Punchlines du 8 octobre 2023

Le site (Antoine) /

  • Même moi, je ne l’avais pas vu venir : un nouveau papier cette semaine, consacré à un titre de cette rentrée littéraire. Il s’agit d’Il faut toujours envisager la débâcle, franche réussite de son auteur Laurent Rivelaygue où il est question de milieu de vie, de Xavier Dupont de Lignonnès, d’une sinistre affaire non classé et de la glorieuse précarité de l’écriture dans les années 2020.
  • Promis, juré, craché par terre : un jour, vous aurez droit au compte-rendu du Hellfest 2023.
Faites-moi confiance.

Il est temps de rallumer la littérature (Antoine) /

  • Les parieurs avaient vu juste : le Prix Nobel de littérature 2023 a donc été attribué au Norvégien Jon Fosse, plus connu comme dramaturge que comme romancier il est aussi essayiste, poète, traducteur et auteur de littérature jeunesse , et guère connu tout court du public français. Les voies du jury sont impénétrables et on le sait soucieux de dissocier art et politique au moment de désigner ses lauréats dans la catégorie, reste que récompenser Salman Rushdie aurait eu une certaine gueule dès lors que c’est la survie même de la littérature qui est en jeu dans son son parcours d’écrivain. Qu’on ne se méprenne pas malgré tout sur les mérites de Jon Fosse, dont l’annonce du succès aura inspiré par chez nous moins d’enthousiasme que de calembours sur son patronyme. Je ne suis moi-même pas un spécialiste de Jon Fosse mais j’ai lu L’Autre nom, publié chez Christian Bourgois en 2021, dont j’avais pu dire ce qui suit :

Exposer l’âme de l’artiste

Jon Fosse suit au plus près les méandres de la pensée d’un peintre norvégien hanté par son art et ses souvenirs.

Comment mieux représenter le flux ininterrompu de la conscience humaine, tout en répétitions obsessionnelles et digressions inattendues, qu’au moyen d’une phrase étirée à l’infini que seules viennent rythmer des virgules ? Tel est le pari du dramaturge, poète et romancier Jon Fosse, dont L’autre nom réunit les deux premiers tomes d’une ambitieuse Septologie.

Artiste-peintre et veuf inconsolé, Asle habite un village côtier du sud-ouest de la Norvège. Usant de mots toujours simples, il confie en quasi temps réel le détail de ses pensées alors que son existence solitaire est troublée par une série de rencontres. Un voisin paysan vient égrener son éternel chapelet d’anecdotes, en plus de négocier une toile contre un stock de viande fumée. De passage dans la ville voisine où se tiendra son prochain vernissage, Asle décide de visiter son homonyme, peintre lui aussi ; ses échecs artistiques et sentimentaux l’ont fait basculer dans un alcoolisme profond. Asle le trouve au bord du coma éthylique et lui porte secours. Il croise ce faisant une femme d’allure fantasque qui jure l’avoir connu longtemps auparavant, à l’époque où il buvait lui aussi.

Dans un décor hors du temps propice à l’introspection, l’esprit de l’artiste se fixe alternativement sur la banalité des conversations et des tâches quotidiennes, la mémoire indélébile de son épouse et sa sœur disparues, une foi catholique centrée sur la routine rassurante du rite et sa complète dévotion à son art. Aussitôt vues, certaines images se fixent en Asle et accaparent sa psyché. Il doit les peindre pour s’en défaire. La valeur qu’il accorde à ses toiles dépend de l’étrange lumière qui en émane sans qu’il l’y ait consciemment invitée. Asle y voit la possible manifestation du divin ; étrangère à son ivrogne d’alter ego, une telle pensée l’aide à surmonter le harcèlement lancinant de ses souvenirs les plus sombres. Cette leçon de vie aux accents universels s’avère d’une rare audace formelle, et l’on attendra sa suite avec curiosité.

Jon Fosse, aucun rapport avec Brigitte.
  • Ce sera tout pour cette semaine en littérature hormis l’expression d’une menue contrariété : voir Vie et mort de Vernon Sullivan de Dimitri Kantcheloff en deuxième sélection du Fémina essais m’eût franchement réjoui. Et en fait, non.

Le cinéma est mort, la preuve : il bouge encore (Guillaume) /

  • Parlons cinéma, parlons de Luc Besson. L’ancien golden boy du cinéma français tire la langue avec son Dogman, qui affiche un total catastrophique de 139 949 spectateurs pour sa première semaine d’exploitation, malgré un parc de salle cossu. Nous ne abaisserons pas à nous réjouir du malheur d’autrui dans ces pages, fut-il le réalisateur de Léon et du 5ème Élément. Tout juste nous bornerons-nous à constater que le meilleur n’est plus à venir pour le mogul déchu, qui a longtemps porté sur ses épaules l’horizon d’une alternative à cette production camembert qu’on aime bien critiquer. Mais aujourd’hui les choses bougent, sans lui ni Europacorp pour provoquer un mouvement des plaques tectoniques. Alban Lenoir cartonne dans l’action de (plus ou moins bonne) qualité en streaming, les propositions de genre se normalisent dans le paysage des salles obscures francophones (voir Acid ou le Règne animal), et dans ce contexte Besson manque d’arguments pour faire événement. Il fut un temps où quoique l’on pense de lui et de ses films (pas beaucoup de bien, si vous avez lu le billet de la semaine dernière), le cinéma français avait besoin de Luc Besson…. Mais maintenant ?
  • Petit épilogue à la grève des scénaristes. Selon le Wall Street Journal, Netflix prévoirait une nouvelle hausse de ses abonnements dans les mois qui viennent, quand bien même le directeur financier du N rouge avait annoncé le contraire en début d’année. La raison à tout ça… ? Et bien la grève des scénaristes pardi, puisque les concessions arrachées par le prolétariat plumitif hollywoodien impacterait la trésorerie de la plate-forme. Bref, on nous refait le coup de la guerre en Ukraine, à l’origine de tous les maux de la terre depuis un an et demi, et surtout de l’explosion du prix de la boite de cassoulet chez Aldi. On vous l’avait annoncé la semaine dernière : pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la victoire de la main d’œuvre pas chère de l’usine à rêves se soldera par la fin du contenu audiovisuel low cost à domicile. Sachant que le conflit avec les acteurs ne s’est toujours pas dénoué, et que l’on imagine pas les saltimbanques de l’écran obtenir que leur cousins scribouillards, on est pas au bout de nos surprises. Le Far West du streaming a vécu.
  • Mensonges et trahisons du conflit social  : les scénaristes du Drew Barrymore show auraient tous déserté la barraque. La raison ? Une semaine avant le dénouement du conflit, la comédienne et productrice du show avait décidé arbitrairement de reprendre le développement de la série, ne voyant aucune résolution de la situation dans un avenir immédiat. À sa décharge, tout le monde ou presque était persuadé que la mise aux arrêts du chapiteau se poursuivrait après Noël il y a encore (vraiment) pas si longtemps. À charge ? A priori, c’est pas bien de briser l’union sacrée entre stars et figurants, privilégiés et forçats de l’industrie, quand on fait partie des premiers. Résultat : le show aurait décalé sa production pour réembaucher des scénaristes, et devrait redémarrer plus tard que prévu. Comme l’a dit la principale intéressée : « On ne peut rien faire sans eux ». C’est toujours quand ils ne sont plus là qu’on réalise à quel point les êtres chers sont importants.
  • Petit détour par les salles obscures pour vous parler de The Creator, le nouveau film de Gareth Edwards (Monsters, Godzilla, Rogue One), qui plonge John David Washington (oui, fils de) en ancien des forces spéciales dans un conflit futuriste d’une partie de l’humanité avec une intelligence artificielle. Pour être parfaitement honnête, Edwards ne m’avait jamais convaincu. Sa technicité masquait mal son déficit de vision, qui consistait à filmer près des corps et des visages comme n’importe quel wannabe Michael Mann pour faire du « réel vrai » dans des univers par définition fantaisistes. Avec The Creator, le briton revient à un projet comme on en trouve plus : un film de SF ORIGINAL, produit par un grand studios mais fabriqué sous le manteau, totalement à l’écart des normes hollywoodiennes. Et (bonne) surprise, The Creator n’est pas qu’une note d’intention, mais une proposition de cinéma intègre qui joint le geste à la parole et le fond à la forme. Edwards ressuscite le spectre de la guerre du Vietnam pour reprendre à son compte la trajectoire du GI qui sort du récit national pour retrouver un sens à sa vie et faire la paix avec lui-même en territoire Vietcong. Visuellement c’est gorgeous : Edwards et son équipe ont peaufiné leur univers dans les moindres détails. Y compris ceux qui résident dans l’angle mort du personnage principal d’un Washington fils, idéalement dépassé par la situation et les sensations qui le submergent pendant la traversée du territoire pas si hostile que ça. Nous faire regarder autrement un paysage que l’on rencontre pour la première fois, comme s’il nous était familier depuis longtemps. Il y a du Ridley Scott de la grande époque Blade Runner dans cette volonté de loger l’œil du spectateur et du personnage principal dans le point de fuite de la première impression, de concentrer notre attention là où elle n’élirait pas immédiatement résidence.
Ils sont cons, ces humains.
  • Comme si le magazine Life déroulait son portfolio d’un futur qui n’est pas encore le nôtre, jusque dans la patine rétro d’une image qui balaye la présence de ses nombreux SFX de l’œil nu du spectateur, et impose ses années 90 jusque dans la décoration de son futur d’intérieurs et d’extérieurs. Mise en scène aérienne et contemplative mais univers ancré dans la pesanteur et la physicalité de ses éléments, The creator assume son alternative jusque dans son propos. Le camp du bien, auquel nous adhérons par biais idéologique et/ou anthropologique comme une évidence, fait le masque de la grimace ici et le déballage de son intériorité toute laide, à mesure que le héros refait l’apprentissage de son humanité avec les IA Tiers-mondiste. Un vrai blockbuster altermondialiste et alter humaniste de la cagoule aux chaussettes, comme pouvait l’être le District 9 de Neil Bloomkamp, ou même l’Avatar de James Cameron en leur temps. Malheureusement, au de sa première semaine, The Creator ne devrait pas rencontrer le même destin que ces glorieuses références. Dommage. C’est bien la pleine de réclamer plus d’œuvres originales à Hollywood pour se contenter d’aller voir Barbie cet été…
  • Il y a des gens qui attendent que ça se passe, il y’en a d’autres qui provoquent le destin. Prenez Kevin Costner par exemple. Notre All Américan préféré aurait pu faire du Yellowstone (le carton télévisé qui a relancé sa carrière) jusqu à la fin de ses vieux jours, prospère et serein. Mais les joueurs comme Kevin ne vivent pas pour « être confort » à la fin du mois : ils tapent sur la table du casino avec leurs grosses bollocks et jouent tout au black jack. Le monde ou rien Chico : tout en bas ou tout en haut, mais jamais au milieu. Quand ça marche, c’est Danse avec les loups, quand ça casse ça se nomme Postman. Le nouveau pari du bonhomme s’intitule Horizon, un western (évidemment) a priori en 2 parties au lieu des 4 annoncées initialement, qui doit sorti l’été prochain et dont le teaser vient de sortir. Ça montre pas grand-chose, mais rien à faire : c’est beau de voir Kevin sur un cheval et jouer de la carabine sur une cible hors champ. Horizon ne tient pour l’instant qu’à ça, la croyance indéboulonnable de Costner en son propre mythe et son support pour créer l’attente. L’acteur réalisateur aurait selon ses propres dires hypothéqué 10 hectares de l’une de ses résidences secondaires pour le financer… Ouais bon d’accord. Dit comme ça, ça fait un chouia problème de riches quand même.
Un homme, une image.

Ce qui reste de la boxe anglaise (Antoine) /

  • Le bel été indien de Leigh Wood se poursuit : champion du monde une première fois à 33 ans en 2021, il a conservé hier soir son titre WBA des plume à l’issue d’un féroce duel anglo-anglais disputé face à Josh Warrington sur le ring de la Sheffield Arena. Comme devant Michael Conlan l’an passé, Wood a montré une impressionnante faculté à renverser les situations compromises. Il avait d’abord imposé son allonge lors de deux premiers rounds rappelant le combat très tactique remporté contre Mauricio Lara en mars dernier, avant que Warrington ne parvienne régulièrement à casser la distance pour asséner de près les crochets larges qu’il affectionne… et quantité de coups moins licites, comme le bougre en est coutumier. Le challenger grapillait round après round à l’issue d’échanges parfois violents et Wood peinait à infléchir la tendance, ensanglanté et le menton ouvert aux quatre vents. Warrington n’en profita guère longtemps : sanctionné d’un point de pénalité pour coup du lapin et un poil trop confiant dans la septième reprise, « The Leeds Warrior » s’engagea sans retenue à mi-distance contre un adversaire réputé pour son punch, et finit gratifié d’un joli crochet du droit en plein menton, c’est à dire sur le bouton « off ». Ledit crochet fut suivi de plusieurs autres, sans réaction, provoquant un knockdown dont Warrington se releva péniblement. On peut trouver l’arrêt de l’arbitre un tantinet prématuré puisqu’il intervint juste avant la minute de repos suivante, reste que l’affaire semblait fort mal embarquée pour l’ancien champion IBF de la catégorie. Si Wood ne partirait pas forcément favori contre les autres champions du monde mexicains et cubain des moins de 126 livres, parier contre lui demeure un choix risqué.
Des Anglais, des durs, des tatoués.
  • Opposés hier soir sur le ring du Cosmopolitan de Las Vegas, Gilberto Ramirez et Joe Smith Jr aspiraient tous deux à la rédemption en débutant chez les lourds-légers : le premier avait reçu une leçon de boxe des mains de Dmitry Bivol avant d’échouer à faire le poids contre Gabriel Rosado, tandis que le second fut éparpillé en deux rounds par le croquemitaine des mi-lourds Artur Beterbiev. Si l’on aime Smith pour sa générosité de col bleu des rings revendiqué, il brassa beaucoup d’air de ses larges crochets dans les premières reprises ; le passage en moins de 200 livres parut de surcroît le ralentir et entamer sa caisse. Face à lui, le gaucher « Zurdo » Ramirez récitait tranquille comme Baptiste une boxe bien plus inspirée et technique, riche de déplacements impressionnants dans cette catégorie. Les débats s’animèrent sensiblement vers la fin des 10 rounds, alors qu’une ou deux pralines brevetées de Smith trouvaient enfin leur cible, sans que l’Américain se montre capable d’enchaîner. Largement vainqueur aux points, Ramirez peut s’imaginer un avenir intéressant dans la catégorie, peut-être une chance mondiale contre le champion français Arsen Goulamirian – et l’on se redit a posteriori combien il était un « weight bully » chez les super moyens. Le destin de Smith, sans doute limité à ce poids, est bien plus incertain.
  • On n’y croyait plus : la promesse d’une montagne de dollars saoudiens aura donc convaincu Tyson Fury d’enfin condescendre à affronter Olexandr Usyk pour le titre incontesté des poids lourds, sans détenteur depuis Lennox Lewis en 1999. Le contrat comporterait une clause de revanche pour chaque adversaire. On se permettra d’y croire une fois les deux patrons de la catégorie reine montés sur le ring, en soulignant l’atypie de la situation puisque le « Gypsy King » doit encore disputer son combat prévu le 28 octobre contre la star du MMA Francis Ngannou avant d’affronter Usyk en décembre ou janvier prochain. De ce qu’on connait des qualités pugilistiques de Ngannou, Fury devrait pouvoir lui faire tomber les oreilles en s’étant préparé au Burger King d’en bas de chez lui… reste que le risque d’une blessure de l’Anglais qui remettrait en cause le superfight contre Usyk il faut reconnaître que le « Predator » cogne dur à défaut de la faire avec grâce empêche de pouvoir se foutre complètement de l’agaçant freak show de la fin du mois. Dieu que je hais ce combat.
  • La riche actualité pugilistique des dernières semaines aura relégué au second plan la disparition de l’Italien Luigi Minchillo, grand animateur des super welters dans les années 80. Retraité des rings après une défaite contre René Jacquot, « Le guerrier du ring » aura affronté une tripotée de cadors, échouant à s’emparer d’un titre mondial après être devenu champion d’Italie et d’Europe face à Tommy Hearns notons qu’il tint la distance et Mike McCallum, soit peut-être les deux meilleurs boxeurs de l’Histoire dans cette catégorie. Ajoutons qu’il concéda une décision à Roberto Duran avant que celui-ci defie Wilfred Benitez pour la ceinture WBC. Minchillo obtint aussi de bien jolies victoires, dominant Louis Acariès ou l’ex champion du monde anglais Maurice Hope en disputant le titre EBU. Il boucla sa carrière sur un palmarès de 55 victoires et 5 défaites en professionnels avant d’ouvrir à Pesaro une salle de boxe portant son nom. Il est décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 68 ans.
Il Guerriero del Ring

Le MMA va bien, merci pour lui (Guillaume) /

  • Il va si bien qu’il joue relâche cette semaine.

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