Le site (Antoine) /
- Pas de nouveau papier cette semaine, et après ? J’ai mal au dos. Compatissez.

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /
- Dans le premier de ses deux bouquins publiés en 2023, Frédéric Beigbeder affirmait être « un hétérosexuel légèrement dépassé » par son époque. On ne saurait exclure qu’il le soit également par le droit pénal français, dans la foulée de sa garde à vue de mardi dernier à Pau. Ou pas, d’ailleurs, ce qui rend la présente affaire tristement ordinaire. L’ex-critique littéraire du magazine Voici aurait ou pas été dupé sur l’âge réel de la plaignante, mineure à l’entame de leur liaison, et il aurait ou non fait peu de cas de son consentement au moment de reprendre leurs ébats la nuit dont il est question… On s’achemine vers un cas classique de parole contre parole dont on peut déjà déplorer qu’il ternisse injustement une réputation si les faits ne sont pas avérés et (surtout) qu’il équivaille à une double peine s’ils le sont sans qu’on puisse en établir la réalité devant un tribunal. J’ai dans l’idée que progressistes et conservateurs revendiqués se foutront assez copieusement des suites données au dossier judiciaire à l’heure d’affirmer si Beigbeder est coupable ou innocent. Ils me fatiguaient déjà. Qu’il soit juste permis de constater que le bougre n’arrange pas tout à fait son cas, huit mois après la parution d’un essai où il réclamait une respectabilité de mari et papa catho rangé des voitures — une existence si méritoire quand on savait son « désir effrayant » —, en se faisant attraper à la chasse aux gamines. Bref, il ne pourra plus guère se plaindre de subir la vindicte néo-féministe à force de parfaire sa panoplie de repoussoir idéal, ce en quoi il entretient douloureusement la fatigue évoquée plus haut. Vieux quinqua finissant par se marcher sur le papayou-lélé à force d’attiser les passions de l’époque, Beigbeder eût fait un excellent personnage de roman. Las, il est peut-être un sinistre individu et sans doute un trublion en bout de course, réduit à se fendre d’un communiqué de presse rigolo une fois sorti du commissariat béarnais où il fut retenu pour une bien peu glorieuse affaire. Frédéric Beigbeder est présumé innocent. Au reste, aurai-je envie d’écouter à nouveau sa voix dans le débat public contemporain ? Je crois bien que non.

- La FNAC a inauguré mardi dernier un second magasin à Paris-la-Défense, proposant 20.000 références de livres. Les cols blancs aiment les livres, en particulier ceux où l’on dit du mal de la Défense.
- Hachette Livres vient de signer l’acquisition de Mama Éditions, leader français sur le segment de l’ésotérisme. Actualitté nous apprend que la maison est réputée pour son travail dans les domaines « du chamanisme, de la naissance et de la santé ». Le groupe récemment acquis par Vivendi souhaitait se renforcer sur un segment apparemment « en pleine expansion ». On n’est pas rendus à Loches.
- À l’occasion de la sortie du premier tome de ses œuvres choisies chez Quarto, Emmanuel Carrère fut l’invité exceptionnel de La Grande Librairie mercredi dernier. Intitulé Vers le réel, le tome en question retrace un itinéraire littéraire allant de la fiction jusqu’au témoignage ; c’est de cette dernière période qu’il fut surtout question sur le présent blog entre Le Royaume et Yoga. Au rendez-vous hebdomadaire des amis des belles lettres à la télé, l’auteur de L’adversaire avait souhaité dialoguer avec Ariane Chemin, Sophie Calle et Giuliano da Empoli. On imagine des débats de haute volée bien qu’un tantinet consensuels ; le lendemain, 99% des commentaires portaient sur la nouvelle coupe de cheveux de Manu Carrère. Gageons que François Busnel a planqué des bouteilles de son après-shampoing sur le plateau et que la malédiction capillaire de La Grande Librairie ne s’arrêtera pas de sitôt.
- Bibliothécaires, ne désespérez pas : retrouvé dans une vente de livres, un bouquin emprunté voici 120 ans a réintégré les rayons de sa bibliothèque publique d’origine à Carbondale (Pennsylvanie). Le retour de The cruise of the Esmeralda accuse ainsi un retard de 43.641 jours, et son emprunteur Horace Short serait passible d’une amende de 10.910,25 dollars en appliquant l’actuelle pénalité de 25 cents par jour. Le mec a bien fait de mourir.
- Metallica : la totale de Benoît Clerc ne figure pas dans la sélection de beaux livres pour Noël du Figaro Magazine. Alors que dans celle du magazine Lire, oui. Tirez-en les conclusions que vous voulez.
- Et puis le second Prix Goncourt des détenus a été attribué à Mokhtar Amoudi pour Les conditions idéales, roman d’apprentissage où il est question d’un garçon placé à l’Aide sociale à l’enfance qui découvre malgré lui la vie dans la rue en banlieue. 600 détenus auront contribué aux débats. Pas de chute rigolote ici, c’est plutôt chouette.
Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /
- Parlons cinéma, parlons de James Cameron, King of the world proverbial qui commence sérieusement à baver sur les rouleaux de ses sujets. On ne parle pas du troisième épisode d’Avatar, saga événement déjà tombée dans le domaine commun avec le précédent épisode, mais d’une affaire beaucoup plus crispante pour sa communauté. À savoir les éditions en Blu Ray 4k d’Aliens, et surtout Abyss et True Lies, ces deux derniers titres n’ayant jamais eu droit à un traitement digne de ce nom sur le support physique. Pionnier du cinéma à la maison, qui fut un temps se faisait un point d’honneur à penser en amont la vie de ses films de giga-écrans sur les petits, Jimbo était attendu au tournant. Car on parle ici de certaines des œuvres les plus vénérées de sa vénérable filmo, qui tournent depuis plus de 20 piges sur des galettes qui ne respirent pas le souci du travail éditorial bien fait. Autant dire que la descente d’organes est proportionnelle à l’attente : les premiers scans et capture d’écrans en provenance des US font état d’une liposucion numérique plus agressive que le dernier coup de bistouri de Madonna. C’est simple, on dirait des remakes générés par une IA, qui gomme et bouffe tous ce qui peut ressembler de près ou de loin à une aspérité analogique. Fut un temps où James combattait Skynet, maintenant il lui délègue la restauration de ses films. Vision d’avenir : on ne se fera bientôt même plus chier à remaker paresseusement les films cultes d’hier, on les ressortira en salles liftés et « rafraîchis » pour que les djeuns ne voient plus la différence avec les vidéos de chats qu’ils partagent sur TikTok. A juger sur pièces et sur la totalité si Iron Jim nous a fait une George Lucas. Mais si les craintes sont fondées, ça nous fera encore moins de raisons d’attendre Avatar 3.

- Aquaman 2, la suite du super-héros marin qui avait cartonné le milliard il y a 5 ans, s’apprête à rencontrer son destin ce mercredi. Et autant dire que ça sent le poisson. Premiers retours catastrophiques, estimations alarmantes au box-office américain, rumeurs d’un tournage sous maxi-tensions et de reshoots coûteux et sans résultats…. Encore un accident industriel qui ne risque pas de faire démentir la fameuse « super héros fatigue« , et encore moins d’arranger le bilan financier de la Warner, décidément fâchée avec la chaine du froid cette année. Vous pouvez envoyer des petits poids surgelés au CEO David Zaslav pour l’aider à s’asseoir sur ses hémorroïdes.
- Selon James Gunn, sauveur du DCU et possible futur bouc émissaire de son effondrement (on verra son Superman), a comparé l’avalanche de caméos dans les films de super héros récents à « du porno ». Comparaison n’est pas raison : ça bande trop mou sous la cape pour évoquer une orgie réussie.
- Les premiers retours de Rebel Moon, le nouveau film de « Simple » Zack Snyder (300, Watchmen…) sur Netflix sont tombés, et à la non-surprise générale c’est … la cata. Le cinéaste qui pense et filme à 24 ralentis/secondes s’en fout : il a déjà annoncé une version longue de trois heures. Il a bien raison : Netflix oblige, ça coûte pas cher au téléspectateur de consacrer du temps aux croûtes pour les crucifier ensuite sur les réseaux. À la fin, tout le monde y trouve son compte : Netflix quand la plate-forme publiera l’indice d’audience, Snyder qui pourra en aligner un deuxième film, et le spectateur qui se sert de son Wifi pour partager ses bons mots sur un mauvais film. Comme l’auteur de ces lignes en somme. Internet, ou la mesquinerie en bande organisée.
- Zack Snyder toujours, a déclaré qu’il adorerait reprendre son Justice League si Netflix en possédait les droits. Qui appartiennent pour le moment à… La Warner, son ancienne crémerie en train de tourner chèvre. En vla un qui attendra pas que le cadavre du mammouth refroidisse pour se couper un steak si l’occasion se présente.
- Un fan de Jigarthanda : Double X, dernière dinguerie indienne à affoler les compteurs et les réseaux, a interpellé Clint Eastwood sur Twitter pour l’enjoindre à regarder le film, qui serait un hommage à son cinéma. Celui-ci, 93 ans et occupe sur le tournage de son Juré n#2, a pris le temps de se connecter à Twitter pour lui promettre à l’anonyme qu’il regarderait. Parce que même sur le chemin du siècle, Clint reste le plus cool d’entre tous.

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /
- « Sa majesté des mouche » : ainsi serait-on tenté de qualifier le Texan Jesse Rodriguez au lendemain de sa démonstration face à Sunny Edwards pour l’unification des titres WBO et IBF à moins de 112 livres. On pouvait remettre en question la fraîcheur des glorieux vétérans Carlos Cuadras et Srisaket Sor Rungvisai lorsque « Bam » monta les fesser chez les super mouche. On pouvait trouver quelques limites à sa palette technique quand il redescendit de catégorie pour laisser le champ libre à son frère Joshua Franco (retraité depuis) et dominer Israel Gonzalez puis Christian Gonzalez Hernandez ; Rodriguez sembla alors peiner à couper la route à des adversaires choisissant de boxer plutôt qu’accepter la bagarre. Or si un styliste était en mesure d’exploiter cette faille, c’était bien l’Anglais invaincu Edwards, au punch aussi inoffensif que son bagage pugilistique était fourni. Las, d’une part les champions de Grande Bretagne peinent souvent à confirmer leurs exploits outre-Atlantique, et d’autre part Bam a montré combien il avait travaillé sa maîtrise de l’espace délimité par les seize cordes. Derrière un jab d’élite, il imposa progressivement les termes du combat à un adversaire dominé en allonge autant qu’en force physique, marquant des coups puissants des deux mains, en contre autant qu’à l’offensive. Lorsqu’il boxe à 100% de ses moyens, le gaucher Rodriguez donne une impression de plénitude rare chez ses contemporains. Jamais Edwards ne put s’ouvrir les angles dont il fait d’ordinaire son miel : Bam verrouillait la distance ou bien accompagnait ses déplacements dans la microseconde. L’Anglais tenta bien de passer en fausse garde ou d’être une cible plus mouvante, montrant ainsi l’étendue de ses talents. En vain. L’oeil gauche marqué tôt dans le combat malgré des débuts honorables, il ne grapilla qu’un à trois rounds selon les juges avant que son destin ne bascule à la fin du 9e sur un cross du gauche reçu en plein menton. Il fallut un courage certain pour se relever d’un premier knockdown en carrière aussi spectaculaire, une chute face contre terre d’un symbolisme douloureux. S’il fut sauvé par la cloche, son coin prit en l’arrêtant dans la foulée la décision qui s’imposait. Nulle honte dans cette défaite-là, et Edwards peut imaginer récupérer son bien dans un futur proche tant Rodriguez semble taillé pour les super mouche et au-delà. Comptant désormais 19 succès en autant de combats professionnels, Bam fait à 23 ans un candidat crédible au Top 10 toutes catégories confondues. Sa majesté des mouche abandonnera son titre honorifique lorsqu’il le voudra bien.

- À force de suivre — non sans une pointe de lassitude — le tango qu’interprètent à distance Saul « Canelo » Alvarez et son challenger David Benavidez, on en oublierait presque le golgoth qui se développe tranquillement dans leur ombre : le Cubain David Morrell, titulaire de la ceinture WBA « chocolat » des super moyens. Le bougre s’est fait une spécialité de débiter en tranches fines d’innocentes victimes sur le ring de The Armory, splendide salle de spectacles de Minneapolis dont il est citoyen d’adoption. Celui qui tint presque 12 rounds entiers dans l’antre de Morrell, le robuste Kazakh Aidos Yerbossynuly, y gagna 10 jours de coma et le droit de se choisir une nouvelle profession. Soyons francs : on n’attendait rien d’autre du Ghanéen Sena Agbeko qu’une poignée de minutes à observer les derniers progrès d' »Osvary » Morrell pour son 10e combat professionnel, et c’est précisément ce qui nous fut offert. Il faut rendre cette justice à Agbeko qu’il se montra actif tant qu’il le put, c’est à dire bien peu de temps dans les faits. Face à lui, le tentaculaire gaucher Morrell fut aussi précis et dévastateur des deux mains qu’à l’accoutumée, la garde haute en phase défensive et marquant à volonté du jab ou sur des coups puissants données sans préparation. Si Agbeko avait tout du sac de frappe face à un espoir de niveau mondial, disons qu’hier soir il fut fort bien frappé. Le Cubain n’a encore affronté aucun vrai client chez les moins de 168 livres mais ce qu’il laisse déjà entrevoir fait augurer des sueurs froides chez le futur vainqueur du superfight Canelo vs Benavidez — rêvons un peu pour 2024. Le très raisonnable arrêt de l’arbitre au 2e round, alors que le Ghanéen subissait un pilonnage méthodique dans un coin du ring, fut également celui de la boxe sur Showtime après 37 ans de fidélité au noble art. L’écurie PBC d’Al Haymon se produira désormais sur Amazon Prime, où l’on jugera sur pièce avant de bougonner que c’était mieux avant. En sous-carte de ce nouvel équarrissage, on notera le très anachronique Guerrero vs Berto II soldé par un nouveau succès du « Ghost » et la (pas si) douce revanche sur Chris Colbert de José Valenzuela, lui qui avait pu s’estimer lésé par les juges en mars dernier et laissa cette fois sa grosse droite plongeante décider d’un destin enfin favorable. Valenzuela en dessoudera d’autres chez les légers, catégorie où le chambreur Colbert manque cruellement d’arguments dissuasifs.
- Une rumeur insistante prête au champion WBO des super légers Teofimo Lopez l’intention de défendre sa ceinture le 8 février prochain face à « The Technician » Jamaine Ortiz, dont on se rappelle qu’il avait donné du fil à retrordre en légers à un certain Vasyl Lomachenko. La soirée Top Rank proposerait également chez les légers un affrontement entre le prospect médaillé d’argent de Tokyo (et tombeur de Sofiane Oumiha) Keyshawn Davis et le vétéran deux fois champion du monde José Pedraza. En soi, Lopez vs Ortiz n’a rien d’une affiche incontournable, mais elle permettrait sauf accident à « The Takeover » Lopez de rester actif avant une alléchante unification IBF – WBO face au Terminator portoricain Subriel Matias ; la date du 8 juin, soit la veille de la « Puerto Rico Day Parade » à New York, est envisagée. Sans doute doperait-elle les ventes de billets dans une ville dont la forte minorité boricua qui doit encore se familiariser avec « La fierté de Maternillo » Matias. S’il devait bien affronter Teofimo Lopez, la résistance de son menton aux droites qui manqueraient pas d’atterrir tôt serait sûrement un élément clé : soit Lopez obtiendrait un KO précoce, soit il trouverait le temps sacrément long, une fois vidé de son gaz explosif, contre un travailleur aussi abrasif que le Portoricain. Il s’agirait dans tous les cas d’une des affiches les plus intéressantes de 2024. Espérons-la.
- Rubrique cocorico sélective : le Lot-et-garonnais Samir Ziani s’est imposé aux points à l’issue des 10 rounds contre le Mexicain José Macias Enriquez, vendredi soir au Palais des Sports de Gerland. L’ex-champion EBU des super plume récolte ainsi un titre WBC International « Silver » qui le rapproche du « vrai ». Sur le ring, le gaucher Ziani est un bosseur-né doublé d’un technicien discipliné, une réputation à la quelle il a fait honneur face à Macias Enriquez. Plus d’un champion anglais peut en témoigner : jamais un journeyman mexicain, fût-il méconnu, ne fait le voyage pour rien, et celui dont il est question mérita son chèque jusqu’au dernier centime. La victoire par décision à la majorité de Ziani n’en est que plus méritoire. Avec un poil plus de punch (8 KOs sur 35 succès en professionnels), ce dernier inquiéterait bien des prétendants sous les 130 livres. Le punch n’est pas non plus la qualité première de Bruno Surace (désormais 25 victoires et 2 nuls), mais ce titulaire d’un master en droit des affaires creuse son sillon chez les pros depuis 2016 et devrait obtenir une chance de décrocher le titre EBU des moyens après sa victoire sur le champion d’Espagne invaincu Jhon Jader Obregon hier soir à Aix-en-Provence. Dominant sur les cartes un adversaire volontiers provocateur et après l’avoir habilement contré dos aux cordes pour un premier knockdown, l’ancien champion de France en a inscrit un second au 12e round, poussant l’arbitre à arrêter le combat. Désormais champion EBU Silver, « Super Brunello » a bien choisi le combat pour aller chercher son 4e KO. Et puis un autre Tricolore n’a pas démérité mercredi soir à Plant City (Floride) : Mohamed Mimoune s’est incliné aux points contre le Kazakh Batyrzhan Jukembayev, dont l’unique vainqueur n’est autre que Subriel Matias. Les cartes s’avérèrent étonnamment larges en défaveur d’un Mimoune globalement solide derrière sa garde haute, bien que trop peu entreprenant et secoué par une ou deux des puissantes gauches adverses. On souhaite au « Problème » d’autres opportunités contre des adversaires de valeur.

Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /
- Parlons MMA, parlons… UFC. Las Vegas accueillait le dernier événement de l’année pour la ligue nord-américaine, qui concluait son exercice 2024 avec un choc pour le moins attendu : le combat pour la ceinture welterweight entre Colby « Chaos » Covington et le champion en titre Leon « Rocky » Edwards. Petite review absolument pas exhaustive.
- Leon Edwards est un professionnel, un vrai. Car il en fallait du sang-froid pour se retenir de bouillir dans la cage, après que son adversaire du soir lui eut promis en conférence de presse d’avant-combat de l’emmener dire bonjour à son père en enfer. Précisons que ledit papa est mort sous les balles dans un ghetto de sa Jamaïque natale quand Edwards avait 14 ans. Colby Covington faisait du Covington dans le texte mais là l’opinion générale a tranché : « on n’a pas le droit de tout faire et tout dire dans un combat » (Antoine, tu peux rajouter une ligne à ton texte de référence sur la boxe et la morale). C’est rassurant qu’il existe encore des barrières à ne pas franchir dans un milieu aussi désinhibé que l’Entertainment des gladiateurs. Mais il n’y a pas non plus de mauvaise publicité, que ça n’a absolument pas empêché le tacle à la gorge de faire son effet : l’augmentation de la vente de Pay-per-view suite à la conférence aurait grimpé de 25%. Le vrai problème de la puterie verbale, c’est que ça marche sur les casus, et qu’ils seront toujours plus nombreux que les passionnés.

- Mais revenons au combat, qui se sera soldé en fin de compte par ce qu’on s’attendait (espérait) voir : une domination propre, nette, sans coups d’éclats mais sans bavures de Leon Edwards. À l’exception du dernier round qui a permis à Covington de sauver l’honneur dans son domaine de prédilection (le grappling), l’Anglais a fait ce qu’il a l’habitude de faire : fermer les portes à son opposant, annihiler ses points forts, dérouler un pieds-poings d’une précision de missile balistique, et imposer son rythme sans presque jamais affoler les compteurs. Pourtant habitué à dicter les débats et à noyer l’autre sous une cadence infernale, Covington s’est comporté de manière étrangement attentiste ici, notamment durant les deux premiers rounds. Sans doute le « ring rust » généré par ses quasi deux ans d’inactivité n’y est pas pour rien. Le temps qu’il se réveille, sa jambe avait déjà pris les couleurs de l’arc-en-ciel sous les low-kicks d’Edwards, et ses tentatives de recentrer les échanges sur son terrain de prédilection se sont fait éteindre par la défense de takedowns du « Still …. Champion ». Pieds-poings de sniper, et désormais seul titulaire de l’honneur d’avoir amené au sol les imprenables Kamaru Usman et Colby Covington. On souhaite à Edwards de rester longtemps à sa place.
- Mais Rocky pourrait avoir du souci à se faire dans les prochains mois, puisque Shavkat Rakhmonov vient de doubler pas mal de monde dans la file d’attente avec sa victoire par soumission contre Stephen Thompson. Notoirement connu pour être l’un des combattants les plus chiants à combattre de la caté, Thompson a deux armes pour lui : un art du déplacement de karatéka, et une capacité unique à se servir de sa jambe gauche comme d’un jab de boxer. Des forces que le Kazakh s’est fait un point d’honneur à neutraliser en cassant la distance au plus tôt, et en pressant son adversaire contre le grillage. Pas très spectaculaire, mais efficace : la résistance pourtant légendaire de l’Américain s’est effondré pièce par pièce devant l’implacable pressing de son adversaire, qui lui a passé une guillotine fatale à 6 secondes de la fin du deuxième round. Qu’on se le dise : Houston, nous avons un problème.
- Enfin, cet UFC marquait aussi l’énième combat de trop de Tony Ferguson contre Paddy Pimblett, « next big thing » de Liverpool savamment automarketée dont la hype s’est évaporée suite à une victoire sur décision pour le moins litigieuse contre Jared Gordon il y a quelques mois. Le vétéran Fergusson avait promis un come-back retentissant, fort de sa préparation avec David Goggins, l’homme le plus en forme du monde d’après tout ceux qui ont essayé de le suivre. Las : malgré un bon travail d’anglaise, Tony ne paraissait plus pouvoir connecter les circuits dès lors que les échanges se corsaient, malgré le menton jamais très loin de la fenêtre de Pimblett. Physiquement cramé au début du troisième round, celui-ci a judicieusement joué la montre suite à un takedown de dernière ressource qui lui aura permis de faire passer à « El Cucuy » les dernières minutes du combat sur son dos. Celui-ci semblait toujours frais quand la décision des juges revint logiquement à « The Baddy ». Mais ce n’est pas la condition physique qui semble faire défaut à Fergusson, mais bien sa capacité à connecter les compétences martiales qui lui permirent de régner un jour au sommet de la division quand le feu se déclenche. Comme l’a très bien dit et écrit le taulier de ces pages : « Le menton c’est comme le foie : un capital qui s’économise sur la durée », et celui de Ferguson a traversé trop de guerres pour fructifier sur la longueur. La retraite ?
- Enfin un mot pour Salahdine Parnasse, qui tentait samedi d’écrire l’histoire du MMA mondial en prenant une troisième ceinture au KSW contre le champion des welters F. La marche était haute mais pas inatteignable pour le français, champion des divisions d’en-dessous qui espérait transcender la différence de gabarit par sa supériorité technique. Au final, ça s’est pas joué à grand-chose, mais suffisamment pour attribuer une victoire à la décision sans contestation au Polonais, qui a su échelonner son effort et jouer de sa force pour ne pas se faire dépecer sur la longueur par le cardio inépuisable du français. En tous cas, une chose est sure : en n’esquivant jamais la bagarre contre un golgoth bien plus épais, jusqu’à se relever d’un coup de genou sauté pleine face au cours du 3ème round, le pensionnaire de la Atch Academy a tenu le cap dans des eaux qui auraient dû lui faire boire la tasse. Salahdine Parnasse a loupé de peu le podium du « Triple Champ » ce soir. Par contre, la couronne du meilleur combattant de MMA français lui revient de droit.