Punchlines du 29/09/19

Le site /

  • Le papier de la semaine fut consacré à l’inclassable roman de Maurice Pons Les saisons, dont le statut de livre culte s’avère amplement mérité. Attention quand même : bouquin méchant. Vous voilà prévenus.

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Les auteurs /

  • La manière dont j’ai réussi à éviter l’essentiel des romans français de l’année figurant sur les listes des prix littéraires force mon propre respect. Ce qui ne m’empêchera certainement pas de claironner « je l’avais bien dit, c’était couru » après le prochain raout chez Drouant.
  • Pour en faire un article, une relation Facebook a récemment demandé à la cantonnade quels étaient les plus grands livres publiés au XXIe siècle. Je me suis mouillé, non sans un peu de gamberge pour ce qui concerne la littérature française – côté domaine étranger, La route, de Cormac McCarthy, me semble remporter le pompon haut la main. Par chez nous, j’ai l’impression d’avoir loupé un paquet de pépites qui en valaient la peine. Mais en me fiant à ma subjectivité de lecteur dilettante, j’accorde une place particulière à un bouquin dévoré en un aller-retour  au croupion de la Belgique pour une quelconque réunion professionnelle, et qui m’a fait pleurer comme une Madeleine sur une banquette en skaï du pendant local des trains Corail. Je parle de D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère. Il est difficile de rendre justice à cette oeuvre infiniment délicate autrement qu’en la lisant. C’est un livre qui parle de la mort, qu’elle soit charriée par le tsunami de 2004, vécu par l’auteur comme touriste au Sri Lanka, ou qu’elle résulte d’une maladie, celle qui emporta sa belle-soeur Juliette. L’écrivain, qui privilégie depuis longtemps déjà le récit au roman, se borne à rapporter ces drames vécus par la bande, une manière d’honorer disparus et survivants. Comme souvent, il narre ces autres vies que la sienne à la première personne, se met en scène dans les événements relatés, et invoque ses propres souvenirs faillibles et sentiments intimes. En tirant sur le fil des existences qu’il sublime, notamment celle de Juliette, malade, mère, amoureuse et juge, il livre aussi un témoignage saisissant sur la dureté de l’époque : en binôme avec un autre cancéreux, elle travaillait sur des affaires de surendettement. L’humanisme et l’intégrité sans faille des deux magistrats fascinent, et l’on se révolte d’autant plus à mesure que Juliette affronte sereinement son destin. Le récit coule, simple, direct, frontal, à l’image de la langue merveilleusement naturelle de Carrère, tout en restant empreint d’une authentique douceur. L’empathie contenue dans un tel bouquin pourait réparer de larges pans du monde, si plus de gens le lisaient. Faites-le, ce sera déjà un bon début.

Ils ne se sont pas vus tout de suite en tête-à-tête, leurs premières sorties ayant lieu en groupe. Leur professeur les emmenait au théâtre, au théâtre il y a des escaliers à monter et Juliette ne pouvait pas les monter. Patrice est timide mais costaud. Dès la première fois, il a pris Juliette dans ses bras et personne ensuite ne lui a plus disputé ce privilège. Ils ont monté, l’un portant l’autre, tous les escaliers qui se présentaient à eux. Ils se sont mis à visiter des monuments, de préférence avec beaucoup d’étages, et, lorsqu’ils étaient assis l’un à côté de l’autre dans la pénombres des théâtres, à se tenir les mains. On était très sensibles des mains tous les deux, se rappelle Patrice. Leurs doigts s’effleuraient, se caressaient, s’enchevêtraient pendant des heures, ce n’était jamais pareil, toujours nouveau, toujours bouleversant. Il osait à peine croire que c’était à lui que ce miracle arrivait. Puis ils se sont embrassés. Puis ils ont fait l’amour. Il l’a déshabillée, elle a été nue dans ses bras, il a manipulé doucement ses jambes presque inertes. Pour tous les deux, c’était la première fois.

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Les puncheurs /

  • Déséquilibré sur le papier, le combat d’unification des titres IBF et WBC des poids welters opposant Errol Spence Jr. à Shawn Porter fut d’une exceptionnelle intensité, quintessence de dog fight à l’ancienne, offrant à chaque round ou presque de brutales séquences de corps-à-corps dignes des années 40 ou 50. Vainqueur par décision partagée, Spence subit ainsi son test le plus dur en carrière contre un Porter de gala. « The truth » ne craignait pas le combat de près, se sachant bien armé dans le registre, et capable de cueillir un boxeur enclin à approcher la tête la première. Mais il fut très perturbé par le jeu de jambes de Porter, se désaxant sans cesse pour trouver de nouveaux angles d’attaque. À la mi-combat, « Showtime » avait imposé son rythme d’enfer et son harcèlement constant, sortant Spence des zones de confort qu’eurent été un duel à distance ou une bagarre frontale. Il résistait admirablement au dur travail au corps du Texan – voire à quelques coups bas – et fit vriller sa tête quantité de fois. Si le tort de Spence fut de subir le combat voulu par Porter, son mérite fut de rester concentré jusqu’au bout, et toujours plus précis que son bouillant adversaire. Il scella l’issue d’un combat incertain jusqu’au 11eme round en marquant un knockdown sur un splendide crochet gauche en contre – que Porter se soit relevé aussi vite après la quantité de marrons récoltés jusque-là dit beaucoup de ses inhumaines facultés de récupération. Je ne souhaite pas au quadragénaire et champion WBA Manny Pacquiao d’affronter cet animal-là lors d’un nouveau combat d’unification, en revanche un superfight contre Terrence Crawford est plus que jamais une nécessité. D’ici-là, personne ne refuserait une revanche contre Porter. Notons que Danny Garcia, monté sur le ring à l’issue du combat, s’est positionné pour un futur combat contre Spence. Le cas échéant, on lui souhaiterait bien du courage…

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  • En sous-carte de Spence – Porter, le super-moyen David Benavidez a reconquis une ceinture mondiale à 22 ans (!), après 12 mois de suspension pour contrôle positif à la cocaïne. Le grand échalas de Phoenix ne paye pas de mine, avec sa musculature ordinaire et son déplacement quelconque, parfois emprunté. Mais le bougre tape fort, juste, et sait travailler à toutes les distances. Arrêté sur coupure au 9eme round, le vétéran Anthony Dirrell peut en témoigner. On rêve de voir Benavidez, désormais champion WBC, défier le titulaire du titre WBA super Callum Smith.
  • Cocorico, Tony Yoka a remporté son 7eme combat professionnel, hélas contre un nouveau préretraité plus ou moins combatif en dépit d’un CV honorable, l’Allemand Michael Wallisch. Il faut rendre justice à Yoka : son attitude sur le ring s’améliore, sa boxe se dépouillant d’inutiles fioritures. Il est rapide de bras, et précis dans ses coups. À revoir contre des adversaires de meileur standing. Ceux de ses camarades de la Team Solide Elie Konki et Souleymane Cissokho n’avaient pas les références de Wallisch, mais survécurent jusqu’à la limite en leur donnant de beaux combats, au cours desquels ils auront sans doute beaucoup appris.

 

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