Le site (Antoine) /
- Rien à signaler, sauf qu’on est retard, mais qu’on publie quand même.
Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /
- Les finalistes du Prix Goncourt 2024 sont désormais connus et 130livres.com honore sa tradition en se prêtant au jeu des pronostics, étayés comme de juste par un subtil argumentaire technico-tactique à la hauteur du plus prestigieux de nos prix littéraires et des manœuvres éminemment florentines qui ne manqueront pas, cette année encore, d’être ourdies en ses coulisses. Alors voilà : tout le monde dit depuis des mois que c’est Kamel Daoud qui l’aura, et je pense moi aussi que c’est Kamel Daoud qui l’aura.

- À propos de Kamel Daoud, on avait évoqué ici l’éviction de la maison Gallimard du Salon International du Livre d’Alger et sa cause probable : la publication de Houris, roman consacré à la guerre civile algérienne des années 90 signé l’écrivain et journaliste installé en France (qui devrait lui valoir le Goncourt, si vous avez suivi). L’information avait été directement confiée au site ActuaLitté par Antoine Gallimard en personne. Comme ce même média le révèle cette semaine avec une pointe d’agacement, leurs confrères de Livres Hebdo l’ont reprise comme beaucoup d’autres, mais sans prendre la peine de le citer, avant d’affirmer le contraire une fois confrontés aux faits. Dont acte, le procédé n’est guère élégant, en espérant qu’il ne fasse pas de petits. J’en profite pour rappeler que la présente rubrique est souvent inspirée par des papiers publiés sur l’un ou l’autre de ces sites – précisons que l’accès à ActuaLitté est gratuit -, et que j’essaye de les citer au moins une fois par édition. Les temps sont assez durs pour la presse écrite, qu’elle soit en ligne ou papier, pour se passer de ce genre d’indélicatesse. Et je continuerai à lire les deux – enfin les papiers gratuits.
- On en parlait dans l’édition de la semaine dernière : Ce que je cherche, magnum opus de Jordan Bardella, paraîtra le 9 novembre chez Fayard, et la maison Bolloré à laquelle appartient l’éditeur parisien promet d’après Livres Hebdo (citons-les !) « un intense plan de communication » sur ses chaînes de télévision. Il s’agira tout de même d’en écouler 155000 exemplaires. À cette fin, une campagne d’affichage dans 500 gares de train et de métro était annoncée, ce qui ne manqua pas de susciter quelque émotion parmi les syndicats du rail. Dernier rebondissement en date : la régie Médiatransports vient d’annoncer qu’elle renonçait au projet au nom du principe de neutralité, attendu que le livre n’est pas seulement un récit autobiographique mais qu’il est signé par un député européen et président d’un parti politique. D’un côté, on se félicite de la nouvelle : « on peut toujours affirmer que le RN n’est pas un parti comme les autres » affirme à l’AFP le secrétaire général de la CGT-Cheminots. De l’autre, on rappelle que pas mal de monde vote pour ledit parti, on crie à la censure et on annonce des « recours par voie légale ». Qui a raison ? Le droit, très certainement, quoi qu’il nous dise en l’espèce. Côté débat public, n’excluons pas de nouveaux sommets rhétoriques. Vivement les vacances, putain.
- Chez Simone, une librairie bayonnaise, lance une campagne de crowdfunding pour développer une activité de papeterie un poil plus rentable que son coeur de métier – Actualitté (citons-les aussi !) nous rappelle à l’occasion la faiblesse des marges du secteur. J’aime les librairies, j’aime le Pays basque, donc je relaie. Merci de votre attention.
- Le dénommé Philippe Lonné prendra la direction générale de la Bibliothèque Nationale de France de mercredi 30 octobre en remplacement de Marianne Lucidi, qui assurait l’intérim depuis le départ de Kévin Riffault. L’information à retenir, c’est que la BnF a été dirigée par un Kévin.
- Les éditions Keribus annoncent la sortie pour Noël d’un beau livre consacré aux librairies parisiennes enrichi de textes d’Arthur Rimbaud, Julien Gracq ou Théophile Gautier et qu’on devrait bientôt retrouver, comme de juste, sur les tables des boutiques dont il est question. On n’avait pas vu pareille mise en abîme bibliophile depuis la saison 5 de Seinfeld et le « livre de table basse sur les tables basses qui peut lui-même faire office de table basse » imaginé par l’ineffable Cosmo Kramer.
- «Et si les derniers rebelles étaient tout simplement les catholiques ?» demande Frédéric Beigbeder dans sa chronique du Figaro consacrée aux mémoires de Patrick Eudeline publiées chez Séguier et intitulées Perdu pour la France. Je laisserai chacun libre de répondre – avec le sérieux qu’il voudra – à la question posée tout en annonçant une publication à venir du même tonneau et méritant elle aussi qu’on y prête attention : il s’agit d’une réédition, celle de l’indispensable Rock en vrac de Michel Embareck, collègue d’Eudeline chez Best, dont j’ai causé ici même il y a quelque temps déjà. Sises en Gironde, les Editions relatives en proposeront une édition augmentée le 17 février prochain. Amis du rock n’roll et du roman noir, vous allez vous régaler.
Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /
- Parlons de cinéma, ne parlons pas de The Killer, remake de lui-même par John Woo avec Nathalie Emmanuel et Omar Sy dans les rôles autrefois tenus par Chow Yun-Fat et Danny Lee, ainsi que Paris dans celui de Hong-Kong. Un temps envisagé au Mexique avec Lupita Nyong’o dans le rôle principal, le lifting du film qui avait mis le nom John Woo sur toutes les lèvres de l’Ouest au début des années 90 est sorti ce mercredi sur les écrans français. Et comme prévu, il se fait défoncer par à peu près… Tout le monde. Même les habituels gardiens du temple se retrouvent à court de munitions pour défendre l’assaut des pharisiens, qui tirent à vue et sans recharger plus vite que Chow Yun-Fat. Un massacre malheureusement guère surprenant, et votre serviteur s’était fait l’écho dans ces colonnes de sa propre inquiétude lorsque la première bande-annonce était sortie il y a quelques mois. Reste que la France étant la France, on reproche quelque chose de plus spécifique à Woo : faire du Emily in Paris avec deux flingues à la main. On le sait, les français ne manque jamais une occasion de chier sur la capitale et ses habitants, mais se montrent bizarrement protecteur lorsqu’une production étrangère cadre la Tour Eiffel de traviole. À 130livres.com, on parierait que John Woo a entrepris la même démarche que Jonathan Demme sur La vérité sur Charlie : rendre hommage à sa francophilie de cinéma avec une œuvre carte-postale qui écrit le testament du réalisateur en images d’Épinal. Car à 78 ans et une santé très diminuée selon certaines rumeurs, il y a peu de chances que John Woo ajoute beaucoup de titres à sa filmographie. Le bashing que subit le film ne nous empêchera en tous cas pas de voir ce The Killer là … Mais peut-être pas au cinéma. Car on a beau prier le dieu Téquila une fois par jour ici, on a pas forcément envie de forcer un tirage de copies sommes toutes limité pour assister à la chute d’une idole sur le support de ses heures de gloire, pas si lointaines qui plus est…

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /
- Nombreux sont ceux qui découvrirent Jack Catterall à l’occasion de l’odieuse purge de 2022 l’opposant au fantôme de Josh Taylor que deux juges trouvèrent le moyen d’attribuer à l’Écossais au mépris de ce qu’ils en virent – et probablement de leur conscience. Autant dire que l’homme du Lancashire ne démarrait pas avec une étiquette de crowd pleaser patenté. Tel Achab guettant le blanc cétacé, l’Anglais sut être patient pour obtenir sa revanche face à la « Tartan Tornado » deux ans après le braquage, et se faire justice à Leeds d’une manière cette fois incontestable. Celui qu’on surnomme « El Gato » boxe souvent sur un ou deux coups, soigne ses esquives et déplacements et se fout pas mal des envies de castagne du public présent – son dernier KO date de 2019. Ce qui lui importe, c’est gagner des rounds, et la qualité de ses sorties récentes faisaient de lui un favori logique face à Regis Prograis, boxé à lui en faire tomber les oreilles par Devin Haney en décembre dernier. Sur le ring mancunien d’une Co-op Arena flambant neuve, on imaginait l’Américain aux bras courts incapable de régler la mire devant une nouvelle cible élusive à souhait. Que « Rougarou » domine un première moitié de combat très tactique et parfois brouillonne en surprit donc plus d’un. Il eut le dessus dans le duel de jabs de gaucher, et c’est justement sur un jab à l’épaule qu’il déséquilibra suffisamment Catterall pour inscrire un knockdown.
- El Gato était alors en demeure de monter sérieusement en régime, faute de quoi la décision lui filerait entre les gants. Son grand mérite fut d’y parvenir, en étant notamment plus généreux de son cross du gauche. Ce sont d’ailleurs deux bras arrière qui lui assurèrent un 8e round à 10-7 grâce à autant de knockdowns. À 35 ans et plus d’une guerre à son actif, le natif de Louisiane n’a plus son blindage d’antan : le fusil à bouchon de Haney avait suffi à lui faire visiter le tapis. Non sans bravoure, Rougarou tenta d’aller chercher un KO sur le tard lorsqu’il sentit que son avance avait fondu, mais il ne parvint au mieux qu’à perdre l’équilibre une paire de fois en envoyant des gauches de bagarre de saloon. Ce Prograis-là reste une jolie référence au palmarès de Catterall, désormais vainqueur de 30 de ses 31 combats professionnels, mais avec 2 défaites de rang on voit mal l’Américain échapper au statut de gatekeeper du niveau mondial en super légers s’il poursuit sa carrière. Pour El Gato, une nouvelle chance mondiale serait plus que méritée. On sait que le jeune trentenaire est patient ; espérons pour lui que nul n’en abuse exagérément.

- Internet bruisse de rumeurs à propos de la prochaine Riyhad session programmée en terre saoudienne le 22 février prochain. On évoqua d’abord la revanche du championnat IBF des lourds du 21 septembre entre Daniel Dubois et Anthony Joshua, mais Eddie Hearn a depuis affirmé qu’AJ ne serait pas prêt pour le début d’année… et que faire sauter la banque avec un Fury vs Joshua en mai prochain ne lui déplairait pas. On serait Daniel Dubois, on pourrait s’estimer bien lésé – pour parler poliment – qu’un superfight britannique advienne sans qu’il soit de la fête alors que sa série de victoires Miller – Hrgovic – Joshua lui confère une rare légitimité sportive. D’autres affiches sont annoncées, pas moins salivantes que des duels de lourds. Dans ce qui s’annonce comme un passage de témoin à la saveur douce-amère, le champion WBC des super mouche Jesse « Bam » Rodriguez achèverait de régler leur compte aux glorieux anciens de la catégorie en affrontant Roman « Chocolatito » Gonzalez après ses succès sur Srisaket Sor Rungvisai et Juan Francisco Estrada. Sur le papier, à la fois un régal et un crève-coeur, tant les éléments semblent ligués contre Chocolatito. On lui souhaite au moins un joli chèque. Si l’avenir des moins de 115 livres appartient à Bam Rodriguez, celui des super welters se disputera entre Vergil Ortiz et Jaron Ennis – parmi d’autres – et les deux jeunes loups invaincus devraient d’ailleurs en découdre à Riyadh. Alors qu’Ortiz a remporté cet été un « instant classic » contre Serhii Bohachuk, l’épouvantail des welters Ennis manque encore de succès de prestige. Une telle prise de risque honorerait celui qui ressemble pour l’heure à un gamin de 20 ans défiant des élèves de 6e au concours de pipi le plus loin. Enfin, dans une catégorie des moyens qui peine à retrouver son lustre d’antan, Janibek Alimkhanuly et Hamzah Sheeraz devraient enfin disputer un combat équitable en s’affrontant, puisque ces deux champions du weight cutting auraient leur place chez les 175 livres. Si ces trois combats-là sont confirmés, on se fichera bien de voir ou pas des gros anglais en tête d’affiche sur le ring saoudien.
Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /
- Parlons de MMA, parlons de l’UFC 308, qui déroulait en quasi-direct d’Abu Dhabi (à peine deux petites heures de décalage horaire : le soft power des pétrodollars a au moins le mérite de nous épargner les contorsions nocturnes) l’un de ces blockbusters comme seule la compagnie numéro uno du Calcio est en capacité de monter actuellement. En peu de mots et beaucoup d’émotions : duel pour le title shot chez les -93kg, le retour du retour du come-back du tchétchène le plus craint de la planète après Kadyrov, et « il ne peut en rester qu’un » sur le trône des featherweights en main event. Tout ça ? Plus encore, mais on a une vie donc pas le temps pour tout, donc… Action !
- Si la logique sportive constituait le seul point cardinal à faire autorité dans le matchmaking de l’UFC, Magomed Ankalaev aurait affronté Alex Pereira pour le titre depuis longtemps. Problème : la promotion reine du combat-sportainment doit faire de l’argent, donc du spectacle pour convaincre les casus de sortir leur billet pour le PPV. Or à cet égard, Ankalaev présente un handicap de taille : il fait des combats chiants. Oui, c’est gratuit, lapidaire, et probablement irrespectueux contre le contender le plus pugilistiquement complet du top 5 de la caté, en tous cas sur le papier. Car dans la cage, Ankalaev s’est souvent affirmé comme un vainqueur brillant mais sans éclats : on parle quand même du mec dont le title-shot contre Jan Blachowicz s’est soldé par un match nul sanctionné comme tel par les juges et par un Dana White qui s’est retrouvé sans taille autour de laquelle passer la ceinture. Depuis, l’ère Pereira a permis de relancer la caté, sans jamais qu’Ankalaev n’approche le premier cercle des contenders, malgré sa victoire par KO contre Johnny Walker, et un style censé lever les lièvres sur les zones d’ombres subsistantes autour de « Poatan », notamment son grappling. Contre Alexander Rakic, gatekeeper honnête et kickboxer plutôt habitué à éluder le combat, le russe avait une occasion de marquer le coup. De rendre sa légitimité sportivement absolue enfin désirable pour les fans en vue d’un combat contre Pereira qui finira bien par arriver.
- Et bien pas encore pour ce coup-ci.
- Face à un Rakic qui fait peu ou prou ce qu’on attendait de lui- en gros frustrer son adversaire en tournant autour, se désaxer après chaque échange, et éviter de se retrouver dos à la cage- Ankalaev oppose une pression constante en ligne droite pour dégager à son bras arrière de fausse-patte vers le menton de son opposant. Autrement dit, il cherche le KO, le coup dur, le highlight susceptible d’en faire un fan favorite. Mais là où sur le même postulat, un Jiri Prochaszka déployait un feu d’artifices épuisant les réserves métaboliques et mentales de Rakic jusqu’à le conduire au KO, Ankalaev se montre beaucoup plus timide, voir timoré. Il évite comme d’habitude de se servir de son point fort- la lutte-, et son bras arrière touche parfois durement, mais jamais assez pour faire vaciller Rakic. Ni même le mettre en danger lorsque sa jauge d’énergie commence à descendre en dessous de la fosse des Mariannes au troisième round. L’autrichien se permet même à 3 minutes du gong de fin de temporiser le combat avec un cage-control dont Ankalaev, malgré son grappling des montagnes du Caucasse, peine à s’extirper.
- Victoire logique par décision, mais surement pas suffisante pour lui octroyer le title-shot avec le sourire du boss. Même son call out de Pereira en interview post-fight au micro de Daniel Cormier fit un flop, comme un étudiant qui évite de croire en ses chances lorsqu’il invite la reine du bal à danser. La pression qu’on s’inflige est toujours communicative.
- Un qui n’a pas loupé son retour en revanche, c’était Khamzat Chimaev. C’était peu dire la hype la moins pugilistiquement productive de l’UFC était attendue au tournant après de multiple déboires de santé qui ont notamment provoqué l’annulation de son combat contre Robert Whittaker, en juin dernier. L’Aussie avait fait peu de cas d’Ikram Aliskerov, espoir des middle-weights parachuté en short-notice contre le vétéran et passé de vie à KO en moins d’un round. La victoire était donc loin d’être garantie pour Chimaev, malgré des côtes en sa faveur, surtout contre un adversaire rôdé aux monstres que personne ne veut affronter (on parle quand même de l’homme qui est venu à bout de Yoel Romero par deux fois) et déterminé à reconquérir le titre.

- Après un court temps d’observation, Chimaev a fait du lui-même vintage : harceler son adversaire en lutte, et tout donner pour clôturer les débats avant la fin du premier round, afin d’éviter de mettre son cardio à l’abri de l’épreuve de fond (cf. son combat poussif contre Kamaru Usman). Théoriquement, Whittaker a le métier et le savoir-faire pour absorber la pression, et ne s’en sort pas si mal… Jusqu’à une clé de mâchoire fracturant sa mandibule et déchaussant ses dents de devant ! De deux choses l’une : ou Whittaker a les racines dentaires d’une fleur d’hibiscus, ce qui semble tout de même peu probable au vu des confrontations relevées par « The Reaper » par le passé (again : deux fois Yoel Romero). Ou la hype est vraie, et la puissance de Chimaev dépasse effectivement l’humainement quantifiable. Borz vient en tous cas de relancer le train en marche avant et à tombeaux ouverts vers le titre, et quel que soit le vainqueur du futur Du Plessis vs Strickland II, ni l’un ni l’autre ne doit se réjouir de la perspective de défendre la ceinture contre le monstre tchétchène. En attendant un combat contre Nassourdine Imavov, pour un choc du Caucasse ?
- Enfin, impossible de ne pas retenir une larme de dépit devant le résultat du main event, qui constituait le combat le plus attendu de l’année selon de nombreux observateurs.
- Max Holloway, c’est un peu le Robert Whittaker de la catégorie featherweight : l’homme a tout vu, tout gagné, est tombé 100 fois, s’est relevé 200, et continue de cravacher comme s’il venait de débuter. Tombeur par deux fois et pour le titre du légendaire José Aldo, tombé par trois fois pour le défendre et le récupérer contre le futur Hall of Famer Alexander Volkanovski, Holloway fait partie de cette toute petite catégorie de combattants « magiques ». Ceux qui transforment un combat en bas de carte en highlight pour l’éternité, qui construisent leur légende dans la cage et loin des réseaux, guerriers dans le cœur et artistes dans l’âme capable d’ajouter l’extraordinaire à l’incroyable à 15 secondes de la fin. Bref et c’est peu de le dire, Max on l’aime. Le « meilleur boxeur de l’UFC » a tenté hier soir de récupérer la couronne contre Ilia Topuria, l’autre « meilleur boxeur de l’UFC ».

- Un simili-Connor McGregor jusqu’aux tatouages dans la com, mais une straight-up menace de la tête au pied dans la cage, comme le prouve son titre arraché à coup de KO de l’enfer contre l’intouchable (dans cette caté) Volkanovski au mois de février, qui promettait en fight week de devenir le premier combattant à venir à bout du menton blindé comme la papemobile de Holloway. Contre un combattant plus petit obligé d’exploser pour rentrer dans la mi-distance, Blessed applique plus ou moins la tactique qui lui avait tant réussi contre Justin Gaethje en mai dernier à l’UFC 300 : utiliser ses longs segments pour maintenir son adversaire à distance, et travailler en volume pour étouffer ses initiatives. Pendant plus de deux rounds, c’est donc deux styles de « boxe MMA » bien spécifique qui se renvoient la chandelle. Seuls un takedown de Topuria au premier round, dont Holloway se relève assez vite, interrompt la démonstration pieds-poings en gants de 4 onces. Et toute subjectivité pas tout à fait mise à part, on donnera au second l’avantage aux poin(g)ts. Face au taureau de Géorgie et ses combinaisons de châssis trapus planté sur ses appuis, l’Hawaïen joue le rôle du matador avec un savoir-faire échevelé : travail en direct et au coup d’œil sur jamais plus de deux coups, jabs en sortie d’échange pour mettre quelques kilomètres Topuria et sa safe zone, et un arsenal pour affoler le radar du champion et le freiner avant le démarrage.
- Et ça marche. Holloway fait tout ce qu’il faut faire au moment où il faut le faire, et à l’entrée du troisième round, on le voit déjà à la fin du 5ème. Triomphant, les larmes aux yeux et la ceinture autour de la taille, les cœurs et les esprits et la décision des juges pour parachever sa légende.
- C’était oublier deux choses.
- D’abord, un mollet virant au violacé sous les calf-kicks de Topuria, plus efficace encore en la matière que le maitre Justin Gaethje. La mobilité compromise, Holloway se retrouve donc davantage exposé aux attaques en ligne de son agresseur, et sa puissance de frappe plus que proverbiale.
- C’est la deuxième chose.
- Ça commence par une droite. Holloway devrait se désxaxer, mais ça commence à grincer dans la guibole donc… Il la prend. De toutes façons, il connait la musique, il en a vu d’autres. Been here, done that… Quoique. Dans ses yeux, on lit son cerveau submergé par l’effet Kiss Cool : ça a le même goût que d’habitude, mais pas le même effet. Et si on le comprend derrière notre écran, ça ne peut pas échapper à Topuria, qui inhale l’odeur du sang en présentiel. Max recule pour se retrouver dos à la cage, et ouvre un boulevard à Topuria, qui enchaine une combinaison tête/corps comme un Mexicain en Cinco Del Mayo. Holloway bat en retraite sans concéder la mi-distance, revient au centre place un genou comme Boromir avant de souffler dans le cor du Gondor… Et se mange LE crochet gauche des enfers en pleine tempe pour abattre la forteresse dont personne n’était venu à bout jusqu’alors. KO.
- Comme le dit souvent le patron, « le menton comme le foie est un capital, qui se préserve sur la durée ». C’est compliqué de déterminer si l’usure des guerres ou la puissance de Topuria est venu à bout de la résistance de Holloway, probablement un peu des deux. Pour Topuria, enchainer deux légendes coude-à-coude à son tableau de chasse en fait une déjà une en soit. Pour Holloway, ça ne retire évidemment rien à son aura de toute façon absolue et définitive. Mais c’est juste de se dire : il est tombé sur plus fort que lui, dans une des meilleures versions de lui-même qu’il nous ait été donné de voir. Et ça, quoiqu’on en dise, c’est chiant. On aimerait toujours que les tauliers de nos restent pour toujours au sommet de leur chaine alimentaire.