Paschendale, Iron Maiden

Même si une période de farniente caniculaire semble mal s’y prêter, la célébration du centenaire de la Bataille de la Somme, conjuguée aux réminiscences tortueuses de ma période hard rock qu’ont pu suivre les lecteurs de ce mur, m’a donné envie de partager ici l’astre noir méconnu du métal progressif intitulé Paschendale, d’Iron Maiden.

Deux petites précisions s’imposent d’emblée pour bien suivre, puisque l’iconographie potache à base de zombies souriants qui participe de la légende du groupe, ainsi qu’un son un peu plus brutal que l’ordinaire des playlists de France Musique, laissent facilement imaginer aux béotiens qu’Iron Maiden consiste en un hurleur claironnant qu’il aime à éplucher des nourrissons avec un économe, accompagné par une poignée de chevelus incompétents rôtis aux métamphétamines. Sans prétendre qu’on ne croise rien d’approchant au Hellfest, c’est très injuste pour les Irons.

D’abord, sans être des paroliers exceptionnels, ces joyeux sexagénaires se sont fait une spécialité, depuis pas loin de 40 ans, de relater toutes sortes d’épisodes tragiques et – ou – glorieux de la riche histoire militaire du Royaume-Uni. Ainsi figurent parmi leurs titres les plus populaires des hommages aux héros de la Bataille d’Angleterre (Aces high), de la charge de la brigade légère (The trooper), voire du Débarquement (The longest day) ou de la fiction alpine anti-nazie Quand les aigles attaquent (Where eagles dare). Insistons sur le fait la guerre est pour Iron Maiden un objet de commémoration plus que de fascination : en témoigne la tonalité anti-belliciste de Two minutes to midnight, Afraid to shoot strangers ou Brighter than a thousand suns, voire le rappel sans concession du massacre que fut la Conquête de l’Ouest (Run to the hills).

Si les paroles de Maiden ont plus de sens qu’on ne l’imagine, et reflètent souvent la passion pour l’Histoire du bassiste et fondateur Steve Harris, le niveau d’ambition de leur musique elle-même est tout aussi sous-estimé. Les connaisseurs positionnent le groupe aussi près du rock progressif que du heavy metal, insistant sur le caractère très construit des compositions – au détriment de l’énergie pure que recherchent certains hardos -, l’enchaînement des tableaux et des phrases musicales complexes au sein d’une même chanson, la parfaite intégration des solos dans l’harmonie d’ensemble, le luxe des arrangements et le caractère quasi opératique qu’apportent les vocalises maîtrisées de Bruce Dickinson. De l’écoute attentive du concept album Seventh son of a seventh son à celle des titres de plus de 10 minutes Empire of clouds ou Rime of the ancient mariner, il ressort qu’Iron Maiden est un groupe de « prog » qui s’avance à peine masqué.

Son album Dance of death date de 2003. À l’époque, le lineup emblématique du groupe s’est recomposé, et s’ouvre aux Irons le destin convenu des rockers vieillissants tirant prétexte de nouveaux albums quelconques pour retourner jouer sur scène des medleys de leurs antiques succès. Mais Iron Maiden, si son pic d’inspiration des années 80 est bien passé, n’a jamais versé pour autant dans le foutage de gueule blasé. En dépit d’une couverture embarrassante, la galette est solide, et recèle même un pur joyau : le susnommé Paschendale, en référence à la bataille éponyme. Elle opposa principalement les troupes allemandes à celles de l’Empire Britannique de juillet à novembre 1917. Pour 10 kilomètres de terres flandriennes, plus d’hommes moururent qu’à Verdun, souvent étouffés par la boue ou les effluves expérimentaux du gaz moutarde.

De quoi inspirer à Steve Harris et Adrian Smith, lequel fut plus souvent impliqué dans les titres courts et enlevés de Maiden, une geste épique et sombre dont l’interprétation fut le pivot de la tournée correspondante. La solennité martiale de l’ensemble, l’alternance des rythmes et des puissances des instruments et de la voix, le tempo hypnotique des séquences de transitions cymbale / guitare et l’enchaînement des solos déchirants font de Paschendale un titre admirable, hors de portée de l’essentiel des célébrités du rock n’roll, tous genres confondus. Voici un live très propre qui rend justice à ce monument. On aime ou on n’aime pas. Plus de gens aimeraient qu’ils ne le croient.

 

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