Ici ou ailleurs, en 2025, j’ai beaucoup posté à propos de musique. Ce fut l’année de la mort d’Ozzy Osbourne, d’un sixième Hellfest, de Slayer à Finsbury Park, mais pas seulement. À titre personnel, la présente compilation fera office d’archive utile et c’est sa vocation première, mais enfin je pose aussi ça là si autrui souhaite y jeter un œil ou une oreille. Ça pique souvent, soit, cependant on parle également de Benjamin Biolay.
17 janvier 2025 : Mort de David Lynch
Je n’ai strictement rien pigé à Lost Highway, vu à sa sortie, cependant avoir fait connaître plus largement un groupe de bruyants pyrotechniciens allemands mérite bien un hommage particulier.
26 janvier 2025 : Sabb’, c’est bien / les 19 albums studio de Black Sabbath
30 janvier 2025 : Mort de Marianne Faithfull

Compared to some I’ve been around
But I really tried so hard
That echo lied to me with its
« Hold on, hold on, hold on, hold on »
14 février 2025 : Tentative d’achat d’une place pour Back to the Beginning
Bah, il ne reste qu’une catégorie mais j’ai deux reins.

15 février 2025 : Pantera à l’Adidas Arena
Deux-trois titres améliorables – comme au Hellfest 2023 – pour chauffer le V12 diesel de 2000 ch puis un groove et une précision rythmique d’enfer chez Rex Brown et Charlie Benante, un Phil Anselmo à la présence de daron (donc sobre, et tant mieux) au micro, Zakk Wylde appliqué et tirant presque une larmichette sur le solo de Floods, l’étonnant featuring improvisé de Bruce Dickinson sur Walk, une setlist courte mais parfaite jusqu’à l’énorme et inattendu Yesterday don’t mean shit en rappel, et le souvenir des frangins Abbott invoqué sans cesse, entre exploitation commerciale pas finaude et hommage très soigné dans les faits.

Pantera rend toujours idiot, et Dieu sait si j’aime ça.

Mention au crossover thrash digne à défaut d’être original de leurs compatriotes texans de Power Trip en première partie, les très brouillons Aussies de King Parrot autorisant un passage serein aux urinoirs et à la tireuse.
17 février 2025 : Queensrÿche au Trianon
Du groupe quadragénaire né dans l’état de Washington ne restent plus que le guitariste Michael Wilton et le bassiste Eddie Jackson. De quoi sévèrement entamer la promesse de 2025, tant la voix unique de l’ingérable Geoff Tate est indissociable de leurs plus grands titres. Seulement voilà, aussi incongrue que l’affirmation puisse paraître, le beau gosse Todd La Torre (d’aucunes hurlèrent « à poil ! ») fait presque aussi bien. Et puis cette setlist, quoi, la première tournée depuis 1984 ou l’EP initial et le premier album The Warning sont joués en intégralité, à la grande joie d’un public qui se rappelle très majoritairement l’année en question avec netteté.

Ça tombe bien : si Queensrÿche a fait mieux arrangé et surtout plus progressif – les 4 derniers titres de la soirée issus de la glorieuse trilogie qui suit le rappelleront avec éclat – ce sont ces deux galettes directes et remuantes qui ont ma préférence dans leur discographie. Ajoutez un mixage impeccable mettant également à l’honneur tous les musiciens – sacrée bougrerie de basse à 5 cordes, nom d’un teckel – et vous obtiendrez un lundi soir haut de gamme.

Il faut aussi saluer la contribution engagée en ouverture du power trio Night Demon – rien à voir avec ceux d’Images – en ouverture, entre heavy metal traditionnel et accents thrashy façon Metallica 1983. Ça mouille le perfecto et ça joue juste.
25 février 2025 : Green Lung au Trabendo
Charisme toujours juvénile, compos doom-stoner superbement riffues et incursions réussies dans le metal pop à la Ghost, son énorme et propre à la fois qui donne aux (très bons) albums une dimension supplémentaire en live, intérêt remarquable de l’orgue Hammond même pas agaçant qui donne une aimable tonalité 70s au bazar, joyeux occultisme de pacotille qui ravit tant les métalleux – ça chamaillait en fosse. Bref : un concert emballant comme rarement. Toute chose égale par ailleurs, ces minots-là finiront en tête d’affiche à Clisson et ailleurs.

La comparaison avec Unto Others – sorte de The Cure dont les gonades seraient descendues sur le tard – et le punk rock de garage produit par Satan’s Satyrs est écrabouillante pour les deux.
1er mars 2025 : Souvenir
« Soirée musique de chambre à l’Élysée Montmartre. Gouleyant. »
Il y a 5 ans jour pour jour, je passais une soirée très réussie dans un parfait incubateur à Covid.

2 mars 2025 : Mort d’Herbert Leonard
Les textes de Julien Lepers perdent ce soir le plus grand de leurs interprètes.

11 avril 2025 : The Unholy Trinity Tour à l’Olympia
Soirée black metal à l’Olympia avec trois nuances d’impiété européenne réunies pour le bien nommé Unholy Trinity Tour.

Les Grecs de Rotting Christ ont lutté contre un son fluet et un éclairagiste distrait pour imposer l’évidence de leurs compositions toujours mélodiques, proches du heavy metal traditionnel. Plus rêche et puissant, Satyricon a dignement représenté l’école norvégienne, sans hésiter à répéter le même riff jusqu’à l’hypnose.

La baffe sera venue des têtes d’affiche que je n’ai pourtant jamais adorées sur album : l’hybride contondant de black et death des Polonais peinturlurés de Behemoth est implacable en live, dans le sillage d’un Nergal parfait en maître de cérémonie et servi par une scénographie jamais vue dans l’espace somme toute réduit de l’Olympia – j’imagine combien fut grandiose leur passage de l’an passé à la Philarmonie.

On peur douter que Bruno Coquatrix ait imaginé ce genre de soirée, mais quel pied (fourchu).
15 avril 2025 : Mort de Les Binks
Les Binks est mort à 74 ans. De 1977 à 1979, après avoir avoir notamment collaboré aux projets solo de Roger Glover (Deep Purple), il avait été le batteur de Judas Priest le temps de deux albums importants et d’un live mythique enregistré au Japon.
43 ans après son départ du groupe – il s’estimait insuffisamment considéré -, Binks l’avait réintégré le temps d’une intronisation au Rock n’Roll Hall of Fame. Il méritait d’être de la fête. Dans le sillage de Simon Phillips, futur légende de studio et pilier de Toto, Binks apporta une contribution décisive au rock rapide et burné affiné tout au long des 70s.
Avec son intro de batterie culte, Exciter ouvre l’album Stained Class, préalable essentiel au concours de vitesse de la décennie suivante entre speed, power et thrash metal. Si la version live d’Unleashed in the East est une merveille, celle de l’album studio met plus en valeur le jeu précis et créatif du Nord-Irlandais Les Binks. Bonne écoute.
13 mai 2025 : Ghost à l’Accor Arena
« Pour un mélange de Schlager avec des mélodies à la ABBA, une attitude que Queen n’aurait pas reniée, des riffs façon Rammstein et des solos en prise direct de chez Van Halen, le tout dans une messe noire grand guignolesque, allez voir GHOST : ça dépote. »
J’ajouterai juste au très pertinent commentaire de mon ami Bertrand à propos de ce grand moment d’impiété pop-métal un mot sur la nouvelle modalité d’écoute imposée par le groupe : glisser à l’entrée son smartphone dans une poche qu’on ne pourra rouvrir qu’à la sortie.
Et bien c’est pas con du tout en stricts termes d’immersion. Et puis ça rajeunit, dites donc.
1er juin 2025 : Chronique de Children of the Sabbath
J’ai déjà parlé sur les réseaux sociaux du podcast Children Of The Sabbath, qui revient en détail et album par album sur la carrière des créateurs de la première grammaire complète du heavy metal – un concert hommage réunissant les 4 membres du lineup d’origine et une palanquée d’invités de prestige est d’ailleurs prévu le 5 juillet prochain à Birmingham.
Ses fondateurs Mathieu Yassef et Gabriel Redon, aux côtés de leur invité régulier Guillaume Fleury, en ont fait un livre qui porte son nom. Children of the Sabbath liste 66 chansons de Black Sabbath, les classant par ordre de préférence collective, en n’omettant aucun album studio ni compilation ou enregistrement live comportant des titres bonus. L’occasion de parcourir à nouveau leur carrière en accéléré tout en interrogeant ses propres préférences. Spoiler : si leur top 20 est très solide et forcément un poil attendu, je ne m’attendais pas nécessairement à voir aussi représentée une galette comme Technical Ecstasy dans les 66.

Le livre recèle des anecdotes inédites pour qui a suivi le podcast, ce qui est à saluer vu le travail de fourmi déjà entrepris : les auteurs rappellent volontiers les heures passées à vérifier et contre-vérifier la moindre information, en particulier les témoignages à la fiabilité approximative des musiciens eux-mêmes. Il est aussi joliment illustré (les chasseurs d’Easter eggs seront satisfaits) et mis en page. Le bouquin est commandable sur le site des éditions des Flammes Noires et vaut ses 19€.
« Ne faites confiance qu’à vous-même et à ces 66 morceaux de Black Sabbath », comme l’indique la couverture en reprenant la formule culte d’Henry Rollins à propos des 6 premiers albums du groupe. Cet échantillon-là occuperait dignement tout habitant d’une île déserte ouvert au rock qui pèse.
10 juin 2025 : W.A.S.P. au Forum de Vauréal
Peut-être Blackie Lawless s’imaginait-il faire halte dans de plus grandes salles parisiennes une fois rendu en 2025. Ou bien n’envisageait-il simplement pas de poursuivre son tour de chant à 68 ans, sa carrure d’ours des montagnes engoncée dans des oripeaux de jeunesse qui seyaient alors à son étrange beauté, tandis qu’aujourd’hui l’excès de fard et de teinture lui donne des airs de drôlesse de carnaval au visage affaissé grapillant ses ultimes points retraite.

Reste qu’il est toujours là et que le premier album du groupe qui porte son nom, joué ici en intégralité, conserve son efficacité d’antan, dix titres gorgés de stupre, d’irrévérence et de laque Ellnet d’un glam metal qui balayait tout dans les 80s. Alors oui, le bassiste Mike Duda aide bien aux choeurs et le gratteux Doug Blair en rajoute dans la pantomime histoire de porter le show – impressionnant aux fûts, Aquiles Priester est presque trop « metal » quand un peu de swing apporterait plus que la double grosse caisse.

Néanmoins le timbre magique de Blackie est bien présent, moins tonitruant, c’est un fait, sans doute aussi ménagé pour durer toute la tournée, mais il garde ce cachet étonnant qui donne l’impression de deux voix qui harmonisent, l’une chaude, l’autre rocailleuse. Et puis la setlist apporte des bonus mieux que bienvenus piochés dans Inside the electric circus et le chef d’oeuvre The Headless children, dont la reprise culte du The Real me de The Who.

Bref, ça valait le coup de pousser jusqu’à Cergy-Pontoise.
11 juin 2025 : Brian Wilson (1942-2025)

17 juin 2025 : Veillée d’armes

18 au juin 2025 : Hellfest 2025, fallait-il vraiment retourner sur les Mainstages ?
26 juin 2025 : Dernière soirée au Hellfest Corner

Le Hellfest Corner fermait hier ses portes du 37 rue Quincampoix après une ultime soirée, lentement déglingué par le Covid et une partie restauration qu’on dira irrégulière. Je suis passé en coup de vent pour une expérience inédite : y boire une bière et une seule.
C’est ballot, le lieu était chouette. La musique aussi.

6 juillet 2025 : le concert Back to the Beginning en direct d’un club londonien d’Islington



7 juillet 2025 : Slayer à Finsbury Park
« Levez la main, ceux qui voient Slayer pour la première fois. Tant que ça ? Je m’en doutais, parce que vous nous regardez comme deux ronds de flan, sans bouger du tout. Et je peux comprendre : se faire matraquer à coups de casserole, ça surprend toujours. Même quand c’est fait avec amour. »
Slayer, c’est du business
Entre Born of fire et Dead skin mask, Tom Arraya aura tout dit au public très posh de Finsbury Park qui s’encanaille à ce mini-festival de l’été consacré au metal comme il pourrait l’être au RnB ou à la pop les fois suivantes. Ils ont les chakras musicaux ouverts, c’est l’Angleterre qui veut ça, ils sont parfois venus avec leurs gamins et débourser 45 livres pour un T-shirt collector ne les rebute pas. Pour quantité d’entre eux ce sera pour le folklore et pas pour l’importance indéniable de l’événement : après avoir raccroché les gants en 2019, le groupe le plus méchant du monde est de retour sur le Vieux Continent après une poignée de festivals américains l’an passé.

Pendant des décennies, Slayer a fait peur, leur mélange breveté de vitesse, précision, agression et absence totale de compromis obsédait les plus barrés des métalleux et leur valait le respect de tous. Quand les vieilles gloires accumulaient les fautes de carre, Slayer restait l’étalon-or. Oui, les albums perdaient en mordant, le cerveau (malade) Jeff Hanneman était décédé des effets conjugués de la Heineken et d’une morsure d’araignée – faites-donc plus metal -, le batteur virtuose Dave Lombardo s’était brouillé une dernière fois avec ses collègues pour des questions d’argent – Slayer, c’est du business, l’affect et le pathos sont bons pour Metallica -, mais enfin le groupe complété des « super subs » Paul Bostaph et Garry Holt roulait encore sur la planète metal à l’issue de sa très réussie tournée d’adieux.
À peine un plateau en carton recyclé sur la gueule
Il fallait voir l’émotion rentrée d’Arraya en clôture du Hellfest 2019, lui qui disait vouloir enfin profiter de ses petits-enfants et de son ranch texan après avoir tant donné à son art – c’est à dire jusqu’à ses cervicales, puisqu’il ne peut littéralement peut plus secouer la tête en rythme -, il fallait voir cet homme-là bouleversé après avoir une fois encore hurlé 1h30 d’horreurs diverses et variées sur un public ravi pour comprendre qu’on n’avait pas affaire à une énième révérence provisoire façon KISS ou Scorpions. Sauf que. Slayer, on le répète, c’est du business, l’autre survivant Kerry King avait rempilé en solo, et il suffisait de se baisser pour ramasser un fameux paquet où et quand ils le voulaient.

On ne sait pas la genèse exacte des deux dates du 3 et du 6 juillet 2025 à Cardiff et Londres, mais il y a gros à parier que les tourneurs européens ont joué des coudes une fois confirmée la présence de Slayer à Birmingham le 5 pour le concert hommage aux septuagénaires de Black Sabbath. Il y aurait de quoi amortir le voyage. Tant pis si le public de Finsbury Park, moitié bobos locaux, moitié fans venus de loin dans l’espace et (souvent) le temps, peina à reproduire en fosse le pandémonium habituel – les anecdotes de brutalités commises au son de Raining blood ou Angel of death n’ont guère d’équivalents depuis le Moyen Âge -, quand bien même la bière servie en canettes depuis le début de l’après-midi eût constitué un projectile idéal. Pensez-donc que l’auteur de ces lignes n’aura guère récolté qu’un plateau en carton recyclé sur la gueule, autant dire une misère.
Alléluia : Slayer se respecte toujours
Au moins l’absence des chamailleries cycloniques habituelles permit-elle de se concentrer sur un spectacle entamé en léger retard, le rideau siglé SLAYER réputé tomber après les premières mesures de South of heaven choisissant de se casser la gueule un poil plus tôt. Un retard qui eut son importance, puisqu’il priva l’assistance de Black Magic – une clause contractuelle exigeant la fin des hostilités pour 21h30 afin d’assurer la tranquillité des riverains. Il s’agissait ainsi d’un concert diurne, et vu la qualité assez extraordinaire du light show qu’on devinait à chaque chanson, une constante depuis que le groupe en a les moyens, le gâchis aura pu laisser quelques regrets – ah, la descente de projecteurs sur Spirit in black à chaque solo de Kerry King… toujours côté scénographie, on ne lésina guère sur la pyrotechnie, mention aux piles d’amplis devenues croix inversées en flammes, et quiconque supporte le mauvais goût à grandes lampées aura apprécié le travail divers et soigné des illustrateurs sur écran géant.

Le quasi sans-faute visuel ne fut certes pas égalé à la console, en quantité – là encore on privilégia peut-être la quiétude du voisinage – et en qualité, la faute à un mix bien brouillon pour un groupe travaillant au bistouri électrique plutôt qu’à la massue. Dommage, vu que la setlist avait de quoi ravir petits et grands furieux, hommage à l’ensemble des albums studio (à l’exception notable de Diabolus in Musica) rehaussé de la reprise Wicked World jouée la veille à Villa Park, rarissime moment de blues dans un concert d’icônes du thrash. Ça jouait vite et net, comme de juste, parfois un poil pesant au détriment du rythme (Seasons in the abyss), tandis qu’Arraya choisissait – trop ? – souvent de laisser chanter les refrains aux fans. Aucun moment gênant dans un set infernal interprété par des sexagénaires en préretraite, voilà qui vaut d’être souligné, voire comparé. À défaut d’un contrat moral tout à fait vierge de coups de gomme, Slayer se respecte toujours. De quoi pardonner au chanteur et bassiste d’avoir enfin l’air heureux.
Bill Kelliher, toujours aussi cool
Deux mots sur l’impressionnant « supporting cast » rassemblé autour de Slayer : les mômes danois de Neckbreaker au death metal groovy ont assuré malgré un chanteur grippé en coupe-vent The North Face, les pros du hardcore de Hatebreed resplendissaient de la joie d’être là, le sludge progressif de Mastodon supporte sans peine le départ fracassant du guitariste Bret Hinds – et son ex-binôme Bill Kelliher est toujours le métalleux le plus cool du monde -, Anthrax peut refaire 17 fois le même set de thrash festif sans emmerder le monde, et les vikings d’Amon Amarth emmerderaient sans doute le leur au-delà d’une heure de concert mais jouent carré comme un Chocoletti. Pour le prix d’une soirée Metallica au Stade de France, ça fallait le coup de venir prendre la bruine de juillet.

8 juillet 2025 : Nine Inch Nails à l’Accor Arena
J’ai deux limites dans le rock n’roll, et parfois la catégorisation facile : j’évite le trop intelligent ou l’exagérément geignard. Selon mes critères, Trent Reznor a longtemps été étiqueté dans la seconde catégorie, et les compositions de NIN sur album ne m’ont jamais passionné.
Il s’avère que depuis hier soir je dois remettre de l’ordre dans mes fiches. Le son live de Nine Inch Nails balaye tout et n’ennuie jamais, côté electro comme dans le rock/metal industriel, et la scénographie est foutrement originale. N’écoutez pas les disques et guettez la prochaine tournée.
C’était presque des coups à prendre le T-shirt à 55 balles. Presque.

20 juillet 2025 : Iron Maiden à l’U Arena
Il était radieux comme un lauréat de l’Euromillions, Simon Dawson, s’attardant sur la scène de la U Arena longtemps après les ultimes notes de Wasted years. On peut comprendre le bonheur du gars : être bombardé batteur du plus grand groupe de heavy metal du monde à 66 ans est un sacré putain de bâton de maréchal. Présenté en début de concert par Dickinson, c’est peu dire que le vétéran de British Lion, projet solo de Steve Harris, tint la baraque avec une fameuse énergie. S’il n’a pas tout à fait la souplesse de poignet du retraité Nicko McBrain, Dawson apporte une contribution décisive à la formidable réussite qu’est ce Run for your lives World Tour, 50 ans après la formation d’Iron Maiden.

L’absence d’un hommage au récent retraité et transfuge de Trust, une utilisation pauvrette de la pyrotechnie (surtout pour qui a des souvenirs récents de Slayer…) comme le peu de poids de Piece of Mind – qui marqua l’arrivée de McBrain en 1983 – dans une setlist dantesque couvrant les années 1980-1992, sont les trois vagues reproches à faire au show d’hier soir, et ils sont à relativiser. On pourrait ajouter un usage de la vidéo – Maiden a fini par renoncer à sa traditionnelle succession de backdrops – un poil typé « IA générique » quand il prend des libertés vis-à-vis de l’oeuvre de l’illustrateur mythique Derek Riggs, ou bien un son inégal entre les différents secteurs, mais c’est le propre d’une salle assez vaste pour accueillir des rencontres de Top 14.

Pour le reste, quel panard. Aucun temps mort à déplorer dans la succession de 17 titres entamée pied au plancher par un enchaînement incandescent issu de Killers (1981), l’une des grandes idées de la soirée, riche de morceaux longs et épiques – Phantom of the Opera, Powerslave, Seventh Son of a Seventh Son ET Rime of the Ancient Mariner – et qui me permit enfin de voir The Clairvoyant sur scène. Les survivants de la formation à cinq instrumentistes inaugurée au tournant du siècle tiennent une meilleure forme qu’au Hellfest 2023, en particulier un attelage Murray-Smith très affûté aux principales guitares lead. Bon an, mal an, on approche les 70 piges avec un aplomb de quinquas – enfin, de quinquas en bon état…

À bientôt 67, leur cadet Bruce Dickinson, lui, bondit certes un peu moins haut qu’auparavant, mais sa performance athlétique et vocale sur presque deux heures demeure assez sidérante. Quiconque a en tête les insanes contorsions du larynx requises sur Aces High peinera à comprendre qu’il puisse toujours les assurer… en rappel. Avoir épousé une prof de fitness de chez nous aide sans doute à tenir la forme, mais entretient peut-être aussi le pêché mignon du chanteur-bretteur-pilote d’avion, les interventions dans un broken French moins limpide qu’escompté. Disons qu’on lui pardonne. Quel type, grands dieux. À ce rythme-là, on ne saurait exclure que la pige de Simon Dawson se prolonge un peu.
2 août 2025 : Ozzy Osbourne / Diary of a Sad Fan
18 août 2025 : Into the Void / From Birth to Black Sabbath ― And Beyond, Geezer Butler
6 septembre 2025 : Mennecy Metal Festival, jour 1



7 septembre 2025 : Mennecy Metal Festival, jour 2



16 septembre 2025 : Suite à la mort de Tomas Lindberg
Comme Montélimar est fameuse pour son nougat, on connaît Göteborg pour son death metal mélodique, certes dans un pays friand de musiques saturées.
Rien de moins riche en mélodie que le death metal, a priori, un sous-genre extrême du metal qu’on pourrait résumer à des riffs tabassés à toute blinde dans le crâne de l’auditeur tandis qu’un type grogne des horreurs plus ou moins distinctes par dessus.
Seulement voilà, à force d’aller vers l’est on arrive à l’ouest, et à force de creuser le sillon du death metal on a fini par en polir le son de guitare et assembler les riffs en phrases musicales plus élaborées.

Parmi les albums fondateurs du « melodeath » et pour peu qu’on ait un peu de corne sur les tympans, le mur de son proposé par Slaughter of the soul (1995) s’avère étrangement apaisant. À ce titre, le 4e album d’At the Gates fut pour moi une révélation.
J’eus la grande chance de le voir interprété en intégralité au festival de Mennecy en 2023. La voix du chanteur Tomas Lindberg avait un peu perdu de son râpeux, mais enfin la performance restait mémorable.
On apprit en août dernier qu’un cancer du palais lui avait été diagnostiqué quelques semaines plus tard, et qu’il avait viré putain d’agressif. « Tompa » Lindberg a rejoint Ozzy Osbourne hier, à l’âge de 52 ans.
M’est avis que je vais me recogner l’album une petite quinzaine de fois.
17 octobre 2025 : Suite à la mort d’Ace Frehley
KISS n’est ni très connu ni très compris en France, où l’on réduit ses 50 ans de hard rock riches d’une vingtaine d’albums studio (60 millions de disques furent écoulés rien qu’aux États-Unis) aux kitchissimes tenues de scène et au – formidable – tube disco de 1979 I was made for lovin’ you.
Choisi parmi 60 de ses pairs, le guitariste solo de la formation originale (1973-1982 avant un retour de 1996 à 2002) s’appelait Ace Frehley. Sur scène, c’était le Spaceman aux yeux argentés, un poil en retrait du duo de chanteurs et tauliers Stanley / Simmons mais s’emparant du micro à l’occasion, comme sur Shock me.
Si KISS a toujours privilégié les riffs qui hantent la tête et l’énergie sur scène à la virtuosité comme fin en soi, Frehley nous a gratifiés d’une fameuse pile de solos novateurs – ici une sorte de tapping avec son mediator avant que Van Halen ne popularise la technique du bout des doigts. Il faut écouter celui de Shock me pour rendre justice au bonhomme.
Le 22 juillet dernier, Ozzy Osbourne était le premier membre initial de Black Sabbath à tirer sa révérence. Ace Frehley l’a suivi côté KISS, décédé hier à 74 ans des suites d’une mauvaise chute en studio. L’influence des deux groupes sur tout le rock qui décolle les papiers peints est proprement inestimable.

20 octobre 2025 : Queens of the Stone Age au Grand Rex
Du très polyvalent Josh Homme, j’aime avant tout la période Kyuss, le temps où il traînait de gros amplis dans le désert californien pour marteler sur sa Les Paul un rock brut et massif ravissant un public de drogués. Depuis, c’est moins metal. Autant dire que je détonnais un peu dans un public d’inconditionnels venus blinder le Grand Rex pour un Catacombs Tour annoncé très acoustique. Voire, que je me demandais un peu ce que je foutais là – les très confortables fauteuils du lieu faisant planer le risque d’une sieste un rien déplacée.

J’ai eu tort. Nul ennui devant un tel étalage de créativité, une douzaine de musiciens – dont des cuivres, un quatuor à cordes et un percussionniste en renfort des membres de QotSA – accompagnant des reprises tantôt dépouillées, tantôt si copieusement arrangées qu’elles zieutent vers chez Kusturica, le long d’une setlist excluant les titres les plus populaires du groupe, le tout sous un light show efficace en diable.

Et puis il y a Josh Homme, sa banane argentée, son costume violet et sa chemise hawaïenne verte, assumant sa gaucherie jusqu’à la grâce dans une succession de pantomimes le dos bien droit. Dégingandé et faussement nonchalant, il pousse une performance vocale impeccable jusqu’à un pur registre de comédie musicale. Autant dire que l’escogriffe cool m’a bien bluffé entre deux salves de compliments au public parisien – « I’ve been sucking your dick all night long » conclut-il avec un sens certain de la concision.
Alors non, je ne peux pas non plus ne pas du tout faire mon scrogneugneu, vu que je préfèrerai toujours l’éclat voilé du timbre de l’ex-frontman de Kyuss John Garcia et que je brûle des cierges pour une reformation. Mais peu de démiurges du rock n’roll contemporain pourraient nous pondre un show du calibre de ceux du Catacombs Tour.
22 novembre 2025 : 10 ans après Brigitte au Zénith
On était huit jours après le 13 novembre. Les concerts parisiens reprenaient. Dans un noir complet, les Brigitte entamèrent leur prestation en entonnant Paris en colère a cappella. L’Histoire retiendra que c’est sur du Mireille Mathieu que j’aurai évacué mes pires sanglots de ce siècle.

1er décembre 2025 : Gojira à l’Accor Arena
Gojira de retour à Paris, c’est l’histoire d’un triomphe annoncé depuis le 26 juillet 2024 et la déflagration de la Conciergerie en mondovision. Tout juste pouvait-on s’interroger sur la blessure à la main droite de Joe Duplantier. Connaissant le professionnalisme de la bande – les mecs préfèreraient s’en couper une plutôt que de boire une bière avant d’entrer en scène – il n’y avait guère lieu de s’inquiéter sur le choix du remplaçant à la guitare rythmique, et force fut d’admirer le boulot impeccable de Greg Kubacki à cet égard. Quelques moments dans la scénographie lui étaient ménagés pour briller et Joe le remercia comme il se doit lors des saluts. C’est que le groupe écolo-spirituo-égalitaire basco-américano-landais ne transige pas avec ses valeurs : la preuve, les T-shirts sont « vegan approved ».

On eût pu craindre une gestuelle empruntée chez le frontman privé de sa gratte pendant l’essentiel des 101 mn de spectacle, mais l’aîné des Duplantier rassura vite son public, très à son aise micro en main, même s’il n’est toujours pas un modèle d’éloquence entre les morceaux. De cela, les gamins en fosse se foutaient bien – des prix à peu près raisonnables expliquent peut-être un âge moyen plutôt bas pour du rock en 2025 -, tout agités qu’ils étaient dans les premiers rangs, quand ils ne tombaient pas bouche bée devant la magnifique succession de tableaux gérée au cordeau. Un concert de Gojira est une sorte de célébration panthéïste hi-tech, et l’actuelle tournée franchit un nouveau cap dans le raffinement du light show et des illustrations privilégiant le symbolique et l’abstrait.

De ce point de vue, deux moments forts se détachèrent dans une setlist faisant la part belle à From Mars to Sirius, magnum opus tricolore des musiques extrêmes dont on fête les 20 ans, le premier étant justement un Flying Whales au cours duquel des cétacés volants parcoururent placidement l’Accor Arena. Le second, ici incontournable, fut la reproduction du monumental Ah, ça ira (mea culpa) des JO en présence de la cantatrice Marina Viotti, qu’on revit sur le très scénogénique The Chant. Connaissant Gojira, que l’ensemble fût aussi parfait visuellement que dans l’interprétation n’aura pas étonné grand monde. La vraie surprise vint du son lui-même, dans une enceinte guère réputée pour son acoustique : à la fois précis et monstrueux, il bénéficia aussi d’un meilleur mixage que lors de leur passage précédant. Si l’emblématique batterie de Mario Duplantier était très audible, et tant mieux, ce ne fut cette fois pas au détriment du trio à cordes.

Toujours aussi animal aux fûts, le batteur ajouta à son habituelle séquence de communication à base d’écriteaux un moment très littéral de crowd surfing pour conclure, juché sur une planche de body board portée à bouts de bras par des fans ravis. Ils avaient de quoi : dans ce siècle âgé de 25 ans, seule Mylène Farmer fait aussi grandiose sur scène qu’un groupe issu du death metal dans un pays réputé peu sensible au rock le plus pesant. Tous sous-genres confondus, une poignée de formations métalleuses peuvent désormais les regarder dans les yeux. Pas mal, non ? C’est français.
2 décembre 2025 : Benjamin Biolay au Théâtre Marigny
Il le sait depuis longtemps, Biolay, qu’il lui suffit de ne pas trop en faire pour incarner le cool à la française. C’est vrai de sa manière de danser et se mouvoir sur scène, où l’essentiel consiste à garder les coudes collés au corps sans allonger le pas, et à s’asseoir au moins une chanson sur deux. Vrai aussi de sa voix à la patine de crooner qu’il pousse deux ou trois fois à peine sur tout un concert – pour un résultat d’ailleurs assez probant. Vrai encore de sa dégaine du moment, serial lover aminci mais pas trop, vêtu d’un ample futal en satin qu’on devine confortable avant tout sous la veste et la pochette qui siéent aux récitals du Marigny. Vrai toujours de ses textes, quand bien même la setlist recèle les purs bijoux qu’on connaît — de La superbe à Comment est ta peine ? en passant par Ton héritage —, parce que la comparaison avec les reprises de ceux qu’il présente comme ses maîtres, Gainsbourg et Brassens, montre que l’outrecuidant sait faire fonctionner des rimes faciles en comparaison, ou bien se les faire pardonner, ce qui reste méritoire dans les deux cas.

Benjamin Biolay n’en fait pas trop non plus lorsqu’il prend la parole, reconnaissant un – relatif – manque d’éloquence quand ses saillies n’étaient pas prévues (« Je ne peux pas faire pire qu’hier soir »), constamment sur un fil entre le professionnalisme qu’on lui connaît et la nonchalance qu’on lui prête. Le concept de cette tournée acoustique lui va bien au teint : il nous reçoit chez lui, dans un bric-à-brac aussi travaillé qu’assumé, où la présence de ses cinq musiciens de talent – une violoniste, deux gratteux, un contrebassiste parfois très présent dans le mix et un percussionniste, tous polyvalents – comme celle du régisseur dont il narre l’étonnant parcours à ses côtés, compte autant pour lui que celle du public. Régulièrement, c’est d’ailleurs à son équipe qu’il fait face, mais sans déconsidérer les fans ayant manifestement vieilli avec lui : Biolay aime qu’on tape dans les mains, ce qu’il sollicite sans appuyer son geste histoire qu’on le rejoigne en plein kif, et puis il ajoute juste assez de rock n’roll – ainsi qu’une boule à facettes – à ses orchestrations de fin de spectacle pour que quadras, quinquas et sexas se sentent invités à se trémousser debout une dizaine de minutes, pas plus, on n’est pas en 2000 ni chez Julien Doré.

S’il y a tournée, c’est qu’il y a promo, le bougre rappelle tout haut qu’il n’en disconvient pas – fût-ce en rigolant – et glisse tout de même ici une dizaine de titres de son Disque Bleu. Plus que d’amours défuntes, il y est désormais question du temps qui a passé, de quoi rappeler douloureusement, avec un phrasé rappelant le Salvador de Jardin d’hiver (également au programme), que l’album Chambre avec vue va fêter ses 25 ans ; on n’aura pas souffert, en contrepartie, de passer près de deux heures loin du chaos de l’époque. Ce onzième album fut enregistré pour partie en Amérique du Sud, ce que reflètent l’essentiel des arrangements (réussis) du soir. Il les saupoudre de solos au trombone jamais trop longs, histoire de rappeler ses premières amours de conservatoire à un public pour qui Benjamin Biolay est avant tout un sale gosse devenu taulier de cette chanson tricolore à l’ancienne dont il se réclame.

Ce profil de sacripant surdoué qui tourna mauvais garçon, il en joue dans la chanson éponyme, quand bien même il prétend en interviews n’avoir jamais pigé qu’on lui en collât l’étiquette. « Même quand je dors, je fais des ronds de disques bleus ». Sur scène aussi, il fume. Deux clopes. Il le sait depuis longtemps, Biolay, qu’il lui suffit de ne pas trop en faire pour incarner le cool à la française.
BONUS
2 janvier 2026 : Ma chanson de l’année – catégorie « inoffensives pour le plus grand nombre » :
Skeletá, 6e album studio de Ghost, m’avait un peu déçu, la faute à une manière de pilotage automatique gommant les ultimes aspérités du bazar.
Puis, le 13 mai, j’ai vu la bande à Tobias Forge jouer Umbra sur scène, et tout fut pardonné. Comment expliquer le feu au derche que peut flanquer ce mélange hautement incongru entre une intro au synthé plus 80s qu’une carafe de Tang, un riff enlevé mais semi-banal, autant de cowbell que sur Don’t fear the reaper, les paroles joyeusement impies chères à Ghost, un refrain dégoulinant de pop et un dialogue déglingo entre guitare et orgue Hammond sur le pont et le solo ?
L’immense talent de mélodiste de Forge, sans doute. En tout cas Umbra poutre consciencieusement les 3 singles choisis pour l’album, et elle combine assez de catchy et d’étrange pour être ma chanson de l’année – catégorie « inoffensives pour le plus grand nombre », naturellement.
3 janvier 2026 : Ma chanson de l’année – catégorie « public averti »
C’était écrit, l’album de 2025 serait le nouveau Coroner, ce Dissonance Theory attendu 32 ans et encore plus poli, maîtrisé et intelligent qu’escompté, une sorte de quintessence de thrash technique portée par le perfectionnisme d’horlogers du trio helvétique.
Puis est arrivé la moins attendue galette de Testament, vétérans du genre issus de la Bay area, un opus voué au succès d’estime des travailleurs intègres et méritants dont on connaît l’artisanat quadragénaire sur le bout des doigts.
Plein de bienveillance et certain de retrouver le confort d’un de mes vieux sweaters favoris, je lance donc l’opener de ce Para Bellum intitulé For the love of pain.
Et là : « Mais »
Testament, qui a vu se succéder des tauliers du calibre de Gene Hoglan et Dave Lombardo aux fûts, s’est trouvé un nouveau mutant en la personne de Chris Dovas, jeunot marquant son territoire d’entrée. La montagne Chuck Billy, survivant d’un vilain crabe, pousse ses vocalises de stentor jusque dans un black metal venimeux. Côté riffs, un Alex Skolnik régénéré empile les trouvailles sur un rythme dément, lorgnant très fort côté death mélodique. La compo enchaîne bifurcations, breaks et accélérations, de sorte que l’auditeur n’est jamais sur ses appuis au moment de la baffe.
Entendons-nous bien : Dissonance Theory est fondamentalement mieux produit, plus original et meilleur dans l’ensemble que Para Bellum, il mérite le titre d’album de l’année 2025, de même que son hénaurme single Renewal marquera plus l’histoire du thrash metal que ce For the love of pain.
Seulement voilà : le « Mais » de ma première écoute n’a pas de prix. Chanson de l’année, en tout cas de la mienne.