C’est comme ça, et c’est tout.

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Duhaupas ne les prend plus.


Voilà ce qu’on peut retenir de la triste soirée d’hier, dans une Paris La Défense Arena aux allures d’Étoile Noire à l’abandon, distanciation oblige. Le menton, en boxe, tient du talon d’Achille ou du super-pouvoir. On peut se muscler les deltoïdes, on peut s’entraîner à accompagner ce qui vient, mais au bout du compte certains les prennent et d’autres pas. Il les prenait, Duhaupas, et pas qu’un peu. Deontay Wilder lui en mit assez pour coucher cinq ou six de ses victimes ordinaires, sans même obtenir un knockdown. Et la droite de Wilder, c’est le baiser de la mort, un punch de dessin animé dont la terrifiante efficacité ne s’explique pas mieux qu’un menton en tungstène. C’est comme ça, et c’est tout.

De risibles chaussures de jogging orange


Dans un sport perfusé au storytelling facile pour intéresser trois clampins, on  a beaucoup comparé Johann Duhaupas à l’Étalon Italien, le besogneux si habitué à ce que la vie lui en colle plein la gueule que, sur le ring, il est presque en vacances. Dans Rocky Balboa, alors qu’il remet les gants à cinquante balais, son entraîneur affirme que « le punch, c’est ce qui s’en va en dernier ». Peut-être ; le menton, lui, est plus piégeux. Chaque encaisseur a sa propre date de péremption, ou plutôt un seuil déterminé de mandales reçues au-delà duquel basta, rideau, terminé, les coups qu’il gobait comme des crocodiles Haribo provoquent de suite l’indigestion. C’est comme ça, et c’est tout.


Pour Duhaupas, la fatale crise de foie date d’une farce macabre en Mondovision, un soir de décembre 2016. Cette histoire de boxe-là, comme souvent, surpasse le travail d’un bataillon de scénaristes. Un champion russe doit combattre un Américain chez lui. Manque de pot – ou pas, vu qu’il y a récidive -, il pisse de la potion magique deux jours avant. L’adversaire se retire, mais les billets restent vendus. C’est ballot. Le promoteur appelle Duhaupas. Pas préparé, bien sûr, tombé de l’avion le jour même. Mais habitué à courir le cacheton loin de chez lui, comme tout boxeur valable du Tiers monde de son sport. Sur le ring, on ne voit que les risibles chaussures de jogging orange qu’il porte pour affronter un tueur chargé jusqu’aux yeux. Il tombe au sixième round, sous les vivats d’une salle extatique. C’est comme ça, et c’est tout.

Noyer le diesel


Avance rapide : hier soir, il est en direct sur Canal, le Reptile, paré de bleu-blanc-rouge de surcroît. Le truc, c’est qu’il n’est toujours pas chez lui. Celui qu’il attend sur le ring, c’est Yoka, l’or olympique, c’est Yoka, le beau gosse, c’est Yoka, le styliste, c’est Yoka, l’avenir, c’est Yoka, le contrat, c’est Yoka. Un régal de plus pour pisse-copie à l’arrache. Rocky Dupont contre Apollo Martin, le vieux métallo contre l’enfant gâté, la bête de Somme contre le pur talent, la France des usines envolées contre celle de Chanteloup-les-vignes. Surjouées, les conférences de presse en ont rajouté des louches. Côté sport, il a tout pigé, Yoka, et il l’a annoncé : Duhaupas boxe comme un antique diesel de chez Massey Ferguson, il lui faut un quart d’heure de chauffe. Autant noyer le moteur d’entrée, surtout qu’un menton, ça ne se recolle pas. C’est comme ça, et c’est tout.


En une minute et quarante-sept secondes, qu’a-t-on vu de Yoka qu’on aurait pas su, un an après sa dernière sortie ? Il pose bien ses appuis, il est vite de bras, il sait donner un uppercut. Un boulot appliqué à confirmer au plus haut niveau ; la routine, en somme. Quant à Duhaupas, il ne les prend plus. C’est comme ça, et c’est tout.

3 commentaires sur “C’est comme ça, et c’est tout.

  1. J’avais déjà été choqué par la chute des capacités du menton de Povetkin, sans doute due à son âge vénérable dans le monde de la boxe et probablement accéléré suite à son KO très violent aux mains de Joshua. Mais hier soir cela m’a semblé surréaliste tant on a vu Duhaupas encaissé les pires pralines des meilleurs punchers de la catégorie hors AJ.

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  2. Magnifique billet. Rien à ajouter. Le ton est juste. Tu résumes avec une certaine distance, assez froidement mais surtout sans cynisme ce qui s’est joué ce 25 septembre 2020. C est très étrange. Malgré cette forme de détachement, ta chronique est chargée d’émotion.
    Merci Antoine.

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