Mayweather-Alvarez, genèse du nouveau combat de la décennie

Retour sur une dernière quinzaine en forme de réussite totale pour la promotion du nouveau combat de la décennie, après 4 ans de débats passionnés autour du serpent de mer Mayweather vs Pacquiao : le maître Floyd Mayweather opposé cette fois-ci au champion du futur Saul « Canelo » Alvarez.

On ne reviendra pas ici en détail sur la cinquantaine de raisons réelles ou supposées qui poussèrent Golden Boy Promotions (en charge des intérêts de Floyd avec Mayweather Promotions, et dirigée par Oscar de la Hoya) et Top Rank (propriété de l’inoxydable Bob Arum, promoteur de Pacquiao) à ne pas s’entendre sur une affiche aussi incroyablement lucrative qu’excitante sportivement parlant. Citons simplement en vrac : la profonde hostilité entre Mayweather et Bob Arum, les rumeurs de dopage autour de Pacquiao, la supposée risquophobie d’un Floyd trop attaché à conserver un palmarès vierge de défaites, le débat sans fin sur ce que serait une juste répartition des revenus du pay-per-view, etc. Le fait est que les trois dernières sorties de Manny Pacquiao (discutable victoire sur Juan Manuel Marquez, défaite polémique face à Tim Bradley et spectaculaire KO subi des mains de Marquez pour leur 4eme confrontation) l’ont clairement déboulonné du top 2 ou 3 mondial, en même temps qu’elles ont marqué de manière indiscutable la fin de l’apogée du puncheur philippin.

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Le résultat d’un Manny vs Floyd au sommet de leur art continuera longtemps à faire l’objet d’interminables diatribes entre des fans souvent plus polarisés que ceux de l’OM et du PSG. Le fait est que ce face-à-face n’existera jamais ailleurs que sur les milliers de pages de forums en ligne consacrées au plus grand combat à ne jamais avoir eu lieu. Ou qu’il se fera bien trop tard, ce qui serait sans doute pire en stricts termes sportifs, ainsi que pour les probables millions de fans qui paieraient quand même de guerre lasse un produit sacrément dévalué au regard de ce qu’il aurait dû être. Puisqu’elle est la plus cynique, cette seconde option est la plus probable. Bref : rendons grâce une fois de plus au grand bal des cocus qu’est la boxe anglaise d’aujourd’hui, et rendez-vous en 2015 pour un épilogue forcément décevant.

D’ici-là, force est de constater que la boxe sera privée d’un marronnier bien utile, un feuilleton passionnant lancé en 2009 après que Pacquiao monta des super-plumes pour corriger l’une après l’autre les anciennes victimes de Floyd en super-légers puis en welters. Le buzz mondial autour de ce non-combat du siècle a largement bénéficié à l’ensemble d’une industrie dont une bonne partie du public est toujours en attente de la prochaine grande affiche, et s’intéresse peu aux grands boxeurs moins « marketables » qu’un Floyd Mayweather. L’absence d’un André Ward, déjà évoqué ici et probablement détenteur du palmarès le plus impressionnant de ces dernières années, dans les grandes réunions montées à Las Vegas est une bonne illustration de cet état de fait.

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Puisque Floyd Mayweather reste aujourd’hui le boxeur qui suscite le plus l’intérêt des foules, que l’on soit un fan inconditionnel de sa virtuosité technique ou que l’on souhaite enfin le voir se faire apprendre les bonnes manières en direct live (les amateurs de boxe semblent à peu près partagés à 50%-50% sur la question), et que Pacquiao est actuellement hors jeu, son prochain challenger pour un « combat de la décennie » susceptible de chatouiller le record de ventes de Mayweather – De La Hoya est désormais annoncé. Il s’agit de la jeune star mexicaine Saul « Canelo » Alvarez. Et les dernières sorties des deux hommes, le 20 avril et le 4 mai, ont beaucoup fait pour le storytelling de ce grand choc – on croise les doigts – à venir.

Le 20 avril dernier, Saul Alvarez, dont le surnom est dû à une rousseur assez rare dans son pays d’origine, affrontait sans doute l’adversaire le plus délicat de sa jeune et déjà abondante carrière pour son 43eme combat pro à l’âge de 22 ans. Il s’était jusqu’à présent illustré en défaisant d’anciennes gloires sur le retour – Carlos Baldomir, Kermit Cintron, Shane Mosley – ou des hommes d’un gabarit sensiblement inférieur au sien, tels Alfonso Gomez ou Josesito Lopez. Alvarez est un super-welter de petite taille (1m71), mais dont la carrure laisse penser qu’il s’adaptera sans peine aux poids moyens, voire aux super-moyens. Le moins que l’on puisse dire est que sa ribambelle d’adversaires plus lents et/ou moins puissants lui permirent de briller au point de devenir immensément populaire au Mexique, où l’audience de ses combats surpasse désormais celle de l’équipe nationale de football.

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Alvarez dispose d’un punch solide (30 KOs en 43 victoires, 1 match nul) et d’une rare capacité à placer des enchaînements au corps et à la face. Son arsenal offensif est très complet des deux mains, autour d’un jab précis et lourd, et il a démontré une certaine maîtrise à distance aussi bien que dans le clinch. Son combat le plus spectaculaire et le plus emblématique à date l’a opposé au valeureux Josesito Lopez, monté pour l’occasion des super-légers, et dont le principal mérite fut de jouer crânement sa chance et de se relever de 3 terribles knock-downs (dont deux au foie) dans ce véritable feu d’artifice de 15 minutes.

D’après nombre d’observateurs avisés, si une décision en faveur de Canelo ne faisait guère de doutes dans un Texas entièrement acquis à sa cause (et pour servir les intérêts marketing de la WBC), le terne Austin Trout était l’adversaire idéal pour mettre en lumière les limites du jeune mexicain le 20 avril dernier. Super-welter naturel, gaucher longiligne disposant d’un net avantage d’allonge, l’invaincu Trout avait éteint la star Miguel Cotto en décembre 2012. A défaut de posséder un punch impressionnant, Trout est un boxeur très propre misant sur son timing, un jab plus abondant que précis et de bonnes esquives pour désamorcer les attaques adverses. Sa large victoire sur le frère de Canelo en février 2011 apportait une certaine saveur à leur face-à-face pour l’unification des titres WBA et WBC des super-welters.

On ne s’en étonnera pas : le combat a été beaucoup plus serré que ne l’indiquent les pointages des juges, unanimes en faveur de Canelo (dont un 118-109 pour Stanley Christodoulou, d’ordinaire excellent, et qui doit présenter des signes alarmants de sénilité précoce). J’ai moi-même scoré en direct 114-113 pour Trout, au nom d’une activité supérieure tout au long d’un combat où Alvarez a choisi ses moments, mais le mexicain a montré beaucoup de qualités. Défensivement, d’abord, par ses mouvements de la tête et du buste, qui ont très souvent mis en échec les tentatives de l’américain. Tactiquement ensuite, en évitant de monter à l’abordage, en forçant Trout à adopter l’attitude contre-nature de l’agresseur, et en se montrant très avisé et précis dans sa sélection de frappes, en particulier des uppercuts du droit en fin d’échanges de toute beauté, et le splendide jab/cross qui lui valut un knockdown à la mi-combat.

Deux questions importantes restent posées sur son potentiel, en particulier dans la perspective d’un affrontement avec Floyd Mayweather : d’abord, son endurance, puisqu’il a semblé évident que Canelo prenait des pauses dans ce combat, dont il a choisi de boxer la plupart des fins de rounds, mais rarement les entames. Ensuite, le menton, vu qu’il a rarement été testé par les adversaires précédents, et qu’il est apparu contre le faible frappeur Austin Trout qu’il reculait facilement après un ou deux impact plutôt faibles en apparence.

Or, si le combat de Floyd Mayweather face à Robert Guerrero a prouvé quelque chose, c’est bien que ses adversaires doivent être irréprochables physiquement parlant pour avoir une petite chance de contrarier l’animal. Directement monté des légers aux welters, le gaucher Guerrero n’avait pas d’atouts exceptionnels à faire valoir sur le papier, en dehors d’une grosse activité et d’une certaine capacité à imposer la pression de près, ce qui lui valut une victoire en 12 rounds de muerte sur le welter naturel talentueux mais inconstant André Berto.

Les exégètes de la carrière de Mayweather rappellaient que le seul homme à pouvoir revendiquer une victoire aux points face à lui, José Luis Castillo, présentait des caractéristiques comparables à celles de Guerrero – un certain punch en plus. Mais en remportant sans discussion possible la revanche de 2002 face à Castillo, Floyd avait aussi prouvé qu’il avait bien intégré les données du problème.

Pour la petite histoire, voici un highlight de Mayweather-Castillo I. Rarement un boxeur a posé autant de problèmes à Floyd, sans nier l’avantage de 8 livres pour le mexicain le soir du combat, ni le fait qu’il était tout sauf scandaleux d’accorder à l’américain une décision serrée.

Le vrai enjeu du combat du 4 mai au MGM de Las Vegas était donc de voir où en était vraiment Pretty Boy Floyd après un an d’inactivité, ponctué d’une peine de deux mois d’emprisonnement pour violences conjugales qui n’a guère amélioré son image auprès de ses nombreux détracteurs. Âgé aujourd’hui de 36 ans, Mayweather avait laissé une impression mitigée lors de sa dernière sortie face à Miguel Cotto pour le titre WBA des super-welters. L’indiscutable 43eme victoire en autant de combats de Floyd l’avait alors montré moins aérien que d’habitude, plus enclin à accepter la bagarre, un rien moins précis et sûrement plus facile à toucher que d’ordinaire. S’agissait-il de prémices d’un déclin ordinaire à cet âge avancé, ou plutôt de la confirmation que les 154 livres des super-welters sont un peu au dessus du vrai poids de forme de l’américain et que la taille supérieure des gants réglementaires réduisent sa précision, comme semblait l’avoir montré sa courte victoire de 2007 sur Oscar De La Hoya ? Mayweather avait-il pêché par orgueil en acceptant trop la bagarre, après avoir écarté de son staff un père dont il tient probablement son extrême arrogance, mais aussi beaucoup de sa science défensive ?

Le suspense n’a pas duré bien longtemps : à 147 livres, et après avoir réintégré Floyd Sr. dans son staff, « Money » Mayweather a signé rien moins que l’une des performances les plus abouties de sa carrière. Comme souvent, deux rounds lui ont suffi pour analyser et prendre la mesure d’un Guerrero plus prudent qu’escompté, gardant les mains hautes et qui parvint à travailler intelligemment du gauche au corps en passant sous la droite de Floyd. Pendant 6 minutes.

Le reste fut un vrai récital d’un Mayweather très en jambes, rappelant par sa précision et la qualité de ses déplacements la flamboyance d’un Guillermo Rigondeaux éteignant Nonito Donaire le mois dernier. S’évadant latéralement avec une grande facilité dès qu’il était acculé dans les cordes, Floyd s’appuya sur une droite diabolique de précision, sans plus guère avoir besoin de la préparer d’un jab à mesure que les rounds avançaient. Ce sont la grinta d’un Guerrero résigné dès le 7e round et – apparemment – la blessure de sa main droite vers la mi-combat qui empêchèrent Floyd de porter l’estocade, se contentant d’une décision unanime peut-être plus large encore qu’au pointage des juges (117-111 pour les 3). Difficile de discerner un quelconque signe de déclin dans le boxeur quasi-parfait en démonstration le 4 mai dernier.

Comme après chaque succès du toujours invaincu Floyd Mayweather, les rumeurs vont bon train sur la suite des opérations. Depuis le retour de sa supposée retraite de 2008, il ne boxe qu’une fois par an, contre des adversaires qu’il surclasse et dont ses détracteurs prétendent qu’ils sont choisis pour cela. Le combat face à Guerrero a très probablement dépassé le million d’acheteurs en pay-per-view et confirmé le pouvoir d’attraction de Floyd, y compris contre des adversaires d’un prestige relatif. Reste que le temps joue contre lui, et que ce champion qui n’a jamais caché sa passion pour le billet vert veillera sans doute à rentabiliser sa fin de carrière autant que faire se pourra. Avec un Pacquiao sur la touche, et les deux derniers vainqueurs de ce dernier engagés pour un combat en septembre prochain (Marquez-Bradley, le 14/09 ; ajoutons que Marquez a reconnu la supériorité de Floyd et ne veut pas de revanche tandis que Bradley n’est pas exactement une idole des foules), la perspective d’affronter un autre boxeur invaincu, très marketable sur le gros marché qu’est le Mexique, et sans doute pas assez dégrossi pour constituer une menace trop sérieuse, ne peut que séduire Mayweather.

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D’après les dernières déclarations de son entourage, il n’est pas exclu que Floyd souhaite garder le rythme et rompe avec ses habitudes récentes en boxant une deuxième fois en 2013, probablement face à un autre adversaire largement prenable. On pense à l’américain Devon Alexander ou à l’anglais Amir Khan, récents chez les welters et aux limites très apparentes, qui rapporteraient à Mayweather ses 20 à 30 millions de salaire minimum. La vraie cible – et le combat dont on nous rebattra les oreilles d’ici-là en Mondovision – est sans doute Canelo Alvarez, avec un combat aux alentours du 5 Mai 2014, traditionnellement une grosse journée de boxe à l’occasion de la fête nationale du Mexique. Le temps de renforcer l’image de Canelo sur le marché US lors de la promotion de son prochain combat, de lui apprendre deux mots d’anglais et de laisser les deux camps faire doucement monter la pression en distillant le trash talking qu’il faudra. Et quel que soit le résultat de ce combat, on peut mettre une pièce sur un joli Mayweather-Pacquiao début 2015, soit à peine 5 ans trop tard… Longue vie au plus beau des sports.

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