¡ Élever le débat, siempre !

 

Bon. J’ai donc vu l’infomercial de France Culture pour le dernier essai de François Bégaudeau. Après la droite, les vieux, Zemmour, les religieux, Renaud, la gauche, De Villiers, la province, Soral, l’ouest parisien et les ronds-points, c’est au tour d’un bobo du XIe de dire du mal des bobos du XIe. Enfin, plus précisément, des bourgeois « cool » qui ont voté Macron. En janvier 2019, voilà un parti-pris aussi original qu’audacieux.

Moquer le bourgeois relève certes d’une tradition littéraire ancienne et indispensable, et l’on voit mal pourquoi son avatar contemporain, qui n’est pas à un amusant paradoxe près, en serait épargné. Parole de bobo qui a mal voté. En outre, la segmentation qu’opère Bégaudeau serait presque touchante : lui, l’ex chanteur punk et prof en ZEP, devenu auteur à la mode et propriétaire chez les hipsters, tente d’expliquer pourquoi, parce qu’il a toujours le panache de révérer des penseurs marxistes et de clamer « CRS, SS », il fait un bourgeois bohème acceptable. Lui. Comme les Inconnus distinguaient autrefois les bons chasseurs des mauvais. Bah, quitte à trouver une astuce imparable pour mieux dormir la nuit, pourquoi ne pas la monétiser ?

Non, l’agacement naît plutôt du titre, Histoire de ta bêtise. Une promesse en forme d’interpellation ô combien vendeuse, qui lui garantira sans doute 18 euros de la poche de beaucoup de ses voisins de quartier enclins à l’autodérision – ils gagnent bien leur vie et lisent des livres, tant mieux pour lui. Tranquilement, l’auteur s’arroge le droit de dire ce qui est bête – en gros, les derniers codes bourgeois qu’il n’a pas adoptés – et ce qui ne l’est pas. Méprisons-donc en choeur ceux dont on affirme qu’ils sont méprisants, parce que c’est çui qui dit qui est. Je m’arrête au seul titre ? Absolument. Il n’évoque nulle envie de débattre ou de dialoguer ; il ne s’agit pas non plus d’un appel à s’ériger ensemble contre le pire de l’esprit bourgeois, mais d’une intention claironnée de renvoyer autrui à sa bêtise. ¡ Élever le débat, siempre ! Dont acte.

S’il fallait recommander aux nantis branchés de quoi entamer un semblant d’autocritique en leur disant « tu », autant viser un poil plus haut : l’indispensable Journal d’un oiseau de nuit (Bright lights, big city en VO), de Jay McInerney. Le premier livre d’un très grand auteur sur l’errance d’un aspirant romancier dans la nuit du New York matérialiste des années Reagan, entièrement écrit à la deuxième personne du singulier. Des personnages, une histoire, une mise en scène, un style, un questionnement, et surtout pas de jugement. Ouf. C’est bien, les romans, aussi.

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