Hellfest 2019 : Retour vers l’enfer (partie 1)

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Puisque c’est ton second Hellfest, la question de savoir si tu as bien fait de venir, très prégnante l’an passé, n’est plus d’actualité. Tu sais désormais que ces trois jours du triptyque gros son – libations – régression assaisonneront douze mois de ton milieu de vie comme la ravigote enchante la tête de veau. D’ailleurs, cette fois, tu as pris les choses en main, histoire de ne plus être un putain de clandestin. Plus de viagogol à l’arrache, mais un pass acquis dans l’heure et demie suivant la mise en vente – 55 000 enragés en auront fait autant. Plus d’incruste dans une équipe déjà rodée, mais cinq autres salopards triés sur le volet, dont la plupart causaient déjà sidérurgie musicale avec toi en classe de seconde. Plus de première demi-journée carottée par les transports, mais une arrivée sur base la veille au soir. Autant dire que, cette fois, tu sais ce que tu fous là.

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Non, le vrai débat, désormais, serait plutôt d’établir si tu es un touriste. Quelques précisions s’imposent ici. À lire sur la toile les comptes-rendus d’autres que toi, le touriste est unanimement fustigé, mais pullulerait chaque année un peu plus. Plutôt CSP+ que punk à chien, il viendrait surtout à Clisson en SUV Audi pour jouir de l’ambiance d’Oktoberfest vrombissante du festival – parfois même du haut des tribunes VIP honnies. Le bougre logerait ailleurs qu’au camping officiel, n’hésiterait pas à arborer des Tshirts blancs, bouderait l’essentiel des hurleurs satanistes à trognes et patronymes vikings, et s’enthousiasmerait pour les shows mollassons des vieilles gloires les plus inoffensives, soit la programmation des Mainstages passé 19 heures. Pire, par sa seule présence importune, chaque touriste priverait un authentique métalleux d’un séjour au Valhalla. ‘culés, va. Tu as beau ne plus être un bleubite, avoue qu’on pourrait hâtivement t’attribuer une ou deux – ou trois – caractéristiques de l’abject portrait-robot. L’angoisse t’étreint. Touriste, toi ? Tu as trois jours pour (te) prouver le contraire.

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Le vendredi matin, ça part mal. Levé et pomponné de frais dans le gîte (trois épis) loué avec tes potes, tu apprends au moment de partir pour le Hellfest que Manowar, pourtant présent sur le site, annule sa prestation prévue à 23 heures. Manowar, quoi : le prototype du groupe qui te faisait frétiller d’impatience, tout en suscitant l’inintérêt poli de l’ordinaire des jeunes festivaliers tatoués. Du power métal à l’ancienne de tes années de lycéen malingre, dominé par l’organe éclatant du frontman Eric Adams. Une iconographie très inspirée de Conan le barbare, jusqu’à un shooting, mythique entre tous, à base de biscotos huilés, slips en cuir et gants de fourrure – plus de trente ans après, l’image reste hélas impossible à dé-voir. Gaffe : ton dépit ostensible à l’annonce de l’annulation fait déjà frémir le détecteur de touristes dont tu t’es ceint l’intérieur de la tête. Sans même compter qu’il te faudra t’afficher avec un pote en pantacourt.

En traversant Clisson et les vignobles alentour, tu t’étonnes de l’impression tenace que te procurent les nuées de pèlerins vêtus de noir, parfois garés à une bonne heure de marche : ils semblent s’égayer dans toutes les directions au lieu de converger vers le lieu des réjouissances. Comme souvent ici, les voies de Belzébuth demeurent impénétrables. Une fois franchie la cathédrale, comme les vrais de vrais désignent la façade gothique de carton-pâte qui domine l’entrée, un cocon sonore épais et familier t’enveloppe tout entier. Pour s’y acclimater, rien ne vaut une première pinte, et l’immersion immédiate dans un set brutal à souhait. Tu optes donc pour Temple, la scène officielle des joyeux prosélytes de la croix latine retournée, où se produit le trio primesautier nommé Khaos Dei. C’est guttural et furieux, une sorte de death metal vraiment très, très décédé. À t’en faire trembler dans les mains, alors que tu fais usage des urinoirs attenants. C’est lorsque tu reconnais un vibrant « Crevez tous ! » dans les ultimes borborygmes émis par le chanteur que tu t’aperçois qu’il éructait en Français. Au moins ce concert oubliable n’était-il pas de la came pour aimables vacanciers.

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Plus encore que le déluge de watts, le concours officieux du Tshirt du Hellfest démarre comme un dragster. Ta deuxième pinte t’est servie par un avenant rouquemoute arborant un définitif « le roux t’emmerde » surplombé d’un chaton, avant que tu ne croises un phénoménal « Je suis Charlie » assorti d’un portrait de Charles Manson. Tu enchaînes sur Altar, repère habituel des trasheux les plus énervés, qui jouxte Temple. Aucune surprise cette fois quant à la nationalité des artistes qui embrayent : pas un groupe anglophone n’oserait décemment s’appeler Sublime cadaveric decomposition. Sans doute la setlist des trois Frenchies comporte-t-elle des morceaux fumants de leur dernière galette, le prometteur opus de « porno gore grind » sobrement intitulé Raping angels in hell. Rien que sur leur nom, les mecs ont déjà raflé la mise. Comme tu as gagné, toi, avec ce deuxième groupe de bons furieux : à ce moment précis, le vrai touriste est sûrement parti écouter Klone minauder sur le Mainstage 2. Au-delà de la seule question de principe, le gig s’avère presque plaisant. Devant toi, une jolie blonde s’est calé une pinte dans le corsage. Le crâne barbu tatoué sur l’épaule de ton colossal voisin t’inspire un mouvement de recul. Et une première gueule en sang, l’air extatique, s’extirpe de la fosse. Il est à peine midi, gamin. Tu te reconcentres sur la performance scénique, à la fois habitée et appliquée ; du sale plutôt propre. Pas mal du tout. Le gamin revient, deux espèces de tampax plantés dans les narines. Il fonce vers la fosse. Perseverare diabolicum, mais c’est justement l’idée.

Histoire de ménager tes organes internes, il est temps de passer à moins violent. Ce qui sera le cas avec les Anglo-helvètes de Gloryhammer en Mainstage 1, un groupe qu’on t’a vendu comme du « heavy metal symphonique et parodique ». Si tant de leurs homologues prêtent à rire malgré eux, Gloryhammer affiche ses intentions sans ambages. Dès l’intro façon Carmina Burana, le public brandit marteaux et flamands rose gonflables, voire frites de piscine, lesquelles confirmeront leur franc succès les jours suivants. Inattendu en pareil voisinage, un drapeau algérien flotte fièrement, tandis qu’un malheureux n’a pas honte de son oriflamme Manowar – alors que tout merchandising ostensible de la bande de dégonflés suscitera force ricanements jusqu’au soir.  Puis le groupe déboule, en armure, robe de prêtre ou épaulettes dorées de général Tapioca. Comme le confirmera le jeu du chanteur, dont l’inattendu dentier blanc est presque oppressant au soleil de juin, Gloryhammer met une vraie conviction à raconter rigoureusement n’importe quoi. Dont l’invasion de la bonne ville de Dundee par une horde de licornes, sur leur titre culte. Musicalement, ton ressenti est mitigé : la geste épique de ces zozos rigolards est fort bien interprétée, tout en manquant d’aspérités. En compensation, peut-être aurait-il fallu pousser le déconomètre un tantinet plus loin… D’autres le feront après eux.

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Sur le Mainstage 2, il est l’heure de Blackrain, pour du « hard rock glamisant et clinquant » d’origine haut-savoyarde. Bien que le pitch évoque une suite de l’indispensable Fatal, pour toi, le temps est venu de déjeuner. Rappelons que la restauration du Hellfest évoque plutôt un rêve de hipster d’Oberkampf qu’un camion à hot-dogs tièdes croisé aux abords du Stade de France. Pour rester dans l’esprit, tu t’appliques à roter une nouvelle pinte, lorsqu’une épatante paire de nichons dépourvue d’entraves, simplement escortée d’un chauve en sarouel long comme un jour sans pain, te fige dans la posture du chien d’arrêt. Puis tu rejoins les abords du Mainstage 1 pour voir les Finlandais de Sonata Artica, fameux pour leur speed mélodique. Sorte de Ben Affleck, le chanteur a piqué à Axl Rose ses sonorités les plus nasales. Derrière lui, un gars se la donne sur une guitare à clavier rose rarement aperçue depuis l’âge d’or des Musclés. L’ensemble s’avère désespérément mou du genou. « Ils ont vieilli », fait remarquer quelqu’un. « Ils sont plus jeunes que moi », penses-tu très fort. Rappelons qu’en 2006, la Finlande a remporté l’Eurovision grâce une formation de hard rock autrement plus pêchue que ce qui te coule dans l’oreille. Un truc de touristes, quoi.

Au moins n’as-tu que quelques mètres à parcourir, sous un cagnard peu indulgent, pour te placer dans l’axe droit de Lofofora, prochain set du Mainstage 2 dont tu devines alors qu’il sera consacré toute la journée à la production tricolore. L’initiative n’est pas pour te déplaire ; encore faut-il assurer en retour. Ce sera le cas pour la bande à Reuno comme pour leurs successeurs : en Français, les paroles engagées sonnent rarement plus subtiles qu’en anglais, comme d’ailleurs les nombreuses revendications d’authenticité et d’intégrité artistiques de l’intéressé. « Pas de reprises de Johnny, pas de danseuses, pas d’effets pyrotechniques ». On a compris, gros. Accorde-lui que les basses mahousses et la fusion basique de Lofofora font bouger les présents, à défaut de t’empêcher de regretter les tueries de Bodycount et Powerflo de l’an passé. Le temps fraîchit brusquement alors que s’élancent de nombreux crowdsurfers… dont un môme d’environ dix piges, casque anti-bruit sur les oreilles. Oui, le Hellfest est gratuit pour les enfants. Et non, ce n’est pas toujours une bonne idée de les y emmener. Cette édition sera pour toi l’occasion de décerner quantité de trophées de parents de l’année. Les mimiques de sociopathe de Reuno rappellent celles du Negan de The Walking dead.  « On aura bientôt le droit de vendre de la beuh, mais pas toi, hein, les multinationales » poursuit-il. On a compris, gros. Après un wall of death de bonne facture, tu repars en exploration.

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De retour à Temple, le spectacle qui s’offre à tes yeux incrédules est indescriptible. Un barbu couronné de baudruches tentaculaires et drapé dans une cape d’hermine s’applique à ambiancer une foule hystérique, accompagné d’un groupe de travestis velus, sur fond de drapeau norvégien. Ta perplexité à l’écoute du pagan métal de Trollfest dénote ta réelle impréparation. Alors que se structure la plus longue chenille de l’histoire du bal musette sous mescaline, tu fuis sans demander ton reste, sans bien savoir s’il s’agit d’un réflexe de touriste ou de vrai hardos.

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Les eaux rassurantes du Mainstage 1 accueillent désormais les Bostoniens de Godsmack, dispensateurs d’un métal alternatif aux notes de grunge et de hard à l’ancienne, de confection aussi classique qu’une religieuse au chocolat. L’air tout jouasse d’être là, le frontman Sully Erna arbore entre autres un joli tatouage ACDC. De quoi garantir ta franche bienveillance. C’est propre comme au studio, avec un supplément d’âme. Les choses paraissent se gâter alors que la batterie s’avance en première ligne. Celui qui officie aux fûts a la pâleur et les favoris d’un footballeur anglais des seventies. L’effroi t’étreint quand commence à durer son solo – inutile et masturbatoire par essence, un solo de batterie devient proprement incommodant au milieu d’un set d’à peine 50 minutes. Mais l’inattendu se produit, puisqu’un bongo et une seconde batterie font maintenant face à la première, depuis laquelle le chanteur défie son batteur. Le duel – dont tu apprendras qu’il est aussi ancré dans les concerts de Godsmack que les appartitions d’Eddie lors de ceux d’Iron Maiden – se nomme officiellement Batalla de los Tambores, et divertit sans chichis en dépit du côté gadget. Le medley de Back in black, Walk this way et Enter Sandman et le circle pit qui annoncent le final achèvent de te convaincre : fuck la disruption, pour ceux qui savent s’en passer. Remarque de touriste ?

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Hypnotisé par la seconde paire de lolos qu’on exhibe sous ton nez ce jour-là – le détenteur en est hélas un monsieur torse nu et plutôt corpulent – tu loupes l’entrée sur la scène d’à côté des vedettes incontestées de tes gentils pogos d’étudiant : les Parigots rageux de No one is innocent. Leur set empile les similitudes avec celui de Lofofora – mise en scène minimaliste, rap/fusion qui gigote, politique à la truelle – mais le son te semble plus clair et les titres plus variés. Devant toi, deux gamines en treillis se galochent avec appétit au son révolutionnaire de Chile. Derrière, la foule semble plus dense que celle du vendredi de l’an dernier. Si le concert de No one t’aura globalement convaincu, tu en retiendras surtout l’inexplicable bonnet du Stan de South Park enfilé sur la tête du guitariste par 30° à l’ombre. L’œil du touriste ?

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Un pote à toi fait choux gras des prochains invités du Mainstage 1, au point d’avoir passé son Tshirt vintage à leurs couleurs. Fruit de l’union du gratteux et du chanteur de deux estimables formations américaine et allemande (dont tu ignorais l’existence), Demons and Wizards instaure une ambiance médiévale de cimetière brumeux là où le soleil tape désormais comme un marteau-piqueur. Si son charisme de courtier en assurances entre-deux-âges n’impressionne guère, la pureté du timbre de Hansi Kürsch rappelle celle de son compatriote Klaus Meine, et il pousse des notes dignes d’un Rob Halford sans donner l’impression de s’être positionné la couille droite sous une presse hydraulique. L’ensemble est impeccable, quoiqu’un poil éloigné de l’esprit d’un festival. Un esprit qu’a parfaitement intégré ce grand type qui passe devant toi vêtu du maillot de bain de Borat et d’un long couvre-chef jaune et mou, ou la bande de cheerleders barbues déjà aperçues en 2018. En ce qui te concerne, Demons and Wizards ne dépassera pas le succès d’estime.

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Nouvelle vadrouille, agrémentée d’un peu de socialisation : même si ta batterie de téléphone se décharge à la vitesse d’un collégien dans un bordel, à force de mitrailler un set après l’autre et d’échanger clichés et blagues crétines avec tes potes, tu fixes sur le site des rencards avec d’autres amis, virtuels ou pas. On ne connaît jamais assez de gens qui ne lèvent pas un sourcil à la simple évocation d’Angus Young. Le point de ralliement avec ta bande est fixé à Altar, devant Pestilence, dont tu n’entends que la toute fin de la setlist. Non sans grandiloquence, le site officiel du Hellfest affirme à leur endroit que « La bête batave meurtrie est toujours aussi agressive et c’est avec les crocs bien aiguisés qu’elle continue de mordre jusqu’à ce que mort s’ensuive avec son death metal à haute teneur en technicité ». Vous êtes raccord : dans ton calepin, tu notes « Pestilence : du slip ».

Ce qui perce de Dagoba, à mesure que tu avances vers le Mainstage 1 en vue de te placer pour Dream Theater, est un groove métal honnête et besogneux à défaut d’épater. En revanche, on t’a vendu Dream Theater comme l’amateur d’abats vante l’andouillette AAAAA : une Rolls. Aussi t’emploies-tu à reconstituer le puzzle visuel et sonore qui t’est proposé, avec le sentiment tenace de ne pas tout bien y piger. Une basse à six cordes. Ça gouache. Un support de micro en forme de main d’androïde tenant un crâne. Pourquoi non. Une voix dont tu oses glisser à ton voisin expert qu’elle a les échos de celle du Sebastian Bach de Skid Row, avant de sentir poindre un mépris souverain dans la brève réponse qui t’est assénée. Une guitare de haute précision qui t’évoque l’Ibanez de Joe Satriani, maniée avec doigté par un clone de Sébastien Tellier. Un saisissant pantalon en cuir, très tendu sur la moitié inférieure du chanteur potelé, dont bagues et gourmettes ornementent les grosses patounes. Une sorte de Charlélie Couture au clavier. Devant toi, cette fois-ci, deux mecs en kilt qui se galochent sur un slow atmosphérique. Puis l’un des types embrasse une fille : tu n’as pas tous les codes. Et pourquoi t’attardes-tu sur tant de détails à ce point insignifiants ? Parce que tu t’ennuies ferme, voilà le topo. Tout ce petit monde est virtuose, tape des solos de ouf’ malades, mais n’envoie rien qui viendrait secouer la douce torpeur de l’assistance. On n’est guère loin du bon vieux four.

Dieu – ou l’autre – soit loué : l’antidote est programmé juste après. Tout ce que tu perds en maestria est récupéré en stricts termes de présence et d’engagement. Et, pour le prix, tu vas bien rigoler. Parce qu’il est l’heure de l’apéro, la seule qui siée vraiment à Ultra vomit. Dans l’attente, un festivalier joue du clairon, un autre exhibe une montre calculette, tandis que passe sur les écrans un message promettant le triomphe de « l’imposture » à venir. Ailleurs, dans la foule compacte, une bannière représente Vladimir Poutine chevauchant un lama sur fond rose et arc-en-ciel. Puis les déglingos nantais entament leur heure de délire régressif. Jouant à domicile, ils ne feront pas de prisonniers.

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Tels des Fatals Picards du métal lourd, ils enchaînent parodies bien senties et blagounettes consternantes à un rythme d’enfer. Le public adore, littéralement. Tu saisis l’air d’une chanson cracra de ton enfance, celui de Tirelipimpon sur le chihuahua, un hommage bizarre aux Cranberries, un pamphlet de black métal contre les cantines scolaires alors qu’un portrait de Maïté est déroulé en arrière-plan… pile au moment où une crowdsurfeuse en cuir et bas résille t’atterrit sur la tête. Le reste est confus, mais toujours plaisant : un hybride aberrant et réussi de Gojira et Calogero, à l’issue duquel un sosie du second apparaît, une reprise de Thunderstruck par une chorale de gospel, après laquelle Jesus vient ouvrir la foule pour un wall of chiasse… Il y aura pire, étonnament : le leader Fetus livre le mode d’emploi d’une queue-leu-leu géante, dont le schéma explicatif sort tout droit du Human centipede. Mi-hilare, mi-atterré, tu subiras aussi I like to vomit, Je collectionne les canards, et des pastiches réussis de Pantera, Rammstein et Iron Maiden. Et le pire, dans l’histoire, c’est qu’ils jouent plutôt bien. Une seule certitude : sur ce coup-là, les touristes et les autres se sont marrés pareil.

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Toi et ta carte vermeil avez besoin d’une pause, à l’ombre du bosquet du bien nommé Kingdom of Muscadet. Il en va de ta capacité à tenir les prochains chocs qui s’annoncent, au nombre desquels ne figureront pas les Dropkick Murphys. De loin, la version enragée des Pogues semble électriser son monde. Toi, tu pries pour tes lombaires, vautré sur un sol en terre que l’organisation a eu le bon gout de couvrir cette année d’une couche de gros copeaux de bois. Le temps d’un dernier sandwich, Mass hysteria a repris la main sur le Mainstage 2. Peut-être trouves-tu, à raison, une manière de redite entre eux et Lofo ou No one. Créneau de prime time oblige, la mise en scène est plus soignée. Difficile de réprimer un sourire à l’écoute des appels répétés de Mouss aux « gilets jaunes authentiques » et aux « sans-dents », face à la foule du festival français où les cadres sont le plus présents. D’ailleurs, sans attendre de raz-de-marée, tu imaginais les gilets jaunes mieux représentés. Las, ledit vêtement se remarque surtout au sein des équipes de nettoyage du site, ou sur de rares festivaliers dont les plus audacieux les ont ornés de patches. Tu reconnais cependant à Mass hysteria un certain panache, lorsqu’ils dédicacent le très heavy L’enfer des dieux aux victimes des attentats. Ce qui ne t’empêche pas de lever le camp : autant varier les plaisirs. On n’est pas des touristes.

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Premier arrêt à Altar, pour tâter la hargne intacte des papys du death metal de Possessed. La dernière fois que tu as vu un métalleux chanter assis, c’était Axl Rose avec ACDC, autant dire un set taillé pour tes goûts d’amateur de hard rock. Jeff Becerra, lui, ne s’est pas vaguement abîmé un métatarse, mais la paraplégie ne l’a pas calmé. Du tout. C’est rapide, c’est lourd, c’est gras, et ça te sèche sur place au point de vite jeter l’éponge. L’occasion d’aller enfin zyeuter ce qui se passe du côté des punks, sur le dévers post apocalyptique de la Warzone. De quoi te réconcilier avec tes tympans : d’autres anciens, ceux de Descendants, y envoient la Morteau sur un mode nettement plus rock. Au micro, l’ex chercheur en biologie moléculaire Milo Aukerman fait de la courroie à lunettes un accessoire presque cool, en comparaison du fan moyen des Chiffres et des lettres. Les titres s’enchaînent sur un train d’enfer, et les minots de la fosse semblent apprécier autant que toi, ou que le type en combinaison Tortue Ninja à ta droite. Les quitter est un déchirement, mais la curiosité l’emporte : depuis l’après-midi, tu sais que les empaffés de Manowar sont remplacés par Sabaton. Présents la veille à Clisson pour le Knotfest, festival de métal nomade hébergé ici cette année, les Suédois sont restés sur le site, et ont les gonades XXL d’improviser le plat de résistance de ce vendredi soir. Risqué, généreux, couillu : métal, quoi.

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Pour corser leur course à handicap, le frontman charismatique et armoire à glaces – pas une métaphore, mais un constat factuel : sur un buste large comme une porte de grange, il porte tout plein de plaques de métal – Joakim Brodén déclare forfait après trois chansons. Le malabar est aphone. Seulement voilà : comme il le précise à la grande joie des fans, « we don’t like to cancel » (DTC, Manowar), et des plans B et C sont prévus. Les deux gratteux vont donc suppléer, malgré une angoisse palpable, sur des registres différents. Mélodique pour le blondinet Tommy Johansson, et plus rauque pour le brun Chris Rörland. Jouer en enfer n’exclut pas l’hypothèse d’une justice immanente : le bazar tourne très bien comme ça. Au soutien, Brodén gesticule et leur tend les paroles. Les deux assurent come des bêtes, au point de susciter l’enthousiasme immodéré d’une voisine à toi qui crie « à poil ! » à chaque break. Sabaton donne sans modération dans le folklore militaire, comme l’atteste le chœur de soldats en uniforme de la Grande Guerre qui les rejoint sur scène. Les hymnes de power métal épique s’enchaînent avec une parfaite fluidité, tandis que lumières, décors et impeccable soyeux des chevelures en jettent franchement. Pour peu que tu évites de porter trop d’attention aux paroles simplettes, le show t’en donne pour ton pognon. Une vraie prestation de groupe, aux antipodes de Dream theater. Ce sera la dernière de ta journée. Pour voyager loin, ménage tes lombaires, et là tu en as juste plein le sillon inter-fessier. Tant pis pour Gojira, dont tu entendras les échos furieux une fois rentré à ton camp de base, vingt bornes plus loin. Un retour de touriste ? Bah. Douze heures auparavant, n’oublie pas que tu t’infligeais Sublime cadaveric decomposition.

À suivre…

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