Punchlines du 21 janvier 2024

Le site (Antoine) /

  • Jouez hautbois, résonnez musettes : le running gag aura duré un temps certain mais le compte-rendu promis du Hellfest 2023 est en ligne, au moins pour moitié. Vous y verrez comment j’eus l’opportunité de faire découvrir le Disneyland des métalleux à deux copains de 30 ans, et ça parle même un peu de musique. Aucune date de parution n’est avancée pour la seconde moitié sachant qu’elle sortira a priori avant le 27 juin prochain, début de l’édition 2024. A priori.
Nouveauté 2023 : les Shadoks du Hellfest

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /

  • La première rencontre en librairie de 2024 relatée sur 130livres.com aura donc concerné un binôme, l’auteur irlandais et New-yorkais d’adoption Colum McCann accompagné de Diane Foley, tous deux présents jeudi dernier à la librairie L’écume des pages de Saint-Germain-des-Prés. Rappelée en introduction par le truchement de l’éditrice de McCann chez Belfond, traductrice pour l’occasion, leur rencontre eut lieu dans de terribles circonstances : Jim Foley, journaliste freelance et fils aîné de Diane, fut assassiné en août 2014 par des recrues d’origine anglaise de Daesh après plus de 18 mois de captivité en Syrie. L’une des photos largement diffusées du disparu le montraient en train de lire Et que le vaste monde poursuive sa course folle, cinquième roman de Colum McCann, dans un bunker afghan. L’auteur proposa à Diane Foley de l’aider à évoquer la mémoire de son fils, un projet qui aboutit quelques années plus tard alors qu’elle allait rencontrer l’un des ravisseurs de Jim détenu aux États-Unis, Alexanda Kotey. Aucun membre de sa famille ne souhaitant l’accompagner, McCann vint même assister à ses côtés à l’extraordinaire entretien.
  • On le sent très vite : American Mother, le livre issu de leur collaboration, ne constitue qu’une manière parmi d’autres de dire l’histoire de James Foley. Chacun dans son style, Diane et Colum sont rompus à sa narration orale. Cheveux ras, yeux bleus lumineux dans un visage à la rondeur bonhomme, inamovible écharpe au cou, l’Irlandais sait mettre un auditoire à l’aise, à peine gêné par la douleur à la jambe qui l’oblige à se munir d’une canne et d’une étrange paire de chaussons. L’Américaine, elle, est impeccable, du brushing de ses cheveux sombres à l’élégante robe noire sur laquelle tranche un rang de perles ; elle accentue chaque syllabe qu’elle prononce à la manière consacrée des public speakers de son pays. On devine que s’apprêter ainsi revient à passer une armure : rien ne prédisposait cette infirmière retraitée du New Hampshire, pieuse mère de cinq enfants, à venir parler jusque devant une assistance parisienne. Seule la mort d’un fils l’y aura obligée, ou plutôt l’aura mise en situation de faire un choix, et de s’y tenir. American Mother s’avère traiter autant de la vie de James jusqu’en 2014 que de la tranquille résolution de Diane à agir depuis lors.
Colum McCann et Diane Foley (à droite)
  • McCann tape fort et juste lorsqu’il annonce dans la troisième partie du livre, narrée à la troisième personne et où émerge le personnage si discret jusque-là de celle qui racontait les quarante ans d’existence de son fils : « Elle est une mère américaine. Voilà une histoire qui n’est pas souvent racontée. Le ciel de Diane est petit, même s’il contient beaucoup de pluie. La grande Histoire, parfois, l’oublie. Elle est souvent invisible. Elle s’efface en marge des mots de quelqu’un d’autre. Mais elle a décidé, à contre-courant, que le monde était disponible pour elle aussi. Elle y a sa place. Elle a des choses à dire. Elle n’a pas besoin de se retirer. Elle n’est pas du genre à trembler et à s’effacer. Elle a appris à s’exprimer, non pas d’une voix forte et criarde, tonitruante et masculine, mais avec politesse, respect, résolution. » Pour Apeirogon, Colum McCann avait ressenti l’urgence de dire au monde qui étaient Rami et Bassam, pères de deux jeunes filles israélienne et palestinienne tuées dans le conflit qu’on sait et pourtant convaincus qu’une paix demeure possible. L’écriture d’American Mother a interrompu celle d’un roman désormais prévu pour 2025 : il s’agissait cette fois de dire qui était Diane.
  • « Trouver une forme qui accommode le désordre, telle est aujourd’hui la tâche de l’artiste. » Samuel Beckett est le premier auteur cité par McCann ce soir-là pour expliquer le travail d’écriture qui aboutit à American Mother, « l’une des expériences humaines les plus profondes qu'(il) ait vécues ». L’Irlandais sortait des Deux Magots voisins pour venir à la conférence ; il aime la France et les lecteurs français, et considère qu’on peut ici causer littérature. Il rappelle d’ailleurs que le livre paraît chez nous deux semaines avant sa sortie américaine. American Mother s’ouvre sur la rencontre avec Alexanda Kotey. Diane ignorait quoi penser avant cette rencontre, mais croyait que son fils eût voulu qu’elle n’en ait pas peur et évoque son souvenir en tant qu’être humain. Qu’elle écoute son bourreau, aussi. James faisait du bénévolat auprès de beaucoup d’hommes jeunes d’origine défavorisée comme Alexanda. McCann renchérit, à propos de sa description de la rencontre : « La bonne littérature vous place à un endroit, à un moment et dans un état esprit inattendus ». Tel est ici le cas.
  • Diane affirme qu’elle éprouva plus de colère que de tristesse à l’endroit de Kotey. « La haine est tristesse, les choix d’Alexanda sont tristes, le fait qu’ils le privent à jamais de sa famille et tout ce qui comptait pour lui est tout aussi triste ». Pour Colum, néanmoins, le livre porte un espoir. Il reprend une citation, cette fois d’un poème arabe traditionnel : « Y a-t-il le moindre espoir que cette désolation puisse apporter une quelconque consolation ? » L’entretien les fit éprouver une succession de sentiments surprenants et complexes, ils ne détestaient pas cet homme, la consolation elle-même viendrait de tous ceux auxquels ils raconteraient l’histoire ; se défaire de la tristesse serait une fin en soi. Si elle n’est pas un sujet central d’American Mother, la foi partagée par Diane et Jim les aura aidés tous les deux, le fils pendant sa captivité — ses compagnons d’infortune, dont le Français Nicolas Hénin présent ce soir-là, l’attestèrent depuis —, la mère depuis sa mort. « Dieu m’a envoyé des anges et m’a permis guérir grâce à la Fondation ». Moins mystique que Diane trouverait surtout qu’elle s’est aidée elle-même. La fondation en question porte le nom de James, et son objet premier consista à peser sur la politique des États-Unis vis-à-vis de leur citoyens retenus en otage.
  • Car sous l’administration Obama comme avant elle, on ne négociait pas avec les terroristes, par peur d’encourager de nouveaux rapts. Pour Diane, le prix à payer pour une telle posture fut inestimable. « J’étais en colère contre l’arrogance de mon pays, y compris vis-à-vis de moi. Personne n’avait de réponses, on était condescendant. J’aime mon pays, je sais qu’ils voulaient bien faire mais rien ne prouvait que ne pas négocier arrangerait les choses. Jim aurait voulu que je change les mentalités, quelle qu’en soit la difficulté« . Et McCann d’enfoncer le clou : « L’État a consacré 50 millions de dollars au procès des ravisseurs de James sans rien avoir voulu payer pour sa liberté… » Depuis, grâce notamment à l’action de Diane, la doctrine a évolué. Mais American Mother n’évoque pas James que comme une victime du terrorisme islamiste et de l’incurie de son propre gouvernement. Sa mère rappelle qu’il était très drôle, curieux de tout, lisant jusque dans un bunker afghan, il aimait écrire et aurait pu être écrivain, et se consacra à dire les histoires jamais racontées de gens qui souffraient. « Il était un défi pour une mère, y compris après sa mort » conclut-elle. En tant que journaliste de guerre freelance, le jeune homme était envisagé comme une perte acceptable, très exposé et voué aux voyages les plus dangereux. Il était passionné par le printemps arabe et peu protégé, dépourvu de moyens. La Fondation James Foley œuvre désormais à améliorer la sécurité des journalistes freelances.
  • Les médias traditionnels, hélas, semblent se soucier de moins en moins de la vérité pour énoncer des opinions… et comme le rappelle McCann dans le repère d’amoureux des belles lettres qu’est L’écume des pages, « Les opinions sont comme les trous de balle, chacun en a une. » (NB : la citation, qu’il tient d’un graffiti, est issue du 4e épisode de l’Inspecteur Harry). Journaux et télévisions américains ont très peu couvert le procès de Kotey et ses complices par rapport à l’affaire Johnny Depp vs Amber Heard. À l’heure d’entamer American Mother, on tenta même de dissuader Diane de raconter « une vielle histoire ». McCann insiste alors sur l’importance des histoires. Il croit plus en l’ineffable qu’aux faits, ceux-ci étant devenus des mercenaires à la solde de n’importe quelle thèse. Il faut donc prêter attention à l’amour, la pitié, le sacrifice, et aux histoires qui les transmettent. Faulkner disait que « le cœur humain est souvent en conflit avec lui-même » ; il est ainsi nécessaire de se laisser gagner par la complexité du monde. « Il reste fondamental d’apporter la lumière. Bassam et Rami sont dévastés par l’actualité au Proche Orient mais restent pleins d’espoir en la paix et la compréhension mutuelle. Selon eux, il n’est pas nécessaire de s’aimer mais crucial de se comprendre. Diane suit cette ligne de conduite et elle a obtenu des résultats. Pour Leonard Cohen, là où il y a une fissure peut enfin passer la lumière. Le deuil a crée une telle fissure en Diane. C’est le motif de notre présence ce soit » On sort de ces rencontres-là convaincu de leur utilité.

Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /

  • Parlons cinéma, parlons… d’Antoine Fuqua, chouchou en second de cette rubrique derrière l’indétrônable Tom Cruise. Avant de filmer Denzel Washington prendre Rome à dos d’éléphant dans un film consacré à Hannibal le Catharginois pour Netflix, le réalisateur s’attaque à un autre biopic ô combien épineux : celui consacré à Michael Jackson. Oui, le Roi de la Pop en personne, possiblement la plus grande star du XXème siècle, qui a révolutionné la notion d’entertainment et pris le syndrome de Peter Pan un peu trop au pied de la lettre. Bref, un sujet touchy comme on dit sur X, et un film littéralement impossible à bien faire. Entre les gardiens du temple prêts à accueillir à coup de cailloux la moindre tentative de profanation, la famille Jackson qui a probablement mis son véto sur tout qui s’écarte du récit hagiographique, et le producteur de Bohemian Rhapsody sur les côtes pour que rien ne dépasse de la lessiveuse à Oscars, on se demande ce qui passer par la tête d’un artiste censé et raisonnable pour vouloir d’un boulot pareil.
  • Pourtant, Fuqua affiche une note d’intention qui fait la sourde oreille à l’encyclopédie des charges qu’il a probablement du parapher à chaque page : « Il y a du bon, du mauvais, et du très mauvais… Et nous voulons raconter tout ça ». Diantre. On a presque envie de dire oui les yeux fermés à l’autel, en ignorant la belle-famille qui aiguise ses couteaux aux premiers rangs. Surtout après Equalizer 3, superbe morceau de contrebande filmique et véritable sortie de route des attendus qui magnifiait son sujet en cinéma majuscule. Donc, de deux choses l’une. Ou notre bon Antoine se résout à faire le commis de la mémoire officielle, et utilise son savoir-faire pour emballer un best-of qui ne fâchera personne et peut l’emmener jusqu’à l’Oscar du meilleur réalisateur. Ou il emprunte la voie sournoise de la sédition sous le manteau et réussit à faire du moonwalk avec le vent dans le dos.
  • La quintessence du grand cinéma américain, ce sont des cinéastes qui réussissent à faire le film qu’ils veulent faire en le faisant comme EUX — l’industrie, les exécutifs, bref les ingérants — veulent le faire. Bref, des contrebandiers, des vrais, des agents doubles qui ne se font jamais démasquer. Ça demande une maitrise du médium qui n’est accessible qu’à un petit cercle d’heureux et über talentueux élus. L’élite de l’élite, the Hollywood finest. On sait ce dont Antoine Fuqua est capable lorsqu’il a les coudées franches, mais on sait aussi que sa carrière part en dents-de-scie quand il essaie de croquer dans la pâtisserie hollywoodienne.  Pour un Les Larmes du Soleil, il y a des Roi Arthur et des Sept Mercenaires qui dorment en chien de faïence. À voir s’il réussira à réitérer l’exploit Equalizer 3, et transcender ses propres limites pour enfin s’épanouir comme nous ici à 130livres.com (enfin moi) le percevons deep inside : l’un des tout meilleurs réalisateurs américains actuels. Oui madame.
You CAN DO IT, Antoine Fuqua.
  • The Expendables c’est terminé. Sorti en octobre dernier, le 4ème opus  s’est payé un échec astronomique au box-office, et même les fans les plus hardcore de la franchise se sont bouché le nez devant la fuite du tout à l’égout du meilleur du pire des années 80 de 2023. Mais Sylvester Stallone, lui, n’en aurait pas fini. Selon Dolph Lundgren, Sly refuserait de lâcher l’affaire et plancherait sur un cinquième opus pour effacer l’ardoise. Énième combat de trop pour l’étalon italien ? Sans aucun doute. Mais Stallone n’est jamais meilleur que lorsqu’il se bat contre le bon sens. Ne jamais parier contre le plus grand des Outsiders…
  • Jason Momoa, à cœur ouvert. L’acteur d’Aquaman se considère comme moyen partout et bon nulle part, « un solide C+ ou B -» qui aimerait un jour participer à un film dont les gens se souviendront. Décidément, les super-héros, c’est vraiment terminé.
  • Godzilla Minus One, dernière itération nippone du plus célèbre des kaiju, vient de ressortir en salles pour deux semaines, et de l’avis général il s’agirait d’une tuerie absolue. On en parle la semaine prochaine.
  • Star Wars X est officialisé par Disney, avec le retour de Daisy Ridley dans un rôle dont tout le monde se fout, pour un film qui n’intéresse personne et une saga qu’on préfèrerait voir reposer en paix. Bref, rien à dire, si ce n’est que pour la première fois de l’histoire de la franchise, le réalisateur et une réalisatrice. Sharmeen-Obaid Chinoy de son nom, metteuse en scène de documentaire, donc parfaitement qualifiée pour prendre les rênes d’une production à 200 millions de dollars, qui a déclaré « mettre les hommes mal à l’aise ». Bref, on va encore parler de l’essentiel.
  • Sharon Stone aurait dû être Barbie. C’est en tous cas ce qu’elle a déclaré sur X,  en précisant s’être faite rembarrer par les producteurs auquel elle a présenté le projet dans les années 90. Pourtant elle l’a fait : ça s’appelait Basic Instinct, Ken se faisait vraiment ken, et ça représente encore aujourd’hui un avènement du matriarcat plus substantiel que le troisième opus de La Revanche d’une Blonde réalisé par Greta Gerwig.
La Reine des (pics à) Glaces
  • Petit détour par les salles obscures, et une production française qui traverse décidément à marée haute en ce moment.  Vermines de Sébastien Vanicèk, raconte comment un petit combinard geek d’animaux exotiques met la main sur une espèce rare d’araignée venimeuses et prédatrices qui met sa barre HLM à feu et à sang. Comme (presque) tous les premiers films, Vermines n’est pas exempt de défauts. Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que la poussière laissée sous le tapis pendant la première demi-heure fasse tousser une logique de genre purement et la cohérence des personnages. C’est vrai, il faut le dire, et pourtant on s’en fout. Car il émane de Vermines un plaisir de cinéma qui s’assouvit AVEC (et pas malgré) le spectateur, et jamais au détriment ses personnages. Soit précisément les deux choses que ne savait pas faire le cinéma de genre français il y a 20 ans, quand les films de fans pour les fans ont précipité dans les douves du box-office l’espoir de voir émerger une alternative crédible. Ce qui n’est jamais le cas de Vermines : Sébastien Vanicèk ne s’adresse pas à lui-même mais au public de son époque, qu’il vient choper avec un sens du roller-coaster échevelé. À ce titre, si le plus grand plaisir du cinéma d’horreur réside dans la perte de contrôle de soi, les attaques arachnoïdes devraient vous faire gigoter dans votre fauteuil comme si les bêbêtes vous parcouraient la peau. En prime, un vrai récit dans le récit qui ajoute du cœur et la densité à l’entreprise, portée par des comédiens épatants, Théo Christine en tête. Et en plus ça marche au box-office, en plein mois de janvier qui plus est. Mesdames et messieurs, il se passe quelque chose en France.
C’est la petite bébête qui monte…

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /

  • Le mois de janvier est traditionnellement une période d’annonces plutôt que de grandes réunions. On gardera tout de même un oeil sur le Kenshiro Teraji vs Carlos Canizales de mardi prochain pour le titre unifié WBA-WBC des mi-mouche détenu par le Japonais, ne serait-ce que pour la garantie de voir un des tous meilleurs boxeurs du moment en action. Très confiant dans son punch, le Vénézuélien Canizales a montré ses limites en 2021 dans la grosse bagarre l’opposant au Mexicain Bermudez, mais il devrait a minima offrir à Teraji quelques rounds d’une opposition divertissante… et peut-être plus s’il trouve sa cible. Samedi 27 janvier à Phoenix, Jaime Munguia tentera de décrocher son ticket d’or, la promesse d’un superfight 100% mexicain pour le prochain Cinco de Mayo qui l’opposerait à Saul « Canelo » Alvarez. Munguia n’a pas séduit en juin dernier face à un Sergiy Derevyanchenko approchant sa date de péremption, et dut sa 47e victoire en autant de combats à un knockdown au 12e round. Face à lui, John Ryder apportera son habituelle vigueur testiculaire et une boxe de gaucher barbante comme tout. L’Anglais en connaît un rayon sur le rôle du challenger pas spécialement gâté par le contexte, tandis que chacun connaît les intérêts économiques liés à la préservation d’un palmarès vierge côté Munguia. Si Ryder a tenu 12 rounds contre Canelo, il devrait survivre au plan épargne retraite d’Oscar de la Hoya. Quant à la manière, on se gardera bien sûr de crier au scandale avant le combat en dépit des gros sous en jeu. Un succès aux points du Mexicain, vraisemblablement plus actif que Ryder, semble être l’issue la plus probable à cette confrontation.
Disons que ça colle une demi-hype.
  • Faute d’une riche actualité pugilistique, un peu d’autopromotion : j’étais récemment invité sur la chaîne de l’ami Cap’tain Crochet en compagnie de la légende de Canal + Christian Delcourt pour un retour sur la carrière d’un nouveau venu à l’International Boxing Hall of Fame, le seul gaucher champion linéal des poids lourds, j’ai bien sûr nommé Michael « Double M » Moorer. Il mérite mieux que l’étiquette de victime du plus vieux champion des lourds de l’Histoire.
  • Janvier, période d’annonces : on connaît désormais la sous-carte du championnat du monde incontesté des poids lourds opposant Olexandr Usyk à Tyson Fury le 17 février prochain à Riyad. Une alléchante revanche est programmée entre le roi sans couronne des lourds-légers Jai Opetaia et Maris Briedis, le ministre saoudien Turki al Sheikh souhaitant opposer le vainqueur au futur champion incontesté des mi-lourds issu du superfight entre Artur Beterbiev et Dmitry Bivol. En se se fondant sur leurs trajectoires respectives Opetaia devrait s’imposer avec plus d’autorité qu’en juillet 2022. Le champion IBF gallois des super plume Joe Cordina sera opposé à l’Anglais Anthony Cacace. Pas réputé comme frappeur, ce dernier pourrait permettre à Cordina d’enregistrer un premier succès dominant depuis 2022 et son KO rapide de Kenichi Ogawa ; il a depuis souffert contre Rakimov et Vazquez, emportant deux décisions disputées. On notera aussi ce soir-là le retour de Sergey Kovalev chez les lourds-légers. Difficile d’imaginer l’état de forme réel du Krusher, âgé de 40 ans et inactif depuis mai 2022. Il sera opposé au Suédois Robin Siwan Safar, invaincu en 16 combats face à une ribambelle de figurants. À suivre avec curiosité. Et puis en cohérence avec leur fort tropisme vers la catégorie reine, les organisateurs saoudiens proposeront la 15e sortie professionnelle du croquemitaine ouzbek Bakhodir Jalolov, couvert de gloire en amateurs et 14 fois vainqueur par KO chez les professionnels. Jalolov mesure plus de deux mètres avec une envergure à l’avenant, il boxe en gaucher et tape comme un semi remorque… les jambes et la technique en plus. On souhaite donc bonne chance à son futur adversaire, le toujours vaillant « TBA », dont la mission sera de finir débité en tranches fines.
  • Vous reprendrez bien un peu d’autopromo : sur la chaîne de Sendo Pacquiao, jeune Youtubeur à la culture pugilistique déjà effrayante, je suis revenu sur la carrière du grand Emile Griffith, légende de 147 à 160 livres et rival de quantité d’homologues du Hall of Fame, possiblement LE boxeur des années 60. Si vous avez deux heures à tuer…
  • Janvier, période d’annonces (suite) : les Saoudiens ne chôment pas et programment un Anthony Joshua vs Francis Ngannou le 8 mars prochain à Riyad, dont le vainqueur sera voué à affronter le prochain champion incontesté des lourds. Sur le papier, on frémit à l’idée d’un troisième Usyk vs Joshua, si divertissants qu’aient pu être les deux premiers volets, tandis que voir Ngannou en position de remporter les 4 ceintures majeures des poids lourds après une défaite et une victoire en professionnels provoquerait une épidémie d’AVC dans la catégorie des vieux fans à tendance scrogneugneu à laquelle je m’honore d’appartenir. La sous-carte comporte de quoi mieux faire passer la carotte, et c’est heureux. D’abord un intriguant championnat WBC des plumes entre le tenant mexicain Rey Vargas et l’Anglais Nick Ball, qu’on a vu proprement surclasser Isaac Dogboe en novembre dernier. Si Vargas est invaincu en 36 combats sous les 126 livres et aura l’expérience et l’allonge pour lui, Ball pourrait bien le raccourcir d’une tête. Court sur pattes à 1m57, le lilliputien liverpuldien a l’aplomb d’un chien de la casse, il balance du combo à la chaîne, il est dynamique sur ses appuis et on l’imagine disposé à disputer le nonosse jusqu’au bout. Un duel qui promet presque autant que Zhilei Zhang vs Joseph Parker, collision entre deux des grands vainqueurs de l’année 2023. Si le Néozélandais a impressionné contre Wilder, il peinera sans doute plus à empêcher l’imposant et déterminé Zhang de poser ses appuis ; charge à lui, donc, d’éviter la gauche des Enfers en bougeant avec discernement pendant une bonne demi-douzaine de rounds, après quoi le quadra chinois devrait logiquement fumer du capot. Vu d’ici, je mettrais une (petite) pièce sur Zhang, qui a impressionné en sachant cueillir Joe Joyce d’un inattendu crochet droit… le même « Juggernaut » Joyce qui avant plié Parker façon origami en 2022.
  • Et puis on annonce Terence Crawford en discussion avec Tim Tszyu pour tenter de ravir son titre WBO des super welters. C’est un fait, « Bud » manque d’options à la fois lucratives, passionnantes et faisables après son succès éclatant de 2023 : même à 154 livres une revanche contre Errol Spence manquerait cruellement de suspense, Jaron Ennis n’a pas encore le palmarès qu’il faut en welters, l’aura de Jermell charlo a pâli depuis son non-combat contre Saul « Canelo » Alvarez et ce dernier n’a guère intérêt à combattre un nouvel adversaire bien plus léger que lui quand Benavidez et Munguia l’attendent à 168 livres. Si l’Australien Tszyu n’a encore rien d’une superstar, le battre permettrait à Crawford de devenir champion dans une 4e catégorie de poids. Ajoutons que le fils du grand Kostya est invaincu en 24 combats professionnels et qu’il a impressionné lors de ses 3 sorties de 2023, remportées avec autorité contre Tony Harrison, Carlos Ocampo et Brian Mendoza. Costaud physiquement et abrasif sur le long terme à force d’enchaînements au corps et à la face, le bien nommé « Soul Taker » Tszyu représenterait a minima un défi appréciable aux yeux des authentiques fans de ce sport. Même inférieur en technique et en expérience, ce diesel-là est un client, et l’occasion pour Bud d’ajouter un succès significatif à son palmarès de futur pensionnaire du Hall of Fame. Compte tenu du plan de vol habituel de Tszyu, je verrais bien l’Américain tenter de faire mal d’entrée. Quoi qu’il en soit, on signe.

Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /

  • Back to the UFC, qui tenait son premier pay per view de l’année à Toronto, avec un main event ô combien attendu : la première défense de titre de Sean Strickland, le Snake Plissken des gants en 4 onces, contre le Sud-africain Dricus du Plessis. Un opposant teigneux, qui s’est frayé un chemin jusqu’au title shot en mettant hors jeu les têtes de gondole de la catégorie. Le trash talk avait d’ailleurs démarre sur les chapeaux de roue, avant de retomber en pression il y a quelques semaines d’un commun accord entre les belligérants. Strickland, le champion le moins présentable du roster, qui initie le retour du gentlemen agreement ? Ça ne surprendra que ceux qui pensaient que Tarzan jouait le redneck à fleur de peau pour vendre des PPV. En coulisses, on soupçonnait d’ailleurs Dana White de ne pas croiser que les doigts pour déloger Strickland de son trône ravi à Israel Adesanya, et manœuvrer avec un champion plus présentable et malléable. Et malheureusement, sa volonté fut faite : Dricus du Plessis a ravi sa ceinture à Strickland après 5 rounds au coude à coude, où la puissance de « Stillknocks » a fait la différence sur le travail en volume de son adversaire. Pourtant, Strickland a plutôt bien démarré les hostilités avec un jab qui pilonnait le visage de son adversaire, agrémenté de temps en temps d’un bras arrière qui terminait d’aplatir la cavité osseuse du Sud-africain. Problème : ce dernier ne reculait pas, répliquait à coup de counters, et exposait les limites de la Philly Shell appliquée au MMA de Strickland à coup de takedowns parfaitement exécutés. Empêché de pratiquer son pressing habituel, et contrarié par une différence de physique dans la defense de lutte, Tarzan concédait les rounds 2 et 4 à son adversaire avant de retrouver son mojo à coup de crochets bien amples dans une guerre toe-to-toe au 5ème qui mit la salle en feu. Victoire moyennement nette mais méritée de Du Plessis, qui remporte la ceinture par décision partagée. Mais on reste un peu triste pour Strickland. Car même si on se doute que la défaite ne provoquera une extinction de voix chez l’Américain, on aime voir les mavericks qui tendent le majeur à l’état-major rester le plus longtemps possible à leur place.
L’année démarre sous le signe de la guerre des droites.
  • Parlons MMA, parlons…. de la France. Une fois n’est pas coutume, c’est l’annonce d’un choc franco-français qui a mis la planète hexagonale en émoi. Après des mois à se chercher par réseaux interposés Cedric Doumbé et Baysangur Chamsoudinov vont enfin régler l’ardoise au PFL le jeudi 7 mars. 20 minutes, il n’aura pas fallu plus à l’Accor Arena pour faire sold out après l’officialisation du choc. Soit une idée du star power gagné par Doumbé depuis sa victoire expéditive contre Jordan Zembo. L’UFC, qui voulait négocier au rabais l’intégration de l’ancien champion du Glory dans leurs rangs, doit s’en ronger les hémorroïdes. Pour le reste, pas grand-chose à ajouter à ce qui a déjà été dit et redit sur une traditionnelle opposition de style entre le pieds-poings d’élite de Doumbe et le grappling acéré de son opposant. On espère simplement que Baki aura l’occasion de mettre à l’épreuve la défense de lutte de Doumbé, pour l’instant le secret le mieux gardé du MMA hexagonal à force de KO au son de la cloche. On soupçonne également que le combat constitue l’occasion pour « Doumced » de reprendre le clash avec Fernand Lopez, le coach de Chamsoudinov et de Jordan Zembo, dûment exposé pour violence conjugale caractérisée par le facétieux pensionnaire de la Hatch Academy lors de sa dernière conférence de presse post-combat. Une chose est sûre: ce sera tout pour l’un ou l’autre et surtout pour Doumbé, qui verra sa côte s’envoler vers les hauteurs du game ou se crasher dans ses tréfonds selon le résultat.

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