Punchlines du 21 avril 2024

Le site (Antoine) /

  • Pas grand-chose à signaler cette semaine. Et vous, comment ça va la petite vie ?

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /

  • Il est sorti le 18 avril dernier, qui restera la date d’une victoire sur l’obscurantisme : Le couteau, de Salman Rushdie, constitue la preuve que la tentative d’assassinat l’ayant privé de l’usage d’un œil et d’une main n’aura pas réduit l’auteur américano-britannique au silence. Le livre s’attarde certes, immanquablement, sur l’attentat du 12 août 2022 à Chautauqua (New York) et ses conséquences, il met en scène un dialogue autofictionnel entre la victime et son jeune bourreau, mais il revient aussi sur la rencontre qui aura sauvé Rushdie, celle de la poétesse Rachel Eliza Griffith devenue sa femme un an avant les faits. On peut ne pas raffoler du réalisme magique dont le romancier a fait sa marque de fabrique et admirer profondément l’homme lui-même, sa tranquille résolution et son humour inextinguible. La publication du Couteau trouve un écho particulier dans notre actualité, comme le rappelle Abnousse Shalmani dans L’Express, à l’heure où l’on moleste et on tue en France pour tenter d’imposer des interdits religieux. Elle marque aussi un tournant dans l’histoire de 130livres.com, puisque la recension du livre proposée par Alexandre Jardin dans Philosophie Magazine m’oblige pour une fois à rendre hommage à ce dernier. Les Punchlines n’auront pas tardé à établir le lien entre les sorties du Couteau et du film Amal : un esprit libre de Jawad Rhalib ; je laisse mon distingué coéquipier Guillaume Meral revenir dessus en détail dans sa rubrique cinéma.
Tout ce qu’aura réussi le tocard au couteau, c’est ajouter au swag du bonhomme.
  • Douze ans après La liste de mes envies, bestseller aux 1,5 millions de lecteurs adapté au cinéma dans lequel il est question d’une mercière arrageoise entre deux âges qui gagne au loto et examine le champ des possibles, Grégoire Delacourt publie chez Lattès la suite de ce deuxième roman, intitulée La liste 2 mes envies. “Croire en la générosité, dans une époque où l’égoïsme tue” confie-t-il à son propos au site Actualitté, après quoi on exclura qu’il eût lui-même envie de retoucher le jackpot.
  • Marcel Pagnol est mort il y a cinquante ans. Ce qui est ennuyeux, c’est que je suis né peu de temps après.
  • L’étude du Centre National du Livre sur les Jeunes Français et la lecture nous apprend entre autres que le temps qu’ils y consacrent va en s’érodant. Une analyse plus fine de ses résultats pointe le fait que cette désaffection frappe essentiellement les 16-19 ans, soit les élèves de lycée, plus portés sur l’interactivité offerte par le jeu en ligne, les réseaux sociaux ou le téléphone, sans même que les sondeurs n’évoquent le touche-pipi ou la salade de museau. Le constat accable : plus on passe le bac de français, moins on lit. Faudra-t-il intégrer One Piece et la New Romance aux programmes scolaires ?
  • Le gouvernement vient d’autoriser par décret la publicité pour les livres à la télévision, en tout cas une première phase test de 2 ans. Il s’agit en premier lieu de soutenir la publicité télévisée elle-même, mise à mal par le numérique, en élargissant son marché. Côté rue de Valois, on insiste sur le fait que les livres vantés avant et après TPMP seront des produits d’appel et que d’autres en bénéficieront une fois le public rendu en librairie. Les éditeurs, eux, sont partagés sur le sujet. Antoine Gallimard s’est fendu d’une rare intervention dans les médias pour pointer le nouveau risque qui pèserait ainsi sur la diversité éditoriale française. Sans être un expert du sujet, quand Darth Vader lui-même pointe les dangers du côté obscur de la Force, on peut imaginer son avis éclairé sur la question.
  • Intitulé Scandale, le prochain livre de Marlène Schiappa paraîtra chez Fayard le 19 juin prochain. Le site de l’éditeur de Jordan Bardella annonce la couleur : « L’héroïne, Ministre de l’Intérieur au bord du burn out, rencontre lors d’un voyage à New York un basketteur international à couper le souffle. Mais l’homme qui fait chavirer son coeur n’est peut-être pas celui qu’elle croit. » Amusez-vous à chercher plus drôle.

Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /

  • Parlons cinéma, parlons des choses qui fâchent, droit dans les yeux et en pleine gueule. Amal : un esprit libre narre le combat d’une enseignante face à la montée de l’islamisme dans l’une de ses classes, à l’aune du harcèlement subi par l’une de ses élèves supposée bisexuelle. Prof en croisade vs jeunesse désœuvrée et dangereuse : on connaît la chanson, et ça donne rarement envie de chanter le refrain. Rien de pire qu’un school-movie qui étale sa pommade de social-democrate sur les bons sentiments des bourgeois qui préfèrent penser du bon côté en détournant les yeux.
  • Or, il n’y a rien de tout ça dans Amal. Le réalisateur Jawad Rhalib ne fait pas semblant de mettre les pieds dans le plat, et ne laisse pas une seule occasion au spectateur de regarder vers un ailleurs rassurant. On est plus proche de 187 code meurtre que d’Esprits Rebelles, et ce dès les premières secondes. L’agora d’une salle de cours se transforme en champ de bataille oratoire, les mots fusent à couteaux tirés, et l’incroyable Lubna Azabal boxe avec les mots comme si sa vie en dépendait. Pour donner un ordre de comparaison, l’actrice fait passer le Adam Sandler sous 0.9 de Uncut Gems pour un Michel Houellebecq en descente de kétamine.
« Come with me if you want to live« 
  • À chaque minute de chaque instant, Azabal donne tout, sans réserve ni protection. Un profil de pasionaria sculpté à cor et à cri, mais toujours dans la nuance. Car ce n’est pas le moindre mérite du film :  au milieu des tirs, les pieds dans le charbon et la rage chevillée au corps, Rhalib s’oblige au discernement pour les adversaires, identifiés comme tels mais jamais réduits à ça. Comprendre n’est pas excuser et sûrement pas regarder de l’autre côté : c’est toute la différence entre faire preuve de discernement et se rendre coupable de pusillanimité. Ce qui génère en l’occurrence une expérience de cinéma épuisante mais gratifiante, qui ne laisse jamais le spectateur tranquille et refuse systématiquement la solution de facilité. Y compris en termes de mise en scène, tant le réalisateur à tourner le dos aux mécanismes susceptibles de détendre un fil constamment sur le point de rupture.
  • On attendait désespérément une réaction politique où culturelle à la hauteur après l’effroi provoqué par les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard. C’est un film belge qui se charge de remettre l’église au milieu du village dans l’Hexagone, et de transformer une colère de spectateur en colère citoyenne qui attendait son déclencheur. Mais une colère saine, comme disait Ségolène. Pas une colère de combat contre qui que ce soit : malgré la frontalité du propos, Jawad Rhalib n’a pas besoin de dire « Pas d’amalgames » en interview, son film le fait très bien tout seul. Non, une colère d’engagement, pour la vie, la liberté de toutes et tous. C’est aussi quand le cinéma propose une catharsis aux plaies béantes de l’histoire récente ou non qu’il retrouve ses prérogatives.
  • Amal est sorti mercredi en salles, soit le même jour que le nouveau livre de Salman Rushdie, écrit après l’attentat qu’il a subi il y a deux ans. Il convient de faire ce que personne (à ma connaissance, n’hésitez pas à me contredire dans les commentaires le cas échéant)  dans notre appareil politico-médiatique, pourtant jamais à court de pièces à remettre dans la machine, n’a pensé à faire : opérer l’association d’idées qui s’impose et laisser l’antenne au double-programme de culture essentielle du moment.
  • Ô rage, ô désespoir : Quentin Tarantino aurait abandonné la production de The Movie Critic, qui devait raconter les pérégrinations d’un critique de cinéma durant les années 70, avec Brad Pitt et Tom Cruise. Difficile de savoir ce qui a conduit le cinéaste à abandonner ce qui devait-être son dernier film, mais aussi le plus personnel. Car Tarantino ne s’en est jamais caché : il rêvait de devenir critique de cinéma (lire à ce titre son formidable Cinema Speculation ) avant d’en faire et au fond, il n’a finalement jamais réalisé que des films de critique de cinéma. Aucun cinéaste au monde ne peut se targuer d’avoir construit une œuvre aussi personnelle et identifiable en citant aussi explicitement le travail des autres. Tarantino a appris (et continue à apprendre) à être et à faire du lui-même avec eux et à travers EUX, les films. Quand il en parle, à l’oral ou à l’image, il parle de LUI : son point de vue, sa vision du cinéma, de la vie, de l’amour, des vaches etc. Pour Tarantino, le cinéma est l’incubateur d’un individu à part entière, le père qu’il n’a jamais eu, son mentor et les leçons existentielles qui vont avec. Personne n’a autant personnalisé le métier de critique de cinéma que lui derrière la caméra. À ce titre, Once Upon A Time in Hollywood fait figure de magnum opus littéralement impossible à surpasser, un monument qui donne sens à toutes les pierres qui ont mené à son édification. Le réalisateur a toujours dit qu’il voulait se retirer à son apogée. Sa seule fausse note dans son plan est peut-être de l’avoir atteinte à son neuvième film, et pas au dixième comme il le souhaitait.  Même lui ne peut pas tout avoir.
  • Furiosa, le prochain film consacré au Mad Max Universe, évidemment réalisé par George Miller, comporterait une scène d’action de 15 minutes « Complètement dingue ». C’est le producteur Doug Mitchell qui en parle dans Total Films : 78 jours de tournage (!), et 200 cascadeurs qui y ont « travailler quotidiennement ». Le cinéma n’est pas mort : il se reposait en attendant de retourner dans le Wasteland. Un mois. Un petit mois.
Headshot, ou rien.

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /

  • Je ne parie jamais sur la boxe. Sur les autres sports, non plus, mais encore moins sur la boxe. Il suffit d’avoir déjà organisé un concours de pronostics en entreprise à l’approche d’une coupe du monde de football pour savoir que l’adversaire le plus redoutable n’est pas Jipé-qui-lit-l’Equipe-à-la-cafet’ mais Josiane de la compta, celle qui parie en fonction du galbe des mollets des joueurs et de ses projets de vacances dans les pays concernés. On appelle ça la glorieuse incertitude du sport, qui s’avère pire encore dans l’art qu’on dit « noble ». Prenez le combat vedette d’hier soir à Brooklyn entre le champion WBC des super légers Devin Haney et Ryan Garcia. Dans le coin bleu, « KingRy » Garcia, idole d’Instagram au jeu de jambes de faon apeuré et à la rigueur tactique de crackhead sur un ring, aplati comme une fajita par le nabot Gervonta Davis l’an passé, prodigue en déclarations insanes durant toute la préparation du combat et monté bière à la main sur la balance le jour d’une pesée où il accusa 3 livres de trop — ce qui lui aura coûté 1,5 millions de dollars et ses chances de prendre le titre mondial. Dans le coin rouge, « The Dream » Haney, invaincu en 31 combats, plus habile en calcul de risques qu’un assureur helvète, professionnel jusqu’à l’ennui, cornaqué par un daron contrôlant comme une mère ashkénaze qui ne le laissa affronter que des adversaires qu’il était certain de dominer par sa technique impeccable, son châssis de poids moyen et un cardio d’ascète. Jipé aurait énuméré une douzaine de raisons pour lesquelles Haney ne pouvait pas perdre quand Josiane aurait misé sur « Garcia, parce qu’il est mignon ». Et, comme de juste, c’est le boxeur coté à 5 contre 1 qui a gagné.
  • Le grand mystère du combat d’hier soir aura consisté à voir un pugiliste du calibre d’Haney dévorer avec autant d’appétit les crochets du gauche que « Tank » Davis, certes assez court pour passer dessous, avait su éviter plus sûrement qu’un milliardaire esquive le fisc hexagonal. Très sûr de lui, le champion restait dans l’axe d’entrée, et se fit cueillir en contre alors qu’il cherchait à installer son jab. S’il ne tomba pas cette fois-là, il en fut visiblement ébranlé. Son travail métronomique du bras avant à la tête et au corps, aussi soyeux qu’à l’accoutumée, lui assura les rounds suivants sans entamer un Garcia brouillon, mais bien moins frustré qu’on l’eût attendu. Dès qu’Haney s’approchait pour tenter des coups puissants, il proposait un bien vilain ersatz de shoulder roll, tournant carrément le dos à son agresseur — pour rappel, Josiane, c’est aussi interdit que les accrochages d’Haney. Le challenger avait encore tout son gaz lorsqu’il trouva la faille à la 7e reprise, sur un splendide enchaînement jab-crochet gauche. Les faits sont documentés, KingRy n’a rien d’un boxeur parfait, mais cette gauche a la vitesse d’un coup de fouet et la puissance d’arrêt d’une voiture-bélier : qu’un type aussi réfléchi et prudent qu’Haney ait jugé bon de planter sa Quechua à portée de tir interpelle, et c’est un euphémisme. Toujours est-il qu’on vit The Dream choir comme trois parpaings dans un sac à gravats et peiner à se relever. De ce round de légende aux airs de pandémonium, on retiendra que Garcia aurait pu se voir attribuer deux knockdowns de mieux, tant la tactique de koala du champion en détresse montra ses limites, qu’il ne récolta en sus qu’un point de pénalité pour avoir frappé après un break, et qu’un caméraman de DAZN entra carrément sur le ring, persuadé que l’affaire était réglée.
« Josiaaaane ! J’ai gagné ! »
  • Le surpoids accusé par Garcia la veille aura sans doute compté dans l’énergie qu’il conserva jusqu’au bout, et lui permit de briser avec aisance plusieurs tentatives d’accrochage ainsi que de les punir aussi sec. Haney revisita le tapis aux 10e et 11e reprises sur deux nouveaux crochets du gauche — sa figure témoignera des droites qu’il encaissa en complément —, donnant à son adversaire de quoi refaire son retard aux pointages et mieux encore, puisqu’il fut déclaré vainqueur par décision à la majorité. Si le 115-109 en sa faveur a de quoi surprendre, tant on peine à trouver 8 rounds à lui attribuer, la victoire de Garcia est aussi légitime qu’improbable. Le bougre aura bien trollé son monde des semaines durant, jusqu’à remplacer la bière de sa canette d’avant-combat par un mélange de jus de pomme et d’eau gazeuse… et il n’est pas interdit de penser que ses 3 livres de trop résultèrent d’un choix tactique délibéré, inspiré de sa douloureuse déshydratation avant d’affronter Davis. On imagine qu’Oscar de la Hoya se sera envoyé l’équivalent en farine d’un pain de campagne dans chaque narine pour fêter l’heureux retour de fortune : son poulain n’a certes pas remporté de ceinture mondiale, mais un blanc-seing pour toucher un ou deux gros chèques supplémentaires à 147 livres, qu’il se ridiculise aux yeux du monde ou qu’il le choque à nouveau. Inversement, s’il devrait conserver son titre WBC en vertu d’un amusant tour de passe-passe suleimanien, Haney a perdu son virginal « 0 », si précieux dans le marketing pugilistique d’aujourd’hui. Il s’était présenté à la pesée tel le sosie du MJ zombifié de Thriller : sans doute s’assassine-t-il désormais pour faire 140 livres, et une montée en welters sans le punch ni le menton de rigueur apparaît des plus risquées. Or le risque, on l’a dit, n’est pas tout à fait le genre de l’entreprise familiale.
  • En sous-carte, le Brooklinite d’adoption Sergiy Derevyanchenko apporta sa dose de rationalité bienvenue à la soirée en dominant avec style le vétéran Vaughn Alexander, déjà victime de Christian Mbilli. Sans doute le roi sans couronne ukrainien vise-t-il une quatrième chance mondiale alors qu’il a désormais 38 ans. Largement passé sous les radars médiatiques tricolores, le Nantais Pierre-Hubert Dibombe (bébé) a subi une première défaite en carrière sur décision technique face à l’Ouzbek Bektemir « The Bully » Melikuziev, à l’issue de 8 rounds rendus franchement gore par un gros choc de têtes. Et puis l’on retiendra l’inévitable décision litigieuse de la soirée rendue en faveur de l’invaincu super léger Arnold Barboza Jr — de Golden Boy Promotions, hasard complet —alors que le gaucher irlandais Sean McComb l’avait consciencieusement jonglé à distance comme trois balles en mousse. Les vols à main armée, l’autre raison pour laquelle je ne parie jamais sur la boxe, et pour laquelle Josiane de la compta aura toujours sa chance contre Jipé-qui-lit-l’Equipe-à-la-cafet’ dans un concours de pronostics.

Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /

  • Parlons de MMA, reparlons quelques paragraphes de l’UFC 300, la célébration ultime du pugilat total qui eut lieu la semaine dernière. Faute d’avoir eu le temps de balayer une carte plus que pléthorique dans les délais, 130livres.com s’était concentré sur le KO du  « je touche t’es mort » le plus littéraliste de tout le roster toutes catégories confondues, à savoir Alex Pereira, qui a marabouté Jamahal Hill avec un crochet du gauche mal assuré au premier round pour le titre des light heavyweights. Et ce après avoir arrêté l’arbitre avant qu’il n’arrête le combat suite à un coup de pied indélicat de Hill dans ses parties. Mais la badasserie ultime fut à mettre au crédit de Max Holloway, seul combattant au monde à écrire seconde au strict singulier avec son KO contre Justin Gaethje à 4,59 du dernier round.
  • Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César, et leurs aux combattants et combattantes qui ont toutes et tous livré LEUR combat de la soirée. Et on ne parle que de la main card
  • Jiri Prochazka a eu une nouvelle fois livré un grand moment de « Ne faites pas ça chez vous, ni chez le voisin » contre Aleksandar Rakic, l’Autrichien aux low kicks de génocidaire de bananiers, et à l’anglaise travaillée pour gérer la pression constamment en marche avant de son adversaire. Et dans un monde parfaitement logique et ordonné, Rakic emporte le combat. Par décision unanime, ou en passant le KO à son adversaire qui vit le menton à la fenêtre. Dans le monde de Jiri Prochazka, le chaos asphyxie l’ordre établi sur une séquence complètement dingue qui conduit l’arbitre à arrêter le combat pour éviter à Rakic une punition prolongée et inutile en ground-and-pound. C’est toujours quand son adversaire essaie de temporiser que Prochazka trouve la faille. Il suffirait de ne pas temporiser me direz-vous. Oui, si vous n’êtes pas humain. Comme le kamikaze tchèque.
  • Quelques mots pour le Charles Oliveira vs Arman Tsarukyan, qui devait décider du prochain contender pour la ceinture lightweight. Comme d’habitude avec « Do Bronx » et sa dégaine de chevalier du zodiaque, la confrontation est passée par tous les stades. Au bord de la victoire par finish pour le brésilien au premier round, avec une guillotine ultra serrée qui a mis les compétences en grappling du Géorgien à l’épreuve de l’abandon. Puis au deuxième, ce dernier reprend l’avantage notamment au sol, pourtant le domaine de prédilection d’Oliveira, grand spécialiste de JJB s’il en est. La suite génère un combat équilibré, mais aboutit à un victoire logique de Tsarukyan par décision partagée. Frustration s’il en est pour Oliveira, l’un des combattants les plus généreux de toute l’orga, qui a peut-être entamé ses derniers tours de piste. À l’instar de Jiri Prochazka, le Brésilien ne sait pas toucher le ciel du doigt sans voler trop près du soleil : forcément ça abime les ailes, et c’est compliqué à tenir sur la longueur. En combattant plus normalement, Oliveira se prive aussi de ce qui a fait sa grandeur de champion. Le MMA est un monde bien cruel avec ses meilleurs soldats.
  • Bo Nickal, le nouvelle hype majuscule des poids moyens, a gagné sans briller contre Cody Brundage, adversaire valeureux mais juste quelques crans au-dessus de ses victimes précédentes. Il a fallu que Nickal insiste comme un frotteur du métro sur son domaine de prédilection (la lutte) pour arracher l’arrêt de l’arbitre au deuxième round. Le boug  ne lâche rien, c’est clair. Maintenant, il est encore un peu tôt pour rêver de la ceinture.
  • Enfin, le combat le plus spectaculaire de la soirée était peut-être du côté du chromosome XX. Le co main event de la carte opposait les compatriotes Weili Zhang et Yan Xiaonan pour le titre poids-pailles.  Penser à tout ce que le plus hyperboliques des dramas sportifs s’efforcerait de gérer avec parcimonie dans son grand final, et multiplier le par 10. Premier round, Xianon tombe sous la guillotine de la championne. C’est serré comme un cul de bonne sœur, il reste trop de secondes à deux chiffres pour ne pas taper, et pourtant. L’arbitre les sépare : Xianon se relève en titubant, à moitié évanouie. Deuxième round : Weili roule en bulldozer pour terminer le boulot debout, mais son adversaire gère sa distance, son jeu de jambes, et le contre qui fait caler plus que le moteur. La championne tombe, la salle n’a déjà plus de souffle. Elle se relève, réattaque au sol, nouvelle guillotine, nouveau traquenard sans issue, nouvelle sortie improbable de Xianan. Retour debout, retour au sol pour Weili Zang qui se mange encore et encore le striking de précision de son adversaire, mais sans tomber dans le puit de Morphée. Etc. Etc. Full bananas du début à la fin : jamais une championne en titre n’avait autant mérité de conserver son titre en prenant autant de knock-down dans le combat. Weili Zhang gagne les deux mains levées et c’est mérité, mais pour autant Yan Xianon n’a perdu pour personne. Gloire à l’éternité.
Une victoire sans perdante.
  • Et sinon, c’est officiel : contre tous les pronostics, mauvaises langues et plumes de fiel (dont celle de votre serviteur), Conor McGregor remontera bien dans l’octogone contre Michael Chandler pour un combat en 5 rounds prévu à l’UFC 303 le 29 juin à Las Vegas. Comme le disait Antoine à propos de Crawford vs Spence jr l’an dernier : « J’y croirais quand le gong du premier round aura sonné ». À la différence que l’intérêt pugilistique est bien moindre ici : à force de s’étaler sur tout et n’importe quoi, McGregor a acquis un statut de dilettante du sport dont le retour n’excite désormais plus grand-monde, et risque de se solder par une punition sévère. En revanche, la machine à pay-per-view tournera à bloc, et c’est sans doute l’intérêt principal du come-back de l’Irlandais, qui va devoir revenir sacrément armé pour défier le sens de son histoire.

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