Punchlines du 21 juillet 2024

Le site (Antoine) /

Spoiler : Biohazard a poutré le festival.

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /

  • Alors voilà : je ne sais presque rien de Benoît Duteurtre et voilà qu’on déplore son décès prématuré, d’une putain de crise cardiaque à 64 ans en pays vosgien. De quoi nourrir un sentiment accablant, quand bien même il s’agit moins de deuil que de honte. Je découvre en 2024 combien le monsieur était authentiquement fascinant, romancier à l’ancienne, essayiste à balles réelles, authentique mélomane de radio et télévision, chroniqueur pour Playboy et La vie catholique, entre autres, loué par Milan Kundera et Philippe Muray, partie prenante de controverses parfois internationales réglées au tribunal, ancien jeune homme qui n’hésitait pas à envoyer ses travaux à Samuel Beckett ou Guy Debord, lauréat du Prix de l’Académie Française de la nouvelle et piano sur le tube de l’été Paris Latino… Et puis l’hommage posthume de Michel Houellebecq dans Le Figaro, tel celui de l’écrivain américain Bruce Benderson, est touchant comme rarement le fut l’oracle à parka. « Benoît réunissait idéalement en lui ces qualités de bonté souriante, de tolérance, d’ironie malicieuse et finalement de sagesse qui auraient fait de lui un de ces vieillards en quelque sorte « à l’ancienne » qui parvenaient à vous rendre la vieillesse aimable, au point de vous donner presque envie de vieillir. Là, maintenant, ça va être difficile. » Il sera difficile de passer cet été sans lire un peu de Benoît Duteurtre. Dommage qu’il ait fallu qu’il décède.
Benoît Duteurtre (1960-2024)
  • Nécrologie encore : mort en août dernier à Brescia, le scénariste et auteur Antoine Germa aurait eu 51 ans aujourd’hui. Lui détestait Philippe Muray. Comme quoi, hein.
  • Nécrologie toujours : le monde des lettres pleure la disparition d’Henri Causse, directeur commercial des Éditions de Minuit, survenue le 12 juillet dernier. On pourra suggérer que son temps était passé depuis l’intégration en 2022 au groupe Madrigall de la maison fondée pendant l’Occupation et défiant Vichy. Henri Causse y œuvrait depuis 1964, engagé en son temps dans le combat pour le prix unique du livre et toujours très au fait de la réalité du métier de libraire, partout en France. Pas gai non plus.
  • Pour continuer avec les nouvelles approximativement bonnes, déplorons une autre disparition, celle de la maison d’édition algérienne MIM.  À peine récompensée du Prix Assia Djebar, visant à promouvoir la littérature algérienne au niveau national et international, le 9 juillet dernier pour Houaria d’Inaâm Bayoud, MIM a essuyé une tempête de réactions négatives en ligne à propos d’une langue jugée faible et d’un propos ne correspondant pas aux valeurs morales de la société algérienne. Jugé trop cru, notamment pour son écriture en darja – soit la principale langue parlée dans le Maghreb -, le roman traite d’une diseuse de bonne aventure dans la décennie noire vécue par l’Algérie de 1991 à 2002. Il a ses détracteurs et ses partisans dans le monde des lettres algériennes. Ces derniers semblent avoir eu le dernier mot, après la décision de MIM de laisser “le chameau avec son fardeau” le 16 juillet dernier. Si le point de vue des Punchlines sur le sujet reste de fait peu informé, la fermeture d’une maison d’édition, a fortiori suite à une polémique, est très rarement une excellente nouvelle.
  • Une fois n’est pas coutume, hommage à Marc Levy : l’auteur français de grande consommation le plus fameux avec Guillaume Musso a décidé de diffuser la traduction russe de son dernier roman La symphonie des monstres en téléchargement gratuit sur toutes les plateformes du genre, en partenariat avec Versilio et Robert Lafont. Rappelons que l’auteur y aborde l’épineuse et très actuelle question de la déportation des enfants ukrainiens par le régime russe. On s’étonnera plus ou moins d’apprendre que le livre n’avait pas trouvé preneur parmi les éditeurs russes.
  • À propos de traduction, le Centre National du Livre a relevé le tarif minimal de la rémunération des traducteurs au feuillet dactylographié – 23€ désormais – pour qu’un texte traduit soit éligible à des subventions. C’est la première augmentation du genre depuis 2015. Voilà qui ne rendra pas exagérément lucratif le métier de traducteur pour autant, mais qui semble aller dans le bon sens… quand bien même il est probable que le client final s’acquitte tôt ou tard de la différence.

Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /

  • Parlons cinéma, parlons de Florent Emilio Siri. Le plus grand réalisateur français à n’avoir jamais été prophète dans son pays. Pourtant le palmarès est un panier de ballons d’or. Nid de guêpes, L’ennemi Intime, Cloclo… Sans oublier Otage, l’expérience américaine la plus concluante de sa génération de cinéastes français défaits par le cinéma français au bras de fer du  » Le changement, ça sera pas pour maintenant ».
  • Mathieu Kassovitz fait l’acteur dans des films parfois moins embarrassants que ses réels Instagram, Jan Kounen a disparu des radars, Jean-François Richet travaille pour Gerard Butler et Jason Statham, Olivier Dahan occupe le créneau de Josée Dayan… Les pirates ont quitté le navire mais Siri est resté, tant bien que mal. Lui, le moins punk du crew, qui rase les murs de la hype pour faire des films qui comptent bien plus que ce qu’en retiennent le public et la critique à l’instant T.
  • Siri, c’est un peu comme Kathryn Bigelow : un Don Quichotte rarement récompensé par le court-terme, la quintessence de l’artiste populaire qui laisse au spectateur l’arbitrage de son jugement moral et n’a jamais appris à ne pas en donner plus que ce qui est attendu. Siri multiplie ses matériaux par 100, mais le cinéma contemporain ne reconnaît que les additions. Et quand il se plie à la loi du marché, le résultat tient de la soustraction en bande mal organisée. Voir le sinistre Pension Complète ou Marseille pour Netflix, ambulance trop sévèrement mitraillée pour ne pas tenir du règlement de comptes avec la plateforme.
Man on Fire under Rain
  • Mais grand bien nous fasse : après un laïus de plusieurs années, le cinéaste nous montre qu’il continue de viser la lune, sans peur de se cogner en-dessous des étoiles. Ça s’appelle Elyas, c’est à voir en salles depuis le 3 juillet, et dépêchez-vous parce qu’il va pas tarder à en sortir. Elyas, c’est Roschdy Zem. Ancien soldat d’élite revenu du front avec un trauma et un traitement pharmacologique à vie. Elyas est rappelé par un frères d’armes pour protéger la gamine d’une famille moyenorientale qui s’achète un hôtel particulier comme vous et moi un pain en chocolat. Bref, Elyas c’est Denzel Washington dans Man on Fire, et Washington Denzel dans Equalizer. Du moins sur le papier.
  • À l’écran, c’est un labyrinthe mental dans lequel la réalité ne cesse de se confronter avec la fiction du guerrier qui a ramené la guerre avec lui. Un peu comme si le Martin Scorsese de Taxi Driver et Shutter Island avait réalisé Rambo: First Blood (oui, rien que ça). Siri jette le spectateur dans l’inattendu sur un pitch pourtant surbalisé par la John Wickisation du cinéma d’action actuel. Elyas délire, ou a t-il raison de délirer ? Le réalisateur attend le dernier tiers du film pour trancher la question, bien après que les faits aient pourtant donner raison au héros. Un véritable tour de force cinématographique qui, à l’instar du John Woo de Silent Night, sort le genre investi de sa zone de confort pour lui (re)donner des ailes dans un océan qui n’est pas le sien. Forcément, la pression redescend de quelques degrés lorsque par la force du récit, le film clarifie les choses au détriment de l’ambiguïté qui prévalait alors, et sacrifie avec plus (l’inévitable « mon contact à la CIA dit qu’on a pas affaire à l’élève, mais au professeur« ) ou moins (le tout à fait évitable plan « Cool Guy don’t look at the explosion », ici totalement hors sujet) de bonheur aux conventions du genre.
  • Mais ça tient, malgré tout. Parce que même sous pression calendaire, Siri fait un petit pont à tous les John Wick du monde sur une jambe. Et parce que lui, Roschdy Zem. Secondé par une épatante brochette de seconds rôles comme on aimerait en voir plus souvent (big up à Dimitri Storoge, et à l’épatante Jeanne Michel), l’acteur fait à ce point des étincelles dans le rôle du Denzel Washington français qu’il réussit parfois à faire passer Denzel Washington pour le Roschdy Zem américain. Et toutes celles et ceux qui sont familiers de cette rubrique savent à quel point il ne s’agit pas d’un petit compliment.
  • Du rififi au JohnWickistan. Ballerina, le spin-off au féminin de la quadrologie de Keanu Reeves au pays de l’action sous IA, tiendrait de la catastrophe sans issues de secours, selon les premières projections-test. Même les reshoots – en réalité un second tournage selon l’acteur Ian McShane – orchestrés par Chad Stalheski n’auraient pas réussi à colmater les failles sismiques laissés par Len Wiseman, réalisateur initialement engagé malgré un casier judiciaire à faire retirer le droit de citoyenneté cinématographique (Underworld 1 et 2, Die Hard 4, Total Recall, n’en jetez plus). Après l’accueil plutôt tiède de The Continental, la série dérivé de la licence, l’avenir semble plutôt mal assuré pour la franchise qui se rêvait multimillionnaire en multisupport. De là à ce qu’ils fassent le forcing pour faire revenir Keanu Reeves et son corps de quinqua broyé par les tournages des quatre premiers, il n’y a qu’un pas qu’on ne franchira pas forcément avec eux.
  • Scarlett Johansson pardonne à Disney. L’actrice, qui s’était fait sucrer son salaire en intéressements sur recettes lorsque Mickey a retiré précocement Black Widow des salles pour le diffuser sur Disney +, est prête à tourner la page. Et ce, après soutiré à la boite de Bob Iger plus de quarante millions de dollars en accord à l’amiable devant les tribunaux… C’est beau la mansuétude.

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /

  • À 118 livres, Junto Nakatani est une mante religieuse se régalant de petits insectes. Se dire qu’il était encore champion du monde chez les mouche en 2022 défie désormais l’imagination. Le détenteur du titre WBC des poids coq s’est de nouveau substanté en public hier après-midi au Kokugikan de Tokyo, face à un Vincent Astrolabio dont on imaginait qu’il rendrait le combat divertissant tant qu’il se prolongerait. Hélas l’affaire n’excéda pas 2 minutes 37, à l’issue desquelles le Philippin avait découvert à la dure que camper dans l’axe face à Nakatani n’est pas l’idée du siècle. Un jab à la face suivi d’un terrible cross de gaucher au corps eut raison de lui. S’il ne détient qu’une ceinture majeure dans la catégorie et n’y a combattu que deux fois, Nakatani est déjà considéré comme le patron des moins de 118 livres. Fait remarquable, les détenteurs des trois autres titres mondiaux sont également japonais, ce qui ouvre la voie à de lucratifs combats d’unification. À commencer par Takuma Inoue, champion WBA et « frère de ». Sans faire insulte à ce dernier, comme à Ryosuke Nishida ou à Yoshiki Takei, on voit mal Nakatani empêché de devenir champion incontesté si telle est sa stratégie. La question qui démange consiste plutôt à savoir quand Nakatani montera en super-coq, l’actuel terrain de jeu de Naoya Inoue, lequel a déjà affirmé qu’il visait une campagne chez les plume après 2024. Y aurait-il la place pour un superfight les opposant en décembre prochain, sachant qu’une telle confrontation d’invaincus est d’ores et déjà considérée par les observateurs comme le plus grand combat de l’histoire de la boxe au Japon ? On en rêve.
*bruit de pneu éclaté*
  • Également à l’affiche de la soirée Top Rank, l’Américain Anthony Olascuaga a confirmé les promesses entraperçues lors son digne revers face à Kenshiro Teraji en remportant le premier titre mondial de sa carrière pour son 8e combat chez les professionnels. La ceinture WBO des mouche récompense un succès en moins de 3 rounds sur le Japonais Riku Kano, nettement dominé en puissance et couché pour le compte par un terrible uppercut gauche. « Princesa » Olascuaga a les atouts pour devenir le croquemitaine d’une catégorie en manque d’un taulier. Dans le reste de la sous-carte, faute de voir Kosei Tanaka défendre son titre WBO des super mouche contre un adversaire trop lourd de 6 livres (!), on put admirer les progrès de Tenshin Nazukawa en boxe anglaise contre un adversaire de niveau Top 10 chez les coq, le Portoricain Jonathan Rodriguez Torres. Pour ce 4e combat professionnel, on aurait eu grand mal a reconnaître le schtroumpf peroxydé humilié en exhibition par le retraité Floyd Mayweather Jr en 2018. Si le gaucher Tenshin a toujours des déplacements et une posture marqués par le kickboxing, dont il fut un authentique prodige, sa transition vers le noble art impressionne : sélection de coups, précision, faculté à assembler des combos pertinents, punch des deux mains… offensivement, tout y est. Et il n’a que 25 ans.
  • Crève-coeur à Stoke-on-Trent : l’attachant « people’s champ » de cette cité de cols bleus, Nathan Heaney, a cédé son titre britannique des moyens à Brad Pauls suite à une nouvelle opposition dantesque sur le ring de la Resorts World Arena de Birmingham malgré un contingent de supporters toujours au rendez-vous. En mars dernier, les deux hommes s’étaient séparés sur un match nul âprement disputé, et le combat d’hier soir fut largement à la hauteur. Comme il y a quatre mois, Heaney commença par imposer se distance, derrière un jab autoritaire et des déplacements intelligents. Au 4e round, Pauls finit par saisir ce schéma tactique un rien prévisible et punir un jab peu appuyé par un contre du droit de toute beauté qui envoyait le champion sur les fesses. Dès lors Pauls se rapprochait plus facilement pour asséner des coups puissants, Heaney manquant cruellement du punch requis pour le tenir en respect. Il faut rendre cette justice au moustachu déchu qu’il sut rebondir aux 9e et 10e rounds d’un combat qui semblait lui avoir échappé, montrant son habituelle condition physique de décathlonien. Mais Pauls sut fermer la boutique aux 11e et 12 rounds, son surcroît d’agressivité laissant « The Hitman » sans réponse. Une violente salve administrée des deux mains après deux minutes dans l’ultime reprise envoya à nouveau Heaney au tapis, cette fois pour le compte. On se répète mais qu’ils font envie, ces championnats britanniques disputés à guichets fermés dans des ambiances de muerte. De quoi espérer une trilogie, quand bien même Pauls semble bien avoir craqué le code adverse pour de bon. Notons en sous-carte la défaite honorable de la Tricolore Elhem Mekhaled – elle combattait littéralement deux catégories au-dessus de la sienne – contre une Chantelle Cameron manifestement digne d’un troisième combat contre Katie Taylor, et l’impressionnant KO enregistré par Andrew Cane sur Ashley Lane pour lui ravir le titre britannique des coq.
  • À force de laisser mariner Vasyl Lomachenko jusqu’à le trouver suffisamment attendri pour demander à l’affronter, Gervonta « Tank » Davis a récolté ce qu’il convient d’appeler un vilain râteau : l’Ukrainien lui a fait savoir qu’il ne recombattrait pas avant 2025. Tout porte à croire que Tank n’affrontera personne d’authentiquement menaçant cette année (encore). En revanche les poids légers pourraient bien nous livrer une opposition alléchante sur le papier puisque le Mexicain William Zepeda Segura, redoutée mitrailleuse gauchère de la catégorie, a été désigné challenger officiel de Shakur Stevenson par la WBC. Voir ce dernier enfin obligé de se lever le derche pour s’imposer sur le ring ne serait pas la pire nouvelle de l’été.

Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /

  • Parlons de MMA, parlons… Potins, en l’absence d’assiduité de votre serviteur en termes d’événements en pugilat total ces derniers temps. Ça bouge, ou plutôt ça a la bougeotte au sommet de la division poids lourds de l’UFC. Mais reprenons depuis le début. La caté a deux champions : Jon Jones pour le titre officiel, Tom Aspinall pour la ceinture intérimaire. En embuscade, l’ancien champion Stipe Miocic ; et l’actuel champion des mi-lourds Alex Pereira, pressé de monter pour accrocher une troisième ceinture dans une troisième division autour de sa taille. Jones doit affronter Miocic en novembre si un fait-divers ne se met pas en travers de sa route, Aspinall devrait régler l’ardoise de Curtis Blaydes dans deux semaines si son genou ne lui fait pas défaut, et Pereira monter de caté sur Magomed Ankalaev reste à sa place de gatekeeper dans ce qui s’annonce comme son dernier combat chez les lightheavyweights. Bref, ça bouge. C’est bien.
Futur Triple Champ ?
  • Conor McGregor, « I will be back » de profession, a annoncé zieuter l’UFC 310 en décembre  pour effectuer son retour dans l’octogone. Avec ou sans Michael Chandler, adversaire éconduit depuis 2 ans et planté quasiment au pied de l’autel il y a un mois. Le pire, c’est que certains y croient encore.

  • Ian Garry, McGregor de poche de profession absolument pas refroidi après sa victoire en pointillé contre Michael « Venom » Page, a lancé un défi à Shavkat Rakhmonov, terreur de la division des welters, sur Twitter. Ce à quoi l’intéressé a répondu « It won’t be even close ». On le croit bien volontiers.



       



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