comme jamais. On n’ignorait pas non plus sa supériorité technique, dont il fit montre en imposant un faux rythme, un jab souvent doublé et une gauche au corps tranchante jusqu’à la mi-combat. On connaissant aussi le mépris souverain de Wilder pour tout effort de construction d’une victoire aux points. Comme prévu, il se contenta de guetter le moment où Ortiz, grisé par sa supérorité dans l’escrime de points, se laisserait aller à accélérer. L’inévitable survint à l’issue du 7e round : alors que le combat s’animait, Wilder, distancé aux points selon les trois juges, feinta son jab interminable pour ouvrir la voie à son cross du droit de fossoyeur patenté. Un seul coup au but suffit pour allonger King Kong. De la belle ouvrage. Sur les 42 adversaires du « Bronze Bomber » en professionnels, 40 baissèrent pavillon avant la limite, le seul Bermane Stiverne perdit une decision large (il finit vaporisé en moins d’un round lors de la revanche), et Tyson Fury resuscita à deux reprises pour obtenir un match nul. La foi de Deontay Wilder en un punch sans guère d’équivalents dans l’Histoire des poids lourds est un pur objet de fascination : tôt ou tard, ils tombent tous. Un axiome à verifier lors de la revanche face à Fury, confirmée pour février prochain par le vainqueur d’hier au micro de Fox Sports.

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  • Également à l’affiche de la soirée au MGM Grand de Las Vegas, le Mexicain Leo Santa Cruz s’empara comme prévu du titre mondial WBA des super-plumes, sa quatrième catégorie de poids. Il dut certes s’employer jusqu’au terme des 12 rounds pour surclasser le modeste Miguel Flores ; à 130 livres, le manque de punch de « Terremoto » est patent, et devrait s’avérer problématique s’il venait à croiser la route de son compatriote Miguel Berchelt, champion WBC de la catégorie.
  • Toujours hier soir, le champion WBA Super et WBC Diamond des super-moyens Callum Smith reboxait dans sa ville de Liverpool pour la première fois depuis deux ans. On sait que l’échalas d’1m91 éprouve toutes les peines du monde à rester à la limite des 168 livres : ses difficultés furent patentes face au frustre John Ryder, qui n’était pas venu compter les ventres à bière dans les tribunes de l’Echo Arena. Contre un favori manquant de jus et d’armes au corps-à-corps, Ryder imposa ses esquives de la tête et parvint aisément à annuler l’avantage d’allonge de Smith. Les trois pointages largement favorables au champion sortant (116-112, 116-112, 117-111) suscitent force froncements de sourcils. Smith présente une nette tendance à peiner contre les besogneux et briller contre les forts ; on lui souhaite cependant bien du plaisir s’il devait croiser la route d’un Canelo Alvarez redescendu en super-moyens. Au vu de Smith-Ryder, l’entourage du rouquin mexicain se lèche forcément les babines.

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