Le site (Antoine) /
- Il devient déraisonnable d’évoquer une idée de projet d’hypothèse de date de sortie pour le compte-rendu in extenso du Hellfest 2024, cela dit les fans de metal peuvent se consoler avec un premier papier de l’année consacré aux 19 albums studio des créateurs du genre, les Anglais de Black Sabbath. Bisou à tous les autres.

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /
- Il s’esclaffait, Frédéric Roux, au moment de se confier à Libération pour la parution en ligne en 2022 de son magnum opus consacré au noble art et intitulé Mille et une reprises : lui que l’époque a eu tôt fait de ranger dans la case – une de plus – des vieux mâles blancs réactionnaires – pensez donc, il n’aime pas la boxe féminine – est pourtant bien seul en pointe de combats féministes qui mériteraient un coup de spotlights. Ainsi, le cas de Desiree Washington sur lequel il revient dans un beau petit livre publié ce mois-ci (Desiree, éditions Allia, 7€ pour une fabrication soignée). La protagoniste éponyme avait 18 ans lorsqu’elle porta plainte pour viol contre Mike Tyson, envoyé 1095 jours en prison à l’issue du procès subséquent. Vu la notoriété du bonhomme – s’il cachetonne toujours à 20 millions de dollars le combat à 60 piges, imaginez trente ans plus tôt -, bien des fans s’empressèrent d’additionner 2 et 2 qui font 4 pour en déduire la sombre machination forcément à l’œuvre, mélange de racisme systémique (peu importait que la victime fût elle-même afro-américaine) et de défense d’intérêts économiques opposés à « Iron Mike » et son si vertueux promoteur Don King. Dans son autobiographie intitulée Undisputed Truth (La vérité et rien d’autre) et sortie en 2014, Tyson n’en démordait toujours pas, tout en concédant quantité d’autres méfaits : il n’a pas violé Desiree Washington. Seulement voilà, lui-même biographe de la star planétaire (Mike Tyson. Un cauchemar américain, Grasset, 1999), Roux connaît son Tyson, en particulier sa propension à raconter tout et n’importe quoi, corroborée par son ex-entraîneur Teddy Atlas lorsqu’il qualifie le natif de Brownsville (Brooklyn, New York) de « vide » – en son temps, le même Atlas avait dû mettre un pétard sur la tempe de son jeune poulain pour le dissuader de tripoter sa nièce de 12 ans, après quoi l’imaginer imposer un rapport sexuel à une fille de 18 paraît moins invraisemblable que dans les plaidoiries de la défense obligeamment reprises par les médias du monde entier.
Incipit
« Le 17 juillet 1991 à I6h25, Mike Tyson, le plus jeune champion du monde de boxe poids lourd de l’histoire, débarque à l’aéroport d’Indianapolis. Casquette à carreaux, veste en jean, 36 o0o dollars dans les poches. »
- Il s’agit ici de dérouler avec méthode les faits et le déroulement du procès. L’auteur de Lève ton gauche ! rappelle d’ailleurs que le contexte n’était pas forcément favorable à l’accusé, aussi célèbre et admiré qu’il fût encore deux ans après sa défaite surprise contre James « Buster » Douglas : un état d’Indiana passablement conservateur, une opinion publique outrée par les relaxes récentes de personnalités accusées de crimes et délits sexuels, et des avocats réputés… aussi coûteux que complètement à côté de la plaque. Or, côté accusation, le dossier se tient. Pour assister à la Black Expo, Tyson n’a pas ses chaperons habituels mais consomme les mêmes quantités de gnôle et de cachets qu’à l’accoutumée. Candidate au titre de Miss Black America remis en jeu le lendemain, Desiree Washington est jeune – 18 ans -, élève modèle, engagée dans tout ce que son bled tranquille de Rhode Island compte d’associations sportives et caritatives. Son père est fan d’Iron Mike, qui semble vite s’intéresser à celle qu’il appelle « une bonne petite chrétienne ». Il la rencarde, elle en sourit. Après une fin de journée passée à harceler tout ce qui porte jupons, Tyson rappelle Desiree à 1h du matin pour lui faire rencontrer des stars. Il insiste. Appareil photo en bandoulière, elle le suit en pantalon de pyjama jusque dans la suite où il dit avoir quelque chose à récupérer. Après 45 minutes, elle part précipitamment. À 4h15, c’est au tour de Tyson et son garde du corps ; ils quittent la ville malgré deux autres nuits réglées d’avance. Après la plainte, l’examen médical révèlera deux abrasions rarissimes en cas de rapports consentis.

- Ces éléments, parmi d’autres, appellent au moins à la prudence avant de mettre en cause CIA, Ku Klux Klan, Mafia calabraise ou Illuminati dans la condamnation du plus fameux boxeur de l’époque : d’aucuns ont connu la prison américaine pour moins que ça. Tel est le propos de Frédéric Roux, qui s’intéresse aussi à l’environnement particulier du procès, une Amérique post-80s en pleine gueule de bois où le pognon fascine toujours mais ses sources se sont taries. Desiree est une épure plutôt qu’un exercice de style, cependant on goûtera certains croquis et descriptions plus abouties, comme une plongée dans la si proprette Coventry (Rhode Island). Et puis l’auteur nous intéresse en creux au personnage évanescent de Desiree Washington, centre du monde début 1992 et dépourvue aujourd’hui de la moindre page Wikipedia. La gamine n’a pas pleuré en 90 minutes de déposition, elle a évité tous les chausse-trappes au long de 4 heures de contre-interrogatoire, elle a refusé l’argent des demandes d’interviews comme celui d’un accord à l’amiable, et fuit toujours la célébrité quand tant d’autres tentent de faire une carrière de trois épisodes de télé-réalité. Le titre du dernier livre de Frédéric Roux ne trompe pas plus que sa dédicace « aux filles, aux femmes mortes ou vives » : plutôt qu’un énième bouquin sur Iron Mike Tyson, il signe ici un hommage aussi rare que sobre à la victime oubliée de l’un des crimes sexuels les plus fameux du siècle dernier.
- Comme quantité de vingtenaires des années 90, soit au temps de l’affaire Desiree Washington, j’ai eu ma période Bret Easton Ellis jusqu’à le lire dans le texte. Il s’agissait de pouvoir me distinguer du lot, sachant que si l’auteur n’était pas tout à fait grand public, gore et dépravation obligent, il jouissait d’un buzz appréciable chez les jeunes, a fortiori formés à devenir les yuppies de la génération d’après – les abominables aventures du jeune banquier d’affaires Patrick Bateman d’American Psycho avaient fait connaître l’auteur en France. Ellis s’est fait rare – sauf sur Twitter dans les années 2010 – tandis que je cherchais de mon côté des styles plus chantournés que le sien. Reste que j’ai conservé une vraie tendresse pour le bonhomme, encore rehaussée par son essai White de 2019 dans lequel il faisait part de son désarroi de libéral (au sens américain du terme) dépassé sur sa gauche par des progressistes millenials incapables de supporter l’altérité dans le débat public. Cette posture me faisait redouter que la dernière publication de Playlist Society lui étant consacrée, intitulée Bret Easton Ellis, le privilège de la subversion, vire au règlement de comptes : son auteur Adrien Durand est chroniqueur aux Inrockuptibles. Il faut croire que j’étais moi-même dans la caricature en lui apposant a priori une étiquette d’inquisiteur woke. C’est bien un fan qui s’exprime au fil de ces 130 pages, quand bien même il n’élude pas les controverses autour du bonhomme, et heureusement, vu combien elles sont constitutives de son personnage.

- Rétrospectivement le titre de l’essai est bien trouvé, évoquant la manière dont une subversion revendiquée a accompagné les différentes étapes de la carrière de Bret Easton Ellis et fini par le protéger, en quelque sorte, de la critique – le bougre est proche d’être devenu une institution en la matière, ce qui fait un joli paradoxe en soi. Les débats sur le sensationnalisme et l’absence de jugement moral qu’on a reprochés à l’auteur depuis Moins que zéro sont ici synthétisés de manière efficace, de même que l’ambiguïté de son rapport entre réel, fiction et autofiction, alimentés par sa posture de personnage public. En définitive, il s’agit d’une biographie au point de vue équilibré qui invoque des comparaisons ainsi que des influences opportunes – celles qu’il eut sur Michel Houellebecq et Frédéric Beigbeder notamment, ce dernier encaissant un petit taquet pour l’occasion. L’analyse par Adrien Durand des dispositifs narratifs dans les différents romans montre leur progression et leur degré d’élaboration. En 130 pages couvrant six décennies, on peut y voir un effort réussi d’extraire la substantifique moelle d’un auteur qui restera pour avoir « démontré comme personne l’incroyable pouvoir de questionnement que possède la littérature », quel que soit le jugement qu’on puisse porter sur sa morale ou son écriture.
Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /
- Parlons cinéma, parlons… Des sujets qui fâchent. Chez 130livres.com comme ailleurs, on est bien d’accord qu’il vaut mieux éviter de parler de politique à table. Mais pour Delphine et Muriel Coulin, on ne cherche pas à protéger la vaisselle quand la maison est en train de bruler. Ça s’appelle Jouer avec le feu, et c’est le film que tout le monde devrait aller voir en ce moment. Surtout en ce moment.
- Adapté d’un roman écrit par Laurent Petitmangin publié en 2020 (Ce qu’il faut de nuit), Jouer avec le feu raconte comment Pierre, cheminot, ancien militant, veuf et très bon père de deux grands garçons, assiste impuissant à la dérive de Fuz, son aîné dans les bras de l’ultradroite la plus sectaire et séditieuse. Comment faire, quand on a rien fait, à priori, pour que ça arrive ? Comment parler du sujet brûlant sans réduire en cendres sa relation avec ceux qui comptent le plus ? Comment garder prêt de soit l’être cher quand celui-ci est en train de se faire défigurer par la bête immonde ? Toutes ces questions, Jouer avec le feu a le bon goût de ne pas y opposer des réponses toutes faites, à base de manuel de savoir-être face à la peste brune.
- Le personnage de Vincent Lindon fait de son mieux, comme il l’a toujours fait. Ses enfants d’abord et le reste après. Notamment ses années de militantisme syndical, lointain souvenir d’un passé révolu. Son horizon s’arrête à eux, chair de sa chair, sang de son sang, mais l’inverse n’est évidemment pas vrai. Louis et Fuz doivent faire avec l’horizon qui s’offre à eux, et ce que le monde leur promet. Pour le premier pas de soucis, sa route vers Sciences Po lui pave un avenir qui s’annonce doré. Pour Fuz, en revanche, pas grand-chose sinon la sinistrose de la Province désindustrialisée et condamnée au toujours moins.

- Est-ce que c’est ça la faute de Pierre au fond, de s’être « contenté » d’être un excellent père ? De s’être occupé de l’intérieur, mais délaissé le combat extérieur ? Peut-être, qui sait, pas forcément. Delphine et Muriel Coulin ne ferment aucune porte, et ne jettent pas la pierre à Pierre (qu’est-ce qu’on ferait pas pour détendre un peu l’atmosphère) de faire le choix du « pas de vagues » afin de garder son fils près de soi. Esthétiquement, cette idée s’incarne notamment dans une fin de non-recevoir au traditionnel champ/contre-champ. La figure de style la plus pavlovienne du cinéma parlant, inventée pour émuler les conditions normales d’une conversation normale, est ici remplacée le plus possible par un jeu subtil sur la mise au point au sein de cadres occupés par les personnages principaux parfois à trois, souvent à deux et rarement tout seuls entre les quatre murs du grand écran. Comme pour entretenir une proximité physique qui ne jugule aucunement le fossé qui se creuse inéluctablement entre eux. « Près des yeux, loin du cœur » : le cinéma sert à réconcilier des contradictions mais dans le cas de Jouer avec le feu, on parle d’un oxymore, qui se résout pourtant sans ruer dans les brancards.
- Chacun sa façon de crever l’abcès. Certains y vont franco, comme un bouton d’acné qui termine sur le miroir : c’est la méthode – oh combien salutaire et cinématographiquement payante – de Jawad Rhalib sur Amal, qui sautait à pieds joints dans le tabou du prosélytisme islamique à l’école. Muriel et Delphine Coulin elles, collent le nez du spectateur dans l’œil du cyclone sans pour autant le choper par le col, et se montrent simultanément frontales et délicates. Un peu comme Antoine Fuqua (si si), lorsqu’il emmenait le grand public occidental au plus près de l’horreur des guerres tribales africaines dans le trop sous-estimé Les Larmes du Soleil. Il ne s’agit pas de comparer l’incomparable ici, mais de rechercher les équivalences autour du même principe : pour s’approcher au plus près du grand fauve, il vaut mieux éviter les grands gestes. Jouer avec le feu oui, mais sans se bruler les ailes et surtout, sans compromettre une paix sociale qui ne tient à rien.
- Car 2 heures durant, le principe est le même : parler sans communiquer, trouver des mots pour ne pas désigner les maux, tourner autour du plat sans mettre plus qu’un orteil dedans. On s’approche de la vérité en murmurant, du bout des lèvres et en rasant les murs sur la pointe des pieds. Même lorsque la violence s’introduit, elle surgit de façon sourde, avec les acouphènes générés par le genre d’état de sidération qui paralyse les terminaisons nerveuses. « Paralysé », c’est le mot : le corps- biologique, social, politique- tout entier se retrouve figé dans l’interdit.
- Pierre ne trouve rien pour empêcher son fils et lui de devenir colocataires, au sens propre du terme. Au fond, la cohabitation, ce n’est jamais que partager le même espace et rien d’autres. Une certaine image de la France balkanisée de 2025, fractionnée en communautés qui se tolèrent mais ne se parlent plus. Ou en tout cas, évite les sujets importants pour ne pas se fâcher. Jouer avec le feu s’impose comme une œuvre cinématographique d’autant plus imposante que le film rappelle un détail qui n’en est pas un : en démocratie, pas besoin de parler fort pour parler vrai. Surtout avec Vincent Lindon au top de son incarnation de Français moyen dépassé par les forces extérieures, la révélation Stefan Crepon et Benjamin Voisin, dangereux, à vif et explosif comme le Sean Penn ou un Al Pacino des débuts dans le rôle du fils apostat. Pas un petit compliment, mais pas superflu pour le meilleur acteur français de sa génération.
Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /
- On dit suffisamment que la boxe est un sport complexe à pointer, jusqu’à en faire parfois des papiers interminables, et pourtant les faits sont têtus : si pendant l’essentiel des 3 minutes d’un round le même boxeur décide d’avancer et marque au moins autant de coups nets que son adversaire, il l’emportera sur les cartes. C’est précisément ce que David Benavidez accomplit hier soir sur le ring de la T-Mobile Arena face à David Morrell tout au long d’un combat voué à désigner un clair numéro 3 dans la hiérarchie mondiale des mi-lourds derrière les patrons Artur Beterbiev et Dmitry Bivol. Rien n’obligeait Benavidez à boxer Morrell dans l’attente d’un superfight, ce dernier n’ayant ni ceinture majeure, ni classement plus élevé, ni nom très porteur à proposer, et il faut rendre cette justice à l’Américain de ne pas avoir choisi la facilité en l’affrontant. L’expérience du « Monster » – 29 combats professionnels contre 11 – lui donnait l’avantage aux yeux des parieurs, ce surcroît de bouteille s’avérant décisif quand il fallut grapiller des rounds dès lors qu’aucun des deux hommes ne paraissait disposer du punch requis pour gagner par KO. Benavidez avançait posément, dans son style habituel de moissonneuse-batteuse, constant dans l’effort, précis dans ses coups et veillant en particulier à soigner le travail au corps. Face à lui, le gaucher Morrell semblait viser la meilleure note artistique, mobile, les mains souvent basses et veillant à expédier les combinaisons les plus séduisantes à défaut de tenir le rythme adverse.

- Hélas pour lui, rares furent les rounds où ce choix tactique lui valut une efficacité supérieure. Grand bien lui ferait de méditer sur les ajustements qu’il eût pu effectuer en cours de combat : comme contre Gvozdyk l’an dernier, Benavidez sembla moins tranchant dans la seconde partie, et sa garde devenue poreuse aurait pu – ou dû – inciter le Cubain à poser ses appuis pour travailler plus franchement. Chaque fois qu’il le fit, l’effort sembla payer. Mais même fatigué – le knockdown subi au 11e round sur un déséquilibre en témoigne -, Benavidez put tenir son cap et s’assurer une décision unanime méritée à l’issue d’un combat d’excellente tenue. La copie très appliquée rendue par un Monster au physique toujours plus impressionnant, lui qui n’exclut pas un passage en lourds-légers, aura paradoxalement pu rassurer Beterbiev et Bivol à trois semaines de leur combat revanche très attendu à Riyad : ni la puissance d’arrêt de l’Américain à 175 livres ni sa caisse ou ses qualités défensives ne devraient les intimider outre mesure. Reste qu’il faudra produire un très bon combat pour battre ce Benavidez-là… ce à quoi les deux Russes nous ont habitué depuis longtemps.
- Si l’on a tant vibré après le succès de Bruno Surace sur Jaime Munguia à Tijuana, c’est notamment parce que pour un « Superbrunello » on compte des dizaines de Wallid Ouizza, des journeymen tricolores d’honnête niveau européen qu’on envoie faire le grand saut des salles polyvalentes de nos préfectures périphériques aux arenas anglaises accueillant leur dizaine de milliers de spectateurs. Il s’agit d’opposer un palmarès présentable et des qualités prévisibles à une pépite locale en manque de kilométrage, et l’on doit bien reconnaître que les promoteurs français font de même avec les ressortissants du Tiers Monde de la boxe. En l’occurrence, Dalton « Thunder » Smith avait déjà foutu en l’air chez lui à Nottingham un certain José Zepeda, certes pré-retraité, mais longtemps prétendant respecté à un titre mondial en super moyens. Autant dire que sur le papier, ce samedi soir dernier Ouizza était payé pour perdre. Restait à voir l’Anglais au pied du mur, et l’on a vu des parpaings de maçon, rapides, précis et judicieusement choisis dans la foulée d’une prise d’appuis parfaite. Il faut bien reconnaître que Ouizza lui facilita la tâche à force d’avancer sans beaucoup bouger la tête ni envoyer grand-chose avec conviction. Qu’ils sont durs, ces combats dont on sait en une poignée de secondes qu’ils peineront à franchir le premier round. Celui-ci dura trois minutes tout rond. Souhaitons au Français que le chèque en ait valu la peine, quand à Dalton il semble prêt pour une demi-finale mondiale dans une catégorie en plein bouillonnement. Peut-être face à son compatriote Adam Azim, qui vient juste de proprement aplatir l’infortuné Serguey Lipinets.
- Il y aurait un bouquin à écrire sur les fils de grands boxeurs qui choisirent eux-mêmes de monter sur le ring, malgré le confort matériel, le risque de décevoir, le peu de chance de tout rafler à la loterie génétique et bien souvent les mises en garde paternelles. Marcel Cerdan Jr fut de ceux-là, et quand bien même on lui reprocha de ne pas rappeler le « Bombardier de Casablanca » il fit un fameux buzz Salle Wagram pour son premier combat en amateurs et évita les défaites infâmantes chez les pros, plié comme une chaise de camping par Larry Holmes et Mike Tyson comme un Marvis Holmes, ou défait par un champion de MMA retraité tel Julio Cesar Chavez Jr. Technicien évoluant en welter, Cerdan ne connut de revers qu’aux points et contre des clients solides, dont l’Italien Donato Paduano un soir de 1970 sur le ring du Madison Square Garden – une rareté pour un Tricolore. Notons aussi un match nul contre l’ancien champion du monde des super légers Sandro Lopopolo. Son déménagement à 16 ans du Maroc à Paris, littéralement de chez sa mère Marinette à chez celle qui fut la maîtresse de son père, Édith Piaf, 10 ans après la mort de celui-ci, portait une fameuse charge symbolique. Ses débuts professionnels en 1964 sous le nom de Cerdan, également. Et que dire de son rôle dans le Edith et Marcel de Claude Lelouch en 1983, lorsqu’il suppléa Patrick Dewaere – après le suicide de ce dernier – dans le rôle de son père ? Marcel Cerdan Jr. consacra sa vie de retraité des rings à faire vivre la mémoire de son géniteur, ainsi qu’à l’écriture d’une autobiographie publiée en 2000, Piaf et moi. Il est mort d’une pneumonie le 24 janvier, à l’âge de 81 ans.
Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /
- » I- MA-VOV » . C’est le moins que l’on puisse dire, Nassourdine Imavov a mis les points sur les i et les voyelles à la bonne place contre Israel Adesanya hier soir. Pourtant, dans ce qui pouvait être très légitiment considéré comme le plus gros rendez-vous de sa carrière, et l’une des échéances les plus importantes de sa carrière, le Franco-daghestanais ne partait pas gagnant. Malgré une année 2023 ponctuée de coups d’éclats contre certains des profils les plus chiants de la caté, Nassour faisait face au Totem. « The Last stylebender » en personne. Sorcier/savant du pieds-poings adapté au combat total, tombeur d’Alex Pereira dans l’un des axes narratifs les plus mémorables de l’histoire de l’UFC, l’un des plus grands poids moyens de l’histoire du sport ; en fin de carrière mais pas en déclin comme l’a montré sa défaite concédée à une micro-ouverture de trop contre le champion Dricus du Plessis. Bref, Israel Adesanya n’a rien du champion d’avant, essoré par un combat de trop après l’autre. Le kiwi l’a encore démontré hier soir dans un premier round largement à son avantage. Face à un Imavov quelque peu empêché, perturbé par le jeu de feintes et les fausses ouvertures lancées par son adversaire, Adesanya commence par rouler sur du velours. L’ancien double champ dit une chose et en fait une autre, en middle, jab ou calf kick. Imavov essaie de trouver des marques dans les règles écrites et imposées par son opposant, tente le takedown sans parvenir à percer la défense en face. Jusqu’à un uppercut à mi-distance qui trouve son chemin jusqu’au menton adverse, concédant une grimace qui défigure sa poker face proverbiale. Surpris par l’impact certes, mais aussi par une trajectoire déjouant son Oeil de Sauron de striker d’élite. Une alerte qui n’allait pas générer de conséquences immédiates, mais plutôt servir de conséquences pour la suite.

- Fort des conseils prodiguées par son coach Nicolas Ott durant l’inter-round, Imavov fait ce qu’il sait désormais très bien faire. À savoir laisser derrière lui ce qu’il ne peut pas refaire, déloger l’ennemi de son piédestal, et appliquer les consignes de son camp en éliminant les interférences superflues. En l’occurence, une feinte de jab pour faire reculer Adesanya, qui baisse les bras pour ne pas voir venir un crochet du droit de satellite militaire le cueillant pile poil à la mâchoire. Les ralentis en haute définition se révèlent impitoyables pour la mystique des grands pugilistes : lui, The Grand Master, ne comprend absolument pas ce qui vient de lui tomber dessus. Pas plus qu’il ne voit arriver l’uppercut qui provoque sa chute et pousse l’arbitre à lui éviter des complications de fin de vie inutile. L’exploit, puisqu’il convient bien de le nommer ainsi, est d’autant plus incroyable qu’il se joue sur des détails invisibles même à l’œil auquel rien n’échappe. Nassourdine Imavov a fait bien plus que conjurer la malédiction française s’échouant sur le récif des grandes échéances. Il vient de faire ce que PERSONNE n’avait réussi à faire jusqu’à présent : battre Israel Adesanya sur son terrain de prédilection sans lui avoir concédé une domination de plus d’un round. À 130livres.com, on aime pas les « Je vous l’avais dit », sauf quand c’est nous qui l’avions dit. Vous pouvez fouiller dans les archives, on le répète depuis longtemps : Nassourdine Imavov est le français disposant du plus d’atouts pour remportant le premier une ceinture UFC. On prend les paris ?
- Parlons aussi d’Islam Makhachev, le nouveau Daghestanais tout-puissant qui n’a une nouvelle fois pas failli à sa réputation pour sa défense de titre lors de l’UFC 311. Challenger jusqu’à deux jours de l’événement, Arman Tsarukyan devait offrir à Makhachev LE test, debout mais surtout au sol, qui confirmerait ou non la supériorité du pensionnaire de l’American Kickboxing Team sur son ainé, le légendaire Khabib Nurmagomedov. Las, des douleurs de dos la nuit de l’avant-veille du combat ont eu raison de la résistance de l’Arménien, reparti dans la file d’attente des challengers pour le titre UFC des légers sans savoir si son tour reviendra – d’autant qu’il a déjà croisé le fer avec Makhachev à son détriment il y a quelques années. Car ce dernier a déjà annoncé son agenda : il n’attendra pas beaucoup au-delà de ses 35 ans pour prendre sa retraite – il en a déjà 33 -, et compte bien monter chez les poids welters avant la quille. Autrement dit, son temps en lightweight est compté, surtout après avoir fait autant peu de cas de Reinato Moicano, retiré de son combat contre Beneil Dariush pour remplacer Tsarukyan sur l’échafaud.

- Ce nom vous dit quelque chose, c’est normal : il s’agit du brésilien qui avait molesté notre Benoit Saint-Denis national en septembre dernier. Et contre Makhachev, il commence par faire illusion. Debout, il réussit même à le mettre cul au sol, au travers d’un contre dans lequel le Daghestanais renoue avec sa fâcheuse tendance à se laisser entrainer par son direct du gauche. Une alerte sans conséquence, que Makhachev ne laisse pas se renouveler deux fois. Il rappelle ainsi que l’école Khabib est avant tout une doctrine de pragmatisme à sang glacé. Plutôt que de se compliquer la vie, il attend le bon timing pour emmener le Brésilien au sol, qui se défend tant bien que mal avec son JJB, et progresse lentement mais surement sur sa spéciale : une bonne grosse guillotine qui fait taper l’adversaire sans plus de débats. Makhachev n’est pas un combattant invincible, au sens où il laisse ouvertes des failles exploitables, et laisse peut-être plus de temps à ses adversaires que Khabib pour les exploiter. Pas sûr que ça suffise à quiconque à l’heure d’aujourd’hui chez les -77kg de l’UFC.
- En parlant de BSD, une nouvelle a fait grand bruit la semaine passée dans le petit monde du MMA francophone. Le Bayonnais a choisi Nicolas Ott de devenir son head coach. Ott, c’est celui qui a emmené Nassourdine Imavov sur le chemin de ses quatre dernières victoires, dont celle d’hier face à Israel Adesanya. Vous suivez ? C’est celui qui a trouvé les mots justes et apaisants pour remettre son poulain en selle durant la pause après le premier round perdu contre Brendan Allen à l’UFC Paris. Juste avant le main event de BSD, qui lui n’eut droit qu’aux beuglements hautement contre-intuitifs de son coin pendant les inter-rounds de sa punition contre Moicano. Bref, un choix judicieux, qui produira des résultats que l’on espère concluants pour le retour du « God of war » dans la cage de l’UFC.