Punchlines du 8 février 2020

Le site /

  • Grande semaine du poil dans la main sur 130 livres : pas de nouveau papier, rien, quedchi, nada. Bien d’accord : c’est une honte.
  • Mon vague bout d’alibi, sur ce coup-là, est le temps passé à lire et chroniquer mes prochains billets à paraître dans le Magazine Littéraire. C’est maigre ; du moins puis-je certifier que ce n’est pas entièrement faux.

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Les auteurs /

  • Une éminente blogueuse littéraire – et pigiste à ses heures – eut aujourd’hui même la pénible surprise de reconnaître quantité de ses jolis mots dans la chronique d’une journaliste de France Bleu Azur portant sur le livre de Frédéric Aribit, Et vous m’avez parlé de Gary Davis – soit dit en passant, un titre fort apprécié dans la blogosphère. Dans les faits, le sujet radiophonique alterne paraphrase et reprises littérales du billet de blog. Carrément. Passons vite sur l’étonnant sentiment d’impunité de l’auteure des faits, à une époque où les recoupements ne sont guère difficiles à établir, ou sa flemme manifeste, prenant le pas sur la prudence la plus élémentaire. Insistons bien aussi sur le fait que les blogueurs eux-mêmes zyeutent parfois sur la copie du voisin, et se font souvent prendre la main dans le sac (les andouilles). Le premier motif de colère, dans ce cas précis, est bien la récupération d’un contenu gratuit pour en faire un billet payé, puisque l’on n’imagine pas les chroniqueurs de France Bleu Azur oeuvrer à l’oeil. Terrible symptome de la dévalorisation de l’écriture en ligne, qui n’a plus aucun prix dès qu’elle ne coûte rien, alors même que la profusion des articles gratuits contribue à toujours moins rémunérer ceux qui cherchent à vivre de leur plume. De radieuses perspectives, en vérité.
  • Affaire Matzneff, suite et fin. Une tribune signée par Caroline Laurent, directrice littéraire chez Stock, élargit la révolte contre l’omerta du monde de l’édition à d’autres prédateurs que le seul chauve pédophile de Saint-Germain des Prés : si cette industrie est largement féminisée, elle n’en reste pas moins le théâtre de bien des comportements d’un autre âge. Soyons nombreux à soutenir, à notre modeste niveau, une telle initiative. Prêtons aussi attention aux voix, parfois légèrement dissonnantes, qui enrichissent le débat : ainsi, l’indispensable Pierre Jourde, à l’égard duquel je n’ai jamais fait mystère de mon admiration. Jourde est peu suspect de complaisance vis-à-vis de Gabriel Matzneff, comme le rappelle la nouvelle charge du 8 janvier contre ses protecteurs Josyane Savigneau et Philippe Sollers. Mais il explique aussi, avec son brio coutumier, pourquoi et comment séparer l’homme de l’artiste – selon l’expression paresseuse et desormais consacrée – puisque « Un acte est répréhensible. La représentation de cet acte ne l’est pas : elle est interprétable, elle est critiquable ». Ainsi Jourde, sans jamais exonérer Matzneff de ses responsabilités, conteste-t-il le bien-fondé de la suspension de la publication par Gallimard du journal de l’écrivain désormais voué aux gémonies. Ses autres réflexions sur le sujet valent également le détour.

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  • Autre voix forte et (trop) méconnue à s’être exprimée sur l’affaire, celle de Juan Asensio. C’est ici l’occasion ici d’évoquer son blog « érudit et polémique » intitulé Stalker – dissection du cadavre de la littérature. L’homme produit peut-être les notes de lecture les plus denses et complètes du web francophone, saluées entre autre par le lecteur passionné Benoît Poelvorde. Asensio a volontiers la dent dure et le style chantourné ; il ouvre sa tribune à des intervenants partageant sa philosophie, soit une hostilité radicale à l’égard toute forme de facilité, et, par extension, une franche antipathie à l’égard des figures les plus emblématiques du milieu littéraire hexagonal. Son mérite principal est de dénicher de sacrées pépites, et d’argumenter avec rigueur dans les louanges comme dans la ctitique, sans être tout à fait exempt de cabotinage ou de caricature – c’est de bonne guerre, vu la qualité habituelle du contenu proposé. Le 19 janvier dernier, le blogueur publiait une critique à la diable du Consentement de Vanessa Springora. Précisons, comme lui-même le rappelle, qu’il fut un détracteur constant et virulent de Gabriel Matzneff, tant pour ses crimes et délits que pour les limites de son oeuvre littéraire. Reste que, comme c’était prévisible, Le Consentement ne trouve pas grace à ses yeux. Asensio déplore souvent – comme Pierre Jourde, tiens – le succès croissant de la littérature de témoignage, quelle que soit la cause qu’elle soutienne. Dans ce cas précis, il se borne à critiquer Le Consentement en tant que livre. Si le jugement est abrasif, il reste comme toujours argumenté. Stalker mérite aussi, croyez-moi, d’être lu hors périodes de scandales : un type qui aime à ce point Robert Penn Warren, pour atrabilaire qu’il puisse paraître, ne saurait être entièrement mauvais.

Les puncheurs /

  • Timber ! Les amateurs de feux d’artifice peuvent se réjouir de l’annonce pour le 11 avril prochain d’un choc de poids lours anglais et invaincus entre Daniel Dubois et Joe Joyce, dont le vainqueur ne sera plus très éloigné d’une chance mondiale. L’opposition de styles en vaudra la peine, entre le superbe puncheur Dubois, redoutable en directs des deux mains, et le bagarreur de près Joyce dont le travail au corps incessant et abrasif avait fait grimacer Tony Yoka à Rio. Sur un coup mahousse, Dubois peut triompher de n’importe quel poids lourd du plateau, mais gageons que les tranchées dans lesquelles l’entraînera le plus expérimenté Joyce risquent de lui déplaire franchement. Je le vois perdre une guerre d’usure, échouant à imposer ses bombes à distance. Quoi qu’il en soit, l’affrontement devrait valoir le coup d’oeil.

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  • Rejetant la responsabilité d’une très faible activité pugilistique – une unique sortie annuelle depuis 2014 – sur des adversaires peu empressés de le défier, le champion WBC des poids plumes Gary Russell Jr affrontera cette nuit le Mongol invaincu en 11 combats professionnels Tugstsogt Nyambayar. Si le nom de ce dernier siérait parfaitement à un groupe de death metal scandinave, il devrait offrir à Russell une réplique digne de ce nom, grâce à une technique classique mais efficace et des moyens physiques appréciables – « King Tug » est puissant et endurant. L’expérimenté Américain, dont la seule défaite en 31 combats pros fut concédée face à la référence Vasyl Lomachenko, est lui l’un des boxeurs les plus complets du moment. Dans un futur proche, on rêverait d’un clash de générations l’opposant au jeune prodige Shakur Stevenson, dont le prochain combat est annoncé pour mars.
  • Moment nostalgie : la nuit sera riche en combats d’intérêts, puisqu’elle proposera également un championnat du monde des coqs auquel participera le virtuose vétéran cubain Guillermo Rigondeaux, une demi-finale IBF des plumes entre le bolide anglais Kid Galahad et le Dominicain Claudio Marrero – victime de Russell et de Nyambayar – , et la troisième sortie professionnelle d’Evan Holyfield… Oui, le fils d’Evander…
  • Le champion WBA des légers Gervonta « Tank » Davis est à nul doute l’un des plus gros talents naturels de son sport, et son uppercut gauche devrait être montré dans toutes les écoles de boxe. Las, l’homme est aussi très indiscipliné hors du ring, partageant avec Adrien Broner la conviction qu’il suffit de plagier l’attitude de bad boy irrespectueux d’un Floyd Mayweather pour en acquérir le succès planétaire. On l’a aussi découvert récemment en authentique sale bonhomme, comme en témoignent les images vidéo des coups et blessures infligés en public à sa dernière conquête, qui lui valurent une arrestation cette semaine. Davis ne sera hélas ni le premier ni le dernier pugiliste à se montrer violent au quotidien. Espérons le revoir bientôt à l’oeuvre contre un adversaire de haut niveau : la perspective d’une inévitable première défaite en carrière se fait de plus en plus alléchante, et une bonne vieille rouste serait un plus.

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