Le site (Antoine) /
- La rentrée des Punchlines est certes tardive – et elles seront déjà en pause la semaine prochaine pour cause de reportage terrain dont on ne vous dit que ça – mais 130livres.com n’aura pas vécu le moins productif de ses étés, avec 5 papiers postés depuis la dernière édition.
- D’abord, la chronique de Nein, Nein, Nein !, La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar, de Jerry Stahl, étrange objet autobiographie parfaitement résumé par un titre des plus improbables.
- Puis nous sommes revenus sur le succès de Terence Crawford pour ses débuts en super welters dans un combat très tactique, sensiblement plus intéressant que les habituelles démonstrations de l’homme du Nebraska.
- Ensuite, on a fait durer l’allégresse olympique en postant une compilation de comptes-rendus d’épreuves des JO diversement populaires par chez nous, du rugby à 7 à la lutte libre en passant par la boxe et le volleyball. De quoi vous remettre l’horripilant On va réussir, on sait comment entre les deux oreilles.
- Puisque 130livres.com s’enorgueillit depuis sa création de concilier l’amour des belles lettres et celui des bourre-pifs, il a fallu revenir sur une perle de l’année 2023 consacrée à un boxeur tricolore oublié depuis l’an pèbre : Boxer comme Gratien de Didier Castino.
- Enfin, il s’est agi d’évoquer une lecture de plage un tantinet pentue, le tortueux et polyphonique Absalon, Absalon ! de William Faulkner, histoire de rappeler que c’est une maison sérieuse, ici, non mais des fois.

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /
- Les estimées éditions de l’Arbre vengeur y fêtèrent leurs deux premières décennies d’existence l’an passé, aussi ne s’étonnera-t-on pas que la librairie Le Divan, sise rue de la Convention dans le XVe arrondissement de Paris – soit pas loin d’Orléans pour l’habitant de la rive droite -, ait accueilli le lancement du roman français proposée cette rentrée par la maison bordelaise. On en parlera certes moins que du dernier Amélie Nothomb, mais il existe une bonne raison pour laquelle un croiseur lourd de la culture parigote du tonnage du Divan consacre une soirée à un bouquin relativement confidentiel : c’est parce qu’il en vaut la peine. Précisons que son auteur Alexandre Billon, présent ce soir-là aux côtés du patron Philippe Touron sur le canapé éponyme de la vaste librairie, est un primo romancier qui aura pris son temps. « Au moins 11 ans voire un peu plus » dit ce souriant natif de 1976 d’une voix douce dans laquelle perce l’enfant qu’il fut, protagoniste du roman joliment intitulé Le tutoiement des morts. Le lecteur s’en apercevra bien vite : il fallait des outils bien particuliers pour accoucher de ce texte-là, fût-ce en y passant tant d’années. Billon est diplômé de Polytechnique et il y est beaucoup question de sciences et d’expérimentation, il a enchaîné sur un doctorat de philosophie et tout le récit est empreint d’un questionnement élaboré sur la nature de la relation entre un fils et son père, et puis il a publié des ouvrages de poésie, or cette poésie imprègne phrase après phrase d’un texte à la fois incarné et éthéré. Et non, ce n’est pas rien.
- « J’étais perdu dans le désert aux confins de la Libye et de l’Egypte, et j’ai repensé à une question de mon père, « Te sens-tu vivant ? Est-ce que tu aimes la vie ? » » Ainsi Alexandre Billon décida-t-il d’entreprendre l’écriture du Tutoiement des morts, dont la première version recueillit son lot de « refus élogieux » dans le monde de l’édition. De roman-essai, le texte devint roman tout court avant d’intégrer « un peu de philosophie ». En présentant cette histoire d’un jeune garçon appelé à soutenir son père mi-génial, mi-accablé d’un fameux pète au casque autant qu’à apprendre de lui, Philippe Touron précise qu’il s’agit d’abord un livre bien écrit et construit avant de toucher par sa dimension autobiographique. « J’ai corné beaucoup de pages, c’est subtil, et pas voyeur ». Ceux qui liront, abonderont. Le livre évoque un père qui somme son fils de se poser des questions et de produire des réponses, dans des circonstances parfois incongrues. Il veut de sa part un regard frais, neuf, même sans compréhension parfaite des sujets abordés tous azimuts, science après science, expérience après expérience, facette après facette de l’existence qu’il lui donne à découvrir. L’auteur confirme que cet apprentissage précoce finit par faire de lui un ingénieur puis un métaphysicien. La table présentée en fin de volume, alignant la grosse soixantaine de titres de chapitres qui rappellent ceux des nouvelles américaines, forme presque un texte en soi. La parcourir en fin de lecture permet de se remémorer la succession de tableaux que constitue Le tutoiement des morts. Au fil des pages, on ne saurait s’empêcher d’aimer ce père « toujours à côté de lui-même », que l’écriture du livre aura aidé son fils à comprendre mieux « en reliant plusieurs éléments et en les interprétant différemment ». Touron rappelle que dès le prologue cette histoire est aussi celle d’une « accidentologie à base de Simca ». « Oui, il a beaucoup change de voiture après des accidents que j’ai parfois subis, sans dommages » répond Billon. C’est d’ailleurs ainsi que son père est mort.

- Le lecteur apprend ce décès-là l’air de rien, sans temporalité didactique et avec élégance. C’est sur ce même ton qu’Alexandre Billon dépeint la maladie mentale tout au long du roman ; ce genre de mal est rarement décrit avec compassion en littérature, or l’auteur l’évoque très librement, sans édulcorer ni régler de comptes, entre réflexion et fantaisie, après quoi il importe de découvrir auprès de lui quelles furent ses inspirations. « J’ai pensé au ton doux-amer de Richard Brautigan, Harry Crews également, mes inspirations sont souvent américaines, je lui volé des mots en majuscule, et puis une poétesse polonaise qui joue avec la philosophie, Wisława Szymborska. » Une femme figure dans le lot, mais dans le roman les personnages féminins n’abondent pas, ce que reconnaît Alexandre Billon. « Le titre du fichier provisoire était « le livre du père », et je le suis aperçu que les femmes en étaient largement absentes, excepté ma mère (NB : présente dans le public), à qui un chapitre est dédié. Ce n’était pas l’objet de ce travail-là ». Dont acte. Père et fils parlaient-ils de littérature ? « Parfois. Il m’offrait des livres, Ronsard, Monfreid, Shelley, mais on n’en parlait moins que de science ou de philosophie, de théorie de l’évolution, etc. »
- Il est temps de répondre aux questions d’une assistance composée en bonne part d’amis et anciens condisciples d’Alexandre Billon. L’idée « un peu fantasmée » de la couverture, un gamin sur les épaules de son père mais qui paraît quand même le porter, n’était pas de lui mais de l’éditeur, cependant elle lui a plu. En parlant d’éditeur, L’Arbre vengeur a plu à Billon pour son indépendance mâtinée d’exigence, ce qu’on ne contredira pas ici ; la dernière mouture du texte ne fut envoyée qu’à une seule autre maison, qui répondit tardivement par la négative (NB : chez Madrigal, on balance). Il lit un passage à la demande de son hôte, le chapitre 63, vers la fin du Tutoiement des morts, un moment d’apaisement face à la mer où l’auteur contemple la mer avec sa femme et son propre enfant, au moment où il travaille sur un essai qui continuera le roman. Cette manière de résolution lui apporte la paix qu’il souhaitait. On ne peut guère que la ressentir avec lui. Il répond simplement à une question sur la difficulté d’évoquer sa propre vie. « La question de pudeur concernait surtout l’évocation d’autres que moi, cela dit j’ai cherché à m’éloigner du témoignage en travaillant sur des situations émotionnellement justes plutôt que strictement factuelles. » « Imprimez la légende », renchérit Touron en reprenant L’homme qui tua Liberty Valance. « Ce qui importe au final est la cohérence de l’objet littéraire et sa force ». Il confie d’ailleurs ne pas croire en un épisode sis à Rodez ; Billon répond pourtant qu’elle est vraie. J’ai obtenu ma dédicace, gobelet de Vouvray à la main – la tradition du lieu -, convaincu de ladite force. La lecture du Tutoiement des morts fit mieux que la confirmer.
Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /
- Parlons cinéma, oui parlons… CINÉMA !!! Avouez que ça avait manqué (un petit peu quand même). Une plume s’en va et c’est tout le Larousse qui est dépeuplé : l’été était forcément un peu moins beau et la rentrée forcément un peu moins supportable en notre absence. Mais nous voilà de retour au four pour vous aider à transitionner les dimanches bientôt grisonnants et pluvieux. Plaisir d’offrir.
- Du coup, cinéma : par où commencer ? Pourquoi pas par la saison estivale qui vient de s’écouler. Une fois n’est pas coutume, l’été U.S ne s’est pas montré avare en bonnes surprises, et s’est fait même voler la vedette au box-office par de la grosse machine bien de chez nous. Et on ne parle même pas d’Un petit truc en plus, dont le succès continue de défier le bon sens et la raison au mois de septembre, mais du Comte de Monte-Christo, d’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte et avec Pierre Niney -aka le Cyrano de Bergerac des rideaux de douche- dans le rôle-titre. Non seulement le dernier né du DumasVerse de Jérôme Seydoux cartonne, mais il se paye une côte d’amour de 7 à 77 ans qui en fait LE film qu’il faut avoir vu et revu pour avoir l’air d’un con pendant la pause clope/café. Un engouement populaire tout Top Gun : Maverickien bienvenu quoique légèrement disproportionné pour un film qui a sérieusement tendance à gérer ses soucis de dramaturgie comme des dos d’ânes pris en moonwalk et en passant la 5ème (l’emprisonnement d’Edmond Dantés, 14 ans sur le papier, un tour aux toilettes pour le spectateur et un training montage pour Niney). Mais bon, pour un blockbuster français : c’tait po mal.
- Pour le reste, les US ont mené les débats comme d’hab’, avec le même catalogue suite/reboot/remake que les années précédentes, mais d’une tenue sensiblement plus intéressante. On évitera de s’attarder sur les sorties de routes plus ou moins prévisibles – Trap ; un M. Night Shyamalan qui a oublié son Sixième Sens au vestiaire ; Alien : Romulus, un medley de 40 ans de saga écrit sur ChatGPT et piloté par l’IA de Ridley Scott pour se concentrer sur le POSITIF. Déjà, Pixar qui s’est gardé de faire caca sur son héritage récent avec Vice-Versa 2, carton majuscule de l’été.
- Ensuite, la bonne surpris est venu de Twisters, suite avec un « S » du film de 1996 de Jan de Bont. Un sous-Abyss dont on se souvient surtout pour sa vache en pixels qui papillonnait dans l’œil du cyclone que pour quoique ce soit d’autres. Heureusement pour elle, la séquelle de Lee-Isaac Chung a bien d’autres atouts à défendre devant la postérité. Notamment un couple parfaitement fonctionnel et alchimique à l’écran, du grand spectacle qui mesure ses effets, une construction en crescendo chapeautée comme la production Spielberg qu’elle est, et une photographie de l’Amérique « divisée qui ne s’entend pas mais travaille quand même main dans la main pour l’intérêt général » qui réchauffe son petit cœur de centriste mou.

- Enfin, cherry on the cake, la palme d’or du « film de l’été 2024 » est attribuée à celui que l’on voyait arriver du coin de l’œil depuis quelques mois : Deadpool & Wolverine. On pressentait que le combo Shawn Levy/ Ryan Reynolds pouvait potentiellement générer un nouveau morceau de cinoche populaire comme on aimerait en voir plus souvent (Free Guy, Adam à travers le temps : plus que bien à chaque fois). Mais on n’anticipait peut-être pas un retour aussi fracassant de l’église au centre des salles obscures ; qui plus est au sein d’une franchise pas franchement remarquée jusqu’à présent pour mutualiser l’événement et le support (autrement dit : il faut aller le voir pour l’avoir vu). Mais ça, c’était jusqu’à Hugh Jackman, qui n’arrête pas d’arrêter son rôle fétiche pour mieux y revenir, et livre ici (après 8 films !) sa meilleure perf EVER sous le VRAI costume du mutant griffu. C’était jusqu’à Ryan Reynolds, Stradivarius de profession ici «Jesus Marvel » et pas que de Kevin Feige, en position de force pour imposer ses choix à une industrie super-héroïque dans les choux dans une production classée R à 200 patates. C’était jusqu’à Shawn Levy, yes man passe-partout devenu cinéaste qui passe entre les gouttes pour apporter ce qu’il manquait jusque-là à la franchise : un cœur derrière la caméra, qui cherche les nuances et exprime à l’image tout ce que son volubile personnage ne dit pas à l’oral. Et c’était jusqu’à le fucking gospel de Madonna dans une scène finale d’anthologie qui pleuvoir de l’amour à grosses gouttes sur les chakras du spectateur. Quand les bons ont le dernier mot, c’est qu’il reste encore des choses à sauver dans ce monde.
Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /
- On les appelle les « Roomba », ces petits aspirateurs autonomes programmés pour nettoyer toute une pièce puis réintégrer automatiquement leur station de rechargement. Hier soir sur le ring de la T-Mobile Arena, on eût facilement pris le massif Edgar Berlanga pour un Roomba, tant il retournait efficacement s’enfermer dans un coin du ring pour s’offrir au pilonnage d’un Saul Alvarez en vitesse de croisière malgré les consignes hurlées par son coin. Il faut cependant rendre cette justice au Portoricain qu’il tint les 12 rounds contre le champion WBA, WBC et WBO des super moyens à défaut d’en remporter plus d’un ou deux, encaissant notamment un travail au corps méticuleux et survivant à un splendide knockdown dès le 3e round sur un crochet gauche suivant une parfaite feinte au corps. Bien sûr, « Canelo » n’a pas fini un adversaire depuis 2021, et se garde d’enchaîner au delà d’un ou deux coups lorsqu’il sent sa proie en difficulté. Les 34 ans du Mexicain n’en font certes pas un vieux boxeur. Ses 66 combats professionnels depuis l’âge de 15 ans, si, et son réservoir de carburant limité à 168 livres achève d’en faire un pugiliste parcimonieux sur le ring. De quoi faire de sa quête d’une revanche face à Dmitry Bivol réaffirmée après sa victoire d’hier, au cas où se dernier deviendrait champion incontesté des mi-lourds le 12 octobre prochain contre Artur Beterbiev, une entreprise risquée, tant le Russe est capable de donner 70 coups par round à 175 livres, une équation a priori insoluble sur le papier pour le rouquin. Que retiendra-t-on de Canelo vs Berlanga ? Franchement pas grand-chose. Le second peut se consoler avec un chèque jamais mérité sur le ring et la satisfaction de n’avoir pas fini sur une civière, tandis que le premier a coché sur son palmarès de champion une case « Puerto Rico » qui n’importe plus guère qu’aux historiens de son sport. La préretraite de Canelo risque de nous lasser un temps certain ; en tout cas il est hors de question que je me réveille un dimanche à 4 du mat’ pour le voir rectifier un Chris Eubank Jr, un William Scull ou un Jermall Charlo. La nuit dernière, déjà, j’ai dormi comme un bébé.

- Ce qui signifie que j’ai aussi loupé le direct des combats de sous-carte, dont un Erislandy Lara vs Danny Garcia faisant un candidat sérieux au titre de combat le plus inutile de l’année 2024. Dans le coin rouge, un quadragénaire. Dans le coin bleu, un welter perdu chez les moyens inactif depuis plus de deux ans. Dire qu’on se tamponne du succès de Lara, première défaite avant la limite en carrière pour le boxeur de Philadelphie, serait un euphémisme d’une politesse exquise. Espérons désormais échapper à une revanche du Cubain contre Saul Alvarez, peut-être la pire idée possible pour 2025. Envoyé au tapis au 4e round, Caleb Plant a dû provoquer une guerre de tranchées face au courageux redneck à moustache et coiffure fantaisie Trevor McCumby, dont le crochet gauche pique manifestement à mi-distance mais qui finit arrêté au 9e. Visiblement rouillé, l’ex-champion IBF des super moyens n’aura guère impressionné bien que cette bagarre de saloon eût de quoi divertir son monde. Pour son retour sur le ring un an après son démantèlement par Naoya Inoue, Stephen Fulton n’a pas non plus plus marqué les esprits, subissant un knockdown au 5e round sur un joli contre du droit de Carlos Castro pour ses débuts chez les plume. La décision qu’il obtint à l’issue des 10 reprises est discutable et discutée. Il paraît que Rolly Romero boxait lui aussi en sous-carte de Canelo, mais on s’en fout un peu. Bref, un pay per view plat comme la Beauce qui pâlit de la comparaison avec l’UFC 306 (cf. ci-après).
- Et puis un mot sur la soirée du 3 septembre dernier à l’Ariake Arena de Koto-Ku qui vit Naoya Inoue triompher sans difficulté ni éclat particuliers du vétéran irlandais TJ Doheny. « The Monster » avait goûté au tapis pour la première fois de sa carrière en mai dernier face à Luis Nery, et l’expérience le dissuada d’en faire trop face à un adversaire réputé pour son punch. Le gaucher Doheny boxa lui-même intelligemment pour retarder l’échéance, soignant jabs et déplacements, et passant même un bras arrière ou deux. Côté Inoue, on avait manifestement préparé une montée en puissance progressive, capitalisant sur un très abrasif travail au corps. Comme tant d’autres, Doheny finit par rompre, certes pas de la manière attendue : les secousses telluriques subies à chaque impact finirent par lui bloquer le dos. Si l’on n’eut pas vraiment de finition d’anthologie à se mettre sous la dent, notons le sérieux de la copie rendue par le champion incontesté des super coq contre un adversaire dont le châssis est proche de ce qu’il pourrait bien rencontrer en plume. On rêve bien sûr d’un superfight préalable contre Junto Nakatani, mais ce dernier pourrait d’abord être tenté par de lucratifs combats d’unification 100% japonais chez les moins de 118 livres. En tout cas le succès âprement remporté en sous-carte par son homologue WBO Yoshiki Takei sur un très saignant Daigo Higa laisse augurer un succès brutal et rapide, tant la défense de Takei est poreuse – on frémit à l’idée des contres de Nakatani punissant ces uppercuts façon Don Flamenco (ceux qui savent, savent) et ces retraits en ligne droite. Et puis on achève bien les chevaux de retour, y compris lorsqu’ils attirent la sympathie : à 41 ans, le valeureux Ismael Barroso, son crochet gauche de forain et sa trogne de film d’épouvante a dû baisser pavillon au 9e round contre un très clinique et longiligne Andy « Da Blade » Hiraoka en demi-finale WBA. Rien de honteux pour le cocu de l’année 2023, privé d’une première chance mondiale par un arbitrage répugnant au profit de Rolly Romero et surclassé ici par plus jeune, plus grand et plus vif que lui. S’il recule parfois comme un Yoshiki Takei, le méthodique et athlétique Hiraoka ajoute son nom à une liste fournie de candidats crédibles au sceptre de roi des super légers, l’une des catégories les plus intrigantes du moment.
Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /
- Parlons de MMA, parlons de l’UFC qui a tenu hier le plus grand show de son histoire, et possiblement celle des sports de combats. On l’a dit et répété en ces lignes : quoiqu’on puisse penser de l’organisation gérée par Dana White, l’UFC vole à dix mille pieds au-dessus de la concurrence, et depuis hier soir la distance se compte en années-lumière. Placée sous le joug de la fête d’indépendance du Mexique, la promotion a utilisé toutes les ressources de l’ultramoderne Sphere de Las Vegas pour construire un véritable Mortal Kombat like. A chaque confrontation, un thème et une ambiance différente projetées sur les écrans géants qui quadrille l’arène à 180°C, des ring girls sorties d’un Metal Hurlant et les avatars numériques des combattant(e)s qui se dressaient sur toute la hauteur d’un building avant leur entrée. On est dans le turfu, pas de doute là-dessus. Le come-back de Canelo Alvarez, qui se déroulait parallèlement, faisait un peu kermesse de l’hospice à côté. On a même croisé Terence Crawford dans les gradins, confondu avec Kendrick Lamar par la TV de l’UFC. Le crime était presque parfait, quoique : le meme est déjà en train de fracasser internet. À leur décharge, la ressemblance était frappante.
- Quelques lignes sur les combats eux-mêmes : Valentina Shevchenko a logiquement repris son titre Flyweight à Alexa Grasso au terme de cinq de domination complètement unilatérale. Dans une garde ouverte type Muay Thai, « Bullet » contrait à mi-distance les assauts en anglaise de son adversaire en désaxant les frappes, et feintait le striking pour mieux rentrer dans ses jambes avec des takedowns impeccablement timés. Pas un morceau de gras, pas un seul mouvement superflu : Schevchenko n’est plus si jeune, mais les plus grands athlètes se mesurent à leur capacité à substituer leur prime physique par la maturité et l’expérience d’une vie de combats. Définitivement, la Russe fait partie de celles-ci. On souhaite bon courage à Manon Fiorot pour déjouer le rébus d’une des pugilistes les plus complètes de la promotion, toutes catés et tout sexes confondus.

- La déception de la soirée concernait peut-être le main event, qui voyait Sean O’Malley défendre le titre des batamweights contre le redoutable Merab Dvalishvili. Pas déception, plutôt frustration : le spectacle était à la hauteur de l’opposition de styles attendue. « O’Malley, striker longiligne et sniper de la zone de frappe impossible touche le cul d’une mouche avec son jab avec son 1,83m d’allonge » vs « le lutteur trapu qui bouge comme le Diable de Tasmanie et envoie un frigo américain à chaque tentative de takedown« . Bref, le vrai test pour O’Malley jusque-là préservé de sa nemesis stylistique par Dana White, mais loin d’être ridicule à l’arrivée. Face à une cardio-machine aux ressources infinies qui détient le record du plus grand nombre de tentatives de takedown en un seul combat UFC, « Suga » a fait du Conor McGregor contre Khabib Nurmagomedov : défendre avec aplomb le pressing de son adversaire tant que son métabolisme tenait la marée (soit jusqu’au 4ème Round, à peu près). Debout, il réussissait à force de déplacements à se tenir assez loin de la cage pour perturber le radar de son adversaire, mais ne trouvait que trop rarement les angles qui lui auraient permis de dérouler ses frappes balistiques. Conscient du danger en face, Dvalishvili faisait attention de ne pas s’exposer tout en maintenant la pression pour se créer ses opportunités. Ce qu’O’Malley a renoncé à faire après deux rounds à faire le sparring-partner du grappling d’élite de son adversaire. Dans le feu de l’action, le doute est le pire ennemi du combattant, qui ne fait même plus confiance au vent quand celui-ci tourne en sa faveur- on l’a vu encore récemment avec Leon Edwards contre Belal Muhammad. Ici, c’est un front-kick qui trouve le foie de Dvalishvili à 1’30 de la fin du dernier round. C’est le moment de passer la troisième, alors que le Géorgien passe la totalité de la fin de match à tourner autour de la cage en mordant son dentier. Mais O’Malley n’enclenche pas : il n’ose pas, il n’y croit plus. Il y avait pourtant de quoi faire une Leon Edwards – encore lui – vs Kamaru Usman II, mais l’Américain n’est déjà plus là. C’est toujours un spectacle sidérant que de voir un combattant boosté à la surconfiance en soit arrêter de croire à son propre storytelling en direct. Un aveu d’humanité au mauvais moment, tout simplement.