Into the Void: From Birth to Black Sabbath ― And Beyond, Geezer Butler

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Le 5 juillet dernier, tout ce que la planète compte de métalleux s’émouvait d’entendre la formation originale de Black Sabbath conclure une journée historique de concerts donnés en son honneur. Incapable de se lever de son trône noir de Prince of Darkness, Ozzy Osbourne donnait tout et plus au chant, et c’était déjà sublime. Il mourrait 17 jours plus tard. Bill Ward, à la ramasse aux fûts, bénéficiait de l’aide d’un Tony Iommi moins souverain qu’à son habitude sur sa Gibson SG pour garder le tempo. Seul à assumer ses cheveux blancs, Geezer Butler se singularisait aussi par la virtuosité inchangée avec laquelle il faisait vrombir sa basse aux couleurs d’Aston Villa, club résident du stade de Birmingham où se tenait ce Back to the Beginning, et qu’il supporte depuis les années 50. Le hasard a voulu que j’entame la lecture de son autobiographie le jour même où le Prince of Darkness rejoignit Lemmy Kilmister et Ronnie James Dio au valhalla des plus grands frontmen de l’histoire du metal. Autant dire que la nouvelle rendit caduque une partie de son contenu en même temps qu’elle le chargeait d’émotion.

Avec Aston Villa pour unique religion

Geezer l’affirme dès le prologue d’Into the Void, intitulé d’après une chanson culte de l’album Master of Reality, et le constat reste valable aujourd’hui : avoir survécu à quatre aussi longtemps, fût-ce seulement jusqu’au 22 juillet 2025, reste un mystère, tant l’aventure fut riche de n’importe quoi.  Si les abîmes furent profonds, les hauts vécus par cette bande d’outsiders s’avérèrent stratosphériques. À l’instar de ses trois camarades, Terence « Geezer » Butler est né d’une famille de lower middle class habitant Aston, quartier de Birmingham, dans un après-guerre où la ville se remettait à peine du Blitz nazi. Ses parents irlandais sont des gens de devoir, aussi rudes que Birmingham elle-même mais aimants avant tout. Benjamin de sept enfants, le jeune Geezer a une vision aux allures de rockstar au temps où celles-ci n’existent pas encore, premier événement paranormal revendiqué par ce mystique qui sera vite porté sur l’occulte. Il doit son surnom à l’un de ses grands frères, dont il attrapa un tic de langage, celui d’appeler la Terre entière « geezer » à la manière des Cockneys – soit une sorte de « mec » en français courant. Depuis la petite maison des Butler, Geezer entend les clameurs de Villa Park. Le club est sa seconde religion après le catholicisme, « et aujourd’hui la seule ».

Amoureux des animaux et de son chien brûlé à l’acide par un voisin malveillant, il devient végétarien très tôt. Si Butler vit quantité d’aventures picaresques dans un quartier de plus en plus cosmopolite, il ne devient pas mauvais garçon pour autant, lui qui vit parfois les discriminations frappant les Irlandais au temps des attentats de l’IRA. Recevant une stricte éducation catholique, il est un croyant fervent jusqu’à ce qu’une nonne moque ses cheveux longs, et nourrit une fascination pour la science-fiction, l’âme humaine et la mort elle-même dans une Angleterre marquée par les deuils de 1939-45. Parce qu’il réussit sans le savoir l’examen d’entrée au lycée, l’apanage de peu d’enfants de prolétaires, Geezer peut approfondir sa culture littéraire. Son goût pour la musique s’éveille avec Elvis Presley et explose avec le Love me do des Beatles. S’exerçant d’abord sur une guitare à deux cordes, il voit les Beatles à Birmingham en 1965, puis les Rolling Stones, Ike et Tina Turner et Cream. Butler reconnaît aussi des influences décisives côté Jimmy Hendrix et Frank Zappa – le cynisme et l’humour de ce dernier le marqueront durablement. Il aura plus tard l’occasion d’assister à une fête d’anniversaire de son idole, le voyant administrer d’originales « champagne enemas » à des filles nues faisant le poirier. Passons.

Immense bassiste… par défaut

Soucieux de contribuer aux revenus du foyer, Geezer décroche un poste de comptable à seize ans. Il présente très tôt les premiers signes d’une dépression, sans que l’époque sache bien quoi en faire. Le gamin chevelu connaît une période hippie. Il est viré de son job, et multiplie les échecs en entretiens d’embauche parce qu’il refuse de raccourcir son épaisse tignasse. Un certain Ozzy Osbourne remplace le chanteur de son groupe – à l’époque, il est un skin d’Aston dont la vue inspirera à la mère de Geezer l’expression « Il y a quelque chose pour toi à l’entrée ». Un certain goût pour les drogues unit vite les deux adolescents. Butler découvre également qu’Ozzy peut chier à volonté, sur les voitures des mauvais payeurs comme plus tard dans les bacs à glaçons des hôtels américains. Bill Ward et Tony Iommi, lequel harcelait Ozzy à l’école, les rejoignent alors qu’ils montent une nouvelle formation. Le manque d’un bassiste force le destin de Butler, jusque-là guitariste, même s’il doit commencer par utiliser une telecaster accordée bas. Les premiers concerts du « Polka Tulk Blues Band » s’avèrent approximatifs, les bagarres concomitantes sont fréquentes, et Iommi décide – première fois d’une longue série – de virer deux des membres, guitare slide et saxophone. Toujours apprenti à la basse, Geezer s’inquiète, mais sa popularité au sein du groupe le protège.

Reste que tous les quatre se nourrissent pour l’essentiel de vache enragée. Butler évoque notamment la nécessité de coudre une jambe noire sur son unique pantalon… vert. Iommi est soudainement recruté par Jethro Tull, mais l’affaire fait long feu : il veut rester son propre patron au sein d’un groupe désormais nommé Earth. L’expérience lui apprend un professionnalisme qu’il impose à ses trois camarades. Le groupe effectue de premiers contrats hors du Royaume-Uni, dans des conditions souvent acrobatiques. Il change de braquet en résidence au Star-Club de Hambourg, comme les Beatles avant lui. Suggérée par Geezer dont le frère lui avait raconté le film d’horreur italien du même nom, la transition vers Black Sabbath résulte de l’existence d’une formaation également nommé Earth dans la région de Birmingham. Il s’agit alors de coller au style musical du groupe, qui vient de composer la chanson éponyme, plutôt que d’une approche marketing délibérée. Le succès auprès du public est immédiat, mais Black Sabbath peine à trouver un producteur ; ce sera un certain Rodger Bain. Ils enregistrent leur premier album en deux jours de studio fin 1969 ; la sincérité naïve de leur jeu fait qu’il vieillira peu, et que les fans se montreront nostalgiques du son mal dégrossi qui le caractérise. « Je me suis juste branché sur l’ampli » répondra Butler à ceux qui demanderont la recette de son style, par ailleurs difficile à reproduire plus tard… vu que le quatuor savait à peine ce qu’il faisait.

Plutôt des candidates à Miss Hell qu’à Miss World

Si le groupe enchaîne toujours les sets misérables – et les menus larcins -, l’album Black Sabbath entre dans les charts, porté par son succès auprès des fans des Midlands et du Nord tandis que critiques et professionnels londoniens ne comprennent guère le phénomène. Le groupe ne perçoit aucune royaltie sur le disque, et confie la gestion de ses intérêts au manager Patrick Meehan. Enregistré quelques mois après Black Sabbath, l’album Paranoid arrive en tête des charts. Meehan organise une première tournée américaine, l’occasion de découvrir des groupies locales qui ne rechignent guère à suivre nos Brummies dans leur hôtel borgne de New York. « Je laisse la suite à votre imagination, disons juste que les cafards ne douchèrent pas leur enthousiasme. » Geezer précise malgré tout qu’il s’agissait plutôt de candidates à « Miss Hell qu’à Miss World ». La fastidieuse conquête de l’Amérique s’effectue État par État et territoire par territoire ; l’efficacité du manager s’avère moindre que dans ses discours et les problèmes techniques se multiplient – résultant notamment de roadies peu au fait des différences entre les appareillages électriques anglais et américain. Le troisième album Master of Reality est enregistré en 1971 à Notting Hill sans même que Butler se rappelle quand les nouveaux titres eurent le temps d’être composés. Lorsque Geezer peut enfin prendre des vacances en Grèce avec celle qui deviendra sa première épouse… il tombe sur Ozzy et Bill, leur agent ayant regroupé les réservations.

L’album Vol. 4 sera enregistré à Los Angeles. Le groupe loge à Bel Air chez John du Pont, ami de Patrick Meehan, où ce dernier s’assure de l’open bar « coke et groupies » à défaut de garantir une rémunération cohérente au groupe. Geezer précise que la cocaïne rend également sot et créatif : FX nait de l’entrechoquement entre la croix de Iommi et les cordes de sa SG alors qu’il danse nu et défoncé, Changes vient d’improvisations au piano alors que le guitariste ne sait pas en jouer, Laguna Sunrise devait initialement comporter des parties de violon et violoncelle de Geezer et Iommi… avant qu’ils les sous-traitent à des musiciens compétents. Rare plan de guitare du Sabb’ non interprété par Iommi, Geezer joue de la Fender 12 cordes en outro de Wheels of Confusion. Pour l’enregistrement de l’album suivant Sabbath Bloody Sabbath, le groupe rentre en Angleterre chercher l’inspiration. Charlie Watts les visite régulièrement, le claviériste de Yes Ron Wakeman sympathise avec Ozzy et joue du synthétiseur sur Sabbra Cadabra, les copains de Led Zeppelin passent au studio pour une jam dont Geezer ignore toujours si les bandes existent, et où le surpuissant John Bonham endommage la batterie de Bill… il expliquera en avant-première à un Geezer fasciné sa très élaborée contribution à un futur morceau intitulé Kashmir.

Gloria, l’amour au feu rouge

L’immense concert américain baptisé California Jam auquel participe Black Sabbath en avril 1974 occasionne le début d’une rupture avec Meehan : le groupe est prévenu tard, et surtout ne reçoit aucun paiement digne de ce nom. L’escroquerie systématique orchestrée par le manager se confirme lors de l’enregistrement de Sabotage en 1975, émaillé de visite d’huissiers au studio. Alors que la Warner se lave les mains du conflit, ils devront lui régler un million de dollars pour s’émanciper. Sur la tournée qui s’ensuit, la scénographie de KISS en première partie les relègue selon Butler aux « applaudissements polis d’une foule encore sous le choc ». Tandis qu’Iommi perfectionne sans cesse sa technique et suggère le recrutement d’un claviériste à plein temps, voire un arrêt des excès festifs en bonne et due forme, Geezer et Ozzy se sentent de plus en plus éloignés du groupe. Débordé par les prémices du punk, aussi authentique que le fut Black Sabbath en 1970, Iommi choisit pour Technical Ecstasy une ligne artistique lorgnant vers Boston et Journey et le résultat déplaît à Geezer comme il laissera perplexe une critique pourtant devenue favorable avec Sabbath Bloody Sabbath. Peu convaincue, la Warner réduit leurs émoluments.

Butler dément avoir menacé Malcolm Young avec un faux cran d’arrêt et causé le départ d’AC/DC de la tournée 77, un hoax bien établi – il put alors constater que Bon Scott était déjà dans un sale état, trois ans avant sa mort. Coup de théâtre : Geezer est viré pour manque d’implication puis repris sans explication, Ozzy part de lui-même et revient faute d’alternatives solides, et à ce moment charnière l’administration fiscale leur réclame quantité d’arriérés sur un magot qu’ils ne perçurent jamais. Telles sont les conditions d’enregistrement de Never say die!, « un ensemble disjoint de hard et soft rock sans traces de metal » conçu dans le froid de Toronto. On dira semi-romantiques les conditions de la rencontre de Geezer avec sa future seconde épouse : c’est parce que Bill est devenu sale à l’extrême qu’il décide d’éviter le tour bus et prend désormais l’avion, et c’est dans un aéroport qu’il remarque Gloria, demande à son chauffeur de la suivre, et lui propose un rencard à un feu rouge. Elle est toujours sa femme, doublée de sa manager, en 2025. Dans le même temps, la tournée américaine ouverte par Van Halen, sur qui mise la Warner, est un désastre pour un Black Sabbath absolument ringardisé.

La vie sans Ozzy

Dans le même temps, Ozzy s’avère de moins en moins fiable et impliqué, causant le report d’un concert à Nashville parce qu’il avait disparu – le bougre comatait dans une autre chambre d’hôtel que la sienne – ou bien incarcéré à la douane de LA pour une altercation avinée avec un autre voyageur alors que le groupe l’attend en studio. Si Iommi prend en taulier la décision de le remplacer, Geezer l’assume encore aujourd’hui compte tenu du gouffre alcoolo-chimique alors exploré par le futur Prince of Darkness. Le recrutement de Ronnie James Dio en remplacement ne plaît guère à Don Arden, avec qui le groupe est désormais sous contrat et qui décide de sous-traiter son management, mais l’ère qui s’ouvre alors sera considérée très positivement par Butler, qui revient motivé suite à son divorce à l’amiable. L’anglophile Dio apporte pléthore d’idées, sait jouer des instruments pour les illustrer, et prend bien les vannes – même si c’est toujours Bill qu’on manque de tuer en y mettant le feu. L’album Heaven and Hell de 1980 est un succès. Sur la tournée qui suit, animée par des bisbilles avec Blue Öyster Cult, un Bill Ward incontrôlable interrompt sa participation et se fait virer dans la foulée. Il regrettait trop son meilleur camarade de biture Ozzy Osbourne. Le remplaçant Vinnie Appice vit son premier gig devant 50000 personnes à Hawaï… et tient le choc.

Quand Geezer apprend que Gloria va accoucher, ivre, il décide de traverser l’Atlantique sans prévenir le groupe… qui ne le congédie pas malgré les 6 shows annulés dans la foulée, et célèbre avec lui la nouvelle. Il arrête illico la drogue. En parallèle, Tony est malheureux en amour, Bill vit littéralement dans le garage d’un copain, Ozzy s’est reconstruit grâce à Sharon, fille de Don Arden – buveuse solide, bagarreuse, impitoyable mais aimable avec Geezer -, et les relations entre lui et Black Sabbath sont apaisées. Butler apprécie beaucoup l’album Mob Rules (1981), grâce notamment au travail du producteur Martin Birch, et contrairement à la rumeur le fait de laisser Dio écrire les paroles ne l’incommode pas. En revanche, ce dernier est en conflit larvé avec Iommi pour des questions de leadership et de rémunération. Soumis aux plaintes incessantes de l’Américain, Geezer le vit mal, au point que ses idées noires reviennent le hanter. Un soir de la tournée, Gloria plaque carrément Dio contre un mur pour lui demander de cesser de harceler son mari… Celui-ci veut désormais le départ du frontman, et confirme dans sa biographie l’altération par Dio des bandes du Live Evil de 1982 qui scellera la décision de le virer. Alors que Sharon a racheté le contrat de management de son nouveau mari à son père, Geezer et Iommi voient débarquer Ozzy dans leur chambre d’hôtel de Los Angeles pour leur recommander de se rapprocher de Don.

Premier départ, premier retour

Geezer confirme le chaos adulescent qui fit la légende de l’enregistrement de Born Again (1983), quand bien même le nouveau chanteur Ian Gillan ne finit pas dans la piscine avec la Ford de Bill Ward dans sa version des faits. Ce dernier s’est présenté avec son parrain des AA, en fait un escroc qui causa son retour aux États-Unis. Le son cradingue de l’album reste un mystère dont Geezer décline la responsabilité. La tournée est du même acabit que l’enregistrement, marquée par la gnôle, les bagarres et les nuits au poste, sans même évoquer le décor surdimensionné et le nain grimé tel le bébé de la (hideuse) couverture de l’album. Geezer reconnaît avoir tenté de brûler une voiture avec un étrange whisky molotov depuis le 6e étage de son hôtel en Finlande. Le flottement post-83, suite au départ de Gillan, est bien décrit. Choisi par Don Arden, Dave Donato n’est « pas juste » selon Geezer, qui omet toutefois de préciser qu’il le recrutera sur un projet solo. La période est délicate à l’extrême pour Butler, qui doit s’occuper d’un père à l’agonie et de son second fils James, gravement malade de naissance. Il jette l’éponge en 1984 et rentre en famille en Angleterre, « prenant plaisir à ne plus faire partie d’un groupe. » On est alors à la page 210 sur 271 d’Into the Void, preuve que l’enfance et les 15 premières années de Black Sabbath constituent l’essentiel des souvenirs dont Geezer Butler souhaite nous faire part, lui qui précise entreprendre cette démarche après que la disparition de son propre père a laissé trop de questions sans réponses.

Les tentatives de Geezer en solo ne décollent guère sans qu’il en semble contrarié, lui qui joue désormais par passion plutôt que par absolue nécessité. Il rejoint le groupe d’Ozzy sur le No Rest for the Wicked Tour (1988), aux côtés d’un Madman prétendant qu’il est sobre… mais incarcéré puis envoyé en désintoxication après avoir tenté d’étrangler Sharon. Au début de la décennie 90, il se rapproche de Dio avant qu’un besoin partagé de rebondir ne les réunisse avec Black Sabbath. À l’époque, Dio cache ses guitares chez Geezer pour ne pas se les faire saisir… L’enregistrement de Dehumanizer (1992) se passe au mieux, même lorsque Butler demande à Dio de lever le pied sur son tropisme vers les dragons et les chevaliers, et l’album fonctionne. En revanche, sur la route, les egos reprennent le dessus – un citron en loge fait dégoupiller Dio, et sa chute de scène provoque les rires de Butler et Iommi – avant que l’Américain refuse d’ouvrir pour Ozzy à Costa Mesa fin 1992 dans le cadre du No More Tours. Le nouveau départ de Dio est l’occasion d’une pige au micro de Rob Halford – que tout le monde savait gay longtemps avant son coming out, selon Geezer, mais s’en foutait comme d’une guigne – alors séparé de Judas Priest. Toujours selon Butler, l’entrée en scène solitaire du « Metal God » trois minutes trop tôt résulte d’une erreur et pas d’une blague de ses coéquipiers… Alors qu’Ozzy refuse une proposition de réintégrer Black Sabbath, Halford préfère de son côté monter son propre groupe. Le Sabb’ rappelle donc Tony Martin, son frontman dans la seconde moitié des 80s.

Avec Dio jusqu’au bout

L’album Cross Purposes (1994) qui en résulte, et dont Geezer écrit une part significative des textes et de la musique, est jugé positivement par celui-ci, mais il regrette que l’ensemble sonne plus comme un projet Iommi-Butler que comme du Black Sabbath. Bill Ward est rappelé pour le passage de la tournée qui suit en Amérique du Sud, pige qui se solde hélas par une catastrophe sur scène. Geezer collabore de nouveau avec Ozzy sur Ozzmosis (1995), et sent revenir la dépression. Le Ozzfest, festival itinérant d’Ozzy, est l’occasion d’une reformation du lineup original en 1997, lequel donne lieu à un nouveau live l’année suivante. Pour Butler, l’époque est contrastée : s’il se réjouit que les quatre copains soient enfin réunis – les plaisanteries reprennent, cette fois à ses dépens quand Iommi se fait passer pour un flic à l’aide d’un gyrophare alors qu’il conduit ivre… -, il connaît bientôt un épisode dépressif aigu. La médecine ayant progressé depuis les années 60, Geezer bénéficie enfin d’un diagnostic approprié et se voit prescrire les antidépresseurs qu’il prend toujours aujourd’hui.

Au début de ce siècle, Butler se dit sensible à l’avalanche d’hommages des autres groupes de metal et de leurs fans, reconnaissant 30 ans plus tard le rôle décisif de Black Sabbath dans la création et le développement du genre entier. Combiné avec le succès télévisé de The Osbournes (2002-2005), le phénomène relance le groupe, mais une première tentative d’écrire un nouvel album aboutit à une poignée de chansons forcées retoquées par le producteur Rick Rubin. Geezer rappelle que des critiques sur scène de The Osbournes furent à l’origine de la guerre ouverte entre Sharon Osbourne et Bruce Dickinson lors du Ozzfest 2005 – soldée par un déluge d’œufs sur la scène d’Iron Maiden en plein The Trooper, avant des coupures de courant répétées… Une nouvelle réunion du tandem Iommi-Butler avec Ronnie James Dio – embarquant Vinnie Appice aux fûts – donne lieu à une tournée plaisante puis l’enregistrement de The Devil you know sorti en 2009 sous bannière Heaven & Hell. Quand il apprend le cancer à l’estomac de Dio dans la foulée, Geezer l’accompagne jusqu’au bout. L’ultime hommage rendu au second frontman de Black Sabbath est l’un des moments les plus touchants du livre ; d’une manière générale, l’aura d’un Dio professionnel, humain et proche des fans sort encore renforcée d’Into the Void.

Vieillir sans gilets beiges ni chaussures à velcro

Si Butler s’étend peu sur 13 (2013) et la tournée The End, il insiste bien sur le fait que Rick Rubin n’aura servi qu’à la communication autour de l’album, qu’écrire des chansons en sexagénaire s’avéra difficile mais qu’il en est plutôt fier, et que l’enregistrement fut un tour de force pour un Iommi relevant d’un cancer lymphatique. Puis il conclut l’histoire du groupe sur ces mots sans équivoque : « Ignorez les rumeurs, nous ne le referons plus jamais. Bon, les trois autres peuvent faire ce qu’ils veulent, mais en ce qui me concerne l’histoire de Sabbath est finie. » On fera grâce à Geezer du concert Back to the Beginning. Dans l’épilogue, il affirme échapper « aux chaussures à velcro et aux gilets beiges » qui caractérisent les hommes de son âge. S’affirmant en excellente forme physique, il lit beaucoup, surtout des romans policiers, et voyage avec Gloria. Seule une bagarre idiote l’a empêché de devenir citoyen américain. Les autres membres de Black Sabbath restent des frères. Si l’industrie musicale ne se ressemble plus guère – l’album, dans son acception classique, est bien mort -, lui n’a pas de regrets… hormis un ou deux titres en plus pour Aston Villa.

On reconnaît la patte de l’auteur principal de Black Sabbath dans le style fluide du texte, trahissant ses termes et expressions idiomatiques favoris comme « bloke » (et plus « geezer ») pour « mec » et « to get on like an house on fire » pour « s’entendre comme larrons en foire ». Contrairement à bien d’autres célébrités autobiographes, il a lui-même écrit la première version du livre avant de la confier au spécialiste Ben Dirs. Terence « Geezer » Butler est un conteur-né, « le raisonnable du lot », comme il aime se qualifier, soit l’unique membre de Sabbath ni dingue, ni brute, ni clodo. Il promène sur l’histoire du groupe un regard lucide et volontiers sarcastique. L’homme n’est pas d’un naturel timide, mais affirme que les années de tournées l’ont rendu avide d’intimité – « un introverti dans un milieu de fanfarons » -, et il est enclin à la dépression depuis l’époque où l’on recommandait d’aller écluser deux ou trois pintes au pub pour faire passer sa tristesse. Il se dit aussi « phobique de cette extrémité du corps » pour expliquer qu’il ne changea pas les couches de ses enfants… Geezer Butler jure peu, héritage d’une éducation où les mots grossiers étaient laissés aux « ignorants » et valaient des coups de ceinture, « malgré des milliers de journées en compagnie d’Ozzy Osbourne ». Mi maniaque, mi nostalgique, il ne s’est jamais séparé d’une basse de concert depuis qu’il dut échanger sa première Fender. Butler s’estime moins résistant à la boisson et la drogue que ses copains, et son Mr Hyde se révèle facilement quand il a bu – sans compter les bagarres, il manque ainsi de se faire abattre par un flic de Norfolk (Virginie) alors qu’il se sert derrière un bar et crie « I’ll die for Villa! » à celui qui le menace d’une arme.

Coups de griffe au taulier

Geezer passionne évidement lorsqu’il décrit la dynamique en vigueur au sein du lineup original de Black Sabbath : Tony Iommi est « charmant quand il ne frappe personne« , mâle alpha à la mandale facile – en témoigne le traitement réservé au journaliste Allan Jones à la grande joie de Geezer – qui brutalisait Ozzy à l’école, ce dernier ne feignant pas sa dinguerie – il se présente une première fois chez les Butler le crâne rasé, pieds nus et tenant une chaussure en laisse, puis Geezer découvre qu’il « défèque à volonté » en toute sorte de lieux inappropriés -, repris de justice précoce d’abord timide (!) sur scène ; « Ozzy could be a pain » précise-t-il malgré son affection pour lui, d’ailleurs The Osbournes amusera Butler, Ozzy y étant apparemment « authentique ». Originaire d’un quartier un poil plus plus sophistiqué, Bill a de « petites excentricités » – il cuisine à son ami végétarien des peaux de banane en pleine dèche – et supporte (trop) facilement les blagues d’Ozzy et Tony : « il prenait pour les autres« . Atteint par la drogue et la boisson, il devient peu à peu clochard malgré l’argent et le statut, et les bagarres entre Ozzy et lui dégénèrent – cf. l’épisode où Geezer observe placidement une télévision traversant un mur d’hôtel.

En termes de direction artistique du Sabb’, Geezer est à la fois intimidé et frustré par le « riffmeister » Iommi et le peu de cas fait de ses propres riffs avant Sabbath Bloody Sabbath – en profitant pour glisser qu’il est tout de même à l’origine d’A national acrobat -, mais il affirme aussi que l’importance historique du guitariste moustachu n’est pas assez reconnue – Keith Richards prend une fameuse balle perdue à l’occasion. Tout en donnant régulièrement à Iommi des gages de respect, Butler multiplie les piques à l’égard du patron… qui prenait bien mal la critique en son temps. Tony Iommi n’aime pas beaucoup virer les autres lui-même, et délègue Bill en tant que « porte-parole ». C’est d’ailleurs Ward qui informe Geezer de sa propre éviction – temporaire – en 1977, ce qui occasionne une vraie altération de la confiance entre les « frères ». Mais Iommi n’est pas coupable que d’erreurs de management : d’après Butler, ses solos trop longs emmerdent le monde sur la tournée Never Say Die! avec Van Halen, mais il n’aurait jamais accepté qu’on le lui fasse remarquer. Quand le père de Geezer est mourant et que son second fils nouveau-né doit subir une opération à cœur ouvert, c’est Ozzy, bien qu’évincé du groupe, qui prend des nouvelles quotidiennement. Pas Tony.

Un Geezer pas ramenard

Une fois lui-même parti du groupe, Butler n’est pas tendre pour Seventh Star, publié par Iommi en solo sous la bannière Sabbath – l’occasion d’une comparaison aux Temptations, modèle de groupe à géométrie variable. La « Frankenstein version » de Black Sabbath se fait donc consciencieusement tailler, y compris le malheureux Tony Martin (« another left-field singer »), et surtout quand Iommi tente d’embarquer Geezer en tournée dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid, pour des concerts à Sun City qui vaudront une nouvelle Rolls à ce grand amateur de bagnoles. Plus tard, Tony réagit mal à une chanson solo qui le rudoie gentiment, et renvoie carrément la balle sur le backdrop de la tournée Forbidden – les délicieuses tombes aux noms de Geezer et Gloria. Quand Sharon Osborne attaque Iommi en justice pour partager la propriété du nom Black Sabbath, Tony n’en cède rien à Geezer, qui s’est pourtant montré loyal. Il finit cependant par lui proposer un contrat digne, certes sans partager la marque, à la reformation suivant la mort de Dio, et Geezer enchaîne en affirmant qu’il admire alors le travail qu’accomplit Tony malgré son cancer. Enfin, le « maestro » Tony Iommi figure en bonne place dans les remerciements d’Into the Void. Les seconds rôles ont droit à quelques bons points. Tony Martin, certes pas un frontman naturel et porté sur les chapeaux bizarres, s’avère un camarade plaisant doublé d’un chanteur capable. Bon camarade, Zakk Wylde l’est également, en plus d’être le seul type plus dingue qu’Ozzy à la connaissance de Geezer. Ainsi le colosse blond boit-il son urine de manière acrobatique pour amuser la galerie et ne se lave pas une seule fois durant l’intégralité de l’enregistrement d’Ozzmosis.

Butler est aussi captivant lorsqu’il aborde l’identité profonde de Black Sabbath : pour lui, le jeu du groupe se caractérise avant tout par le fait qu’il rebute les puristes. Tony Iommi s’adapte à ses phalanges manquantes, Geezer lui-même – qui n’a donc pas appris la basse avant Earth puis Black Sabbath – s’adapte aux spécificités d’Iommi et ajoute de la puissance à son jeu pour tenir la baraque pendant les solos de guitare ; Butler a même innové sans le savoir, faute d’autres exemples de bassiste ayant fait usage d’une wah-wah avant N.I.B. Geezer reconnaît par ailleurs le rare swing de Bill, comme il accorde un certain crédit à Ozzy dans l’écriture, lui qui trouvait souvent les premiers mots d’une chanson en jammant. Ajoutons que Geezer veille à ne pas se montrer exagérément ramenard. Comme il rappelle que son surnom au sein du groupe était « Tue l’amour » en référence à ses conquêtes amoureuses, il s’attribue le riff qu’il désigne comme étant le pire de Technical Ecstasy (sur Gyspy). En revanche il maintient avoir transmis le célébrissime signe des cornes à Dio, à la demande de ce dernier, qui cherchait une alternative au V de la victoire – équivalent anglais du doigt d’honneur – d’Ozzy Osbourne. Geezer affirme aussi que Black Sabbath, tous spécialistes du n’importe quoi qu’ils aient pu être, ont fini par devenir des professionnels consommés : sur le tard, tous ont développé des routines conséquentes avant chaque gig.

Plus fan du Black Album que de hair metal

En ce qui concerne l’écriture elle-même, son domaine réservé en tant que membre le plus instruit de la formation d’origine, Geezer revient sur ses inspirations : il affirme avoir eu quantité d’apparitions surnaturelles et nourri un intérêt certain pour l’occulte, la science-fiction et le morbide. Cependant Geezer insiste : le satanisme est pour partie un artifice du label, et pour le reste une incompréhension… qui a conditionné tout un genre musical. Comme depuis toujours, le bougre s’avère ambigu sur le sujet : il explique aussi comment son premier appartement était tendu de noir et décoré d’une croix inversée, a priori la preuve d’une véritable marotte…. L’autobiographie est aussi l’occasion de clarifier le sens de certains de ses textes : au-delà d’une histoire de robot voyageant dans le temps, Iron Man parle de Jésus Christ, N.I.B se veut avant tout une chanson d’amour – dont l’un des protagonistes est certes Lucifer -, After Forever traite moins de la religion elle-même que du conflit nord-irlandais, tandis que Paranoid évoque la dépression à laquelle il était sujet plutôt que la paranoïa – Geezer en profite pour glisser qu’il la trouvait trop « pop », et qu’elle ouvrit le public de Black Sabbath à une nouvelle catégorie de fans, celle des jeunes filles vociférantes. Et puis le nom de l’album Master of Reality en faisait une sorte de master tape du monde réel dans lequel l’ancraient ses textes. Dans toute l’évocation de son œuvre, le lecteur sent poindre la fierté de l’outsider qui réussit malgré le système. Butler ne s’affirme ni pro, ni anti label « heavy metal » alors qu’Ozzy le détestait. En revanche il exprime clairement son mépris du hair metal triomphant des années 80 (« pop music masquerading as metal ») et salue en revanche le « vrai metal » du Black Album de Metallica.

S’agissant de sa vie privée, Geezer consacre peu de mots à l’ex amour de lycée qui devint sa première épouse ; il laisse entendre qu’ils s’éloignèrent d’un commun accord, elle-même trouvant auprès de qui s’occuper lorsqu’il expérimentait la vie de rock star en tournée – le rappeler lui permet peut-être de se dédouaner un tantinet. En comparaison, il se demande ce que Gloria lui trouve depuis maintenant 40 ans. Butler est plus volubile en ce qui concerne les anecdotes plus ou moins honorables vécues sur la route ; la résidence de 1969 à Zurich est ainsi l’occasion d’évoquer le type venu faire le poirier pendant l’intégralité de leurs sets de 45 minutes. Le toit du studio gallois de Rockfield s’effondre pendant les répétitions de Paranoid, peut-être sous l’effet du trop gros son, et l’état dans lequel ils laissent les locaux à Hawkwind – dont un Lemmy Kilmister apparemment fan de ping-pong – révolte ces derniers. C’est également à la ferme de Rockfield que les rudes gars d’Aston déciment Huey Lewis and the News pendant un petit foot entre deux répétitions avant qu’Ozzy urine sur leurs bandes (« d’autres animaux eussent pu être accusés »). Geezer aime aussi à rappeler le quiproquo savamment entretenu à propos de leurs envies de « fags » à New York, le terme désignant une cigarette ou un inverti selon le bord anglophone de l’Atlantique dont on parle. Huhuhu.

Geezer, au nom du père

Toujours parmi les anecdotes, il glisse une ou deux occasions où le mâle dominant Tony Iommi perd de sa superbe – introduisant son papayou dans le réservoir de leur voiture un soir de cuite ou s’échinant à faire le fantôme à la grande consternation d’invités nullement terrifiés dans la villa de Bel Air en 1972. On rigole aussi des boules puantes glissées par Ozzy dans la ventilation du studio de Yes, colocataires pendant l’enregistrement de Sabbath Bloody Sabbath. Bill amuse beaucoup ses camarades en apparaissant vêtu en Hitler au cours de l’enregistrement de Technical Ecstasy, mais doit littéralement s’arracher les cheveux quand Julio Iglesias et son manager les surprennent. Ozzy chie – entre autres – dans un ascenseur d’hôtel allemand sous les yeux de touristes américains médusés. Le groupe se trouve force problèmes dentaires à soigner après que Geezer eut trouvé un dentiste prescrivant facilement du Demerol. Il est tellement ivre qu’on le prie d’arrêter un set dans une boîte d’Albuquerque avec Zaak Wylde pendant la tournée Ozzmosis… alors qu’ils interprètent deux chansons différentes en simultané sans s’en apercevoir. Moins amusant, Geezer rappelle qu’il se présenta sur les lieux du massacre juste après qu’Ozzy eut décimé au fusil à pompe les poulets offerts par sa première épouse Thelma. Il évoque aussi le recadrage d’un John Bonham ivre mort perturbant un concert à l’Hammersmith Theater quatre mois avant son décès. Et Dio impressionne durablement Butler lorsqu’il insiste, au sortir d’un avion, pour aller raisonner un type qui exigeait de lui parler avant de se suicider, et parvient à l’en dissuader.

Si Geezer retient soigneusement ses coups au moment de verser dans l’émotion, on le sent nostalgique de sa coopération avec Ronnie James Dio. D’une manière générale, le premier parolier de Black Sabbath sait se montrer touchant en peu de mots, comme lorsqu’il évoque son expérience de dépressif chronique, ou bien dans les pages consacrées à son père – elles figurent à mon sens parmi les plus réussies d’Into the Void, dont il convient de rappeler que Geezer initia l’écriture pour laisser moins de questions en suspens que son daron. Après avoir narré comment il dut se soustraire au regard paternel pour oser aller toucher ses allocations quand il peinait à vivre de sa musique, Geezer éprouve une certaine fierté à mentionner deux épisodes qui convainquirent enfin son père du sérieux de son projet : un premier passage à Top of the Pops, mais aussi un matin où il croisa James Butler dans la cuisine familiale alors qu’il rentrait à l’aube d’un concert lointain, et où ce dernier, nullement réprobateur, lui prépara un thé. Un daron à l’ancienne, ce James, assez pétri de principes religieux pour boycotter le mariage de Geezer puis engueulant son dernier fils lorsqu’il vint le chercher en Rolls à la sortie de l’usine – ou bien lorsqu’il proposa d’acheter une maison à ses parents, comme l’avaient fait Ozzy et Iommi. Lorsque son père tomba gravement malade, peu de temps après son départ à la retraite, Geezer prit sur lui d’imposer la venue d’un docteur puis un séjour à l’hôpital… et s’en voulut après la mort rapide de James.

Rigoureusement indispensable aux fans

On savait Geezer Butler auteur de talent, bassiste de génie – il se montre étonnamment modeste sur ce point au regard de l’estime des fans comme de ses pairs – et fan inconditionnel d’Aston Villa. Sans révélations fracassantes mais avec une exactitude historique supérieure à celle de ses camarades dans le même exercice, Into the Void étoffe le personnage, dépressif au long cours hanté par le souvenir d’un père si différent dont il cherchait l’estime, trop ambigu sur l’occultisme pour ne pas en avoir croqué avec une certaine sincérité, aspirant moins à la gloire qu’à l’aventure humaine – et à ce titre vite nostalgique des premières années du groupe -, camarade d’une tendresse infinie pour Ozzy Osbourne – malgré la brouille de leurs deux couples les toutes dernières années -, collègue pétri de respect pour Ronnie James Dio, et premier lieutenant assumé d’un Tonny Iommi qu’il finit par châtier – presque – autant qu’il l’aime, c’est à dire comme un frère. Si Confess de Rob Halford reste le maître étalon des autobiographies proposées par les pionniers du heavy metal, Into the Void s’avère à la hauteur de ce qu’on attendait de Terence « Geezer » Butler, c’est à dire un très bon bouquin rigoureusement indispensable à ses fans. De quoi aider à faire passer le putain de 22 juillet dernier.

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