Punchlines du 9 février 2025

Le site (Antoine) /

  • Rien de neuf. Et vous, tout baigne ?
Rrrrôô, pfffuiiii…

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /

  • Il y avait foule, de celles qui font pâlir d’envie les romanciers, à la librairie Gallimard mercredi soir dernier pour écouter les avocates pénalistes Marie Dosé et Julia Minkowski présenter leur Éloge de la présomption d’innocence publié le jour même. On ne trahira pas l’identité des VIP, mais enfin tout un aréopage de politiques, artistes et sommités des métiers de robe s’étaient massé dans l’éminent lieu de culture, l’auguste assemblée couvrant parfois de ses bavardages le propos des intervenantes. À la modération, Marc Villemain, qui en plus d’être le dernier Parisien à porter dignement le bandana en 2025 a la double particularité d’être le mari de la première et d’en savoir assez long sur l’édition pour avoir officié comme arbitre des élégantes tout au long du processus d’écriture à quatre mains. Il rappela en introduction que le mémoire de fin d’études de son épouse fut déjà consacré au thème bien mal compris à défaut d’être méconnu de la présomption d’innocence, avant de demander aux autrices pourquoi elles prirent l’initiative de faire œuvre commune. Il s’agit d’une envie partagée au même moment : elles s’étaient croisées sur quantité de dossiers où cette présomption se trouvait piétinée, au point d’en nourrir une préoccupation croissante. Confrontées aux questions des justiciables, il leur fallait aller plus loin que le traitement médiatique de la notion. Leur besoin de définir ce principe, en fournir des exemples et proposer des pistes de réflexion fut également nourri par la perte récente de confrères renommés pour lesquels sa défense était primordiale, de Robert Badinter à Gisèle Halimi. Hervé Temime voulait faire de la présomption d’innocence un nom de domaine. Henri Leclerc, qui en son temps fut agressé physiquement pour avoir défendu des présumés innocents, devait signer la préface du présent ouvrage au moment de sa disparition. Marie Dosé et Julia Minkowski ont donc invoqué la mémoire de leurs maîtres pour raconter ce qu’elles savent des « coulisses du pire ». De l’Abbé Pierre à Christophe Ruggia, l’actualité a sans cesse nourri leur réflexion à deux, elle qui rappelle sans cesse les enjeux liés à la présomption d’innocence, au point qu’il s’avéra compliqué de s’en détacher. Une certaine prise de recul devrait toutefois permettre que le livre ne soit pas voué à une obsolescence rapide.
Allegro modérateur.
  • Les co-autrices furent-elles toujours d’accord ? Parfois non, certes, mais le plus souvent émergèrent des consensus facilités par un respect mutuel et une entente sur le fond du sujet – largement répandue dans la profession. Marie Dosé et Julia Minkowski n’ont pas la même histoire, l’avocat pénaliste étant un artisan qui façonne sa pratique à l’aune de son vécu. Chacune a apporté le sien, l’une en tant qu’enquêtrice, l’autre plus spécialiste des questions relatives à la détention, etc. La présomption d’innocence n’est certes pas un sujet neuf, l’aspiration à désigner un coupable et la défiance vis-à-vis de la justice non plus. Si les deux avocates partagent nombre de critiques vis-à-vis du système judiciaire, cette présomption reste une convention sociale aussi incontournable que difficile à faire accepter – il en va d’ailleurs de même pour la réhabilitation. Le temps judiciaire est trop long. On voudrait éradiquer le crime via la menace d’une punition, ce qui est hélas illusoire : terroriser n’est pas la solution en république. Plus récemment, une déontologie médiatique changeante a accentué la remise en cause de la présomption d’innocence. Les récits fleuve à charge ont discrédité la justice : lorsqu’un prévenu est relaxé, c’est qu’elle a échoué à le faire condamner. Dans certains cas, il est justement devenu préférable de préférer une condamnation au tribunal qu’un traitement médiatique vous définissant comme coupable à perpétuité. C’est là que le modérateur ajouta une pincée de poil à gratter aux doctes propos des conférencières : « la gauche a-t-elle (désormais) un problème avec la présomption d’innocence ? » Marie Dosé se revendique de ce bord politique mais constate sa remise en cause au sein de la famille. Alors que la répression avance et que l’impunité agace, les journaux de gauche supportent mal le débat contradictoire – un justiciable, donc souvent son avocat, dispose de quelques heures pour répondre à quantité de questions avant la publication d’un papier à charge. Médiapart ou Libération veulent désormais des coupables à désigner.
  • Pour Julia Minkowski, c’est avant tout parce qu’être de gauche signifie se placer du côté des victimes. Historiquement, la droite aimait à condamner ; aujourd’hui, la gauche adopte cette posture au nom de la protection des faibles. Or si l’intention est louable, le droit s’en trouve menacé. « J’ai dû rappeler le risque d’atteinte à la présomption d’innocence à des politiques de gauche, cela dit le problème s’étend aujourd’hui à tous les médias ». Et Marie Dosé de conclure : le respect de la présomption d’innocence est trop souvent considéré comme une atteinte aux victimes, or il les protège elles aussi en permettant une procédure sereine qui ne sera pas remise en cause. Alors que la sonorisation facétieuse rappelait à l’assistance combien Marc Villemain est fan de heavy metal, il enchaîna sur une dernière question : « Le droit est-il le dernier rempart au déclin des démocraties ? » Marie Dosé rappela que le populisme politique commence toujours avec le populisme pénal : elle a cosigné une tribune sur ce même thème à 25 ans. « J’exerce mon métier en défendant l’état de droit en même temps que mes clients ». Aujourd’hui, présomption d’innocence et prescription s’érodent. Il faut s’armer intellectuellement pour les défendre. La salle applaudit puis enchaîna sur ses propres questions. Certaines investigations journalistiques considèrent que la présomption d’innocence n’est pas une assignation au silence. Le livre Personne morale de Justine Augier sur l’affaire Lafarge incrimine des justiciables innocentés. Comment équilibrer les choses ? La présomption d’innocence ne s’applique que dans le cas d’une procédure judiciaire, et le travail de la presse doit rester non diffamatoire. Mais les avocats hésitent à attaquer en diffamation de peur qu’une telle attitude nourrisse la rumeur. Le cas de Personne Morale peut être rapproché du film Personne n’y comprend rien, sorti en plein procès Sarkozy-Kadhafi : on y dissèque tout le dossier d’instruction en établissant des culpabilités, ce devrait poser question. Après tout les magistrats ne sont pas imperméables aux journaux ni aux documentaires. Choisir le juste moment pour la sortie d’une enquête est donc une responsabilité importante. Un cas fut évoqué où le dossier, enrichi des réponses de l’avocate, était prêt à être publié depuis des mois… pour ne sortir que l’avant-veille de la sortie du nouveau film du justiciable concerné. Il s’agissait tout simplement de flinguer cette sortie.
  • Et si le scénariste de Personne n’y comprend rien Fabrice Arfi y défend la justice financière… son journal Médiapart critique régulièrement les juridictions chargées des affaires sexuelles. C’est que l’enquête #MeToo fait du clic, en particulier dans l’art et le spectacle. En la matière, répondre à la diffamation est devenu impossible, et une célébrité non coupable demeure bannie socialement. Quelle est notre maturité collective face à la question ? Il ne s’agit pas de bâillonner presse et victimes – le droit prévoit aussi de sanctionner l’abus d’attaques en diffamation – mais d’interroger le processus médiatique et sa perception par la société. Savoir, par exemple, comment recevoir l’information, qui n’a pas valeur de verdict. Or l’esprit critique du public semble avoir disparu, et plus que jamais les avocats doivent former et informer. Quelle est d’ailleurs la légitimité de ces derniers pour intervenir dans les médias ? Et pourquoi sont-ils seuls à s’exprimer sur la présomption d’innocence ou la diffamation ? Ces questions relèvent du droit, et le métier leur confère un regard particulier ainsi qu’un devoir d’alerte. En revanche les intellectuels devraient eux aussi prendre la parole… et aujourd’hui beaucoup confessent redouter de s’exprimer « en tant qu’hommes blancs d’un certain âge », voire à publier des livres, etc. Plus que jamais les avocats doivent jouer leur rôle. Au premier rang du public, Florence Aubenas intervint : « Souvent les balanciers sociétaux repartent dans l’autre sens à la faveur d’un grand procès. Une relaxe dans un cas très médiatique le permettrait-elle ? » Hélas, pour les co-autrices, les relaxes rencontrent rarement l’approbation du plus grand nombre au nom d’une présomption de feu sous la fumée. On a continué à creuser le passé des innocentés d’Outreau. Un Geoffroy de Lagasnerie se plaint de l’idée même d’une répression pénale tout en persistant à nier l’innocence de l’homme accusé à tort d’agression sexuelle par Edouard Louis (et incarcéré 14 mois en préventive). Bien qu’innocenté en appel, Ibrahim Maalouf fut écarté du jury du Festival de Deauville. « On entend aujourd’hui des acclamations au tribunal quand sont prononcées des condamnations en première instance. Attention à ne pas préparer une société de coupables. » Aurait-on naturellement besoin de boucs émissaires ? Non, mais on ne pense plus la figure de l’innocent et celle-ci en vient à s’effriter. L’assistance se sépara sur ces paroles guère rassurantes, tranchant avec la jolie ambiance du pot à suivre. On sait toujours trinquer entre justiciables à Saint-Germain-des-Prés.

Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /

  • Parlons cinéma, parlons… Bob Dylan, dont la vie a enfin été transformée en un biopic dans la plus pure des règles de l’art et du cochon hollywoodien. Comment ça non, on s’en serait bien passé ? Rassurez-vous : le réalisateur James Mangold (Le Mans 66, Logan) n’a pas eu besoin de vous écouter pour vous entendre. Car on peut reprocher bien des choses à Un parfait Inconnu– on va en parler. Mais surement pas de trahir l’essence de l’artiste en essayant de l’encapsuler dans le savoir-faire ni fait ni à faire du devoir de mémoire formulaique donc oscarisable d’un Ray ou d’un Bohemian Rhapsody.
  • Il faut mettre au crédit de James Mangold et son co-scénariste Jay Cocks de ne pas avoir esquiver la principale difficulté qui se posait à eux. À savoir, comment approcher un mythe qui a toujours rejeté tout ce que sous-entendait la fonction ? La célébrité, l’influence, la responsabilité…. Le Bob Dylan d’Un parfait inconnu n’est ni un héros, ni une figure de tragédie. Mangold et Cocks n’essaient jamais d’en faire le protagoniste d’une structure en trois actes types « Ascension/chute/renaissance » convoquée pour évoquer le destin de celles et ceux qui ont embrassé leur condition de symbole.
Parfum Beatnick, non-genré pour nous les hommes.
  • Ici, Bob Chalamet refuse catégoriquement de représenter quoi que ce soit à une époque – les années 60 – où tout le monde porte sa cause en bandoulière. Son combat à lui est uniquement esthétique, sa musique est son crédo. La liberté de créer ce qu’il veut comme il le veut, de se nourrir de ce qui l’entoure sans rendre de comptes à ses sources d’inspirations, qu’elles soient politiques, culturelles ou humaines. Le cauchemar et l’antithèse de la figure de « l’artiste engagé » que l’on a essayé d’attribuer au barde de la beat generation. Ici, on parlerait plutôt d’un artiste détaché, dont le génie défie les leaders d’opinions et autres tauliers de chapelles, battus sur leur propre terrain par un type qui n’en a au fond rien à faire. Dylan défie les styles et les étiquettes, passe d’un genre à l’autre comme si ça ne lui coutait rien, mais en faisant mieux que celles et ceux qui en ont fait leur identité. Un nomade au sens propre, figuré, et surtout an-idéologique du terme : sans racines, sans attaches, sans convictions bref, hors-sol des pieds à la tête.
  • En cela, Un parfait Inconnu porte bien son titre. Personne ne sait d’où il vient, ni qui il est. Pour autant que l’on sache, il pourrait être descendu du ciel, comme un body-snatcher qui aurait pris forme humaine, et aurait atterrit à Rome pour faire mieux que les romains. Où, dans une terminologie plus contemporaine, une IA évoluant bien trop vite pour ne pas déposséder les hominidés réfractaires de leur monopole créatif. L’arme fatale de Skynet, ce n’est pas Arnold Schwarzenegger, mais le Bob Dylan d’Un Parfait Inconnu.
  • Dès lors, il n’est pas bien difficile de comprendre les raisons pour lesquelles Un parfait inconnu s’est planté au box-office, malgré son sujet et son casting cinq étoiles. Mangold ne parle pas de la révolution culturelle des années 60, ni des soubresauts politiques de l’époque, ni du bouillonnement de la scène musicale. Tout ça est pourtant bien présent, mais glisse sur nous comme sur le personnage principal. Ainsi, les raisons pour lesquelles Un parfait inconnu aurait pu fonctionner, voir même être réclamé par notre air du temps en état de déshérence avancée- soit les 60’s, marque repère de la contestation sociale et de l’espoir militant- s’affichent comme des contre-sens à son substrat.
  • Mais ici, l’intransigeance conceptuelle se paye également d’un point de vue artistique.
  • Car en dépit d’une fabrication qui chatouille régulièrement le nec plus ultra du film de studios « adulte », Un parfait Inconnu échoue à se hisser au-dessus de la somme de ses qualités. Et pour cause, Mangold ne parvient jamais à réconcilier sa contradiction. À savoir incarner autrement un personnage volontairement désincarné.
  • Pourtant crucial dans le genre, le processus de création musicale est le thème qui sort sans doute le plus meurtri de ce parti-pris radical. Au final, le spectateur n’a plus grand-chose à quoi se raccrocher, et certainement pas à la prestation de Timothée Chalamet dans le rôle principal. Sur le papier, le choix d’un acteur aussi habité qu’une story insta pour endosser les habits d’un homme détaché est d’une logique à toute épreuve : un peu comme Pierre Niney sur Le Comte de Monte-Christo, le jeu robotique de Chalamet se marie bien avec l’idée d’un personnage humainement anémique.
  • À l’écran, c’est un poil plus compliqué quand l’acteur se fait bouffer par l’intégralité du casting. Edward Norton parfait en Pete Seeger, Boyd Holbrook incandescent en Johnny Cash, et surtout un soleil nommé Monica Barbaro en Joan Baez. Tous évoluent autour de Bob Dylan comme des astres intimidés par une lumière qui ne brille jamais, ou en tout cas pas aussi fort qu’eux, loin s’en faut. Chalamet a beau réciter son Dylan à la virgule près, on se demande bien ce qu’ils voient tous en lui.

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /

  • Oyez, oyez : le premier des challengers au titre IBF des poids lourds a 41 ans et 13 défaites au compteur chez les professionnels. On parle bien sûr de l’increvable Derek Chisora, victorieux d’Otto Wallin par décision unanime (114-112, 116-110 et 117-109) hier soir à la Co-op Live Arena de Manchester. Pour engranger un 36e succès en carrière et repousser une 17e fois la perspective d’une retraite sportive, on ne s’étonnera guère d’avoir vu « Del Boy » faire du Chisora : imposer un pressing constant et user de ses deux armes de prédilection, un bombardement de crochets gauche et droit au corps et à la face une fois son adversaire dos aux cordes et une droite plongeante à mi-distance aux allures de coup de massue néanderthalien… mais au timing redoutablement maitrisé, comme peuvent en témoigner le Français Carlos Takam ou désormais Wallin lui-même, envoyé visiter le tapis aux 9e et 12e rounds. Rien d’étonnant, donc… sauf que le vainqueur surprise de Joe Joyce en juillet dernier peut toujours appliquer sa méthode éprouvée 12 rounds durant à un âge désormais canonique, le tout en trimballant une carcasse de 260 livres. Alors oui, Chisora a l’oeil vitreux et souffle comme une chaudière fatiguée à chaque minute de repos, au point de faire redouter une défaite par infarctus, mais il repart au combat avec la fiabilité d’un antique 4×4 Lada Niva. Ni une coupure sur choc de têtes, ni le problème aux oreilles à compter de la 3e reprise qu’il confia après coup n’auront entamé sa marche en avant.
  • Tout autre observateur que son neurologue est fondé à se réjouir de cette opportunité d’une seconde chance mondiale après sa 3e (!) défaite en carrière contre Tyson Fury en 2022. Quant à Otto Wallin, sorte de sosie surdimensionné de notre Cédric Vitu – et lui aussi gaucher -, le moins que l’on puisse regretter est qu’il tarde à confirmer sa meilleure performance en carrière face à un autre adversaire qu’il fit saigner à coups de boule… une défaite contre le même Tyson Fury. Opposé à l’un des adversaires les plus prévisibles du circuit, lui qui eut – de fait – tout le temps de préparer un plan de vol adapté n’en laissa pas paraître grand-chose tant il afficha la motivation d’un employé des postes le vendredi à 16h30. Plutôt précis mais rarement engagé dans ses frappes, il subit l’essentiel du combat. Au retour dans les vestiaires, Chisora lui a payé sa tournée de burgers ainsi qu’à son entourage. Pas sûr qu’il ait mérité la formule Maxi Best Of.
Le lion n’est pas mort ce soir.
  • Un cocorico qui fait du bien après la gifle avec élan reçue à Twickenham hier après-midi : en sous-carte de Chisora vs Wallin, le Nivernais Sofiane Khati a brisé net les espoirs de retour de l’ex-champion britannique des moyens Nathan Heaney, aimable pour ses fidèles et bruyants supporters de Stoke-on-Trent, ses entrées de feu sur Delilah de Tom Jones, le cœur qu’il met à l’ouvrage et la parfaite condition physique qu’il affiche à chaque sortie. Las, sa légendaire absence de punch a amené le « Hitman » à disputer quantité de guerres inutilement longues faute d’avoir pu les abréger, dont deux épiques confrontations contre son tombeur Brad Pauls, et son menton est désormais plus érodé que l’espoir en la gauche. Attentiste et abandonnant le centre du ring lors des 3 premiers rounds, le Français laissait Heaney dérouler sa boxe un rien mécanique à base de directs des deux mains ; rassuré par leur manque de venin, il accéléra à la 4e et surtout la 5e reprise, où deux méchants crochets gauche ébranlèrent visiblement l’Anglais. Nez cassé, Heaney subissait désormais les accélérations adverses, et il dut baisser pavillon après un knockdown subi au 7e round malgré un arbitrage qu’on dira protecteur. Dire que Khati n’était pas spécialement réputé comme puncheur, lui qui signa ainsi une 7e victoire avant la limite sur 18 en carrière – dont une ultime défaite infligée à l’Irlandais Gary « Spike » O’Sullivan. Gageons que les promoteurs anglais n’oublieront pas son 06. J’avais déjà confié ici même mon kink – comme disent peut-être encore les jeunes – pour Nathan Heaney, mais la cartouche bleu-blanc-rouge qu’il encaissa pour ses copains du XV a réchauffé mon palpitant cocardier et meurtri.
  • Ça n’a hélas pas rigolé pour tous les journeymen français engagés sur les rings la semaine passée puisque le Toulousain établi en Floride Mohamed Mimoune a subi sa première défaite en carrière avant la limite des mains du prospect Arthur Biyarslanov au casino de Montréal. Difficile de se prononcer sur Biyarslanov après moins de deux rounds mais le gaucher russo-canadien cogne vite et fort, c’est une certitude. De son côté, Mimoune a annoncé remonter en welter, une manière d’incriminer la fatigue du weight cutting dans sa triste performance de jeudi. On espère un rebond favorable, sachant qu’à 37 ans « The Problem » risque fort de rejoindre une fameuse collection de boxeurs français dont la carrière n’aura pas tout à fait reflété le talent.
  • Un mot sur la délirante succession de dépêches contradictoires au sujet des négociations entre Saul « Canelo » Alvarez et son excellence Turki Alalshikh qui auront rythmé la semaine dernière : on crut successivement à Canelo vs Terence Crawford, puis à un apocalyptique Canelo vs Jake Paul, puis de nouveau à Canelo vs Crawford et pourquoi pas à Canelo vs Bruno Surace avant que le prochain Cinco de Mayo ne se stabilise sur un peu engageant Canelo vs William Scull dont le principal mérite sera de reconstituer le titre incontesté des super moyens avant le superfight de septembre. Le concours d’hélicobite opposant le divin rouquin à l’argentier aux poches sans fond aura donc abouti à une rare et parfaite satisfaction tripartite. Crawford est content du défi sportif historique et de ce qui sera son plus gros chèque en carrière, ses deux derniers objectifs affirmés. Turki est content d’avoir fait signer le roi de la jungle, et d’être ainsi sacré taulier très officiel de la planète boxe – sans faire injure à Gervonta Davis, il ne manque plus guère de noms significatifs à lister sur sa carlingue. Canelo, de son côté, est content d’avoir monnayé sa décennie de décideur indépendant en tant que « Face of boxing » pour un rare engagement de quatre apparitions d’ici fin 2026 en tête d’affiche des plus prestigieuses soirées pugilistiques de la planète que sont désormais les Riyadh Seasons. Pas mal, pour un pré-retraité. Que la vie devient simple pour peu qu’on dispose des menus milliards requis. Reste que je veux surtout voir Inoue vs Nakatani. Encore un effort, tonton Turki, s’teuplé.

Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /

  • Parlons de MMA, parlons de l’une des plus grandes sources de relativisation du savoir pugilistique contemporain. Hier soir, le champion des middleweights Dricus Du Plessis affrontait le « all-american » Sean Strickland pour la deuxième fois, en main event de l’UFC 312. Une opposition à priori peu passionnante même si logique, après la guerre qui avait vu le Sud-africain ravir la ceinture à Tarzan d’une courte décision partagée l’an passé. Depuis, Du Plessis a défendu son titre au mois d’Août face à un grand Israel Adesanya, qui n’avait concédé qu’une seconde d’inattention de trop à un adversaire qu’il dominait pourtant des pieds à la tête.
  • C’est le mystère Du Plessis : depuis son arrivée à l’UFC, le bonhomme ne fait que taper des têtes d’affiche à qui il devrait servir de formalité.  Darren Till, Robert Whittaker, Israel Adesanya : des techniciens et tacticiens chevronnés, l’élite de l’élite avec plus d’une guerre à leur palmarès pour démonter la résilience de leurs compétences. En face d’eux, Du Plessis fait facilement figure de bagarreur de boîte de nuit.
Mais que font les videurs ?!
  • Son équilibre de frappe est précaire, sa garde est très aléatoire, ses enchainements défient la logique, et pourtant il gagne. Du Plessis, c’est ce mec au billard qui tire comme une mule, à l’aveugle et en se contorsionnant sur le rebord en espérant que ça le fasse, et rentre trois boules d’un coup. En face de lui, Sean Strickland, et son style qui ne varie pas d’un iota d’un combat à l’autre, qu’on pourrait résumer par : Philly shell bien droite, jab, tip en front kick, et une droite de temps en temps. Un style résolument unidimensionnel et assez transparent, qui se révèle pourtant un casse-tête insoluble pour les grosses têtes du striking (dont Israel Adesanya – encore lui, et Nassourdine Imavov) qui ont croisé le fer avec lui.
  • Sans doute que Strickland peut se targuer, tout comme Du Plessis, d’un atout fort incommodant pour ses adversaires à mettre à son crédit : il avance, quoiqu’il en coûte et sans jamais temporiser le combat, et possède un menton aussi increvable que son cardio. Bref, des profils chiants.
  • Ce sont donc ces deux énigmes de l’élite du MMA contemporain qui s’affrontaient pour la ceinture d’une catégorie pourtant pas avare en têtes de gondoles. De fait, le combat s’est déroulé sans réelles surprises à l’avantage écrasant de Du Plessis. Manifestement affaibli par un supposé staphylocoque, Strickland ne réussit jamais à livrer la guerre promise en conférence de presse, et subit le pressing de son adversaire, qui fait feu de tout bois comme à son habitude. Jusqu’à casser le nez de Strickland au 4ème round, qui termine le combat debout mais avec les voies respiratoires compromises.
  • Après le pétard mouillé contre Paulo Costa, c’est une nouvelle prestation décevante pour Tarzan, qui ne devrait plus tutoyer de si près les cimes de la catégorie avant longtemps (voir jamais). Pour Du Plessis, c’est la confirmation de la méthode validant le résultat. Promis à un title-shot par Dana White himself, on souhaite bon courage à Khamzat Chimaev pour tenir le rythme du Sud-africain s’il ne parvient pas à le terminer au 1er round. Maintenant que la route est dégagée, on fantasmerait bien le scénario suivant : Du Plessis défend son titre contre Chimaev, et Imavov reste actif en prenant sa revanche avec la manière contre Strickland. Notre Sniper retrouve le sud-africain fou en title shot pour la fin de l’année, restaure le beau jeu dans ses droits et devient le premier champion français de l’UFC. Ça coûte rien de rêver un peu, surtout quand la réalité entrouvre la porte.

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